‹ France (volume 5)Chapitre 59 sur 114 · SORTIES · texte numérisé non relu

SORTIES

navires.

tonneaux.

ÉniANGERS.

NOMBRE DE NATIRB»

entrés.

sortis.

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L'UNIVERS

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Ainsi, nos colonies rapportent au trésor 34 millions , 26 en défalquant les 8 millions qu'elles nous coûtent; elles donnent lieu à un commerce entre elles et la France, dont le chiffre s'élève à 146 millions ; elles occupent 18 mille matelots. Certes ces résultats, sans parler de l'importance politique qu'ont nos colonies , méritent qu'on regarde ces possessions comme ayant une grande valeur ; et cependant leur état actuel est loin d être aussi prospère qu'il pourrait l'être si les préjuges ne s'y opposaient. De plus, •.il tant remarquer au' Alger n'entre pour rien dans ces cniffres; l'état de guerre, si maladroitement prolongé, empêche la colonisation de cette contrée, et l'apathie inexplicable du gouvernement arrête et paralyse les efforts des particuliers. Quelle serait donc l'importance de nos colonies, si Bourbon, la Guadeloupe et la Martinique abolissant l'esclavage et adoptant les procédés de l'industrie européenne, entraient enfin dans une voie de pro-

§rès rationnels; si on savait tirer parti e la Guiane, défricher ce pays si fertile et si salubre, quoi qu'on dise, et qui pourrait devenir pour nous de véritables grandes Indes, et des Indes placées a 1,200 lieues du Sénégal, c'est-à-dire à dix jours d'une de nos

Srincipales colonies; si on voulait enn s'établir à Madagascar et en tirer le riz, ce pain des pauvres, dont on pourrait nourrir une partie de notre population, et dont le commerce offrirait un nouveau développement à notre navigation sur le golie Arabique et sur la INléditerranée ; si on donnait aux pêcheries du Sénégal toute l'extension dont elles sont susceptibles ; si l'on régularisait la pêche du corail sur la côte aAlger, en l'encourageant par des primes; si l'on faisait enfin tout ce qu'il y aurait à faire, et surtout si l'on organisait l'Algérie ? D'ici à un demisiècle, nous aurions une puissance coloniale supérieure à celle de toute autre nation. La France aurait repris sa position dans la Méditerranée , et elle aurait ressaisi la puissance qui semble lui échapper.

Quand donc la France, sortant enfin de sa torpeur, comprendra-tette qu'elle abandonne les traditions de ses ancêtres, qu'elle fait défaut à son passé et qu'elle marche à sa ruine? (^and donc l'esprit public, réveillé de ce long sommeil où dés intérêts égoïstes l'ont plongé , reprendra-t<il eiinn son énergie ? Dieu seul le sait ; mais , jusque-là, n'espérons pas que le pays comprenne ce qu'il peut faire de ses colonies. Il est même à craindre, car il faut tout dire, qu'un jour vienne où l'on veuille les abandonner. Un parti puissant exploite cette idée. Il est des gens qui proposent chaque année à l'assemblée chargée de défendre les intérêts et l'honneur du pays, l'abandon d'Alger, et dont les discours, traduits en arabe par les ordres d'Abd-el- Kader, vont servir ensuite de prodanutions contre nos armées. Il s'est troavé un ministre qui, abandonnant l'Atlantique à l'Angleterre, osait lui abandonner aussi d'un seul coup, dans ses coupables prévisions, les Antilles, la Guiane, le Sénégal, Madagascar, Bourbon, les pêcheries de Terre-Neuve; et quelques esprits, soit lâcheté, soit découragement , semblent aujourd'hui désirer ce honteux sacrifice. En présence d'un tel état decbosesja tâche des véritables amis du pays doit être de rappeler de toutes leurs forces la grande tradition française ; de dire et de répéter que moins \ios colonies sont nombreuses, plus il faut s'efforcer de les conserver, plus il faut chercher à en tirer parti ; que moins nous en avons, plus il faut travailler à en acquérir de nouvelles. L'aven'r de la France est là; son commerce, son industrie, sa marine, son influence, la grandeur de son nom y sont intéressés. Qui oserait proposer de sacrifier tout cela ?

OoLOKNO (siège du château de). — Le marquis de Maillebois, commandant les armées françaises en Italie, se porta, au mois de juin 1734, sur le château de Colorno , place très-forte, sur le Pô. Une action longue et meurtrière s'engagea entre les Français et le général autrichieo de Wurtemberf, rangé en bataille derrière le diâteaii.

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Cekii-ci fat obligé à la retraite, après un combat de oeuf heures, abandonnant la garnison et deux mille cinq cents morts.

Colosse d'osier. — La religion druidique avait, comme on sait, adopté les sacrifices humains. Souvent on i-emplissait d'hommes vivants, de prisonniers de guerre, un colosse d* osier I)osé sur un vaste bûcher. Les druides, es bardés et le peuple l'entouraient en foule. Les voix et les gémissements des victimes étaient couverts par les cris, les chants, le son des harpes, des trompes et des autres instruments de tnusique. Un prêtre mettait le feu au bûcher, et tout disparaissait dans des tourbillons de flamme et de fumée.

CoLOT. — Ce nom est celui d'une famille qui, pendant plus d'un siècle et demi, pratiqua presaue seule en France la taille, par la méthode dite haiU ap» pareil. Laurent Colot ou Vancien^ médecin à Tresnel, en Champagne, avait appris cette méthode d'Octavien de Ville, qui la tenait de Mariano Santo de Barletta. £n 1556, Henri II l'appela à Paris, le fit chirurgien de sa maison et créa pour lui une charge de lithotomiste à l'Hotel-Dieu. Cette charge fut possédée par ses descendants jusqu'à Philippe Colot. Laurent Colot enseigna sa méthode à son fils, dont il vit bientôt la célébrité égaler la sienne. Celui-ci fut père d'un troisième Laurent Colot^ qui hérita de l'habileté de son père et de son aïeul,* et donna le jour à Philippe Colot Ce fut lui qui, atteint lui-même de la pierre, se fit tailler par son propre fils. Connu dans toute l'Europe et appelé de tous côtés, Philippe Colot ne réserva pas pour lui seul le secret qu'il tenait de ses pères; il associa à ses travaux Giraulû, son neveu, et Séverin Pineau. Le fils de ce Girault fut à son tour le maître de François Colot, qui mourut le 25 juin 1706, et composa un Traité de l'opération de la taille avec des observations sur la formor tien de la pierre et les suppressions d'urine, qui fut publié en 1727, vingt et un ans après sa mort.

COLSON (Guillaume-François), pein-

tre d'histoire , né à Paris le 1" mai 1785. Admis de bonne heure dans l'atelier de David , il y fit en peu de temps des progrès remarquables. Mais abandonné de ses parents , et forcé de travailler pour vivre, il ne put obtenir le grand prix de peinture. Cependant il ne se rebuta pas; et bientôt (1812), il débuta par une œuvre capitale. Nous parlons de son grand tableau représentant la clémence de Bonaparte envers une famille arabe. Cet épisode de l'expédition d'Ég3^pte attira l'attention de tous les luges éclairés. « M. Colson, A dit David , en parlant de ce tableau, « est devenu un très-habile homme ; il « en a donné la preuve dans la dernière «exposition; il est du nombre des a élèves destinés à illustrer mon école, « je dirais presque son pays; je fais la «c plus haute estime de son grand ta- « lent. » Depuis ce temps , M. Colson a exposé, en 1819, un Saint Charly Boromée communiant les pestiférés dans le lazaret de Milan; ce tableau, qui orne auiourd'bui la chapelle principale de l'église Saint -Merry, est d'une composition sage, également bien entenaue d'effet et d'expression.

Il a exposé, en 1824, un Jgamemnon méprisant les prédictions de Cassandrcy qui se trouve maintenant au musée de Nantes. Nous crovons que cet artiste est aujourd'hui à la Havane.

CoLUMB ou Colomb (Michel), le plus grand sculpteur de l'école de Tours, naquit vers 1431; ses œuvres, qui font depuis longtemps l'admiration des connaisseurs, étaient cependant restées anonymes; c'est seulement dans ces derniers temps qu'on a pu les restituer au ^rand artiste , dont l'inscription funéraire renferme les seuls documents qu'on ait .jusqu'ici sur les événements de sa vie. « Je n'étois , dit-il , qu'un pauvre enfant , sans appui, courant sur les routes, à la merci de Dieu et des saints patrons de nos villages, oubliant souvent boire et manger pour voir travailler à toutes les belles croix en pierre qui ornent les lieux saints du diocèse de Léon , et faisant moi-même de petites imaiges en bois avec un mauvais couteau, lors-

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qpe de vénërdbleft pfétres me prirerit eri pitié et se chargèrent de me nourrir, en tne disant : TraTdille , petit , regarde tout ton saoul , et le dochér à Jour de Safnt-Pol, et les belles œo- ▼res des compaignons ; regarde, aime )e bon Dieu, le aonx Sauveur et la benoiste Vierge Marie , et tu auras la grâce des grandes (choses ; tu seras en renom dans le Léon et la belle duché de Bretagne. Ainsi Je faisois dépuis longtemps pour devenir habile ouvrier, lorsque notre duchesse Anne m*a comttiandé te tombeau de notre gracieux duc François II et tté la duchesse Marguerite (*). »

On ne cotinatt ati($tin des outrages exécutés par Columb avant ce mausolée. Tune des plus belles productions de Fart français. Cfe fut en 1607 qu'il termina ce cnef-d'œuvre. Peu de temps tibrès, Marguerite d'Autriche, voulant élever à Wotre-Dame de Brou le mausolée de Philibert de Savoie, chargea Columb de cet ouvrage, qui fait aussi radmiratioU des connaisseurs, et que lés découvertes de M. Leglajr ont dernièrement restitué à son véritable au* teur. Columb est mort après l'année 1512, à l'âge de plus de quatre-vinaiun ans, laissant une nombreuse école.

