VALEUR SENTIMENTALE DE LA CATHEDRALE
à la Couronne, voulut aussi posséder sa cathédrale a la mode de P rance ; mais ici encore les habitudes méridionales transformèrent le style du Nord ; les contreforts ne se détachent pas du mur pour porter des arcs-boutants, et le toit plat remplace les combles élevés (fig. I 1 9). La cathédrale gothique est bien un produit d'Ile-de-France. Elle s'harmonise merveilleusement a ce ciel ou elle est née, soit que le brouillard enveloppe sa haute masse, ou que le soleil détaille les fioritures de pierre grise sur la façade lavée par les pluies d'hiver qu'elle offre à l'Occident. Elle est aussi un produit urbain, le monument communal par excellence ; elle enfermait l'àme de la cité ; elle plongeait au milieu des maisons blotties sous ses arcs-boutants ; les hommes ne l'isolaient pas sur un
sommet ou sur une place vide ; ils aimaient à circuler autour d'elle,
dans les petites rues serpentant à ses
pieds ; par-dessus les pignons des maisons de bois, ils voyaient filer vers le
ciel ses faisceaux de nervures, et sa
silhouette entière se terminer en pointes innombrables. Ce sont les tours et
les flèches, dominant la forêt des toitures, qui donnent à chaque cité sa
physionomie particulière, quand de
loin on la contemple, ceinturée dans
ses remparts. Encore aujourd'hui, ces
cathédrales sont restées les monuments
typiques des villes de France : les
gens des communes n'ont pas laissé
là seulement des témoignages d'une
foi héroïque, ils ont a jamais fixé des
physionomies urbaines ; ces vieilles
pierres, plus que jamais, attirent et
retiennent des pèlerins fervents.
Fig. 124. — La Visitation
tympan de droite,
façade occidentale
DE Chartres.
(Clichë Mieusemcnt.)
FiG. 125. — Portail gauche