‹ France MilitaireChapitre 20 sur 62 · BATAILLE DE WURTZBOURG. — RETRAITE S.UR LE. RHIN · texte numérisé non relu

BATAILLE DE WURTZBOURG. — RETRAITE S.UR LE. RHIN

SOMMJIRE

Man do ptfnre Charles.— Marr ho de l'Archiduc ter* Wirtmleba.— CofflU de îcinin*.- Combat de TVrg.— Instrnclkww du princè Charlc-E A Wartrnslebru. - Rclniite de l’année de Sambre-el Meuse.— tombal d’Ainbf-rft— Situation critique de l'annee républicaine à Valdrn. -Combat de Burg Eberacb - Jourdan marche sur WurlzbotirR. - Bataille de Wurtzbourg.— Retraite des français sur la Latin.— Réorganisation de l’armée.— Opérations sur la Uhn.- Combat de Licssen. -Combat de Lunbourg.— tombal (l'AteuJûrchcn.— Mort 4e Marceau.— Beurnonrillc remplaoe Jourdan.— Armistice.— Fin de la eanqiagne.

aimù£ aû-iBLicaiNE.

Généraux én cher, j

AHMÉX iaUPÉBUkLE.

Général en chef.— L'archiduc Cbjlxi.es.

Tandis que Jourdan s’avançait sur la Naab, Moreau, de son côté, se dirigeait vers le Danube; mais cette marche triomphale des deux armées françaises en Allemagne fut bientôt suivie de revers presque non interrompus. Les instructions du Directoire, son entêtement à faire opérer les deux généraux républicains sur des lignes divergentes, et la négligence administrative qui laissa les armées manquer de matériel et de munitions de guerre , furent les causes principales de ees revers.

Plan du prince Charles.— Persuadé, après les affaires d’Ettllngen et de Neresheim (dont nous rendrons compte en parlant des opérations de l’armée de Rhin-et-Moselle),

. qu’il était trop faible pour résister à l’armée de Moreau, l’Archidur avait résolu de se porter rapidement vers Ratisbonne, à la rencontre de VVarlensiebcn, afin de se réunir à ce général et de rallier ainsi une masse de forces suffisantes pour battre et obliger à la retraite l’armée de Sambre^t-Meuse; après quoi il se proposait de revenir, avec ses forces victorieuses et supérieures, contre l’armée isolée de Rhin-et-Moselle. Le prince Charles projetait ainsi de mettre à exécution contre les Français une des heureuses combinaisons militaires de Bonaparte, alors vainqueur eu Italie des plus célèbres généraux autrichiens.

Marche de l'archiduc vers Wartensleben. — L’Ar- | cbiduc laissa donc Latour sur le Lech, devant Moreau, j avec un corps d’environ 38,000 hommes, y compris les troupes deFrodich,deCondé et uoe brigade couvrant l’extrême gauche de l’armée dans le Tyrol, puis aussitôt après l'affaire de Neresheim il repassa lui-même le Danube avec un corps de vingt-quatre bataillons et de cinquante escadrons, et se dirigea sur Neumarck, par Ingolsladt , où il arriva le 16 août. Quelques bataillons de la garnison d’Ingolstadt furent détachés le même jour afin de renforcer le général Nauemlorf, déjà établi vers Neumarck, entre les deux armées impériales, avec cinq bataillons et quatorze escadrons, et chargé de tenir en échec la division Bernadotte.

Jourdan allait traverser la Naab et continuer son mouvement offensif contre Wartensleben , lorsque Bernadotte lui annonça les mouvements du prince T. II.

Charles, et !e prévint des dangers que pouvait lui faire courir la réunion des deux armées autrichiennes, danger qu’une manœuvre semblable, concertée et aussitôt exécutée avec Moreau, Cùl pu seule prévenir. En effet, Jourdan ne pouvait espérer de tenir tête & Wartensleben, renforcé des 28,000 hommes qu’amenait l’Archiduc. Il ne lui restait, à moins que Moreau ne s'opposât à cette jonction, qu’à opérer un mouvement rétrograde.

Combat de Teining. — Bernadotte, certain qu’il allait être attaqué par des forces supérieures, résolut de soutenir leur choc, quoiqu'il n'eût que 6,000 fantassins et 1,200 chevaux. Il se concentra, le 21, dans la position de Teining, sur la Labcr, espèce de ruisseau marécageux qui couvrait son front. L'Archiduc l’aurait certainement culbuté en l'attaquant vigoureusement; niais il manœuvrait avec la circonspection allemande, comme s’il eût eu affaire à toute l'armée française. Il ne fit d’abord qu'une reconnaissance à la télé de son avant-garde. Les premiers postes ayant été facilement chassés de Teiningerberg , il crut que le passage de la Labcr n’offrirait pas plus de difficultés, et il le tenta en transmettant à Hotze l’ordre d’y concourir. Sur ces entrefaites Bernadotte attaqua les Impériaux à Teining et tes culbuta. Ce village et le défilé furent néanmoins et malgré la vive résistance de sa division, repris par le prince Charles, qui avait reçu des renforts. Bernadotte se retira sur les hauteurs boisées en arrière de Neumarck.

Combat de Per g. — Les troupes de l’Archiduc marchèrent le 23 sur Neumarck, où était l’avant-garde de Bernadotte. Lichtenstein canonna la ville, pendant que Hotze mettait son infanterie en bataille. Dès que cette manœuvre fut exécutée, le prince Charles fil appuyer à gauche ses escadrons afin de tourner le flanc droit des Français. Bernadotte, reconnaissant alors l'immense supériorité numérique des Autrichiens, sc replia par la forêt sur les hauteurs de Pcrg, mouvement que couvrit sa cavalerie, restée sur la lisière du bois, exposée au feu meurtrier de l'artillerie impériale. L’ennemi vint se déployer au pied des hauteurs de Pcrg; une vive canonnade s'engagea entre les deux partis et dura

jusqu'à la nuit, dont Bernadette profita pour se retirer sur Altorf, ce qui lui fiU devenu sans doute impossible s'il eût été attaqué avec plus de vigueur et par toute la masse des forces dout l’Archiduc pouvait disposer; mais il ne fut suivi que par six bataillons et onze escadrons aux ordres de Hotze.

