‹ France et RhinChapitre 19 sur 30 · BELGIQUE · texte numérisé non relu

BELGIQUE

Climat. De quelques degréis, un ou deux, plus humide et plus froid que celui de Paris, plus nuageux, plus pluvieux, plus variable, dans la même proportion, ce qui suffît pour apporter une notable différence dans les habitudes, l'état hygiénique et le tempérament.

Le vent de la mer à Ostende^ Bruges, Anvers, est très froide très dangereux pour les étrangers, et désagréables aux indigènes.

La Belgique, la Hollande surtout, se rapproche de l'Angleterre.

En Belgique l'usage régulier, même pour les femmes, d'un peu de liqueur, eau-de-vie de grain et genièvre, est salubre; en Hollande, c'est une nécessité. Il est remarquable que dans ce dernier pays, la bière est de peu d'usage pour le peuple ; boisson trop faible ; on boit le genièvre à grands verres, et le genièvre tue, peut-être plus encore par l'effet des oxides de cuivre que par la vertu de la liqueur môme.

Tous les produits du sol en Belgique, par Teffet du refroidissement, sont de qualité inférieure à ceux de France, bien que 1 agriculture dans les Flandres soit fort supérieure : blé, légumes, fourrages, par suite, beurre, lait et viandes.

Cette influence du climat est la cause première, selon moi, qui, faisant de la population des Pays-Bas hollando-belge, une population 5tei generisy empêche la fusion du pays avec la France, et produit une résistance qui,

servie par Topposition, tantôt germanique, tantôt anglaise, tantôt autrichienne, a toujours fait échouer les tentatives d'incorporation.

Le pays wallon ne saurait même être excepté. Les Flamands ont beau traiter les Wallons de fransquillons , et ceux-ci se donner des allures françaises, les patois wallons ont beau se rapprocher beaucoup aussi des patois du genre français et suisse ; l'influence du climat et de la race germanique a déteint sur la nation ; et si parfois elle a montré des dispositions à un rapprochement français, elle en a montré de pareilles pour l'Autriche, . TEspagne. Il y a encore des sympathies autrichiennes assez nombreuses en Belgique. Elle a souvent fait cause commune avec les Flamands contre les Français, et notamment contre les ducs de Bourgogne. Au fond cette population veut être à elle-même; s'il existe çà et là. des partisans de la réunion, ce sont gens qiii sont miis par des intérêts particuliers de commerce, des traîtres industriels ; ou

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des gens qui, comme en France, se laissent séduire à des utopies ethnographiques et politiques.

Entre certaines villes de Flandre et pays wallons, les traits du visage semblent démentir la différence indiquée par la langue : le tempérament du Liégeois ne me semble pas du tout gaulois; c'est une race qui a désappris la langue de ses pères. Généralement, Flamands et Wallons se ressemblent par le flegme, la stature plus forte que celle des Français, etc.

Entre Flamands et Hollandais, il y a la

*méme différence qu'entre Bourguignons et

Franc-Comtois et Bressands; entre F'iamands

et Wallons, elle est moindre qu'entre Bretons

et Provençaux.

Villes frontières, comme toujours, caractère indécis.

Ce qui trompe l'observateur est une manie d'imitation de la France, très prononcée en Belgique, malgré Tantipathie professée généralement, et avec une certaine ostentation, pour notre pays. La prépondérance croissante

NOTSS ST FRAGMENTS. 147

de la langue française est la cause première de cette imitation ; puis le luxe et la toilette des femmes, la mode. Un jour viendra peutêtre où le vieux flamand n'étant plus parlé, on n'apercevra plus aucune diflerence entre Flamands, Wallons et Français.

Les petites nations ne savent point éti«e elles-mêmes, ne paraissent pas même y tenir sérieusement, quelque intérêt qu'elles aient à conserver leur indigénat, et quelque prétention quelles affichent à cet égard.