Combat à la babbii^be. — Le (;ombat à la barrière fut, avec la Joute, le tournoi, le behours ou bebourdis et le pas d'armes , un de ces Jeux militaires qu'inventa , dit-On , Créoffroy de Preuilly, gentilhomme tourangeau, au treizième siècle, et dont le goût devint bientôt une passion chez la noblesse française. Il consistait en une lutte dans laquelle deux troupes de chevaliers, descendus de leurs couN sîers, s'atteignaient avec la masque, le sabre et la hache, jusqu'à ce qu'un des deux partis eût repolisse l'autre au delà d'une barrière qui fermait la lice. Il est très-frégtiemment parlé de ciombats à la barrière dans les romans de chevalerie et dans la partie descriptive et héroïque de l'histoire de France au moyen âge ; ce jeu n'était pas cependant aussi recherché que les

(^) Gnéj^, BisUfire dé Nànus, p. aoà.

aiiirea, ipiarce cfue, pour à*y livrer, il Aillait mettre pied à terre, et (3dmbattre à la manière des vilains, et que les gentilshommes tenaient siUguHèrement à parader devaiit le^ à^mé^ sur leurs grauds et loutdsf chevaux de bataille. Le combat à la batrière ^ pris iln, aveo les autres eter<;iceà setnblables, vers le milieu du Éieizième siède«

Combat où DtBt jùdigiaibb. — L'usage du combat judiciaire fut importé dans leé Gaules par les peuples germaniques. On le ttoûvé en effet prescrit, dans eertainei) circonstances, par la loi des Ripiiaires et bar toutes lés autres )oi^ barbares , à rexeeptlon de la loi saliouè. Acettè époque, toute question se réduiéalt en fait , cft il n'y avait d'autres preuves du fait que le (ferment, soit de la partie, soit de ses témoins, et le cortibat.Gobdebaud, dans iâ loi Gombette, confirma cette institution, «afin, dit le texte, qu'on ne fit « plus de serments téméraire^ sur des <t faits obscurs, et de faux serments sur « deâ faits certains. »

La plus ancienhe relation d'un corabat judiciaire se tirouve dans Grégoire de Tours. « L'an 690 , dit-il , pendant queGontran chassait danâ la forêt des Vosges, il trouva la dépouille d'un buffle qu'on avait tué. Il pressa de questions le garde de la lofèt pour savoir qui avait osé en agir ainsi dans une forêt iroyale. Le garde nomma Ghundon , chambellan du roi. Le roi alors fit arrêter ce dernier, qui fut conduit à Châlons chargé de chaînes. Mais lorsque ces deux hommes discutèrent eti présence du roi, Ghundon dit qu'il n'était point coupable de ce dont on l'accusait, et le roi ordonna le combat. le chambellan présenta son neveu pour combattre â sa placé. Les deux champions entrèrent dans la lice. Le jeune homme porta un coup de lance au garde , et lui perça le pied ; et le garde étant tombe aussit6t sur le dos, le jeune homme tira le poignard qui petidait à sa ceinture, et lorsquMI étittchait à couper la gorge à soii adversaire terrassé , il nit lui-même blessé au ventre d'un coup de poignard, et tous deux tombèrent morts. Ghondoo

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alors s'enAiit vers la basilique de Saîn^ Marcel; mais le roî cria qu'on l*arfëtât. Où ratteîgûit avant qu'il pût toucher le sedil sacfé, on rattacha à un poteau, et il ftit lapidé. Dans la stiite, le ror se Repentit beaucoup d'avoir cédé avec tant de précipitation à la colère, au point de faire périr si promptement, pour une faute légère, lin homme fldèie et nécessaire. »

L'usage du combat judiciaire avait paru s'aâaiblir sur là fin dé la pre^ mière race, par suite de rinfluéncé du clergé, qui cherchait à y Substitue]^ lé serment. Mais Charlemagrie fût, pa^ les remontrances des grands de l'empire, obligé de le rétablir. L^abécdôte suivante, que nous cimpruntonii à l^un des chroniqueurs de cette époque , est de nature à faire voir combien cette coutume était aloi'S populaire; elle donnera d'ailleurs une idée du cérémonial Usité dàiis ces circonstances :

« Les Francs, dit Erraôld le Noir, ont une coutume qui remonte à là plus haute antiquité, dure encore, et sera, tant qu'elle subsistera, l'honneur et la gloire de la nation. Si quelqu'un , cédant à la tprce, aux présents ou à l'artffice , refuse de carder envers le roi une éternelle fidélité, ou tente, par un àtt criminel , contre le prince , sa famille ou sa couronne , quelque entre- S'rise qui décèle la trahison , et si l'un e ses égaux se présente et se porte son accusateur, tous deux doivent à l'honneur de se combattre le fer à la main en présence des rois, des Francs et de tout ce qui compose le conseil dé \à nation, tant est forte l'horreur qu'a la France pour un tel forfait. Un grand nommé Béro, célèbre par d'immenses richesses et tme excessive puissance , tenait de la munificence de l'empereur Charles le comté de Barcelone, et f exerçait depuis longtemps les droitiS âttadiés à son titre. Un autre grand , auquel son propre pays donnait le nom de Sanilon, exerça des ravages sur ses terres; tous deux étaient Goths dd naissance. Ce dernier se rend auprès du roi , et porte , en présence du peuple et des grands assemblés, une nor-

rible accusation contre son rival. Bérd iiie tout. Alors tous deux â'éfanceni à rehvl, èé prosternent auit pieds il^ fastres du nloharqde/ et demandent qu'on leur mette dans les mains le^ armes du combat. Béro S^écrië le pre^ mier i « César, je t'en supplié au nom « méthe de ta piété, qu'il me soit peré mis de repousser cette ëcciisation ; « mais qu'il me soit permis aussi, con- « formémént au* usager dé notre na-) « tion, de combattre à cheval, et de me «servir de mes propres armés. « Cette prière, Sanilônla répète avec instahce.

« C'est atix Francs, répond Céfear, qu'il « appartient de prononcer; c*est leuîr « dfroft; il convient qu'il éii Soit ainsi, « et nous l'ordonnons. » Les Francs rènderit leur Sentence dans leà formesr consacrées par leurs antiques u^âgeâ.

Alors lès deux champions préparent leurs armes, et brûlent dé ^*élàncer dans l'arène du combat. Césai^, poussé par soîi amour pour Dieu, leur adresse cependant ce peu de paroles , éi^presslon vraie de sa bouté : « Quel due sdlt « celui de vous qui se reconnaîtra vo- «lontaii'ementcoupcibleducrime qu'on- « lui impute, plein d'indulgence et éri- « ehaîné par mon dévouement au Sei- «gneur, je lui pardonnerai sa faute, <t et lui remettrai toutes les peines dues « â son délit. Croyez-le , il vous est « plus avantageux de céder à tnes con- « seils que de recourir aux cruelles ex- « trémités d'un horrible combat. » Mais ces deux ennemis renouvellent leurdertiande avec instance, et crient : « C'est « le combat qu'il nous faut ; que tout << âoît disposé pour lè combat. » Le sage empereur, cédant à leurs désirs, leur permet de coUibattre selon la coutume des Goths, et les deux rivaux ne tardent pas un instant à lui obéir.

«Tout près du château Impérial, nommé le palais d'Aix, est un lieti remarquable, dont la renommée s'étend au loin. Entouré de murailles toutes de marbre , défendu par des terrasses de gazon et planté d'arbres, il est couvert d'une herbe épaisse et toujours verte; le fleuve, coulant doucement dans un lit profond, en arrose le milieu , et il est peuplé d'une foule d'oi-*

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L'UNIVERS-

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leaux ttt de bétes fauves de toute espèce. C'est là que le monarque va souvent, et quano il lui plaît , coasser avec une suite peu nombreuse; là, ou bien il perce ae ses traits des cerfs d*une inimense stature, et dont la tête est armée de bois élevés , ou bien il abat des daims et d'autres tanimaux sauvages; là encore, lorsque, dans la saison de Thiver, la glace a durci la terre, il lance contre les oiseaux ses faucons aux fortes serres ; là se rendent Béro et Salinon, tremblants de colère. Ces guerriers , d*uoe baute taille , sont montés sur de superbes coursiers ; ils ont leurs boucliers rejetés sur leurs épaules, et des traits arment leurs mains ; tous deux attendent le signal que le roi doit donner du baut de son palais; tous deux aussi sont suivis d une troupe de soldats de la garde du monarque, armés de boucliers , conformément aux ordres du prince, et qui , si Tun des champions a frappé du glaive son adversaire, doivent , suivant une coutume dictée par l'humanité, arracher celui-ci des mains de son vainqueur, et le soustraire à la mort. Dans l'arène est encore Gundold, qui, comme il en a l'habitude dans ces occasions, se fait suivre d'un cercueil. Le signal est enûn donné du haut du trône. Un combat, d'un genre nouveau pour les Francs, et qui leur était inconnu jusqu'alors, s'engage entre les deux rivaux. Ils lancent d'abord leurs javelots, se servent ensuite de leurs épées , et en viennent à une lutte furieuse, ordinaire chez leur nation. Déjà Béro a percé le coursier de son ennemi. Aussitôt l'animal furieux se cabre sur lui-même, et fuit à toute course à travers la vaste prairie. Salinon feint de se laisser emporter, lâche enGn les rênes , et de sou épée frappe son adversaire, qui alors s'avoue coupable. Aussitôt la vaillante jeunesse accourt, et, fidèle aux ordres de César, arrache à la mort le malheureux Béro, épuisé de fatigue. Gundold s'étonne , et renvoie son cercueil sous le hangar d'où il l'avait tiré; mais il le renvoie vide du fardeau qu'il devait porter; car César accorde la vie au

yaiocu, lui permet de se retirer sain et sauf, et pousse même la démence Jus-

3u'à consentir qu'il jouisse des prouits de ses terres (*). •

L'influence civilisatrice du clergé gallo-romain, qui, ainsi gue nous l'avons dit, avait presque (ait abandonner, à la fin de la première race , Tusaçe des combats judiciaires, finit par agir sur les compagnons de Charlemagne, comme elle avait agi sur ceux de Clovis. Cette coutume barbare sub- * sista toutefois dans toute sa force tant que la famille carlovingienne se maintint sur le trône; mais à partir de l'avènement des Capétiens , elle commença à s'affaiblir. En 1041 , fîit instituée, par Henri I*', la Trêve du Seigneur, qui , en mémoire de la passion de Jésus-Christ, défendit, sous peine d'excommunication , de livrer aucun combat , depuis le mercredi jusqu'au lundi de chaque semaine.