Instructions du prince Charles à If 'artensleben. — L'Archiduc, au lieu de presser sa marche sur Pfaffenhofen, resta & Neumarck avec son corps de bataille. Lichtenstein fut détaché sur Nuremberg afin d’occuper cette ville et la route de Wurlzbourg. Nauendorf conduisit huit bataillons et vingt escadrons â Castel, dans la direction d’Amberg. L'Archiduc donna avis à Ararlensleben de ses premières manœuvres, qui n’étaient que d'insignifiants préludes, seulement propres à éclairer l’ennemi sur son véritable but. Il recommanda à s0n lieutenant de surveiller les mouvements de l'armée française, et au moindre iadice d’une retraite, de franchir la Naab après Jourdan. Wartensleben devait, dans tous, les cas, l’attaquer le 21 au matin, l’Archiduc comptant ce jour-là même déboucher sur Amberg par Castel, et prendre l’armée de Sambre-et- Meusc par-derrière et en flanc, tandis que des détachements la préviendraient aux défilés de la Pcgnilz.

Retraite île l'armée de Sambre-et- Meuse,— Jourdan n’attendit pas cette attaque; il avait envoyé Bonnaud, avec la cavalerie, au secours de Bernadotle, dès qu’il avait su ce dernier engagé avec l’Archiduc. La retraite de Bernadotle sur Lauf lui donna les plus vives inquiétudes sur ce général et sur Bonnaud, qu’il craignait de voir enlevés par l’ennemi ; il chercha, mais inutilement â leur faire passer l’ordre de se replier. Désespérant de tenir lui-même contre les Impériaux réunis, il sc décida â la retraite, et après avoir dirigé ses parcs sur Sulbach, il la commença le 23 à onze heures du soir. L’armée de Sambre-et-Meuse prit, le 24 au matin, les positions suivantes: les divisions Grenier et Championne! sur la rive droite de la Vils, en arrière d Amberg; la division Collaud à gauche de cette ville, sur la rive opposée; la brigade Ney était placée dans la plaine, en arrière-garde; Lefebvre se porta de Naaburg sur Sutzbach.

Combat d' Amberg. — Bonnaud , avec la cavalerie , déboucha au point du jour par la droite sur la roule de Castel, chassant devant lui les partisans ennemis, et serré de près par l’infanterie et par la cavalerie de Nauendorf, que soutenaient les principales forces de l'Archiduc, arrivant de Neumarck.— L'armée de Wartensteben s'était, de son côté, mise en mouvement A la suite de Jourdan. La droite, forte de dix bataillons et de vingt-quatre escadrons, aux ordres de Kray, avait marché par Etsdorf et Asihach, sur les hauteurs de la Sainte-Trinité, à gauche d’Amberg; le centre, de quatorze bataillons et trente-deux escadrons, commandés par Wartensleben lui-même, s’avançait sur la roule de Schwarzenfeld à Amberg, et Slaaücr, avec la gauche, de neuf bataillons et vingt et uu escadrons, se portait de Schwandorf sur Lengfeld , pour y passer la

Vils et se lier avec l’armée du prince Charles. — L’avant-garde de Cbampionnel fui dépostée du moulin d'Ilasemuhi, près de kofering, par la colonne du centre, qui opéra sa jonction avec la première colonne de l'Archiduc '.celle-ci avait franchi les défilés de Castel â la suite de Bonnaud. Celte colonne se prépara ensuite à traverser la forêt pendant qu'une partie des troupes de Jourdan se concentraient en arrière d’Amberg. Collaud s’était arrêté sur les hauteurs de la Trinité; il en fut déposlé par kray, et sa division alla se former la dernière sur les hauteurs occupées par Jourdan, tandis que le général Ney, qui commandait l’arrière-garde, contenait les Autrichiens avec sa bravoure ordinaire. Wemeck , avec la colonne du centre de l'Archiduc, parvint â se déployer au pied des hauteurs , Nauendorf â sa gauche ; quoique protégés par un violent feu d'artillerie, ils attaquèrent sans succès la position française; mais à la chute du jour Jourdan ordonna la retraite.-Grenier vint s'établir à Pachtcsfeld pourcouvrir la droite; Championnet fut posté sur les plateaux A droite de Sulzbacb, et Collaud en avant de celte ville. Ney, avec l’arrière-garde, se relirait en bon ordre, mais bientôt assailli par de nombreux escadrons, et désespérant de sauver sou infanterie, il réunit sa cavalerie et réussit, au moyen d’une charge terrible, à se faire jour A travers les Autrichiens. — Le colonel Drsbayes, commandant l’infanterie de l’arrière-garde, composée de deux bataillons de la 23e demi-brigade, forma sa troupe en un carré contre lequel vinrent échouer plusieurs charges de cavalerie. A chaque charge le feu du carré jonchait la terre de cadavres d'hommes et de chevaux. Dcshayet se fit de ces cadavres, entassés les uns sur les autres, un rempart que l’artillerie autrichienne fut obligée de battre en brèche ; cet obstacle écarté, une charge de cuirassiers, commandée par Wcrneck, enfonça enfin les rangs éclaires des deux bataillons, et les braves qu’avait épargnés la mitraille furent sabrés. Cette journée coûta environ 2,000 hommes A l’armée républicaine. Let Autrichiens bivouaquèrent sur le champ de bataille. — Hotze dut s’avancer d’Altorf sur Lauf, pousser vivement Bernadotle et jeter des détachements sur Hersbruck; son corps fut appuyé par celui de Starrayr, formé en échelons. Le but de celte manœuvre était de gagner le flanc droit de Jourdan, d’empêcher qu’il ne se réunit au corps de siège de Mayence, et de le rejeter dans les défilés du Vogelgebirgs.