Une preuve de ce que j'avance est celle-ci :

La Belgique jouit de toutes les libertés imaginables, des libertés réputées les plus dangereuses, et que tous les gouvernements français se son t empressés à l'en vi de détruire: liberté de la presse, journal à un sou, douze francs par an ; liberté d'association, liberté de réunion.

Il existe douze ou quinze cents associations de chant en Belgique.

Il ; a des sociétés de toute espèce, et pour les plus futiles prétextes.

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Bruxelles contient cinq ou six cents estaminets, qui chaque soir deviennent autant de petits clubs.

Tout cela n'est qu'à la superficie. Il n y a pas une presse belge. Leurs journaux remplis de littérature d'importation, de correspondances parisiennes.

En religion, le parti anticlérical, datant à peine de quinze ou vingt ans, en est au voltairianisme pur, transitant au doctrinarisme de MM. Cousin, Thiers et du concordat.

En politique, régime constitutionnel, parlementage et petite intrigue.

Les Belges n ont rien compris au mouvement social de février 1 848 et aux événements qui en ont été la conséquence directe et indirecte. La bourgeoisie est conservatrice, sensuelle, avide et corrompue comme la nôtre; la plèbe sommeille, mais contient çà et là des ferment d'une haute portée.

Les Belges, à l'heure qu'il est, ont pris le rétablissement de l'empire pour un retour aux gloires de 1804; ils n'ont pas vu que

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c'était un expédient de circonstance ni plus ni moins que l'élection de Louis-Napoléon en 1848, pour combattre les idées nouvelles.

Bien plus, partageant, en majorité, toutes les passions réactionnaires de 1848 et 1852; ayant applaudi au coup d'État; tremblant chaque jour à la moindre manifestation de la plèbe gantoise, livrés enfin à toutes les insipidités du régime constitutionnel et parler mentaire, aussi rapidement dégénéré chez eux que chez nous ; ils ne s'aperçoivent pas qu'ils sont dans la condition prochaine du despotisme, ni plus ni moins que la France de 1847.

Les hommes éclairés, les hommes qui dès 1851 ont formé en Belgique un noyau républicain, quelques socialistes, sentent fort bien la situation et en conviennent.

Le reste se pavane dans l'admiration du caractère belge, inaccessible, pensent-ils, au despotisme comme à Futopie.

Le caractère belge, formé par le climat et de loBgues habitudes, n'est pas le ndtre. Il

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tendra toujours à se distinguer de nous ; et si la réunion s'opérait aujourd'hui par la force, comme en 1795, les Belges saisiraient la première occasion de proclamer leur indépen* dance.

On Ta vu en 1814 et 1815, lors de la dernière coalition, à Waterloo, tandis que Napoléon lançait ses proclamations aux peuples des Pays-Bas, les Belges combattaient sous le prince d'Orange, avec les Hollandais et les Anglais. Ils en parlent avec orgueil*

Essai de théâtre flamand, à Bruxelles, au Parc; pas réussi. Tout ce qui aspire à l'élégance, au bon ton, aux mœurs comme il faut, abandonne la langue au peuple, et, chose singulière, le gouvernement, qui semblerait devoir résister à ce courant, le favorise. J'ai entendu dire que les fils du roi savaient à peine le flamand.

Les Belges, en général, Flamands et Wallons, après avoir vu avec une grande méfiance l'intervention française en Italie, ont applaudi au mouvement italien, voire à l'unitarisme.

sans s'apercevoir que cette révolution pouvait devenir le commencement d'une refonte de l'Europe, dans laquelle disparaîtrait la Belgique.

Même inconséquence qu'en France.

Us veulent l'unité de l'Italie, mais non pas la reconstitution du royaume des Pays-Bas ; ils appuient la reconstitution des nationalités polonaise et hongroise, sans autre raison que la considération d'eux-mêmes ; nation petite, mais indépendante, et jusqu'à certain point libre, bien qu'incapable d'user largement de la liberté.