En 1145, Louis VI abolit par une charte l'usage qui autorisait le prévôt de Bourges à appeler en duel quiconque n'obéissait pas à ses mandats, et il défendit, en 1167, le combat dans les procès, quand la chose en litige ne dépasserait pas la valeur de cinq sous.

En 1260, un édit de saint Louis défendit, mais seulement dans les domaines du roi, les duels ou gages de bataille. Le parlement avait encore ordonné, en 1256, un combat singulier pour cause d'adultère. Philippe le Bel, qui avait défendu pour toujours, en 1303, les combats en matière civile, les rétablit en 1306 par un édit qui les restreignit à quatre cas, et en régla le cérémonial.

En 1386, le parlement, qui déjà, en 1354, avait ordonné un combat pour une accusation de viol, prononça un arrêt semblable dans une cause de même nature entre les nommés Carouge et Legris. La femme de Carouge accusait Legris de l'avoir violée. Celuici nia le fait; sur la plainte de Carouge, le parlement déclara qu'il échéoit gage, et ordonna le combat. Legris fut tué.

Cependant son innocence fut procla-

(*) Ermoldus Nigellus, p. 77 et suit.

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mée longtemps après par le véritable coupable , qui avoua son crime au lit de la mort.

£n 1409, une ordonnance de Charles VI défendit les duels, à moins qu'il n'y eût gage jugé par le roi ou le parlement; cette prérogative fut même exclusivement réservée au roi , à partir du commencement du seizième siècle. François I*' ordonna et présida plusieurs combats en champs clos. Le règne de Henri II commença par le fameux duel de Jamac et de la Chataigneraye, qui eut lieu avec toutes les formes et tout l'appareil des combats judiciaires. L'issue de ce combat , si funeste à la Chataigneraye , favori de Henri lï, engagea ce prince à faire le serment de ne plus autoriser de pareils combats. « Cependant ce serment, dit Voltaire dans son Essai sur les mœurs, ne l'erapécha pas de donner deux ans après, en conseil privé, des lettres patentes par lesquelles il était enjoint à deux jeunes gentilshommes nommés Fendilles et d'Aguerre, d'aller à S*edan se purger par duel de certaine accusation qu'on n'ose indiquer en bonne compagnie. »

Par un édit.de 1569, Charles IX défendit les combats singuliers, avec réserve néanmoins de les autoriser en connaissance de cause, cevq<ï'il fit pour • une accusation de consprr^ion portée par Albert de Luynes contré 'le capiitaine Panier, exempt des g^i^les du corps, qui y fut tué. Ce duel parait être le dernier qui ait été revêtu des formes officielles. Cependant on pourrait encore ranger dans cette classe une joute sanglante qui fut autorisée par Henri IV, et à laquelle ce prince assista. Cette joute eut lieu en 1605, entre le duc de Guise et le maréchal de Bassompierre. Suivant le récit que ce dernier en a fait dans ses Mémoires, il avait inspiré au roi de la jaiou* sie au sujet de la belle d'Entragues, et le défi du duc de Guise n'était que l'effet d*une basse flatterie. Le combat eut lieu dans la cour du Louvre, qu'on dépava à cet effet. Bassompierre reçut dans le ventre un tronçon de la laiîee lie ^n adversaire. Ses entrailles sor*.

tirait, et on le crut mort dans le moment. Il survécut cependant, et se guérit.

Voici quelles étaient les formalités usitées au moyen âge dans les combats judiciaires :

Le théâtre de la lutte était un espace appelé champ clos , autour duquel on tendait une corde que personne ne pouvait franchir. Primitivement, on voyait s'élever en tête de cet espace une potence ou un bûcher destiné aux vaincus. Deux sièges tendus de noir étaient réservés aux combattants, qui s'y plaçaient pendant les préliminaires du combat. Ces préliminaires consistaient en discours, formules et cérémonies religieuses, dont la principale était le serment prêté par les parties sur les évangiles, et par lequel elles affirmaient qu'elles n'avaient employé ni sorcelleries, ni maléfices, ni enchantements; affirmation dont on prenait ensuite la précaution de vérifier l'exactitude par une rigoureuse visite. Cela fait , on

{)artagedit également l'espace, le vent, e soleil entre les adversaires, et quelquefois on leur distribuait des sucreries ou autres friandises pour leur tenir lieu de rafraîchissements ; puis on visitait et on mesurait leurs armes; après quoi, le combat commençait à un signal donné par le maréchal du camp , qui criait : « Laissez aller les bons combattants! »

Il était défendu aux assistants, sous des peines très - sévères , de parler, . tousser^ craciier, éternuerou faire quoi que ce soit qui pût distraire ou inter-' rompre les champions. Celui qui offrait le combat devait jeter quelque chose, à son adversaire; c'était ordinairement un gant , que celui-ci ramassait pour marquer qu'il acceptait le défi.

L'objet, ainsi jeté et ramassé, était ce qu'on appelait le gage de bataille, ChacuQ des combattants choisissait, aussitôt un ou plusieurs témoins. Ces, témoins, auxquels on donna longtemps le nom de parrains^ n'eurent d'abord d'autres fonctions que celles de veiller au maintien des règles et formalités prescrites pour le combat. Mais dans la suite, ils durant y participer aussi i

iië

L'UmVEBS.

et prèûéH fâtt «t eatisé poar leori filleuls, soit pour I6S appuyer, soit

pour les venger.

Avant d'entrer eh lice, les combattants assistaient à la messe, et souvent même ils recevaient rEucharistie en fbriïie de vlatiqaé. On trouve encore dans quelques ancienis missels le pro* pre de cette tnéS8e,qui y est intitulée Missà pro duello. Après le combat , le vainqueur revenait à Féglise faire ses actions de grâce , et il y laissait queliquefois , comme ex voêiy les dépouilles de son ennemi. Les armes or*dinaires étaient, pour les nobles, Tespâdon, épée large et à deux tranchants, la cuirasse 9 le bouclier et la lance, quand on comblittait à cheval. Les roturiers ne pouvaient se mesurer qu'ave(; le bâton.

Desfohtaineft et Beaumanoir nous oiïlt donservé les diverses formalités du CN^mbàt Judiciaire, tel que l'ordon* liaient encoire les tribunaux de leur temps. Non-senlement le combat avait lieu entré lès parties oontendantes , mais il pouvait s'établir aussi entre Tune des parties et les témoins produits par r^utre. Sur un d^enti donné par celié-ci, le combat coniifien^aSf ; et si le témoin était vaincu, Ift piartie était censée avoir produit un ftlux témoin , et ellu perdait son proéês. Si le procès avait été Jugé en première instance sur une déposition de témoins, la partie qui l'avait perdu avait le droit de famser immédiate* ment le jugement, en donnant au juge le démenti auinoment où il prononçait sa sentence. Alors le combat s'eogag^ait avec lui. Dans tous les cas , le vainôti n'en était pas quitte pour les hasards du combat, il deVait en outre

{)ayer une grosse amende,' et c'est de à que vient le proverbe : Lès bcfêttts payent V amende. Il n'était pas permis au vassal défausser le jugement de son seigneur. Il n'y a, dit Desfontai* oes, entre toîy seigneur, et ton vUain, êiutré juge fors Dieu, Ce fut saint Louis qui introduisit Tusage de fausser, c'est-à-dire, d'appeler des jugements sans que le combat en résultât.

Ce fut ime espèce de révolution.

IheifMi c^tnips eas) on.peQfgitçn battre par procureur, hotampQt quand le procès concernait des feio^ mes ou des ecclésiastiques. (Voyez le mot CHÀMPtoif.) Telle était la \è^ir lation en matière civile. En matière criminelle, la partie qui succonobaitt soit par elle-même, soit par son champion, était pendue ou brûlée, « ^^ c^ guiseroU vaincu, disent les établissements de saint Louis, si seront pe»* du. » Pendant que les champions combattaient, les deux parties étaient gardées hors de la lice « la corde au cou, attendant la potence ou la liberté, suivant le résultat de la lutte.

Un noble pouvait appeler un roturier au combat; mm le premier n'était pas tenu de répondre à l'appel du second. Une charte de l'année III6 accorde aux moines de Tabbaye de Saint-MaU]>des-Fo8$és le privilège i^ faire battre lieurs serfs avec des per* sonnes franches (*).

Pour plus de détails Qur cette ma* tière, nous renvoyons aux chartea da communes accordées k différentes vil* les au commencement du douzième siècle, et au niiot Duelluk du Glossaire de du Gange. Voyez d'aillears l'article Dubl*

Cqmbault (monnaie de),— Il paraît que le petit village de Combauit, ea Brie , aujourd'hui département de Seine-et-Marne , arropdissemept 49 Melun , posséda autrefois un atelier monétaire. On lui attribue générale^ ment un triens qui présente d'un coté un buste de profil droit, arec la légende: GoMBELLis FIT, et au revers une croix anséè avec le nom du moaé* taire Robombris.

CoMBs (Michel), né à Feurs (Loire) le Su octobre 1787, entra au service comme volontaire la IT ventôse an Jh passa par tous les grades inférieerst fut nommé adjudant sous-officier eo 1807^ et reçut, le l*"" oetobre 1807, là croix de la Légion d'honneur, ea

(*) Nous avons fait dé nombreux eliprqnts , dans le ooufs de cet article» à YMû' foire des duels, par M. Fougwonx df Cm* pigneultefi.

FRÂSCE.

et»

Hicôitipensé âë sa bdte conduite péri* daht )â câttipagne de Pi>U8se et de Pologne. La valeur dolit il fit preiivç pendant les catnpa^dès suivantes lui fit conférer, lé 7 juin 1809, Tépaulettè de sptis-iieiJtenânt. Nommé lieiitenàîît Ui 18 mai 1811 , et àdjudant-major le 16 décembre de. la rtiëme ëniiee , il dût à sa réputation de bravdiire êôh admission darï^ la gafde iitipêFiàle, et passa, lé 12 juin 1813, comme liéUteiiiant en second dans le l**" tégiméiit dé grenadiers à pied de la vieille garde. Il 0t ëti cette qualité là campagne dé Russie. Ad retour de cette tatalé expédition, Napoléon , voulant réorganiser soh airmee, choisit les officiers les plus dlstiti|ués pout leur confier le commandement iet Tinstruction éeh soldats des dernières levées. Confit^ fut, en conséquence, nommé, le 12 mars 181^, Capitaine adjudant-majoi* dans le 135* regiinënt d'mfanterie de ligtie, et ^t àvée ce corps les cçiiipâghes de Sàxé eh 1813, et de France en 1814. Na{)olêon, qui connaissait là bravoure de Combe, rappela de nouveau datis les grenadiers à pied de la vieille gardé , et lui donna , le 3 avril 1814, lé brevet de capitaine èhef de bataillon dans ce corps d'élite. L'erïlpii^e était à son déclin, et Texistence d'une foule de braves allait être brisée. Napoléon, en perdant àa puissance, n'en conservait pas inoins toiis ses droits â l'anection d*un grand nombre de ctisurs iiobles et dévoués.