Situation critique de V armée républicaine A Vatden. — La situation de Jourdan devenait à chaque instant plus critique; la retraite de Bernadotte sur Fortheim avait livré A l’ennemi la communication sur Nuremberg; il ne restait que le chemin de traverse de Velden, allant à Korcheun par Hildpoldblein. On le disait praticable pour l'artillerM, et une reconnaissance du chef d’état major Ernouf ayant confirmé ce rapport, Jourdan n’héaita plus à le prendre. — Pour éviter l'encombrement , Kléber, avec l'aile gauche et les équipages, se dirigea par Vitseck sur Engenlbal , afin d’y passer la Prgnitz, pendant que les parcs d'artillerie et le gros de l’armie

te portaient sur Velden par Verra. La lenteur et les mauvaises dispositions de l'Archiduc empêchèrent heureusement que cette retraite ne devint désastreuse. Le chemin que suivait Jourdan offrit tant d'obstacles qu'il fallut faire un long détour pour arriver A Vorra , en remontant la vallée de la Pegmlz. Presque tous tes équipages avaient pris celte direction malgré la défense expresse du géuérai en chef. La confusion devint horrible au bourg de Velden, dont on força tous les habitanti à travailler pour frayer le chemin. Ce lien eût vu peut-être la défaite complète derartnée.si l'Archiduc ne se fût pas arrêté A Sulzbarh. Quelques coureurs suivaient seuls les Français et n’étaient pas soutenus. Championne! et Coliaud bivouaquèrent le 2ô août à Oberachtel , et Kléber s’arrêta A Vilseck pour soutenir, en cas d’attaque, la droite qui Téutsit à atteindre, le lendemain 26, Hildpoldslein et Bezenslein. La communication fut coupée le 26 entre Jourdan et Kléber par un corps ennemi. Kléber se tira d’affaire en renonçant à suivre la route d’Engenlhal et en marchant par Pegnitz sur Bezenslein : Jourdan prit la route d'Eberman&tadt.

Le corps de Slarray, avec les renforts qu’il avait reçus, se composait de vingt-quatre bataillons et de soixante-quatre escadrons, y compris les divisions de Hotze et de Lichtenstein. Lichtenstein s’était porté à Neu-Erlang, Hotze à Neu-Hof, Slarray à Lauf et le corps de bataille A Sulzbarh. Huit bataillons et vingt escadrons, aux ordres de Nauendorf, furent alors détachés pour aller renforcer Latour, qui venait d’être battu par Moreau A Pnedberg.

L’arc hidur manoeuvra ensuite pour prévenir Jourdan à Wurtzbourg et porter sur son flanc le corps de Slarray. Nous n’entrerons pas dans le detail de la marche des deux armées jusqu’à Wurtzbourg; celle de Sambre-et-Meuse aurait pu être anéantie A Yalden, si TArehidue eût manœuvré plus rapidement. Les deux ailes se réunirent à Bezenslein dans la nuit du 26 au 27. Jourdan marcha le 27 sur Ebermanstadt; son quartier général fut sur le point* d’être enlevé le 28 A Bamberg, par un parti de cavalerie du prince de Lichtenstein.

Combat de Rurg-F.berach. — Berna dot te passa la Rednitz à Bamberg pour se porter de front sur Burg- Eberach où Hotze l’avait prévenu. Il réunit A sa troupe celle de l’adjudant général Mireur, chassa l’ennemi de la position d’Aurach, et déboucha par la forêt de Steinacb. Hotze ayant alors appelé à lui Lichtenstein, qui était Vers Êltmann, reprit l’offensive et fut cependant encore repoussé. Il est probable que s'il eût été soutenu par Kléber, romme Jourdan l’avait ordonné, Bemadotte serait entré S Burg-Rberacb. L’approche de la nuit décida ce général A s’établir dans la forêt en face de cette ville. Son combat eut toutefois pour l’armée française un bon résultat, en forçant Holze à rappeler Lichtenstein d’Eltemann, où cette division ennemie aurait singulièrement gêné la marche de Jourdan sur Scbweinfurt par la droite du Mayn.

La crainte d’avoir affaire à des forces trop supérieures empêcha le général en chef de l’armée de Sambre-et-Meuse de renouveler le lendemain l’attaque de

Burg-Rberacb. — L’Archiduc, qui pouvait rassembler aisément 60,000 hommes b Kberach et A Bamberg, aurait facilement écrasé, dans la journée du 29, toutes les divisions de l’armée de Sambre-et-Meuse, marchant isolément sur Wurtzbourg.— - Hotze se dirigea le I" septembre sur cette place; il a’en rendit maître et fit bloquer la citadelle, occupée par deux bataillons français. Le reste de son corps se posta au Galgenberg, Slarray A Reppcrndorf, Lichtenstein A Bibergau et Kuerfeld. L’Archiduc s'avança le 1er A Oberschwarzach, Kray à Geroldshofen ; Staadcr et Elnitz observèrent Schweinfurt.

Jourdan marche sur Jf'urtzbourg.—iourdbn ayant atteint cette dernière place le 31 août, on ne pouvait plus lui couper la retraite sur la Lahn par ilamelbourg s’il n’en eêt donné l’occasion lui-même en se portant sur Wurtzbourg, où il se savait dévaocé par l'ennemi, au lieu de prendre la route directe par Gmunden sur Hanau. Il se proposait de livrer bataille et y était encouragé par l’excessif enthousiasme de ses soldats, par leS conseils de Moreau et par l’ordre du Directoire, qui lui prescrivait de sc maintenir sur la Rednitz. Moreau également abusé sur les suites des manœuvres de l’Archiduc, lui promettait de le dégager par une invasion en Bavière. Peut-être qu’aussi un sentiment d’orgueil bien excusable faisait craindre à Jourdan de compromettre la gloire de son armée et la sienne propre en sc repliant sur la Lahn par une retraite continue, et qu’aucun grand combat ne signalait encore.

Bataille de Wurtzbourg. — Déterminé A livrer bataille, Jourdan se dirigea donc avec l’armée de Sambreet-Meuse sur Wurtzbourg, par le défilé de Kornacb, l’occupation de Kintzingen par l’ennemi ne lui laissant pas le choix d’une autre route. Dans le but de conserver ses communications et de faire observer les généraux Staader et Elsnilz, établis sur le Mayn, il laissa la division Lefebvre A Schweinfurt, A dix lieues du champ de bataille. Cette disposition, universellement blAmée, n’offrait point d’avantages qui pussent balancer l’absence d’un corps de 11,000 hommes dans une action aussi décisive que eelle qui allait avoir lieu.

lie centre et la droite s’avancèrent donc seuls sur Wurtzbourg, précédés par la réserve de cavalerie aux ordres du général Bonnaud. Cette cavalerie devait défendre les approches de la place, si l'ennemi ne s’en était pas encore emparé, et rétablir, en cas de blocus , les communications avec la garnison.

