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LIMITES NATURELLES DE LA FRANCE

Ce qu'on appelle limiteou frontière naturelle entre deux nations est chose littéralement imperceptible, sauf des exceptions assez rares, telles que la Manche, la Méditerranée, locéan Atlantique, ou bien encore les hautes chaînes de montagnes, Pyrénées et Alpes : encore ces dernières sommités ne forment-elles pas toujours de vraies séparations.

D'abord, les nationalités ne se distinguent pas franchement sur le sol les unes des autres : les distinctions procèdent par nuances imperceptibles, et ce n'est qu'à de grandes distances et après de longs siècles que l'on finit par

trouver des différences marquées. Si la langue est parfaitement distincte aujourdhui entre Paris et Amsterdam, on ne peut pas dire qu'il en ait été de même, il y a deux mille ans, entre tel village du Brabant et tel autre du Tornésis.

Voilà un premier point : c'est la politique^ qui en formulant des groupes artificiels, éloignés, et créant des langues centrales, est venue marquer les différences.

Pour juger, donc, à quel groupe se réfère une population douteuse^ il faut examiner de quel côté elle incline de préférence, chercher son objet d'attraction, son pivot orbitaire.

Or, en prenant ce principe, que la nature indique elle-même, par une sorte de nécessité mécanique et climatérique, on trouve que les populations tendent à se grouper d'après la délimitation des bassins qu elles habitent; en sorte que leurs limites naturelles, ethnographiques^ linguistiques, climatériques y économiques, seraient placées juste au point de partage des plateaux, où prennent leur source les cours d'eaux.

Appliquant ce principe à la contrée <}ue les Romains nommaient les Gaules^ voici ce que je trouve :

Du côté de la Manche, et de l'Océan, et de la Méditerranée, la question n est pas douteuse : il y a là des barrières infranchissables, et qui ne peuvent faire la matière d'une confusion ou d'^n conflit.

Mais les Pyrénées offrent déjà des doutes, noalgré leur élévation .

Je n'examine pas ici si les Vascones peuvent être considérés comme des Gaulois : ils n'en sont pas, puisque cette partie de la Gaule parait avoir été originairement peuplée par des autochtones pyrénéens, et que l'on peut soutenir que le bassin entier de la Garonne, celui de TAdour, et de leurs affluents, ne font point primitivement partie delà Gaule. Mais passons : admettons que ce bassin ait dû > former une partie de la Gaule (1).

(1) Basques de France et basques d'Espagne, identiques. Hautes-Pyrénées et Catalogne ou Aragon, identiques.

La chaîne alpine peut être considérée encore comme une frontière naturelle, mais avec celte réserve, que les habitants de ce pays montagneux (Suisse française, Savoie, Piémont) sont impossibles à distinguer d^s Gaulois, leurs voisins : tous parlant la mén^e langue, le môme patois.

C'est encore pis pour le Jura, dont les deux versants n'ont aucune dissemblance, que celle de la religion, et sont entièrement uniformes..

C'est surtout la frontière du nord et de lest qui offre des difficultés. Ici plus de mer, plus de haute chaîne, qui puissent donner prétexte d'affirmer une frontière naturelle. Le pays est plat, ou d'une hauteur médiocre, si bien que les races ont pu se pénétrer.

Voici les conclusions auxquelles on arrive pour les Gaules (France actuelle). Ces conclusions peuvent servir de règles générales pour tout pays :

1. On peut considérer comme population homogène, distincte, et jusqu'à certain point autochtone, par conséquent comme popula-

tion destinée parla nature des lieux, le climat, la langue, etc., à former un État ou cité, toute population comprise dans un bassin défini.

Ainsi : 1"* l'Adour; 2° la Garonne; 3^ tout le bassin maritime de lembouchure de la Loire à celle de la Garonne, sous le plateau de Gâtine, et comprenant les bassins secondaires de la Charente, de la Vendée, etc.; 4^ les bassins d'IUe-et-Vilaine et Rance , depuis l'embouchure de la Loire à Avranche, Coutances; 5"" le bassin de la Seine et de ses affluents, depuis Cherbourg, Saint-Lô, jusqu'à ***(?) et au plateau de Langres ; 6° le bassin de la Loire et ^e ses affluents jusqu'au plateau de la Beauce ; 7^ le bassin de la Saône, depuis les Vosges jusqu'au Jura; 8"" le bassin du Rhône; 9Me bassin de Y Aude; 10^ le bassin de la Somme; 11^ le bassin de la Durance; 12° le bassin de la Rance (Bretagne septentrionale).

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