L'UNIVERS. PRÉSÉANCE
voir spirituel par le pape, le droit de nommer aux prélatures. ( Voy. Concordat. ) Du reste, ce droit ne fut que la restitution d'un plus ancien, légitime ou usurpé, dont les rois de la première race firent constamment usage, (jue Charlemagne, ainsi que ses premiers successeurs, possédèrent, et qui fut ensuite revendiqué, non au profit du clergé tout entier, mais seulement des ecclésiastiques composant les chapitres des basiliques et des collégiales. (Voyez Évéques.) Si les promotions aux prélatures par voie d'élection donnaient naissance à de nombreux abus, la faculté reconquise par les rois d'y nommer par un acte de leur volonté, n'en engendra pas de moindres. (Voy. Commbndks.) Mais, comme le choix et l'élévation d'un homme à une position qui lui donne de l'influence n'est pas un acte indifférent à un gouvernement, lors de la restauration du culte catholique, Napoléon, alors premier consul, eut grand soin de se la réserver, dans le concordat qu'il conclut avec le pape, en 1801, et les rois qui ont succède à son pouvoir, en ont conservé la possession. (Voy. Concordat, et pour l'ensemble de l'article, voyez Clergé.)
Prémare (Joseph-Ben ri), jésuite et missionnaire français. On ignore la date et le lieu de sa naissance. Arrivé en 1698 en Chine, il en étudia la langue avec tant de succès, qu'au bout de quelques années il se trouva en état de composer en chinois des livres estimés des nationaux eux-mêmes pour l'élégance du stvle. Ces ouvrages sont : une fie de saint Joseph, un Traité sur les attributs de Dieu, et le Lou Chou chi-i, ou le V éritable sens des six classes de caractères. Dans le dernier, il expose le système qu'il avait adopté avec quelques autres missionnaires, et qui tendait à faire venir des patriarches les premières connaissances des Chinois.
On retrouve l'influence des mêmes idées dans ses Recherches Sur les temps antérieurs à ceux dont parle le Chou- King , et sur la métaphysique chinoise, que de Guignes a publiées en tête de la traduction du Chou-King, par le P. Gaubil. La Notitia linguœ sinicx de Prémare, le plus important de tous ses ouvrages, présente dans les douze
mille exemples qu'il renferme, un traité de littérature chinoise presque complet.
Quant au dictionnaire latin-chinois que le même missionnaire avait composé avec le P. Hervieu, il paraît s'être perdu. Sa traduction du Tchao chi kou-cul, que Voltaire a imité dans son Orphelin de la Chine, est le premier échantillon du théâtre chinois qui ait été connu en Europe. Prémare mourut vers 1 73â.
Premontbé. Village situé à 4 lieues de Laon, dans le département de l'Aisne.
Il y avait autrefois dans ce lieu une célèbre abhaye, chef d'ordre des Prémontrés, fondée par saint Norbert, en 1120. Elle fut saccagée, en 1667, par les calvinistes. Reconstruite vers le milieu du dix-huitième siècle, elle ressemblait plutôt à une maison royale qu'à un monastère; on y voyait un escalier admirable par sa hardiesse et sa légèreté.
Une portion de cet édifice a été démolie et, en 1802, l'on a tiré parti de l'autre, en y établissant une verrerie, qui est devenue un foyer d'industrie très • productif pour les habitants de la contrée.
Préséance. Ce mot exprime le droit de se placer dans un ordre ou un rang plus honorable qu'un autre. L'usage a fixé de diverses manières cette sorte de distinction. Dans les marches où les corps se suivent, la place la plus honorable est la première, puis la seconde, la troisième, ainsi de suite jusqu'à la fin du cortège; dans celles où ils marchent de front , la place la plus honorable est à droite; il en est de même lors des assemblées. Dans une église, par exemple, la place à droite, en entrant au choeur par la porte de la nef, sera la plus honorable.