La division Bernadette, qui la suivit immédiatement, eut à tirailler dans toute sa marche avec le corps de Hotze. En arrivant devant Wurtzbourg, la cavalerie française repoussa un corps ennemi posté A Rstenfeld. Toutes les divisions arrivèrent successivement et prirent position : Bernadette s’établit entre Lengfeld et un ravin qui courre ce village. Championnet sur les hauteurs en avant de Kornack , Grenier aux environs dTlnter-Bleichsfeld , et Bonnaud près de Maynbrunn. La division Coliaud avait été dissoute et incorporée dans les autres. Le général de brigade Simon remplaçait provisoirement Bemadotte, malade, dans le commandement de la droite.

Jourdan croyait n'avoir affaire qu’avec l’avantgarde de Hotze, qu'il avait combattue à Üurg-Eberach; il ignorait encore, le 1" septembre, et le blocus de la garnison de Wurlzbourg dans la citadelle, cl l’occupation de cette ville par les Autrichiens; la prise du pont de Kintzingen par Hotze était le seul mouvement de l’ennemi qui fût arrivé à sa connaissance; il ignorait que Hotze. arrivé A Kintzingen, avait aussitôt dirige sur Wurlzbourg six bataillons et neuf escadrons qui s’étaient emparés de cette place et avaient contraint la garnison à s'enfermer dans la citadelle. Le général Bollemont, qui commandait l’artillerie de l'armée, avait été aussi surpris dans Wurlzbourg, et réfugié avec la garnison, il en avait pris le commandement. La citadelle était bloquée par deux bataillons et par quatre escadrons, aux ordres du général Kicnmayer. Les hauteurs du Calgenberg étaient occupées par le reste du corps de Ilotze, dont la gauche sc liait avec le corps de Kienmayer.

Le général Starray, prévenu de l’approche des Français, s’était avancé sur Rottendorf afin de se lier au général Hotze. L'Archiduc, informé des manœuvres de Jourdan, avait aussitôt dirigé le général Krav sur Schwarzacb, où l’on jetait un pont que ses troupes devaient franchir dans la nuit du 2 au £ septembre. Le prince visita lui-méme, le 3 au matin, le pont de Schwarzacb, où il pressa le passage des soldats de Kray, et il se rendît ensuite près de Starray, pour examiner l’état des choses.

Jourdan arrêta les dernières dispositions de la bataille qu’il allait livrer, toujours dans la persuasion qu’il n'aurait que Hotze à combattre. Bonnaud , avec la réserve de cavalerie, dut soutenir les troupes de la droite, qui se portèrent contre celles du priuce de Lichtenstein, composées de trois bataillons et de seize escadrons. Cbampionnet eut ordre de s’emparer du bois d'Estenfeld , qui couvrait l’aile droite de Starray, et Grenier dut s’avancer sur Selingstad, afin de couper les communications de l’ennemi avec le Mayu. Cet ensemble de manœuvres, propre A réussir contre une avaut-gardc, était de nature à entraîner les suites les plus graves dans une lutte de trente mille hommes contre soixaute mille.

Un brouillard épais qui, dans la matinée du 3, dura jusqu’A onze heures, cacha aux deux armées leurs mouvements respectifs. Lorsqu’il se dissipa, l’Archiduc reconnut la faiblesse de Jourdan manœuvrant alors avec le gros de ses forces contre Starray qui, de Rottendorf, s'était avancé dans un ravin au pied des hauteurs de Lengfeld , et y avait mis ses troupes en colonnes. Le prince ordonna au général Kray, formé aussi en colonnes dans un ravin en face de Dellelbacb, de se porter vivement contre le flanc gauche des Français. Lichtenstein, eut ordre de se prolonger vers la droite afin de favoriser le mouvement de Kray; il fut remplacé dans sa position par l’infanterie de Wartenslcben, qui venait de traverser le Mayn au pont de Schwarzach , pendant que le général , avec la cavalerie, passait lui-même celte rivière A la nage.

Jourdan, comptant que la division Bernadolte pourrait empêcher l'ennemi de déboucher par Lengfeld,

ordonna à Grenier de se porter par les hauteurs de Selingstadt, au secours de Cbempionnet, dont la division se déployait sur une ligne trop étendue. La cavalerie de réserve devait en même temps chercher A prendre Hotze et Starray A dos, en filant par Rottendorf. Grenier commençait A exécuter son mouvement lorsqu'il vit la cavalerie de Wartensleben sc développer dans la plaine; il se décida alors A ne faire marcher que son infanterie légère, une demibrigade de ligne et un régiment de dragons, au secours de Cbampionnet. Celui-ci venait d’appuyer A droite et était déjA aux prises; le renfort envoyé par Grenier se trouva aussitôt en première ligue, et forcé de combattre contre des forces supérieures. La cavalerie de Kray menaçait d'envelopper l’avant-garde de Ney, qui était encore en avaut d'Oberbleichsfeid. Afin d'appuyer la retraite de cette avant-garde. Grenier posta quelques bataillons et un régiment de dragons sur une hauteur à droite de re village. Les troupes s'établirent dans cette position et s’y battirent avec la plus extrême opiniâtreté. Jourdan, qui s’y porta pour les encourager, romprit , de celle hauteur dominant le champ de bataille, combien devenait critique la situation de son armée, engagée avec des forces si supérieures, et dont l’aile gauche était déjà débordée par la nombreuse cavalerie ennemie.

Les réserves de cette arme avaient été conduites A Erfeldorf, par Wartensleben, qui les réunit aux quatorze escadrons de Lichtenstein , et les fit se déployer A sa droite. L'Archiduc n’attendait plus pour donner le signal d’une attaque générale que l’arrivée des grenadiers de Werneck. Jourdan se hAta de rassembler sa cavalerie; Klein avait déjA conduit en avant d’Oberbleicbsfeld les deux régiments de dragons de la division Champiounet; Bonnaud eut ordre de se diriger sur le même point avec la réserve , et de prendre le commandement de toute la cavalerie qu’il y trouverait réunie.

Au moment où ce général débouchait dans la plaine il trouva les dragons déjA repoussés sur la gauche par les Autrichiens, sa tête de colonne fut A l’instant même menacée par une masse de grosse cavalerie qui s’avançait en colonne par escadrons. Il fallait fuir ou prendre l’initiative; Bonnaud s’arrêta A ce dernier parti et commanda la charge. Le choc des deux troupes fut terrible. La droite des Français commençait A plier lorsque la gauche, par un mouvement rapide, tomba sur le flanc droit de l'ennemi , quelle ramena battant durant quelques minutes; mais la réserve de la cavalerie autrichienne changea la face du combat et contraignit les escadrons de Bonn.ud A se rejeter derrière l’infanterie, dont la bonne contenance leur permit de se rallier.