XiOrsquMI s*dgit de désigner ceux qui devaient raccompagner dans son exjj , îl n'v eut que rembarras du choix.

Coitine fut désigné pour faire partie du bataillon , et fut nommé comipandant de la 2* compagnie de grenadier^ le 7 avril 1814.

Au mois de mars 1815, Il revint eh France avec rcmpereùr,quî le nomma officier de la Légion d'honneur le 11 avril suivant, et chei de batai11on>majordans le V régiment de grenadiers a pied de la vieille garde le Ï3 du menié mois. Il combattit à Wateirloo, fil resta Je dernier sur le champ de bataille. Après nos désastres, il s'expatria^ et ne revint en France qu'à la

rë^dlutfon dé 183Ô. Placé, le U dé^ cetubre de cette année, coinme lieutB»

nant-colônel dans le 24^ de ligne, i4 fut iiommé colonel du 66* le 14 dé* cembre 1831 ; et ce fut lui qui, le 23 féh vriët 1832, s'empara de la forteresse d'AlicÔrie. Si rdccupâtiop de cette place ne produisit pas Teffet qu'en atf tendaient les véritables amis dé la li*liysné , ce n'est pas à l'ititeépide coio<iiël qu'il faut s'en prendre, mais à ceux qui, après cette action éclatante, eurent la lâcheté de lui enlever le oom^ Inandement du 66i^. La réprobation générale qui accueillit cette honteuse Tiiesûre força le gouvernement à rapi-

Î)eler dariS les rahgs dés défenseurs de a patrie celui qui visnait d'ajouter ut nouveau fleuroti à sa glorieuse cou*ironile. Mais , comme par une àmère dériiiion , ce fUt à la tête d'iiti c«ir^

ardent et le plus dévoué. Il fut appelé au conlmandement de la légion étrangère par uhé ordonnance royale du V lilai 1832. Il ne conserva cepetidadt ce posté que ^Uel^ues mois, et fut nomrné colonel du 47<' de ligne le le octobre suivant. Dégoûté d'un servie^ que Ton semblait prendre S tâche de rendre pénible , Combe avait té désir de se retirer; mais sur ce qu'Oii lui St obserVe^ qu'il y a^ait eiicore quelque chose à faire eti Afrique, le jUStë mécontentement qu'il éprouvait fit place*, dans son noble Cœur, à une résolution généreuse. Il sollicita et obtint de faire partie du corps expéditionnaire placé sous les ordres du général BUgeaud dans la province d'Oran. Dès lors , tous les champs dé bataille ot il sa trouva furent témoins de sa valeur.

Toutes les fois qu'on marchâlit à Ten^ nemi, il avait un commandement d'Officier général ; il ne redevenait simple colonel que dans les ^misons, cft lorsque tout danger était passé. AprÔS le glorieux combat de la Sicka , toute l'armée pensait que le grade de maréchal de camp serait le prix de ses longs et brillants services. Combe attendit inutilement les insignes de ce grade)

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on lui envoya la décoration de comr mandear de la Légion d'honneur, vain hochet devenu sans valeur depuis qu'on a prodigué sans discernement cette aistinction si glorieuse dans l'origine. Déçu dans ses espérances les plus légitimes, Combe reprit son projet d'abandonner le service. Déjà sa demande de retraite était formée; encore quelques jours, et, rentré dans ses foyers , le colonel eût été pour jamais rendu à la vie civile, lorsaue l'expédition de Constantine fut déciaée. Le général qui l'avait souvent conduit au combat lui montre un nouveau danger à affronter, une occasion brillante d'être encore utile à son pavs. Aussi zélé patriote qu'intrépide soldat, G)mbe déchire sa demande de retraite, et vole à l'un des postes les plus périlleux de l'armée: il y est frappe mortellement, et expire en héros. Voici , d'après les journaux officiels, le récit de cet événement (*) :

Le corps expéditionnaire était arr rivé devant Constantine, et la tranchée avait été ouverte le 12 octobre 1837.

L'assaut de la place fut résolu pour le 13 au matin. En conséquence, les colonnes d'attaque furent organisées pour le donner. Le colonel Combe commandait la deuxième. Après avoir adressé à sa troupe quelques paroles pleines de chaleur et d'énergie, il s'élance au pas de course vers la brèche, où pleuvait une grêle de balles, en criant: «En avant, mes amis! et vive à jamais la France!» Arrivé sur la crête , et dans la première maison qui faisait face à la brèche, le colonel reconnut d'abord que toutes les issues étaient fermées; il se mit à découvert pour en ouvrir une. Là il reçut une première blessure au cou , et n'en continua pas moins à marcher en avant, jusqu'à une barricade à l'abri de laquelle les Arabes faisaient un feu yif et meurtrier sur nos soldats. Le colonel, jugeant aussitôt de quelle importance il était de renverser promptement cet obstacle, s'adressa à sa

(*) Voyez la Sentinelle 4e Varmée et le ^Qntteur universel.

troupe , et dit : « La croix d'honneor « est derrière ce retranchement , qai ft veut la gagner ?» M. Besson , souslieutenant de voltigeurs au 47% n'attendit pas la fin de la phrase ; il franchit la barricade d'un seul bond , et fut suivi de tous ses voltigeurs. Quelques minutes après, le colonel Combe reçoit le coup mortel; il le sent, mais ne le témoigne pas,et, se survivante luimême par l'énergie d'une âme qu'einbrase 1 amour de la patrie, il ne s'occupe que de l'issue du combat: il assure la victoire, puis, se tournant vers les siens , il leur dit : « Ce n'est « rien, mes enfants, je marcherai bien- « t6t à votre tête.» Il se dirige ensuite vers la brèche pour se faire panser; mais il veut auparavant rendre compte au commandant du siège du succès décisif de nos colonnes. Il s'avaneedroit vers lui, et lui dit avec calme: «La « ville ne peut tenir plus longtemps; « le feu continue, mais va bientôt ces- « ser; je suis heureux et fier de pou- « voir être le premier à vous l'annon- « cer. Ceux qui ne sont pas blessés « mortellement pourront se réjouir « d'un aussi beau succès; pour moi, «c je suis satisfait d'avoir pu verseï « encore une fois mon sang pour ma « patrie. Je vais me faire panser.»

Ces paroles sont sublimes de simplicité. Le calme avec lequel Combe les avait prononcées ne laissait point soupçonner qu'il fût mortellement atteint; ce ne fut ^ue lorsau'il se retourna pour aller à l'ambulance qu'oa aperçut avec une admiration mêlée d effroi le trou de la balle qui avait percé l'omoplate et traversé le poumon. A cinquante pas de là, il tomba en faiblesse. Il fut d'abord porté à soo bivouac, oii les premiers soins lai furent donnés , puis à l'ambulance, ou il expira le 15 octobre 1837.

Dans sa longue et glorieuse carrière. Combe a fait mieux ^ue d'obtenir des grades, il les a mérités. On ne pourrait pas en dire autant de tous c«ux que le gouvernement lui a préférés.

Après la mort de Combe, le général en chef de l'armée d'Afrique paya,

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dans ses rapports officiels , un juste tribut d'éloges à sa mémoire; le roi, voulant honorer un trépas si glorieux, ordonna qu'un buste en marbre retraçant les traits du héros serait placé dans rbôtel de ville de son pays natal, et que son cœur, transporté en France aux frais de TÉtat , y serait aussi déposé. Le ministre de la guerre écrivit une lettre de condoléance à sa veuve; un député, mû par les plus honorables sentiments, proposa à la chambre d'accorder une pension de 3,000 fr. à la veuve Combe; toutes les âmes généreuses s'associèrent avec empressement à ce projet. La demande fut prise en considération dans la séance du 10 février 1838; une commission, composée de MM. Énouf, général Larhy, général Schneider, de Montépin, colonel de Lacoste, général Doguereau, Pérignon, Gaiilard-Kerbertin et colonel Garraube , fut nommée dans celle du 17. Le 27, le général Doguereau, rapporteur, conclut au rejet de la pro-

{)osition. Lie 9 mars, la discussion eut ieu ; MM. le général Bugeaud , Larabit , Baude, de Chasseloup-Laubat (Just) , le colonel Garraube , défendirent chaleureusement la proposition , qui fut vivement attaquée par le rap^ porteur et par le ministre des finances ; enfin, le scrutin vint mettre un terme à cette pénible discussion sur le degré d'héroïsme de la mort du colonel Combe. Sur 319 votants, dont la majorité absolue était 160, il y eut 159 voix pour l'adoption de la proposition, et 160 contre. Dans la session de 1840, une pension de 2,000 fr., à titre de récompens.e nationale, a été accordée à madame Combe.

CoMBÉ (M. Madeleine de Cyz de), née à Leyde en 1656, dans le calvinisme, se maria à dix-neuf ans, devint bientôt veuve, passa en France, abjura le calvinisme , et quoiqu'elle ne vécût guère que d'aumônes, ronda, en 1686, pour les femmes pénitentes, l'établissement des filles du Bon Pasteur, auquel Louis XIV accorda, en 1688, une maison et des secours en argent. Madame de Combé mourut en 1692.

