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MONTPELLIER FRANCE. MOXTPK5S1EB U

Sous lui , la ville de Montpellier fut le théâtre de plusieurs insurrections; et une guerre acharnée éclata , 1254 , entre les Marseillais et ses habitants, par suite de la rivalité commerciaJe des deux villes. La paix ne se fit qu'en 1257.

1276. Jacques II , fils du précédent.

11 s'allia , en 1281 , avec Philippe le Hardi et Charles Ier d'Anjou , et obtint que les appels des jugements de ses officiers de Montpellier relèveraient à la rour de France et non devant le sénéchal de Beaucaire. En 1293, dans le but d'augmenter encore son influence à Montpellier, Philippe le Bel acquit de levéque de Maguelonne la partie de cette ville nommée MontpeUieret, et y établit un siège de justice.

1311. Sanche, deuxième fils de Jacques II. Un vif débat s'engagea entre ce prince et les rois de France, relativement à la juridiction de Montpellier, débat qui ne fut terminé que sous Philippe le Long.

1324. Jacques III, neveu de Sanche, fit hommage à Philippe de Valois en 1331, le mécontenta ensuite gravement et fut contraint, en 1342, de lui faire un nouvel hommage. Ayant étédépouiilé de tous ses États par le roi d'Aragon, il alla trouver le roi de France à Avignon , au mois de juillet 1349, et lui vendit, le 18 du même mois, pour la somme de cent vingt mille écus d'or, payables en trois termes , les seigneuries de Montpellier et de Lates. En 1371 , Charles V céda a Charles le Mauvais , roi de Navarre, la seigneurie de Montpellier, en échange de Mantes, de Meulent , de Longueville et de quelques autres villes.

Après quelques difficultés, Charles le Mauvais en fut mis en possession, en 1372 ; mais son fils en fut dépouillé , en 1382. par Charles VI, qui la réunit ainsi irrévocablement au domaine de la couronne.

Montpellier (monnaie de). Raymond , comte de Melgueil , maria, en 1120, sa fille à Guillaume, seigneur de Montpellier, et une des conditions du contrat, fut qu'il lui céderait, pour un certain temps, la monnaie de Melgueil.

Plus tard, en 1197, ie pape Innocent III inféoda le comté de Melgueil à Guillaume Raymond, évéoue de Maguelonne, «eeje "droit qui y était attaché. Ce pré-

lat vendit, au seigneur et aux consuls de Montpellier , une partie de ce droit; mais ses successeurs en conservèrent l'autre partie jusqu'à la fin du treizième siècle, et ce lut seulement en 1272 que Jacques Ier, roi d'Aragon, seigneur de Montpellier, donna , sans restriction , aux bourgeois de cette ville, le droit de battre monnaie. Du reste, on ne connaît aucune espèce frappée à Montpellier avant le quatorzième siècle. Voici la description des seules pièces de cette ville qui soient connues: iACOfiVS dei g ha bex aragonv, entre grenetis; dans le champ, une croix à branches égales, aux quatre extrémités desquelles se trouvent quatre couronnes ;

-h DOMINYS MONTIS PESYLANI ,

entre içrenetis ; dans le champ , un écu charge d'un lambel à quatre pans, et au • dessous un tourteau. Cet écu est entouré par six arcs de cercle à l'intérieur desquels se trouvent de petites croisettes. Dubv attribue ces pièces à Jacques I": elles sont au moins de Jacques II, peut-être même de Jacques III.

Montpensier , aucien château du Bourbonnais (aujourd'hui du département de Puy-de-Dôme), érigé en duchépairie, en 1538, par François 1er. U fut démoli vers l'an 1634.

Montpensibb (Catherine - Marie de Lorraine, duchesse de), naquit en 1662 de ce duc de Guise qui, devant Orléans, fut assassiné par Poltrot de Méré : elle était donc sœur du Balafré, du cardinal de Guise et du duc de Mayenne. Elle fut mariée, à l'âge de dix-huit ans, à Louis II, duc de Montpensier. C'était une personne née factieuse, et Henri III qui , dit-on, s'était grossièrement moqué de son infirmité (*), n'eut pas d'ennemi plus acharné que la duchesse de Montpensier, qui, au dire de quelques auteurs, dirigea le poignard de Jean Châtel. Si de pareilles actions peuvent s'excuser par la veneance, on peut dire que la place que la uchesse du Montpensier occupa dans la ligue lui fut pour ainsi dire marquée par Henri III le jour où ce prince fit assassiner ses frères aux états de Blois. À partir de oe moment, on retrouve la duchesse de Montpensier dans toutes

nFJle était buiUu5*.