Les grenadiers de Werneck enlevèrent le bois d’Esteufcld pour se joindre A Starray. Ce dernier fit effort par sa droite pour favoriser celte attaque, en sorte que le centre des Français, menacé par des forces supérieures, dut repasser promptement le ruisseau de Kornack, derrière lequel Jourdan voulait sc reformer; mais il en fut empêché par Werneck et Starray, qui traversèrent le défilé entre Lengfeld et Kornacb. Il or-

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donna alors la retraite sur Arnstein. La division Grenier liait rcatée sur le champ de bataille, pour donner à Bernadotte et à Championne! le temps de la commencer. K ray s'avança contre cette division par Heiligenthal et Dippach. Débordée par son extrême gauche, elle se retira dans le bois de Gramscbatz. — Quatre compagnies d'arrière-garde, aux ordres du chef de bataillon Blanchard, atteintes près d’Opferbaum, se formèrent en carré et soutinrent, contre la cavalerie ennemie, une lutte désespérée. Leur résistance ralentit heureusement la marche de l’ennemi; mais ces braves, épuisés par leurs efforts mêmes, et déchirés par la mitraille, finirent par succomber sous les charges multipliées des Autrichiens. De son côté Jourdan se relirait en combattant. Il se porta avec son centre sur les hauteurs en arrière de la roule de Schweinfurt. La queue de la division Bernadotte fut entamée en allant se former sur le Geisbrrg. La droite s’étendit dans la direction de Wt-rschbach, la gauche s’appuya â un bois près du village de Mulhausen, qui fut occupé par une brigade d’infanterie.

Le corps de Weroeck et celui de Slarray s’étaient déployés & côté de l’Archiduc, en dehors du ravin de Kornacb, et les Autrichiens sc trouvaient en mesure de réitérer une attaque vigoureuse ; mais loin de profiter de leurs avantages pour continuer la poursuite des Français, leur général perdit un temps précieux à se former sur deux lignes, puis il s'avança ensuite à pas comptés en bataille contre les positions des Français. Il commit aussi la faute de refuser sa gauche, ce qui fit reculer sa droite. L’Archiduc, par cette manœuvre, perdit l’occasion de remporter une victoire complète; car en jetant rapidement 10.000 chevaux surSuDwiesen et Binsbach, il est probable que la moitié de l’armée française aurait été forcée, ou de mettre bas les armes, ou de passer sur le corps d’un ennemi victorieux. Le prince Charles fournit ainsi une nouvelle preuve ft l’appui de cette vérité reconnue par tous les militaires, qu’il est moins difficile de remporter une victoire que de savoir en profiler.

Dans sa défaite , Jourdan se montra plus habile que son adversaire, et sut mettre à profit la lenteur des Impériaux. Mulhausen était une trop mauvaise position pour qu'il songeât à s’y arrêter; aussitôt qu’il fut assuré de la réunion de toutes ses divisions, il continua sa retraite sur Arnstein par le bois deGramschatz, laissant l’Archiduc méditer longuement et à loisir un nouveau plan d’attaque.

Ce mouvement rétrograde s’opéra heureusement. Trois bataillons de la droite, placés en arrière-garde sur la lisière du bois de Gundersleben, furent uu moment enveloppés par des escadrons autrichiens, mais ils se firent jour à la baïonnette. L’armée arriva en bon ordre à Arnstein dans la nuit du 3 au 4. La perte des Français dans la bataille, dans les escarmouches et dans les manœuvres de la retraite, ne s’éleva qu’a 2,000 hommes, dont la moitié restèrent prisonniers. Celle des Impériaux fut plus considérable, puisqu’ils eurent 2,000 hommes tués ou blessés.

s’arrêta à Arnstein que 1c temps nécessaire pour prendre des dispositions afin d’assurer la suite de sa retraite; il dut renoncera marcher sur Francfort pour sc porter sur la Lahn par les montagnes de Fulde. Les chemins étaient affreux a la vérité, mais cette circonstance était une garantie que la poursuite serait moins active, en supposant, ce qui n’était pas très présumable, que les Autrichiens prissent la même direction.

L’Archiduc s’était arrêté à Ze II, le lendemain de l’affaire de Wurtxbourg , pendant que l’armée de Sambrcet- Meuse se dirigeait sur flamdbourg, derrière la Saal. Son désir était de gagner Hanau avant les Français, pour couper leurs communications avec le corps de Marceau; mais il mit trop de lenteur dans ses mouvements et manqua l'occasion.

Lefebvre, qui avait reçu le 3 l’ordre de quitter Schweinfurt, rejoignit Jourdan le 4 au soir, sans que le général Elsnilz l’eût inquiété. La marche fut dirigée le 5 sur Brickenau. L’armée campa sur la rive droite de la Sinn; elle passa le lendemain la Kintz à Schtuchlern. La division Lefebvre, formant l’arrière-garde, prit position sur la rive gauche de cette rivière; la division Grenier fut dirigée le soir du même jour sur Ulmbach , avec ordre d'en partir le lendemain pour Wenigs; Ney marcha sur Budingen avec deux escadrons, quatre compagnies de grenadiers et deux pièces de canon. Le but de ces mouvements était de contenir des partis ennemis qui avaient paru sur différents points.

Bonnaud se portant sur Friedberg pour protéger la grande communication de Francfort X Wetzlar, rencontra les Autrichiens sur.ee dernier point, les battit, s’empara de Friedberg et poussa, dans la journée du 7, jusqu’au-delà de Rosbach. Lefebvre, Cbampionnet et Bernadotte devaient se diriger le même jour par Ulmbach sur Biernstein; mais l'apparition des coureurs ennemis sur tous les poiuls détermina Jourdan à hâter sa marche. Cbampionnet et Bernadotte campèrent le 8 près de Butzbach; Ney et l’adjudant général Mireur dispersèrent plusieurs partis ennemis; l’arrièregarde prit position à Bergstadt, et Bonnaud resta à Friedberg. L’armée atteignit enfin la Lahn le 9; Grenier et Cbampionnet passèrent cette rivière à Wetzlar; l’arrière-garde, aux ordres de Ney, resta en arrière à Giexseu; Lefebvre et Bonnaud se postèrent sur la rive gauche en avant de Wetzlar. Bernadotte ayant aussi passé la Lahn sur le dernier point, prit position sur le plateau de l’abbaye d’Altenbourg.