• CoMBEFis (François) , dominicain,

T. T. 21* livraUon. (Digt. engycl., etc.)

né à Marmande en 1605, enseigna la philosophie et la théologie à Bordeaux, puis vint à Paris en 1640. Le clergé de France^ assemblé en 1665, le char* gea de donner de nouvelles éditions et des versions latines de plusieurs Pères grecs. Il mourut en 1679, à Pa« ris. Ses principaux ouvrages sont:

55. Patrum ÂmphUochU^ MethodU et Andreae cretensis opéra omnia, Paris, 1644, 2 vol. in-fol.; Grœco-latinx Patrum bibUothecœ novum auC' tariumy 1648, 2 vol. in-fol.; Bibiiotheca concionatoria j 1662 , 8 vol.

in-fol.; Originum rerumque Cons* tantinopoUtanarum ex variis auctO' ribus maniptUuSy 1664, in-4°; BibUo* thecœ grxcorum Patrum auctarium novissimum grœce et latine y 1672 , 2 vol. in-fol.; Ecclesiastes grœcus, 1674, in-8'; S, Maximi opéra, 2 vol.

in-fol.; Basilius inagnm ex intégra recensitasy 1679, 2 vol. in-8'*; Histo-^ rise byzantine scriptores post Théo* phanem, grœce et latine y 1685, in-fol. Ce volume forme le 19* de V Histoire byzantine, et Combefis, qui le publiait par ordre de Colbert, mourut pendant son impression.

CoHBBNNATOBES. — Lcs Romains appelaient ainsi les conducteurs des cnariots à quatre roues {benna) usités pour voyager dans la Gaule. Le mot benne , qui désigne encore dans quelques départements une voiture d'osier à quatre roues , est employé dans le même sens par les paysans d'Allemagne. Un bas-relief trouvé à Dijon offre la représentation du benne et de ses conducteurs.

COMBBAiLLES, Combralia y petit pjays de l'Auvergne , compris aojourd'hui dans le département du Puy-de- Dôme , avait pour capitale la petite ville de Com6rai^5, Evaonou Evaux, en latin Evahonium, et portait le titre de baronnie. Cette contrée, après avoir longtemps fait partie des domaines des comtes d'Auvergne , avait ensuite ap« partenu à la maison de Bourbon, puis successivement aux ducs de Montpeur sier et d'Orléans. La ville de Combraîlles était , avant la révolution , le siège d'une élection. . .

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Gai||BiiQ9rP9 , Oppidum Candidù' brmêi «mci^nne batQnnifi de !• Auvergne, ai^Qurd'hui chef-lieu d'un canton du département du Puy-de-Diôine , à %2 kil. de Ricm , érigée ea marquisat en 163S. La populittipu de Combrondè est aujpurd'uuj de X^^i hab.

C0VQUT13. — Les bandei gauloises qui epvahissaieut la Grèce en 279, venaient d'être défaites aux Thermopyies et dans TCCta. Le hrenn cepeur Qe^W\ ne perdant pas courage , résolut de tenter une seconde attaque, et d'opérer pour cela une diversion terrible sur r^toiie. Gombutis et Qrestorios , chargés de cette mission, ^'en ^c-* qqitterept avec une horrible cruauté.

Suivant les prévisions du brenn 1 àix çiiile Ëtoliens abandonnèrent silors le camp des Thermopyle^ pour venger leur patrie, et Combutis (ut forcé d9 battre en retraite. La moitié de se^ troupes périt dans cette marche au milieu d'une population soulevée. Mais çon but était rempli*

CoMBDiB. — Il y a deux espèces de çnmédie : l'une , Siavante et réfléchiç « approfondit \^ nature humaine eJq riant de ses travers; celle-là forme Vesprit autaint qu'elle l'amuse 1 elle fait penser autant qu'elle fait rire« elle syoute à la ^,mme de nos e^pé-; riences sur rhomme et le moude^ ^ mérne tepaps qu'elle nous procure pat renjouement de se$ peintures ie di-; vertissement le plus frs^ne et le plus vif. C'est la haute comédie. L'autre se borne à saisir les plus gros traits.de9 caractères comiques , à reproduire Ie$ contrastes et les incidents plais$ints qui se présentent à la surface qe I9 yie, et to,u$ ces ridicules accidentels qui font pstrtie des mœurs de chaque épotque; d'ordinaire elle Charge ce qu'elle voit, elle outre ce Qu'elle imiie, et provoGue, par l'exagération des Qgur res qu^elle fait mouvoir, un rire plus vif que délicat, une gaieté plus bruyante que durable. C'est la comédie de se* con^ ordre , dont î'ahus produit If genre bouffon et la farce. Le premier de ces deux genres de comédie n'a pas été connu en France avant l^lojièce , et n'a été pratiqué avec bonheur apj^ès

lui que très-rarement et dans un très-» petit nombre d'ouvrages. Le second remonte, dans notre histoire littéraire, à une date bien plus àncienpe , et ses monuments sont très-nombreux. Cette comédie, qui n'est pas Pétude des ri* dicttles , qui en est 1 esquisse rapide et souvent la caricature bouffonne, qui se propose Iç rire pour unique but , nous la trouvons en France de trèsbonne heure , dans des temps encore barbares, lorsque tous les autres genres sont encore dans l'enfance, ou bien n'existent pas ; nous la trouvons an milieu des ténèbres du mo^en âge, non pas sans doute aussi spirituelle et aussi habile qu'elle peut être, non pas cultivée avec le talent et le goût dont ce genre est susceptible, souvent grossier^, au contraire, et marquée de l'ignorance du temos, ordinairement bornée au comique bouffon, mais ea^n assez développée, et se présentant avec des traits assez formés et assez ôrigi« naux pour qu'on puisse , dès cette époque , constater son existence et commencer son histoire. Deux causes hâtèrent chez nous le développement de ce genre de comédie. D'abord ces ouvrages inspirés par le rire , et dont la gaieté fait le génie , n'ont pas besoin pour naître que la civilisation et le goût soient venus. La plaisanterie, la parodie , n'ont rien qui soit incom*

{latible avec la rudesse des esprits et a grossièreté des mœurs. En outre , ce genre devait être en France d'autant plus précoce , que le go^t de la plaisanterie, de la bouffonnerie, de la satire, était un penchant |>rononcé chez nos aïeux, et que, de très-bonne heure , notre nation mérita d'être appelée le peuple le plus gai de l'univers. Voilà ce qui explique pourquoi , tandis que la tragédie n'était pas même en germe dans les plates et barbares productions des auteurs de mystères, que d'insipides chroniques rimées étaient nos poèmes épiques, et que tous les autres genres étaient parefUement absents ou informes, la soèiété'des cleres de la basoche produisait cette fauree de l^ Avocat Pathe&n, œuvre d'une gaieté si vive et si originale , qui par-

FRAIfCE.

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fais offre des traits d'un excellent co* Riiqué , et qui est un de ces monu* ments antiques et précieux par lesquels le génie français se dédommage ou se eonsole d'avoir été si longteinps bar* bare.

; C'est au commencement du quînr zîème siècle , sous le règne de Charles VI , que se formèrent les deux sociétés auxquelles notre théâtre comique dut la naissance. Vers Tan 1402, la confrérie des Enjauts sans souci, dont le chef s'appelait le Prince des sots y commença a représenter sçs pièces intitulées sotties; et la basoche , composée des clercs de procureur, inaugura sur un théâtre séparé les petites comédies qu'elle appelait moralités ou farces, (Voir Abu DBAMAxiQDB.) Telle est l'origine proprement dite de notre comédie. Avant cette é|)oque , on ne trouve que quelques scènes de pantomime bouffonnes qui faisaient partie des représentations religieuses mêlées à la célébration des offices dans les grandes fêtes , ou qui amusaient le peuple des rues dans les jours de réjouissances publiques.

Les moralités étaient, des trois gen^ res de pièces oui parurent alors, celui où il y avait le moins de gaieté. Les auteurs se proposaient souvent de donner dans les moralités une leçon édifiante revêtue d'une forme symbolique.

Quelquefois les personnages y étaient les mêmes que dans les mystères ; on y voyait paraître Dieu, la Vierge et les saints. iJn des caractères les plus sail» lants des moralités, et une des causes qui leur enlèvent presque tout comique , c'est le goût de Tallégorie , c'est l'habitude de personnifier des êtres abstraits, des vertus, des vices, et de les habiller d'un costume où tout est symbolique jusqu'aux moindres détails. Cette coutume, qui s'était répandue dans le roman de la Rose , et Î|ui régnait universellement dans les ettres , amusait un public à la fois erossier et subtil , heureux de deviner des éniemes faciles, et d'ailleurs porté au svidoole , comme toutes les sociétés dans l'enfance. On voyait dans les moralités une foule de personnages

comme ceux-ci : Bonne fin. Motte fin.

Peu et Moins, Bien avisé et Mal avisé, etc. "Les farces et les sotties étaient de petits cadres où Fon jetait une aventure bouffonne , où Pqn peignait sans art, mais avec une verve folle et caustique , un de ces caractères toujours surs de faire rire la multitude , un de ces types moitié de nature , moitié de convention : le valet fripon , le faux brave, le mari trompé, etc. , etc. Dans ces petits ouvrages , la gaieté allait ordinairement jusqu'à un cynisme effronté qui ne cnoquait ^er^onne , parce que la corruption était extrême alors, corruption naïve, si l'on veut , moins odieuse sans doute que celle que le plus haut degré de ci« vilisation anime, mais qui n^est pas innocente , et que les enthousiastes di| moyen âge ne parviendront pas à faire absoudre ni à dissimuler. La sottie avait pour trait distinctif la hardiesse avec laquelle elle s'élevait quelquefois jusqu'à la satire politique. Le Prince des sots y imitant sans le savoir l'ancienne comédie grecque, frondait quel- Suefois le pouvoir , censurait les anus, ésignait à la raillerie publiqueles vices des grands ou des prêtres. Sous Louis XII , prince tolérant , qui favorisa la libre expression des sentiments populaires , qn représenta une sottie où la Mère sotte , personnifiant l'Église romaine , déclarait à Sotte occasion et à Sotte ficdnee qu'elle voulait usurper le temporel des rois. A la faveur de sa robe d'église , Mère sotte essayait de séduire les prélats attachés au Prince des sots , qui figurait la royauté , et parvenait à gagner plusieurs d'entre eux. Alors les tra]tres et les sujelf^ fidèles engageaient une lutte , à la fin de laquelle le prince découvrait sous l'habit ecclésiastique la robe de Mère sotie f et la dépouillait de son attirail emprunté ; et la pièce se terminait par la déposition humiliante de la fausse papesse. On voit d'ailleurs qu'en autorisant de telles représentations, Louis XII consultait aussi la politique ; car il était bien aise de voir l'opinion publique se prononcer contre la cour romame , avec laquelle il était

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L'UIVIVERS.