Il était de principe, en France, qu'a-
f>rès le roi et les princes de son siui^*, e clergé était le premier corps de l'Etat, et devait précéder tous les autres. C'était lui qui occupait le premier rang dans les assemblées des états généraux, et quand on nommait les trois ordres, on disait : le clergé, la noblesse et le tiers état.
Selon le jurisconsulte Domat, le premier de tous les ordres laïques était celui qui se consacrait à la profession des armes. Il avait pour cher le roi; pour
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membres, les princes du sang, les officiers de la couronne, les gouverneurs des rovinces et le corps entier de la nolesse. Le second était celui des ministres et de ceux que le prince admettait dans son conseil secret; suivaient ensuite six ordres, classés suivant l'importance des offices et professions; le dernier était composé des laboureurs, bergers, manouvners, etc.
Dans Tordre judiciaire, les parlements avaient la préséance sur toutes les compagnies; les présidents sur les simples conseillers; les premiers officiers de justice sur les premiers officiers de finance. C'était l'ordre de réception dans chaque tribunal qui déterminait le rang des juges entre eux. Dans l'ordre militaire, les corps de la maison du roi avaient la préséance sur les corps de l'armée. Aujourd'hui, la garde nationale a le pas sur les régimeuts. Elle occupe la droite dans les revues, et forme la tête de la colonne dans les défilés.
Les ambassadeurs près des puissances étrangères étaient très-jaloux d'avoir la préséance les uns sur les autres. Louis AlV ne souffrait pas qu'on la disputât aux siens. Une lutte engagée à cette occasion, à la cour d'Angleterre, entre l'ambassadeur de France et le baron de Vatteville, ambassadeur d'Espagne, aurait infailliblement amené la guerre entre les deux puissances, si le cabinet espagnol ne s'était soumis à faire des réparations. Sous le règne de Napoléon, les ambassadeurs français avaient partout le premier rang.
On mettait aussi au nombre des préséances l'honneur d'être nommé le premier dans un traité de paix, d'alliance, de commerce, et la France jouit longtemps de cet honneur-là. Depuis trente ans environ, pour éviter les réclamations et prévenir des difficultés qui pourraient devenir d'autant plus graves, que le sujet en serait plus puéril , on a pris le parti raisonnable de nommer en ces sortes d'occasions les puissances contractantes, suivant l'ordre alphabétique des noms qu'elles portent.
On plaçait encore dans la même catégorie le droit de recevoir la première visite, d'être salué avant un autre, etc. Le duc de Créqui, ambassadeur de France à Rome , fut. deux fois assiégé
dans son palais par la garde corse à laquelle s'était jointe la populace de la ville, et forcé d'abandonner le palais Farnèse qu'il habitait, pour s'être refusé à un ancien usage, suivant lequel les représentants des têtes couronnées rendaient la première visite aux parents du pape et à son premier ministre; outrage dont Louis AlV tira une vengeance éclatante et solennelle. Dans un lit de justice tenu par le même prince, Saintot, maître des cérémonies, après avoir salué le monarque, salua les princes du sang, ensuite les prélats, puis le parlement. Le premier président Lamoignon, qui prétendait que le parlement devait être salué après les princes du sang, dit : « Saintot, la cour ne reçoit « point vos civilités. »
Lors de l'établissement du gouvernement impérial, l'ordre des préséances dans les cérémonies publiques fut réglé par le titre 1er du décret du 24 messidor an xn. Le monument le plus remarquable en ce genre, est le procèsverbal du sacre et du couronnement de Napoléon, qui eut lieu le 11 frimaire an xiii, dans l'église métropolitaine de Paris. L'ordre qui fut suivi depuis, et celui qui s'observe aujourd'hui, se trouvent dans le procès-verbal du sacre et du cou ronnement de Charles X à Reims, et dans le compte rendit que publie deux fois par an le Moniteur, des réceptions qui ont lieu à la cour, lorsque les grands corps de l'État, dignitaires, fonctionnaires, etc., vont complimenter le roi à l'occasion de sa fête ou de la nouvelle année.