Jourdan n'avait été inquiété dans sa marche que par le corps du général Elsnitz et celui du prince de Lichtenstein. Le reste de l'armée autrichienne séjourna le 4 sur le champ de bataille de W'urtzbourg.— La citadelle de cette place, restant sans espoir d’être débloquée, capitula : on y trouva quatre-vingt-huit canons appartenant aux princes de l’empire, six pièces françaises et cent vingt-cinq caissons.— Marceau, ayant réuni toutes les troupes sous ses ordre», au nombre d'environ 10,000 hommes, rejoignit Jourdan le (0, après avoir détruit le pont de Russelsbeim et levé le blocus de Mayence; il occupa les positions de Lim bourg, Diest et Nassau.

Retraite des Français sur la Lahn. — Jourdan ne

f Ou t reproché A l'Archiduc de «'«voir pas su , pendant cette campagne , tirer parti de scs avantages; le prince, dans ses Méritoires, fait le même reproche aux gouverneurs de Mayence, d’E h renbreitstein, de Manheim et de Pfailisbourg. Ceux-ci auraient pu en effet réunir aisément 30.0U0 hommes pour les lancer à la poursuite de Marceau et appuyer l'insurrection des paysans prêts A prendre les armes aussitôt qu’lia auraient été soulenus.

Réorganisation de V armée. — L’armée de Sambreet-Meuse était, à son arrivée sur la Lahn, dans le plus grand délabrement. Jourdan apporta tous ses soins à le faire cesser et à réorganiser ses bataillons, on la retraite avait introduit beaucoup de désordre. Il avait depuis long-temps sollicité du Directoire le remplacement des troupes cantonnées autour de Mayence par «ne partie de l’armée du Nord. La crainte qu’inspiraient tes flottes anglaises avait empêché jusqu’alors d’accueillir sa demande; mais sur de nouvelles instances, Beuruonville avait eu ordre de faire relever par une division de son armée la division Poncet. établie sur k Rhin vers Ehrenbreitstein. Le siège de cette forteresse devenant impossible par la marche des événements, le général en chef de l’année de Sambre-et-Meuse appela

I lui lut 6,000 hommes de l’armée du Nord, qui avaient pour chef le général Castelvert. Cette division prit position entre Dieu et Nassau, avec les troupes de Marceau. Jourdan parvint ainsi à porter son armée h 00,000 hommes; mais il avait à peine 5.000 chevaux.

II n'avait pas reçu d’instructions du gouvernement depuis sa retraite de la Naab, et il se voyait assez fort pour reprendre l’offensive. Néanmoins, la crainte d’un échec et la responsabilité qui pèserait sur lui, le décidèrent A rester sur la défensive et à attendre seulement l'Archiduc de pied ferme. Ses principales forces furent portées vers Wetzlar, dont le pont était resté en son pouvoir. Bernadette s’établit A Lim bourg. Os dispositions avaient pour but de donner le change à l’ennemi, et de l’empêcher de se porter sur Moreau.

Opérations sur ta tahn. — L’Archiduc était résolu A forcer par Limbourg la ligne française; il tnarchaje 9 septembre, avec le gros de ses forces, vers But/barh etWeilbourg, pendant qu’une forteeolonne commandée par Neu, se portait sur Limbourg par Wisbaden. En ayant l’air de diriger le gros de ses forces sur Wrlzlar, le prince Charles voulait persuader A Jourdan qu’il se proposait d’opérer sur ce point la principale attaque, et l’engager à y laisser la majeure partie de •es troupes, stratagème banal et usé, et que par celte raison peut-être, le succès couronna presque complètement.

Kray arriva le lt septembre A Muntzenberg. Ses troupes légères prirent la direction deGiessen, occupé par l'avant-garde de la division Grenier, dont la cavalerie, trop j>eu nombreuse pour combattre, se replia sur la rive droite de la Lahn. L’infanterie, A la faveur d'un reste de fortifications, tint assez long-temps dans la ville; mai* les habitants ayant introduit l’ennemi par j une des portes, elle fut obligée de poser les armes. |

Grenier, instruit de cette surprise, menaça de brûler Giessen avec des obus si son avant-garde ne lui était pas rendue sur-le-champ. Cette menace eut son effet, et l’infanterie, mise en libellé, rejoignit sa division.

Les Français reprirent A la baïonnette, sur la rive gauche, le poste de Klein -Linden, dont les Autrichiens l’étaient aussi emparés. Kray campa le 12 sur les hauteurs de Gjessen ; Hotze s’avança jusqu'à Weilmonster. La présence de l'Archiduc A Friedberg persuadait de plus en plus à Jourdan que la principale attaque aurait lieu sur cette partie de sa ligne; ce général croyant l’avant-garde, aux ordres de Lefebvre, troprompromise sur la rive gauche, la rappela sur la rive droite, dans la nuit du 12 au 13. Lefebvre se posta dans la direction de Grenier, la droite A Hermestein sur la Dill. Ces positions étendirent hors de toute proportion la ligne français, A qui il devenait ainsi très difficile de résister avant ageosement sur aucun point. Wetzlar fut occupé le 13 par les Impériaux.

Starray prit position le même jour sur leGalgcnberg. Grenier repoussa quelques détachements qui inquiétaient ses flancs et ses derrières. L’Archiduc, laissant à Butzbach cinq bataillons et onze escadrons pour renforcer Kray, chargé, par de vives démonstrations, d’entretenir l’erreur de Jourdan, se réunit à Hotze, arrivé le 13 à Muhl, et reconnut la position des Français.

Le flanc gauche des Républicains, depuis Thillar jusqu’à Runckel, était inquiété par des troupes légères qui avaient passé la rivière A Loller. Marceau soutenait à Munsfeldcn une attaque opiniâtre; secouru par la division Bonnaud et les troupes légères de Bernadot te, il repoussa jusqu’à Kirchberg les Autrichiens, qui furent alors renforcés par la division Neu. Jourdan, toujours dans l’erreur, rappelait alors la cavalerie de Bonnaud de Limbourg A Aslar, et envoyait A Bernadoüe l’ordre de relever, à Weilbourg, la division Championnet, qui devait se former en arrière de . Wetzlar.