MONTPENSIEïl

L'UNIVERS

MOKTPENSIER

les conspirations qui se tramèrent contre le roi. Des prédicateurs peut -être gagés, et certainement encouragés par elle, prêchèrent publiquement le régicide et la révolte; le roi faillit être enlevé par les amis de l'audacieuse duchesse, qui, n'aspirant à rien moins qu'à le faire déposer et enfermer dans un cloître, comme il arriva souvent aux rois des deux premières races , portait à sa ceinture des ciseaux d'or qu'elle destinait, disait-elle, à tondre frère Henri de Falots, à lui faire sa troisième couronne (les deux premières étaient la couronne de Pologne , qu'il avait portée quelques instants, et celle de France) , une couronne de moine.

Instruit de ses intrigues et de ses propos, le roi lui fit intimer plusieurs lois, mais vainement, l'ordre de quitter Paris. Au contraire, la duchesse affectait alors de se montrer à la cour, et, dans ce lieu même où le sort de ses frères aurait dû lui apprendre ce qu'elle pouvait craindre, elle manifestait sa joie et son exaltation à chacune des victoires que remportait sur les troupes royales 1 armée des ligueurs, alors commandée par son dernier frère , le duc de Mayenne.

Lorsqu'enfin Henri III mourut assassiné, l'implacable duchesse, n'essayant même pas de cacher sa joie féroce, sauta au cou de l'homme qui lui annonça cette nouvelle ; puis, s'étantenqui se des circonstances de la mort du roi, elle s'écria, dit-on : « Je ne suis marrie « que d'une chose, c'est qu'il n'ait pas « su, avant de mourir, que c'est moi qui « ai fait le coup. » Paroles horribles, que rien ne peut excuser, surtout dans la bouche d'une femme, et qui, si elles avaient été proférées, ce qui n'est pas bien prouvé , ne pourraient laisser aucun doute sur la part qu'eut la duchesse dans l'action de Châtel. Mais , quoi qu'il en soit de ces paroles, le reste de la conduite de madame de Montpensier ne semble pas les démentir. Dès qu'elle a appris la mort du roi, montant en carrosse avec la duchesse de Nemours, sa mère, elle parcourt les rues de Paris en criant : Bonne nouvelle!

Puis , distribuant des écharpes vertes aux passants, elle se fait un des chefs du parti de la ligue, recommande aux

Parisiens de tenir bon contre Henri IV, qui va les assiéger, et, pour les encourager, refuse de sortir elle-même de la ville, où elle supporta , avec un héroïque courage, toutes les privations du

siège.

Le désespoir de la duchesse de Mont-

{>ensier fut grand quand elle apprit que es portes avaient été ouvertes au Béarnais ; on dit qu'elle demandait à ceux qui l'entouraient de la délivrer de la vie en lui donnant un coup de poignard dans le sein, et qu'elle ne se calma qu'à grand'peine.

Cependant le galant et politique Henri IV ne fut pas plutôt entré dans la capitale qu'il envoya saluer et complimenter la duchesse, et, comme s'il eut ignoré ses sentiments et sa conduite à son égard , il la lit assurer d'une protection particulière, l'engageant à se trouver le soir même à la grande réception qui devait avoir lieu au Louvre. Madame de Montpensier se rendit à cette invitation; le roi la reçut de son mieux, et, après avoir joue aux cartes avec elle, il se mit à parler du siège, et lui demanda ce qu'il lui semblait de la reddition de la ville et de le voir lui-même dans Paris. « Je n'eusse désiré qu'une seule «chose, répondit la rusée duchesse, « c'est que M. de Mayenne, mon frère, « vous eût abaissé le pont pour y en* ■ trer. » Henri IV, qui savait à quoi s'en tenir sur la bonne volonté de l'un et de l'autre, ne put s'empêcher de répondre vivement : « Ventre saint- « gris ! il m'eût fait possible attendre «longtemps, et je ne fusse pas arrivé « si matin. »