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engagé dans une lutte politique et religieuse.

Les sotties n'appartenaient pas exclusivement aux Enfants sans souci.

Bien que cette confrérie fût distincte de la oasoche, les genres traités des deur parts étaient les mêmes. Les basochiens se permirent aussi plus d'une fois des attaques contre les corps de rÉtat et les personnes. Mais sous François P"* cette hardiesse parut factieuse. Le droit de toucher aux affaires publiques, même par Tallusion, fut retire aux deux confréries; et, comme autrefois les poètes comiques d'Athènes , les Enjfants sans souci et les basochiens se virent contraints par des mesures pénales de se borner aux sujets généraux et de ne plus fronder que les mœurs. (Voir Abt dbàmàti- QUE.) Leurs comédies de mœurs ne furent du reste , comme auparavant , que des farces. Ils en jouèrent un plus grand nombre que jamais. Mais, à partir de cette époque, leurs productions devinrent de plus en plus obscures ; elles ne tardèrent pas à être effacées par les nouvelles comédies des poètes érudits ; elles n'offrent rien qu'on puisse mettre à côté de la farce célèbre que les basochiens , un siècle auparavant, avaient fait applaudir sur leur théâtre , alors beaucoup plus florissant. Vers Tannée 1450 avait paru l* Avocat Pathelin, qui ne vaut uas précisément pour nous unelliaae, comme le dit M. de Sainte-Beuve dans le livre où il s'efforce de réhabiliter notre moyen âge littéraire et de dissimuler notre pauvreté avant l'âge classique, mais qui révèle la vive source de gaieté et d'esprit que renfermait déià le génie français , et nous permet de citer quelque chose de vraiment comi-

?ue bien avant Molière. La scène où 'athelin marchande la pièce de drap , et celle où le marchand , interrogé par le juge , confond dans ses réponses son drap et ses moutons , sont marquées au coin de la bonne plaisanterie, et aujourd'hui même l'effet n'en est pas affaibli par les obscurités d'un langage qui paraissait déjà fort vieux à Etienne Pasquier. Une foule de traits

heureux font de l'auteur inconnu de cette farce un des ancêtres de Rabelais et de Molière. Brue^^s reprenant Pathelin au dix-septième siècle, et rhabillant à la moderne, ne lui a pas conservé sa verve , et affaiblit souvent sa gaieté; et c'est dans l'original qu'il laut étudier ce monument , où se découvre toute la vocation comique de notre nation.

• Les Enfants sans souci et les basochiens, dont le théâtre , comme nous l'avons dit, tomba en pleine décadence à partir du milieu du seizième siècle, subsistèrent toutefois longtem|)s eih core. Ces deux confréries se soutinrent avec leurs cérémonies et leurs statuts jusqu'au commencement du dix-septième siècle , où elles finirent par se perdre obscurément dans les orgies du mardi gras. En IQOS^ le Prince de»

50^ avait encore le droit d'entrer par la grande porte à l'hôtel de Bourgogne le mardi gras, et d'y prendre une collation.

Les comédies qui firent tomber en discrédit, au milieu du seizième siècle, les farces des confk'éries, ou qui du moins détachèrent de ces spectacles la

f)artie la plus éclairée du punlic, ûirent e résultat de cette réforme que le godt de l'antiquité, l'érudition, les rapports fréquents avec l'Italie amenèrent dans notre littérature à cette époque. Dans ces comédies, plus régulières qyejout ce qu'on avait vu jusque-là, les^souvenirs de Plante et de Térence se mêlaient à de nombreux emprunts faits aux pièces italiennes. Tels furent Y Eugène de Jodelle, la Trésorerie de Grevin, les Corrivaux de Jean de la Taille, le Brave de J. A. de Baïf. On fît aussi alors des traductions de comédies latines ou grecques : Ronsard traduisit le Plutus d\4ristophane. Cette nouvelle génération de poètes érudits, qui réformaient tout et qui affichaient un souverain mépris de tout ce qui les avait précédés , prenaient en pitié les farces et les sotties^ comme ils accablaient de leurs dédaigneuses railleries les mystères de$ conrrères de la passion ; et leurs comédies, qu'ils jouaient entre eux, ou devant un public choisi

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qu'ils réunissaient dans l'intérieur d*un collège , leur paraissaient des innovations profondes et glorieuses. Il est vrai que ces comédies étaient d'une construction plus régulière que les anciennes pièces , et attestaient |)lus de culture dans les écrivains. Mais avec un peu plus d'ordre , et quelques réminiscences classiques , elles ne s'élevaient pas beaucoup au-dessus delà bouffonnerie des /arce^ 9 et reproduisaient même la licence et le cjmisine de ces basochiens tant dédaignés. VEuaène de Jodelle, représenté devant rUniversité, est rempli des plus grossières indécences. La pièce roule sur les stratagèmes employés par un abbé pour conserver la possession de sa maîtresse, qu'un officier lui dispute.

L'auteur ne recule pas devant les situations les plus libres. Ainsi ces comédies nouvelles ne différaient pas de l'ancien théâtre autant que se Timaginaient les réformateurs , et ^ malgré quelques changements légers, l'esprit comique était le même. Un progrès véritable ne se fait sentir que chez un seul des écrivains comiaues de cette école. Pierre Larivey, Gnampenois, se distingue de tous ses contemporains par des traits d'une bonne et franche plaisanterie, un dialogue vif et naturel, et par une certaine connaissance du cœur et des passions. Dans sa pièce des Esprits y le personnage du vieil avare Séverinest presque un caractère.

Cette pièce , à laquelle Molière a fait plusieurs emprunts , et dont Regnard aussi s'est souvenu dans son Retour Imprévu, fait assurément plus d'honneur au théâtre du seizième siècle que toutes les tragédies servilement et gauchement imitées du grec, qui excitaient alors tant d'applaudissements.

On lira encore aujourd'hui avec plaisir les Esprits de Pierre Larivey : mais on succomberait d'ennui en lisant la Cléopàtre de Jodelle, qui fut célébrée ù son apparition comme une merveille. Ainsi on peut remarquer ici deux choses : c'est que la comédie , malgré l'illusion des Ronsard, des Jodelle, des Baïf, subit une réforme beaucoup plus légère que la tragédie,

et qu'elle garde sur la tragédie une avance marquée.

Les successeurs de Larivey sont très au-dessous de lui. D'ailleurs, les progrès de l'art dramatique furent retardes par les guerres civiles , et , au milieu des collisions sanglantes des partis, l'esprit comique déserta les théâtres pour descendre sur le champ de bataille, et lancer dans la mêlée les traits perçants du pamphlet et du libelle satirique. Toute la comédie de ce temps est dans la satire Ménippée. Sous Henri IV, le théâtre renaissant subit une influence nouvelle , celle du drame espagnol. L'imitateur des Espagnols, Hardy , changea la forme de fa tragédie. Plus irrégulier que l'école de Ronsard, disposant du temps et de l'espace avec une hardiesse sans limites, il compliqua à l'excès les ressorts de l'intrigue. Aucun progrès ne résulta de ces changements : le style chez Hardy est moins comique que chez Larivey : les caractères sont nuls, l'action est compliquée sans être attachante , la bouffonnerie est rarement plaisante.lVo vateur indi scr et et étourdi , il créa un penre nouveau , la tragicomédie, ou il alliait la plus lourde emphase avec les trivialités les plus plates, où il prodiguait les lazzis et les tirades tragiques , les scènes d'amour et les scènes de meurtre , les concetti et les coups de poignard. Il ignora le parti qu'on pouvait tirer de là liberté qu'il usurpait : il s'en servit capricieusement sans génie et même sans esprit. Il arrêta , par ses déplorables succès , le progrès de notre double scène. Il est aussi l'inventeur de la pastorale , ou du moins il introduisit chez nous ce genre italien, mais le défigura par le plus triste mélange de grossièreté et de fadeur , de bouftonnerie et d'affectation. Cependant , entre les mains de Mairet et de Rotrou, la comédie redevint un peu plus régulière et se montra plus raisonnable.

Mais, dans les ouvrages de ces auteurs, ce qui domine toujours c'est l'imbroglio espagnol, ce sont les faux-briîlants italiens, les métaphores ampoulées de Calderon et de Lope de Vega. Tel est

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le caractère des premières comédies de Corneille, Très - supérieures aux fdllés ^boductiôbs dé Hardy, elles sont firôidës et fhdsses pour les coriizeptionà 6t pbUr lé àtylë ; et lie méritaient pas lès éxarmen^ qtiMl t ajouta dans SA vidilëâ^é; A là niéhië épbqde, dti inventait aussi un nouveau genre de farce : c'était les pro/b^t£^^ arotatifs, que Venàiferit réciter sui* le théâtre, avant là pièce qu'on devaîtjouèr , des acteurs célèbres par leur talent pour le grotesque, tels que lesTurlupin, les Bruscainbille, les Guilldt-Gorju . etc.

On fit auâsi de nombireuseS imitations des parades italiennes, et lé burlesque devint, même dans la |)artie la plus élégante de la société , une mode qui &e soutint longtemps , et dbiit la prb* vittfce ti'était pas encore revenue au temps où Bbileau écHvait le premieir fchant de VJrt poétique.

Cependant, une réforme définitive et durable tie tarda pas à s'opéreK dn 6ë fàssà de la confusion et de l'anarcHie produites isur la scède par les inhbvatibhs sans limites dé Hard^. Ôh comméhça à rougir des grossièretés et de la licence qui déshonoraient la co- Ihédié et la tragédie. Le goût s'éclaira ; les littérateurs demandèrent de noutéau à l'étude de6 anciens des lumières et une direction. C'est alors que les unités font leur apparition dahs notre art dramatique. Autant le théâtre avait été capricieux et désordonné au temps de Hardy , autant il devint régulier -et sévèrement sj^métrique.

Dans la société , à la grossièreté et à l'esprit fougueut du seizième siècle, succédaieht, sous leministèirë de Richelieii, lé goût de la régularité et des bienséslhces. Les règles d'Aristote, imposées â la ti*àgédie avec une rigoureuse exactitude, trouvèrent faveur auprès dû public. La tragédie dassique lia^uit, et dut aussitôt uh immortel éclat àii génie de Corneille. Coxâeille ne fut pas contraint, comme on l'adit, d'accepter un joug qui lui répugnait.