Ces dispositions vicieuses provenaient de l'ignorance où était le général en chef de la marche de l’Archiduc sur Limbourg; elles ne furent cependant pas rectifiées lorsque l’avant-garde autrichienne se trouva aux prises avec le corps de Marceau. Tous les généraux annonçaient une attaque sérieuse sur Limbourg; Jourdan seul n’y vit qu’une démonstration faite dans le but de l’engager A dégarnir son front du côté de Giessen et de Wetzlar, et persista dans les ordres qu’il avait primitivement donnés.

Combat de Ciessen. — Les deux armées occupaient le 15 au soir les positions suivantes; celle de Jourdan bordant la Lahn, S’étendait de Giessen au Rhin, vers Ehrenbreitstein; Marceau avait la droite au Rhin, couvrant, avec son corps de bataille, Dietz, Limbourg et Nassau, son avant-garde A Munsfeldcn; Bernadotte tenait la position de Runckel; Championnet celle de Weilbourg; Lefebvre était derrière Wetzlar et Grenier A Giessen.

Du côté des Autrichiens, Kray campait entre Giessen et Wetzlar; Houe à Weilmunster ; Neu A Kirchberg;

l’Archiduc élait à Nieder-Brecben , ci Slarray, en seconde ligne, derrière K ray. Celui-ci déboucha le 16 du bois de Lolter et attaqua la gauche de Jourdan A Giessea. Les avant-postes de Grenier furent repoussés ainsi que la brigade Olivier, postée sur des hauteurs devant Giessen. Jourdan, qui s'était porté sur les lieux, fit aussitôt marcher au secours de Grenier la cavalerie de Bonuaud, uue demi-brigade d'infanterie, le régiment de cuirassiers et une batterie d'artillerie légère; L'affaire deviut des plus vives : des troupes fraîches arrivaient sans cesse à l'ennemi, déjà supérieur en nombre. De nouveaux renforts viurenl aussi soutenir Grenier, qui rejeta enfin l’ennemi en désordre sur la rive gauche de la Lahu.

Kray, afin de favoriser sa retraite, avait fait déboucher de Cietben une forte colonne d'infanterie qui obligea d’abord la brigade de droite de Grenier à se replier; Bonnaud, pour arrêter les progrès de cette colonne, longea, à la tête de deux escadrons, un ravin qui séparait les deux partis, et tomba sur le flanc gauche des Autrichiens, dont il sabra un grand nombre. L’infanterie se rallia pendant ce temps; les généraux Levai et Olivier chargèrent alors de concert et rejetèrent l’ennemi brusquement dans Giessen. La nuit fil cesser ce carnage sans résultats. Le brave Bonnaud fut alteiut d’un coup de feu qui lui cax&a la cuisse, et mourut quelques mois après, emportant les regrets de toute l’armée.

Combat de lûmbourg . — Pendant que ce combat se livrait A la gauche de Jourdan , dont le centre se maintenait dans ses positions, un engagement plus décisif avait lieu vers Limbourg, où l'Archiduc venait déconcentrer s*-s principales forces. L’action commença vers Minsfeiden, en ayant de Dietz et de Limbourg, par une attaque sur les avant-postes de Marceau, au moment même où commençait la diversion opérée par .Kray. Dietz et Limbourg restèrent aux Impériaux; mais la résistance des Français devint plus opiniâtre lorsque l'ennemi voulut déboucher sur la rive droite. Il parvint, A l'aide de scs batteries, A s’emparer du pont de Limbourg et du faubourg situé sur la rive droite de la Lahn.

Marceau, qui venait de recevoir un léger renfort, avait disposé son artillerie de manière A battre le défilé de Limbourg; il parvint même, après une attaque des plus vives, A reprendre le faubourg. O poste lui fui enlevé une seconde fois; mais convaincu de toute son importance, il ordonna une nouvelle charge qui fut tellement impétueuse que les Français parvinrent A réoccuper le défilé et le faubourg, dont ils restèrent maîtres.

Marceau, dans cette première affaire, n’avait eu à opposer A l’ennemi que douze bataillons. Il reçut de nouveaux renforts avec lesquels il se disposa A résister à l’attaque plus générale que l’Archiduc, débouchant de Dietz et de Limbourg, se proposait d’effectuer le lendemain. Le prince avait, suivant son usage, partagé ses troupes en quatre colonnes: l’une devait traverser la rivière A gué, sur la droite de Limbourg; deux autres déboucher par les ponts de celte place, et

la quatrième, partant de Dietz, se diriger sur la droite des Français. Pour soutenir cette attaque, il fit établir près de Limbourg, pendant la nuit du 16 au 17, plusieurs batteries de gros ealibre.

(Joe circonstance singulière rendit inutile les dispositions du généralissime autrichien. Castelvert, qui couvrait la Lahn de Dietz au Hhiu, inquiet des suites de l’ai laque de la veille, se retira sans ordre pendant la nuit sur Moutabauer, et de IA sur Neuwied. Cette manœuvre, en laissant en l’air la droite de Marceau, obligea ce dernier A la retraite; il l’opéra sur Molzberg dans la matinée du 17, à la faveur d'un épais brouillard, ce qui ne l’empêcha pas d’être harcelé par l’ennemi , dont les colonnes, trou vaut tous les postes français évacués, continuèrent leur marche sur Molzberg. Bernadolte qui, pcudanl ce temps, s’avancait au secourt de Marceau , trouva les Impériaux IA où il s’attendait A rencontrer 1rs Français. La situation était critique : par une retraite rapide il compromettait le centre de l’armée, qui était resté à VVeilbourg sans aucune connaissance du mouvement des Autrichiens; en attendant l'ennemi, il s'exposait A être écrasé. 'Ne prenant donc conseil que de son audace, il résolut de combattre pour donner A l’armée le temps de filer. Il attaqua l’ennemi et le contint jusqu’à midi avec une rare intrépidité. Informé alors que les troupes depuis Weil bourg jusqu’à Bunckel étaient en pleine retraite, il se décida lui-même A rétrograder après avoir rallié les brigade* Klein et Simon. Sa retraite, inquiétée par l’ennemi, se fit avec ordre. Il dut combattre jusqu’A huit heures du soir. Sa division campa définitivement A Waldenbach. Os circonstances forcèrent la gauche de Jourdau à partir A l’entrée de la nuit pour se replier sur Hof p3r Herborn. Castelvert prit position , le 18, dans la tête de pont de Neuw’.ed. Pour donner A la gauche le temps de se mettre en ligne avec le centre, qui se trouvait vers Hayn et Schomberg, Marceau , attaqué à Molzberg, tint vivement tête A l’ennemi.