Leur politique est le plus souvent la politique anglaise.

Il y a parmi eux une école de libre échange, qui ne m'a paru comprendre nettement ni le principe du libre échange ni sa portée. Au reste, les libres échangistes belges ne sont ni plus ni moins absurdes que les libres échangistes des autres pays ; ils s'adressent à une catégorie, ils sont réfutés par une autre catégorie ; ils ne se gênent point, à l'occasion.

18« NOTBS ET flAGMBOTS.

pour tordre le principe, quand ledit principe est par trop hostile aux intérêts établis.

M. Prère-Orban a fait un coup de politique plein d'audace ; il a réussi à force de sophismes dans Yabotition des octrois.

Au lieu de remplacer la recette des octrois par une contribution locative , ou toute autre analogue propre à la ville, il a porté le budget des villes, au nombre de 78, au compte de l'État. Le fait accompli , il sera fort difficile d'en revenir; en sorte que le gouvernement belge a acheté d'un coup 78 villes belges.

Une conséquence, plus ou moins éloignée de cette abolition, sera de mettre les villes dans une dépendance plus grande du pouvoir.

Les villes n'ont plus de finances, puisqu'elles n'ont plus de revenus; elles peuvent être administrées par commission avec plus de raison et beaucoup mieux que les villes de l'empire français. C'est un pas vers la centralisation gigantesque. La majorité des Belges a été complice du ministre. On ne citerait pas, je crois» dans les annales parlementaires

de toutes les nations, un fait de corruption aussi formidable.

Beaucoup de gens s'attendaient, l'octroi aboli, à une diminution proportionnelle du prix de tous les objets qui se vendaient en ville. Il n'en a rien été; les prix se sont universellement maintenus, en sorte que la remise des droits d'octroi a été un cadeau pour ceux qui étaient censés les payer. Le paysan, voyant cela, a élevé le prix de son bétail, argumentant de l'avantage procuré aux villes par l'abolition des octrois ; le boucher a élevé le sien en conséquence, si bien qu'en dernière analyse la suppression de l'octroi a plutôt amené la cherté que le bon: marché, en grevant les masses des campagnes.

Le Belge se pique d'être avant tout un esprit pratique, et de se moquer judicieusement des théories. Il ne faut pas prendre au sérieux cette jactance. Le Belge n'a l'esprit ni plus pratique ni moins spéculatif que les autres nations ; on pourrait même dire que sa pratique est plus souvent qu'ailleurs de la pure

routine. Quant à lesprit, il fournît autant d'inventeurs, de perfectionneurs, de spéculateurs, que les autres. En philosophie, les Pays-Bas ont produit Spinoza, nourri Descartes, créé Grotius, Jansénîus, etc., etc.

Le fait est que la masse du peuple aime peut-être plus qu'ailleurs à se reposer dans ses habitudes, et à n'en point changer. Le peuple est routinier dans son industrie et assez laborieux dans sa routine.

C'est, je crois, à cette inertie spéculative chez les masses qu'il faut attribuer les dispositions artistiques si remarquables chez les peuples des Pays-Bas. Ce que l'on ne donne pas à la philosophie, à la politique, à la mode^ à l'innovation incessante, on le reporte sur la rêverie idéaliste. — La France n'a point fourni d'école de peinture comparable à celle des Pays-Bas.

Les Belges chantent comme ils fument^ comme lès Orientaux prennent le haschich et l'opium.

Vanité très faible chez le Belge; bonhomie.

sociabilité. Très sensible seulement , si on a l'air de se moquer de lui, et gardant rancune aux mauvais plaisants.

Sexe amoureux, constitué pour la génération, provoquant, médiocrement délicat. Peu de figures de vierges. Petites filles de dix à douze ans insolentes. Je crois que la femme mariée est meilleure que la jeune fille.

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