Il ne concevait rien de mieux que le système dramatique, qu'il consacra par ses chefs-d'œuvre , et ne se fit aucune violence pour observer toutes les

bienséances qui s'introduisirent dur notre scène. La tragédie classique ne fut t^as le résultat d'une erreur aceré*ditée par quelques commentateurs d'Aristote et quelgues beaux esprits scrupuleux; elle tut le produit des moeurs, de l'esprit publie; elle répondait à l'état de la société du dix-septième siècle. D'aitleurà, elle racheta bien asseas par l'étude savante de la nature humaine, par la peinture idéale et vraie des passions ; par les beautés incomparables du langage , ce que la Symétrie de ses formes extérieures et le rigoureux décorum qui lui était imposé devaient lui Ôter nécessairement d'action, de vérité familière et de v»> riétë. On peut , à certains égards , trbuvei' a redire à la réforme qui vint opérer, dans la tragédie ^ une métamorphose aussi complète. Mais on est forcé de reconnaître que cette réforme était le résultat de causes nécessaires. La comédie fut comprime dans cette grande révolution ; mais elle eut un Bonheur ^ui manqua à la tragédie. H est vrai qu'elle attendit plus longtemps qu'elle l'heure du perfectioniiement glorieux et décisif, Corneille ayant été porté par la nature de son çénie au genre tragique , et Molière n'étant né que Seize ahs après Corneille; Mais elle subit beaucoup moins que la tragédie le jdug de ces bienséances qui vinrent régir notre théâtre. Elle put coctserTer ses allures familières, sa verve libre, et même un peu de son antique licence. Elle resta populaire en se perfectionnatlt. Il est vrai qu'elle se soumit aux unités de temps et de lieu comme la tragédie. Mais cette gène est bien moins forte pour le poëte comi()ue, qui, s'emparant par le rire du spectateur, ne lui permet pas de s'enquérir si la durée ae la pièce et le lieu des scènes sont vraisemblables , et peut , sans scrupule et sans combinaison laborieuse de prétextes, faire arriver tous les personnages et rassembler tous les événements sur la même place publique, dans la même rue ou dans la même salle. Qui songe à trouver mauvais, en lisant fjécb/è desfemmesy que to\ïs les personnages viennent tour

i tour coilverser devant la porte de la maiiOn d'Àrnolphë? Qui remarque, en lisant la fametJse «bene dd Eonnêt dariS le Mlsarithràpe , qii'ii est assez singulier qu'Orbnte s'établisse , pour récitel* ses vers à Alceste , dans l'appartement de Célimène, en l'absence de la maltresse du logis ï En détinttive , la comëdlé lie subit , au dix- Beptième siècle, que les entraves de la raison et du bon coût, et Molière ptit allier à la science, à l'art, â la délicatesse, la vérité familière, la vai-iété des tons ,' les formes les pliis populaires du bon sens, les plus naïves saillie^.

Son théâtre est, à proprement parler, notre lliéâtre national , dans leqdel reparaissent, à t&\é de la perfection de l'âge classique, tct antique esprit gaiiloifi, cette raillerie inUigéhe que noijs avons sighalëe dans l'auteur de PaiAe- Un et dans Larivey. Ce n'est pas que liotre tragédie n'ait étÊ nationale aussi, puisque, comme nous l'avons montré, elle sortait Att besoins de l'époque.

Mais elle était faite siiftottt pour i'élite brillante de la société ; elle s'adressait à une cour ingénieuse et polie , passionnée pour les arts , liiais esclave de l'étiquette. Molière fiit à là fois l'interprète de la délicatesse du grand monde et de la gaieté familière du inonde bourgeois , de la raison fine et profonde des unà, et du bon sens trivial et non moins profond des autres; Il fut le poëte des grands et des petits, de la cour et du peuple , et sa renommée est une de celles dans lesquelles se confondent les admirations de tous les rangs; son génie est uh de ceux dans lesquels se reconnaît une nation tout entière.

On a quelquefois appelé Corneille le père de la comédie, à cause desapièce du Menteur. Il est vrai qiie là ou vit, pour la première fois , l'éliide des caractères s'ajouter à l'intérêt de l'Intrigue. Cette pièce fut sans doute un service rendu à la comédie, et Molière a déclaré qu'elle lui avait Été fort Utile. Toutefois , la science des caractères comiques s'y montre bien imparfaite encore, et un reste d'imitation espagnole 7 vient bien souvent refroidir le

hatlirel et la gaieté. Molière a si peb emprunté aux autres, il a fait faire tdDt à coup à son art un si grand pas , il a tii'étant dechoses dèson propre fonds, gu'il doit ftre appelé le père de la comédie, bn même temps que le pretnier dé nos poêles comiques. Il commença par perfectionner la comédie de second ordte, celle où l'intrigue dotnine, et oh le rire est plus vif que délicat. Il atteignit, dan^ te toutes les qualités i rieur est susceptibli >

ses ridicules, il pré i

tiliis profonds et t i

génie. Vinrent l'E :

V École des femtiie t

progrès éclatant, p

lères rendus avec ^ , j

y déterminaient les situations au lieu d'en dépendre, et que le comique d'observation, celui qu On puisé àui Sources même de la nature, n'y laissait pliis que très-peu de placé au comique de bonvention. Cependant, il lui était réservé de porter son art plus haut encore : il fit fe Misanthrope, te Tûrtum, l'avare, les Femmes Savantes. La, le comique épuré, sans Stre afîaibli, ne résulte j alliais de mbyéns factices ciu vulgaires ; l'action est eiitièrement simple, sans produire aucun vide, parcs queles caractères, aussi vivants, aussi naïls dans leurs ridicules oU leurs passions, qu'ils sont savamment étumés, suffisent seuls à provoque!: la gaieté et à intéresser la pensée , et nous procurent un plaisir vif et élevé où là raison trouve son compte autant que l'imagination et les sens. Dans te Tartuffe et le Misanthrope surtout, Molière a rais toute la maturité de son talent, toutes les lumières de Son expérience, toute la finesse de son esprit, toute la profondeur de sa raison. Ce sont les deiis chefs-d'œuvre de la haute comédie , c'est la gloil-e éternelle dé notre théâtre et l'honneur de l'eSprit humain.

Après Molière, on né trouve rien qui égale le haut rang où il s'est placé, rien même qui en approche réellement.

On s'est demandé pourquoi toute la comédie, toute la naute comédie du moins, était ainsi renfermée dans un

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seql homme; pourquoi la décadence avait immédiatement commencé après Molière, tandis que la tragédie avait eu trois périodes florissantes à chacune desguelles s'attachent le nom et les . chers-d*œuvre d'un homme de génie.

On a dit que les sentiments de 1 âme, les passions du cœur offrent au poète un fonds plus riche que les défauts d'humeur et de caractère ', que quand un homme de génie aura peint les types comiques les plus saillants et les plus originaux, il n'y aura plus à y revenir; et qu'ainsi les sujets principaux saisis par un homme supérieur ne laisseront plus à ceux qui viendront après lui que te second rang. Cette observation n'est juste au*en partie. Il est bien vrai que les ridicules présentent moins de va« riété dans leurs formes que les passions; sans doute Tamour maternel peut revêtir beaucoup plus de formes dans la tragédie que le pédantisme dans la comédie. S'ensuit-il cependant qu'il faudra s'interdire dans la comédie tout ce qui aura été traité par un grand écrivain? La médiocrité fera bien, en pareil cas , de s'abstenir : mais le génie aura-t*il le droit de se plaindre que la matière lui manque? its travers principaux, les ridicules saillants ne se transforment-ils point à chaaue époque, selon les changements des idées et des mœurs? le cœur humain d'ailleurs , quand on sait y regarder, n'offret-il pas dans les mêmes défauts, dans les nnémes ridicules , des diversités infinies? Si un autre Molière s'était présenté dans le dix-huitième siècle, c'està-dire un autre écrivain doué pour la comédie d'un génie aussi grancl que le sien, faut-il croire qu'il aurait été réduit à l'impuissance? On oublie d'ailleurs que Molière n'avait pas dérobé à ses successeurs tous les grands types

3ue la comédie peut traiter. La manie u jeu, l'ambition, l'orgueil , voilà des sujets immenses laissés par lui à ses successeurs, qui ne surent pas en profiter. En définitive, quelle est la manière la plus simple d'expliquer cette longue décadence où la comédie est tombée de si bonne heure, la haute comédie du moins, car il n'est question

ici que de celle-là? En deux mots, il ne vmt pas après Molière d'hommes de génie, et aucun autre genre n'aplas \ besoin de génie. La haute comédie, i nous n'hésitons pas à le dire, est ce cju'il y a de plus difûcile dans l'art dramatique, parce ^ue, tenue d'être sérieuse comme la rarson , il faut qu'elle ne permette pas de regretter la gaieté que fait naître la folie, parce que son œuvre est double; que (l'un côté, elle s'adresse à la partie la plus forte et la plus virile de notre esprit; de l'autre, a sa partie la plus capricieuse et la plas frivole , qu'elle doit être une école de la vie et un passe-temps amusant, une leçon de morale, de philosophie ou d'expérience, et un plaisir qui fasse rire franchement. La tragédie, plus simple dans son but, nous parait un fardeau moins accablant pour les forces de' l'écrivain. La haute comédie est toujours placée entre deux écueiis:

d'un côté, la froideur; de Taulxe, le rire trop bruyant, le comique trop facile ou trop vulgaire. Autant la comédie de second ordre peut se passer de génie, autant la comédie la plus élevée en a besoin.

. Regnard fut comparé à Molière par ses contemporains; mais d'ordinaire il prend le plaisant pour le comique, et excepté son Joueur, il emprunte aux situations, à l'intrigue, aux traditions de coulisse trop de moyens de succès.

Le caractère même du Joueur est une conception trop superficielle qui ne donne pas tous tes effets qu'on pouvait tirer de cette passion. Du reste, si on ne demandait à la comédie que de la gaieté, Regnard serait au premier rang.