Combat d' Al lenkinhcn. — Mort de Marceau. — Jourdan, résolu de se concentrer sur la Wiedbacb, en arrière d’Àltenkirchen, fit continuer, le 19, la marche de l’armée en échelons. Bernadette partit de grand matin avec la réserve de cavalerie, afin d’occuper le défilé d’Allenkirchen; il prit aussi toutes les mesures nécessaires pour empêcher les Autrichiens de couper la retraite de Marceau en gagnant la grande route de Wallerode. O général, resté en arrière-garde A Molzberg, en élait parti A trois heures du matin par la chaussée de Freilingen, sur laquelle on détacha à sa rencontre un régiment de cavalerie.

Quand les divisions Grenier et Championnet eurent défilé, Lefebvre, formant comme Marceau une partie de l'arrière-garde, alla s’établir sur les hauteurs en avant d’Altenkirehcn, la droite appuyée à la grande route. Kray, avec la droite des Autrichiens, suivait lentement la route de WeUlar A Hachembourg. Marceau était chargé de contenir, par des escarmouches, le gros des forces de l'Archiduc, jusqu'A ce que toutes les divisions françaises eussent traversé le défilé et pris position sur la droite de la Wiedbacb. Lorsqu’il

eut appris que cette dernière manœuvre commençait à s’effectuer il partit de Freiliugen, vivement pressé par les troupes de l'Archiduc et de Hotze, avec lesquelles son arrière-garde soutint plusieurs combats acharnés, Ct, malgré sou infériorité numérique, sans se laisser entamer.

Os braves, qui se dévouaient pour le salut de tous. Avaient traversé la forêt d'Hostenbach , et approchaient du défilé que l'armée n'avait pas encore achevé de franchir: on pouvait craindre que l’ennemi, renforçant ses colonnes d’attaque, ne rejetât brusquement Marceau sur les divisions encore engagées dans les gorges d’Alleukirchen. Jourdan, pour prévenir cette manœuvre, qui eiH occasioné du désordre dans l'armée, fit dire au jeune général de tenir ferme encore quelque temps, et qu’il allait lui envoyer du renfort Marceau, faisant alors avancer le gros de ses troupes pour soutenir son arrière-garde, fit placer six pièces d'artillerie légère sur deux mamelons dominant la sortie de la forêt d'Hostenbach. Ensuite, pour mieux juger de la force et des dispositions de l'ennemi, il s’approcha des premiers éclaireurs, accompagné seulement du capitaine de génie Souhait et de deux ordonnances. Ce fut alors qu’un chasseur lyrol.cn, caché derrière une haie, lui tira presque â bout portant un coup de carabine; il fit encore quelques pas, mais se sentant mortellement blessé, il se fit descendre de cheval et fut transporté à bras jusqu’à sa division. La nouvelle de sa blessure, rapidemeut connue de toute l’armée, y répandit la consternation. Jourdan se rendit en hâte à l’arrière-garde, en prit le commandement, et la retraite coulmua en bon ordre.

Marceau, témoin du désespoir de ses amis, ne s’abusa point sur sou état, et considéra avec calme la mort qu’il avait tant de fois bravée. « Ne me regrettez « pas tant, disait-il; de quoi me plaignez-vous? ne « suis-je pas heureux de mourir jeune et pour la patrie?» Sa blessure ne permettant pas qu’il fût porté à la . suite de l’armée, qui continuait sa retraite, le lendemain, Jourdan le recommanda aux soins des ennemis. Inutile précautiou! le jeune héros avait su conquérir l’estime des Autrichiens. Leurs généraux et l’Archiduc lui-même témoignèrent vivement les regrets que leur inspirait sa mort prématurée.

Marceau cessa de vivre le 21 septembre à cinq heure* du matin. Un détachement de cavalerie autrichienne escorta ses restes jusqu’à Neuwied , et le remit aux avant-postes français. L'Archiduc désira même être informé du jour et de l’heure de l’inhumation. L’armée impériale se joignit â l’armée républicaine dans les honneurs funèbres qui furent rendus an jeune général. Les Autrichiens prirent les armes en même temps que les Français, et des salves d’artillerie tirées sur les deux rives du Rhin, donnèrent à la fois le signai de la triste cérémonie.

Les restes de Marceau furent déposés, près de Coblentz,dans la redoute de Petersberg , qui reçut, à celte occasion, le nom du jeune héros.

Beurnonville remplace Jourdan .— Armistice.— Fin de la campagne. — Après avoir repassé le Rhin, l’armée française prit position le loug de ce fleuve; la gauche seule resta sur la rive droite, établie â Siegberg et derrière l’Agger.

A cette époque Jourdan, dégoûté des tracasseries du gouvernement, qui lui imputait les revers de l’armée de Sambre-ct-Meuse, dont les instructions envoyées de Paris avaient été la seule cause, donna sa démission. Il eut pour successeur Beurnonville, qui n’avait guère d’autres titres aux faveurs du Directoire qu’une longue captivité à l’étranger, suite de la trahison de Dumouriez. Les six semaines que durèrent le commandement de ce général furent remplies par quelques escarmouches autour de Neuwied. dont les Autrichiens ne purent pas se rendre maîtres. Beurnonville ne fit aucun mouvement qui indiquât la pensée d’appuyer l’armée de Rhin-ct-Moselle, et, après une inaction inexplicable, finit par conclure un armistice qui sus- ; pendit indéfiniment les hostilités entre les Autrichiens et l’année de Sambre-et-Meuse. Ol armistice, qu'il n’eut pas la prévoyance de rendre commun â l’armée de Moreau, permit à l’Archiduc de faire agir toutes ses forces contre cette armée, et facilita à l’ennemi les moyens d'achever les lignes de contrevallation qu'il avait commencées contre Kehl. — On peut dire que la conduite de Beurnonville, si opposée à toutes les règles militaires, fut cause des désastres qui, pour l’année de Rbin-et-Moselle, marquèrent la fin de l’année 1796.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

16 août. Arrivée de l'Archiduc à Ncumark. — Reprise des hostilités.

22 — Combat de Teining.

23 — Combat de Berg. — Retraite de Jourdan.

21 — Combat (fAmberg.

25 — Situai ion critique de l’armée française à Yalden.

20 — Combat de Burg-Eberacb.

3 septembre. Bataille de Wurtzbotirg.

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