Après l'avènement de Henri IV, la duchesse, effrayée de ce que le parlement voulait faire rechercher, aisaiton, tous les auteurs des désordres commis pendant la ligue, s'enfuit de Paris; mais elle y revint au bout de quelque temps, complètement rassurée par l'impunité que l'habile Henri IV assurait à des ennemis trop nombreux pour qu'il espérât les saisir tous , et qui d'ailleurs semblaient se réconcilier réellement à son gouvernement.

La duchesse de Montpensier mourut à Paris le 6 mai 1596. L'Kstoile , dans son journal, n'oublie pas de remarquer que, la nuit de sa mort , il fit un épou-

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•antable orage, qui devait avoir çrand rapport à son esprit malin, brouillon et ttmpêteux.

Moxtpensibr (Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de), connue sous le nom de Mademoiselle , naquit au Louvre en 1627, de Gaston, duc d Orléans, frère de Louis XIII, et de Marie de Bourgogne, duchesse de Montpensier.

La jeune duchesse se trouvait, par les biens que lui avait laissés sa mère, la plus riche princesse de l'Europe; elle était douée de bonté, d'intelligence et (Tune gaieté naïve naturelle aux enfants, oui souvent égayait les tristes loisirs de lenouyeuse cour de Louis XIII : cette enfant était donc l'idole de la famille royale, lorsque la reine devint grosse après une longue stérilité. Convaincue qu'elle portait un prince dans son sein, Anne d'Autriche «lisait souvent à sa jeune favorite : « Vous serez ma belle- • fille, » jetant sans s'en douter, dans cette jeune âme, les germes de l'ambition et de l'orgueil , qui plus tard ternirent l'éclat des brillantes qualités de Mademoiselle.

Sous la régence d'Anne d'Autriche, et tant que dura la paix qui signala les premières années de cette régence. Mademoiselle brilla à la cour, où elle tenait le premier rang après la reine.

Devenue femme, et lorsqu'elle dut détourner ses yeux du .monarque enfant, elle les 'fixa tour à tour sur deux princes souverains, le roi d'Espagne, Philippe IV, et l'empereur Ferdinand 171 ; ces deux mariages, projetés par la jeune fille, n'eurent de suite ni I un ni l'autre. Mazarin prétendait qu'ils étaient contraires à la raison d'Etat, et voulait la marier au prince de Galles , depuis Charles II. L'orgueilleuse princesse refusa cette union. Elle n'avait pas plus de vingt ans alors; mais déjà, comme elle le dit elle-même, les qualités de la personne ne devaient entrer pour rien, a ses yeux , dans le choix d'un époux, et elle ne considérait les divers établissements qui lui étaient présentés que sous le rapport de la vanité ; singuliers commencements , il faut en convenir, pour celle qui devait, dans l'âge de l'ambition, devenir la femme, peut-être même la maîtresse, d'un cadet de fa-

mille, n'ayant d'autre fortune que la

cape et l'épée.

A vingt ans, et contrairement au désir de son père, du ministre et de la régente, elle se mit à négocier, en secret, son mariageavec un archiduc d' Autriche, et, interrogée sur ces faits par un conseil privé composé de ces trois personnes si haut placées, elle se montra si impertinente dans ses réponses, qu'on fut obligé de la renvoyer comme elle était venue, pour n'avoir pas trop à punir. Cependant toutes ces contrariétés irritèrent la jeune fille, et elle fut des premières à prendre parti contre le ministre, lorsque éclatèrent les troubles de la fronde.

Mais, au milieu de ces troubles, l'ambitieuse princesse ne quitta pas sa marotte , et , visant toujours à quelque alliance royale , elle se mit en tête d'épouser le roi de Hongrie, fils de l'empereur d'Allemagne, projet qui échoua comme avaient échoué tous les autres.

Cependant les frondeurs, dès l'origine de la rébellion, comptaient sur mademoiselle de Montpensier, qui sans doute s'était fort avancée avec eux , h tel point que, lorsqu'en 1649 elle dut quitter Paris pour suivre la cour à St- Germain, les révoltés, qui retinrent les équipages du roi et de la reine, lui renvoyèrent les siens ; distinction qui eut cet effet de fialter d'autant plus la princesse qu'elle outrageait davantage la reine, dont elle croyait avoir à se venger.

Charles I*r étant mort , son fils , exilé, lui succédait au moins nominalement; l'ambitieuse princesse, pleine de l'esprit romanesque de l'hôtel Rambouillet, dont les ouvrages de mademoiselle Scudéry étaient à la fois les promoteurs et la peinture fidèle, voulut renouer l'union jadis rompue, ne doutant nullement qu'à l'aide de ses grands biens, qu'elle était décidée a vendre, et avec les secours que la cour de France ne pourrait lui reruser, disait-elle, son époux ne remontât bientôt sur le trône de ses pères. Ce nouveau projet n'eut pas plus de suite que les autres, et fut bientôt abandonné par mademoiselle de Montpcnsier. L'impératrice d'Allemagne était morte sur ces entrefaites, et Mademoiselle avait songé à renouer,

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avec l'empereur, les négociations jadis entamées. Tout cela, du reste, se passait secrètement, à l'insu du cardinal, de la reine, et même du duc d'Orléans, père de Mademoiselle.

La cour étant revenue à Paris, Mademoiselle y rentra avec elle, toujours hostile au cardinal et à la reine, et adressant en toute occasion à celle-ci des mots piquants qui faisaient moins d'honneur a son esprit qu'ils ne faisaient de tort à son cœur. Elle fut pourtant du voyage que la cour fit à Bordeaux dans le ' but de pacifier le Midi ; mais , à peine de retour à Paris, apprenant que son mariage avec l'empereur était défi* nitivement rompu , et attribuant à Mazarin ce nouvel échec matrimonial, elle entra plus avant que jamais dans la fronde , y prenant rang dans la faction la plus aristocratique, \e parti des princes. Les dernières scènes de In fronde se passèrent presque tout entières dans les provinces, où la plupart des princes s'étaient rendus ; mais Mademoiselle était restée à Paris pour exciter son père à faire quelques efforts en faveur du parti. Faible et indécis comme il l'était, Gaston regarda comme un grand acte de courage de lever quelques troupes , dans le temps même ou tous les princes avaient sur pied des armées considérables; il donna le commandement de ces troupes au duc de Reaufort.

Cependant il était très-important pour les frondeurs que la principale ville de l'apanage du prince, Orléans, ne frit pas au pouvoir de la cour. Jusque-là cette tille avait su, conservant son indépendance, ne se livrera aucun parti, et elle voulait rester ainsi indépendante, lorsque Mademoiselle s'en empara par un audacieux coup de main. Dans cette singulière expédition , et comme pour en augmenter la bizarrerie, la duchesse de Montncnsier eut pour maréchales de camp les comtesses de Fiesque et de Frontenac. Après ce romanesque exploit, l'héroïne resta quelque temps maîtresse de la ville.

Un exploit non moins fameux de Mademoiselle eut lieu pendant le combat du faubourg Saint-Antoine ( 2 juillet 1652 ). Paris était en rumeur, le peuple s'ameutait et demandait des armes pour aller au secourt du prince de Coudé ,

vigoureusement attaqué par Turenne.

La duchesse sollicite son père de se déclarer pour le prince; elle l'ii arrache l'ordre de laisser entrer les blessés, puis court à l'hôtel de ville, et force le conseil à détacher 2,000 hommes sur la porte Saint-Antoine. Sortant alors ellemême, elle traverse les rues avec un bouquet de paille, signe distinctif des frondeurs, et criant : « Que ceux qui ne « sont pas mazarins prennent la paille ; « sinon ils seront saccagés ; » elle fait tant qu'en peu d'instants la ville se trouve déclarée contre le roi. Bientôt la fougueuse héroïne se jette dans la Bastille , où , munie d'une lettre de son père, elle fait tirer le canon sur les troupes rovales; ce qui fit dire à Mazarin t qui savait que le but de la princesse était, en se rendant utile ou redoutable, d'arriver à épouser le jeune roi : « Voilà un coup de canon qui vient de « tuer son mari.»

Deux jours après, Paris étant en complète insurrection , le peuple avait mis le feu à l'hôtel de ville , et Mademoiselle lit tout ce qui était en elle pour étouffer la sédition; conduite généreuse de laquelle on ne lui tint nul compte lorsque les frondeurs , abandonnés du peuple, furent enfin vaincus. Elle dut alors quitter les Tuileries, où elle avait presque trôné durant la rébellion , et craignant d'être arrêtée, elle se réfugia d'abord chez une amie à Paris, et ensuite à la campagne , où elle resta cachée jusqu'au jour où elle eut fait sa paix , non aux conditions qu'elle avait espérées, mais en vaincue, heureuse de recevoir la grâce qu'on daignait lui accorder. Là se termine la carrière politique de Mademoiselle , qui , dans ses revers, ne trouva que douleurs auprès de son lâche père, qui l'accusait , non sans quelque raison, de leurs communs désastres.

Livrée avec passion à l'étude dans son beau château. de Saint Fargeau, elle n'abandonnait, quelque retirée qu'elle partit, ni ses anciennes idées, ni ses intrigues matrimoniales ; cherchant un trône, qui seul pouvait contenter son ambition . un mariage d'inclination lui paraissant encore alors la plus haute folie qu'une femme pût faire.

Rentrée en faveur à la cour, puis dis-

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graciée de nouveau, et enfin rappelée, en 1600, elle semblait un peu dégoûtée des hautes unions, et avait refusé tour à tour Charles It, roi d'Angleterre, déclarant qu'elle croirait indigne d'elle d'accepter la main d'un monarque qu'elle avait repoussé lorsqu'il était dans l'adversité; puis le roi de Portugal, Alphonse-Henri , auquel elle ne put passer ses crapuleuses débauches , qui , à quelque temps de là , le firent déposer.

Elle était enfin arrivée à 40 ans, âge où d'ordinaire les femmes abandonnent tout ce qui ressemble à de la galanterie , lorsqu'elle remarqua à la suite du roi , pendant la campagne de 1667, un cadet de bonne famille, brave comme un homme qui a sa fortune à faire ; téméraire comme un enfant , quoiqu'il n'eût pas inoins de trente-cinq ans; du reste, homme à bonnes fortunes, et on ne peut plus g,1té par les femmes. Ot homme était Puy Guilhem, depuis dnc de Lauzun , dont Saint-Simon nous a laissé le portrait suivant : « Cétait un petit homme blond , bien fait dans sa taille, de physionomie haute et d'esprit , mais sans agrément dans le visage; plein d'ambition, de caprices et de fantaisies; envieux de tout, jamais content de rien , voulant toujours passer le but; sans lettres , sans aucun ornement dans l'esprit; naturellement chagrin, solitaire, sauvage; fort n >ble dans toutes ses façons, méchant par nature, encore plus par jalousie; toutefois bon ami quand »l voulait l'être : ce qui était rare; volontiers ennemi, mène des indifférents; habile à saisir les défauts, à trouver et à donner des ridicules; moqueur impitoyable; extrêmement et dangereusement brave; heureux courtisan; selon l'occurrence, fier jusqu'à Pinsolence et bas jusqu'au valetage; et, pour le résumer en trois mots , le plus hardi, le plus adroit et le plus malin des hommes. » C'est de l'original de ce beau portrait que Mademoiselle devint éperdument amoureuse 6 l'Age de quarante ans , comme nous l'avons déjà dit.

Lauzun était trop homme à bonnes fortunes pour ,ne pas s'apercevoir bientôt de la passion qu'il inspirait ; il était trop amhitieux et trop habile pour ne pas songer à en tirer parti,

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et il crut que le meilleur moyen pour réussir dms cette délicate occurrence était d'employer le manège des coquettes. Ce stratagème lui réussit; la respectueuse froideur qu'il affectait enflamma de plus en plus la princesse, qui ne tarda pas à lui offrir sa main, se chargeant de faire elle-même toutes les démarches nécessaires pour mener à fin un mariage qu'elle désirait de toute In force de sa volonté. D'abord, le roi donna son consentement, par affection pour Lauzun , au moins autant q-ie par complaisance pour la princesse, et le contrat , qui assurait à un pauvre cadet de famille une fortune de plus de vingt millions et en faisait un des plus grands seigneurs de l'Europe, fut promptement dressé. Cependant, Lauzun perdit beaucoup de temps dans de misérables préoccupations «le vanité ; et le roi , influencé par la reine et surtout par madame de Montespan , ennemie personnelle de Lauzun , retira sa permission peu d'heures avant le mariage.

Le désespoir de la princesse fut grand à cette nouvelle; cependant on croit généralement, et quelques passages de ses Mémoires semblent le confirmer, qu'elle ne courba la tête qu'en apparence, et que, passant outre, elle épousa secrètement le duc de Lauzun. Mais ce mariage secret est place par beaucoup d'auteurs après et non avant l'emprisonnement de celui-ci . Quoi qu'il en soit , Lauzun, qui d'abord avait reçu avec respect la défense du roi, n'eût plus qu'une idée , connaître et confondre les ennemis qui l'avaient desservi dans le cœur du monarque. Il ne tarda guère à soupçonner madame de Montespan , qui se proclamait hautement son amie; et pour vérifier ce qu'il supposait, il s'introduisit un jour clandestinement chez la marquise à une heure où le roi y devait venir, et , tapi sous le lit , écouta une longue conversation dans laquelle madame de Montespan ne le ménagea pas. Le monarque fut à peine sorti, que Lauzun, oubliant toute retenue , quitta sa cachette et vint accabler de reproches la perfide marquise.

Celle-ci instruisit presque immédiatement le roi de cet outrage , et, dès le lendemain, Lauzun, arrêté par lettre de cachet , fut conduit prisonnier à Pignerol.

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La douleur de Mademoiselle fut profonde , et elle n'essaya même pas de la cacher. Pendant dix années, elle essaya en vain de fléchir la colère du roi , animé sans cesse par madame de Montespan ; mais au bout de ces dix années, elle racheta la liberté de celui qu'elle aimait, au prix d'un énorme sacrifice, la duchesse de Montespan ayant exigé, pour prix de sa toute -puissante intervention, le comté d'Eu et la souveraineté de Dombcs pour un de ses (ils, le dtic du Maine. En rendant la liberté à Lauzun , le roi fit dire à la princesse qu'il ne permettrait jamais un mariage public, mais qu'il fermerait les veux sur un mariage secret. Cette condition de mariage secret ne faisait , non plus que la diminution de la fortune de Mademoiselle, le compte de la vaniteuse ambition de Lauzun. qui accabla de reproches et traita avec la plus noire ingratitude ia malheureuse princesse.

Joueur, libertin , brutal , il n'est sorte de chagrins qu'il n'infligeât à cette femme trop fière et trop emportée pour les subir sans se plaindre, et il parait que souvent les deux époux en vinrent même aux coups. Enfin , leurs disputes, sans cesse renouvelées , aboutirent à une séparation, qui eut lieu en 1685.

Mademoiselle, qui avait alors 58 ans, se jeta tout à coup dans !a dévotion la plus profonde et la mieux sentie, s'efiorçant de vaincre par l'humilité l'orgueil et la violence de son caractère, causes premières de tous les maux de sa vie. Elle mourut, enfin, accablée de douleurs et d'infirmités, le 5 mars 1693, ;lgée d'un peu moins de 66 ans. Avant de mourir, elle révoqua le testament qu'elle avait fait en faveur de Lauzun. Elle refusa aussi constamment de le voir, quoiqu'elle assurât qu'elle lui pardonnait. Elle avait institué le duc d'Orléans , frère de Lo^is XIV, son légataire universel, affectant à des legs

f lieux une somme de deux cent mille ivres. Elle avait, du reste, fait de son vivant une assez belle part à Lauzun, en lui donnant le duché de Saint-Fargeau et la baronnie de Thiers.

On dit que de son union secrète mademoiselle de Montpensier avait eu une fille; mais ce fait, avancé par Anquetil, ne nous semble pas assez prouve pour

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