Sa verve facile réjouit et entraîne; son dialogue animé, plein de feu et de saillies, a dé plus le mérite d'appartenir à cette belle lansue si naturelle, si saine et si vive du dix-septième siècle. Dufresny et Dancourt, contemporains de Regnard, prirent souvent pour sujets des anecdotes qu'ils mettaient en action avec beaucoup d'esprit et de facilité : mais faire porter la comédie sur des exceptions , sur les incidents d'un jour, c'était la rendre bien frivole. Us firent aussi bien des farces, mais sans

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L mettre .cette originalité et cette uffonnerie de bon aloi par lesquelles

. Molière avait su donner même à la caricature de rintérét et du naturel.

Dans le dix-huitième siècle, la comédie se distingua surtout par l'esprit.

Mais la comédie veut autre chose que de l'esprit; avant d'être spirituelle, il faut qu'elle soit vraie, c'est-à-dire, qu'elle reproduise la vie humaine sous son côté comique avec une savante et

. naïve fidélité; il faut que le poète co-

. niique fasse souvent abnégation de son esprit, qu'il le cache, ou qu'il l'oublié :

. ce n'est pas lui qui doit être comique, ce sont ses personnages. Au contraire,

. dans le dix-huitième siècle , l'esprit était possédé du besoin de se faire voir, il se travaillait pour se mettre en saillie, il s'exploitait par mille raffinements ingénieux, et au théâtre comme dans les salons, il étalait toutes ses grâces piquantes pour attirer tous les regards.

Destouches mit dans son théâtre, avec beaucoup d'aimable finesse, une douceur, une honnêteté et une politesse qui ne sont pas sans charme, mais qui lui ôtent la force comique.

Quelquefois aussi doux que Térence, il n'est jamais observateur et peintre comme lui , excepté dans son GlorieuXy oui est du reste le seul de ses ouvrages aigne de vivre dans les fastes de la comédie; encore le caractère principal n'est-il pas toujours dessiné sans exagération ; on ne voit pas assez le princi[)e de cet orgueil excessif: plus d'une fois , le Glorieîix s'enQe sans propos , comme un enfant. L'humilité soudaine avec laquelle il s'amende à la fin est moins un trait de vérité qu'un moyen de dénoûment. Destouches eut la prétention avouée de ressusciter le grand art de Molière. Au demeurant, il est moins comique que Regnard, moins même que le Sage, qui avait tiré un heureux parti des ridicules d'une classe nouvelle, les traitants, dans son Furcaret y pièce mordante, où il est malheureux seulement que tous les personnages soient uniformément fripons.

Un contemporain de Destouches , plus ingénieux que lui et moins naturel.

Marivaux, eut dans la comédie une manière à part mii consistait surtout dans l'analyse subtile des sentiments, dans la recnerche des nuances les plus légères, les plus insaisissables de la passion , dans une gaieté sentimentale et une grâce maniérée. Du- reste, cette comédie , qui nous éloigne encore plus de Molière, a pourtant un côté de vérité : on y trouve, à quelques égards, cette vérité relative à laquelle l'écrivain arrive toutes les fois qu'il reproduit' un caractère particulier de la société de son temps, toutes les fois qu'il fixe par l'imitation une des nuances passagères dont se compose la physionomie de son époque. Le marivaudage ne fut pas l'invention d'un homme d'esprit :

il régnait dans beaucoup de salons, et des pièces telles que la Surprise de r amour, le Legs, le Préjuge vaincu j ne firent seulement que le. mettre encore plus à la mode. Toutefois , il est vrai de dire que Marivaux, qu'on ne peut trouver faux en regardant les cercles où l'on causait, était encore plus le complice que l'observateur du travers d'esprit qu'il retraçait. Ce mérite de vérité relative est bien plus frappant dans le Méchant de Gresset.

« Cette pièce, dit M. Villemain (*) , est la médaille des salons du dix-huitième siècle. Voltaire lui-même ne vous donnerait pas toute la langue spirituelle de ce temps , si vous n'aviez le Méchant de Gresset. Jamais toutes les grâces du monde, cette flatterie maligne, cette amertume mêlée d'insouciance, ces exagérations si vives, cette verve de dédain, cette franchise d'égoïsme qui veut être gaie, cette raillerie apparente sur soi-même, pour se moquer des autres, ce sacrifice de toutes choses à l'esprit et cette satiété de l'esprit qui se jette dans le paradoxe, cette légèreté enfin qui n'est souvent que le défaut d'attention et de raison, n'ont été si bien rendus , et l'effet poétique est né de cette peinture si fidèle d'une société sans âme et sans poésie. » A plusieurs égards même, le personnage de Cléon n'est pas seulement le vivant portrait

(*) Cours de littérature , premier volume.

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'd*un homme du monde du dix-huitième ^siècle i mais souvent son égoîsme^ soh esprit et sa malignité sont de touâ les temps et trouveraient plàbe dans toutes les iociétés civilisées; ÎJe M'échant eit rotivragë d'une raison fine qui est quelquefois profbride; c'est un temps a*irrét dans la décadence ; c'est un deè plus beaux titres de la comédie du dii-nuitième sièclis. La Métrbmàhie de Pirôn mérite aussi une place à part. Dans cette pièce, le caractère principal n'est ^e le portrait embelli de la passion de rimëi* qui possédait l'auteut. Ce n'eât pas un caractère çétléral, un t^pe de premier ordre, mais c'est une peirituire originale, Tivé, amusante, d'autaht plus naturelle que rauteiit travaillait d'après lui-même, et n'avait qu'à âe Regarder pon^ être vrai. G'e^t une œuvre durable bar la fermeté et la facilité de la versification et du langage.

Dans la dernière moitié du dix-hiiltième siècle, la comédie, sauf tine grande exception, ne compte plus d'ouvrageâ de cette importance : la décadence s'accroît sensiblement. Sans douté, dans une foule de petites pièces de cette période que personne ne lit plus \ oh trouverait de resprit en aboudance, on pourrait rtire en les lisant. L'esprit et la jB^aiëté tie côtihàissent paft d'interrègne (sn France. Mais de telled productiohs intéressent moins l'histoire de l'art que celle des mœurs. Michel Sedaine, seul parmi les auteurs dk cet ordre , se distingua par un degré assez remarquable d'invention dramatique et par une sorte de candeur qui donne du charme à sdn esprit. Du reste, dans sa décadence, la comédie descendait moins bas que la tragédie, qui expiait bien le privilège d'avoir eu trois âges glorieux. Là Gageure îihprévue de Sedainè est assuréineht une œuvre infiniment supérieure aux plates déclamations des la Noue et deà Lemierre.

La seule grande renommée comique de la fin du dix-huitième siècle c'est Bisaumarchais. Toutefois , k Mariage . de Figaro ne serait que le chef-d'œuvre de la comédie d'intrigue, sans un nouveau genre d'intérêt t sans une nouvelle

source de vérité générale qiie Beaumarchais se brée en agitant à sa hiàlilère, àUr le théâtre , le grand pi^bblème social et politique de Son temps , qui h'est pas encore résolu danS lé noti'e tJn ordire entier de la Société alors encore tout-puissant, persdnhiBé et attai|ué sur la scène avec autant d'audace due de finesse ; la liittë ebtrë le riche vofuptueux et lé pauvre industrieux et riisé,représentéë avec la profondeur d'une expérience consommée et la vfervë d'une imàgiilation active; voilà ce qui fait la durée de l'œuvre de Bfeâiiiiiarcnaià , encore plus oue l'hàbile construction de soh inti'igdfe souvent trop compliquée, et les saillies éblouissantes de âou style souvent tirop iraffiné.

La décadence de la comédie a continué dans notre éiêcle. Certes , à défaut de génie, le courage n*a pas manqué à plusieurs de nos écHVamâ.

Sous l'empire, Collin d'Harletillë, )>icard et plusieurs autres, ont fait de louables efforts pour retrouvât le secret de Molière. Ils ont rhis datis leurs pièces de l'élégance, du talent, des Intentions estimables, Collin d'Harle- Ville surtout, doht le caràctèi'e aimable et doux a laissé danS le public d'aftectueux souvenirs. Mais il est trop évident, aU moindre examen de ces productions , que Molière a ^ardé son secret. Plus tard, M. Casimir Delavighe- surpassa Collin d'Harlevillé daUs son Éeoie des vieillards, où le comique est agréable, diais trop dépouirvu de forces , où il y a moins dé traits comiques que de jolis vers. D'ailleurs, en aéhors decétte haute carrière éburue Sans succès éclatant, une foîile de petites pièces assez ingénieuses et fort gaieis se multipliaient aux ap[)laudissements d'un public spirituel, et obtenaient un succès de vogue mérité.

Nous l'avons déjà dit, cette sorte de comédie ne peut chômer chez un peuple tel que nous. M. Scribe* a conquis par ses vaudevilles , souvent bien faux pour tes mœurs, mais adroitenlent conauîts et pleins de saillies, une réputation lé|;itime, à laquelle il aurait peut-être mieux fait de ne pas vouloir ajouter la gloire plus sérieuse que promet et que

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doftne rarement la haute comédie. Sa Tocatioo véritable était pour le genre légêir et superficiel, mais susceptible «l'agréaient et de girâee, qu'il a cultivé d'abord si heureusement; Toutefois;, on ne peut méeonnattre dans Bertmnd ef Bâton et dans le y erre d'eaux joiiés aux Français, une habile entente dé la scènis et lîrie verve spirituelle.

Nos auteurs comiques se plaignent beaucoup d'une difficulté qui vient s'djotiter pour eux à toutes celles qu'ils trouvent dans leur art. Leur position i disent- ils^ est bien moins favorable encore que celle dé leurs devanciers t dans une époque où la confusion des ran^s, suite d'une révolution qui a tout bouleversé, la suppression des grandes inégalités sociales^ l'uniformité d'aspect que présentent de plus en plus nos nlœurs douces et élégahtes, laissent entre les caractères peu de différences tranchées, àffiaiblissent lés saillies , mêlent les types , et déjouent à chaque instant le pinceau du poète comique par l'incohérèhcê ou l'insignifiante jpâleur des modèles. Cette plainte est londée, et c'est là en effet un grand obstacle dé plus. Cependant, sous ùh autre point de vue, une révolution qui a produit des changements si profonds dans la société et dans les mœurs, a dû faire naître des ridicules nouveaux ou faire prendre aux anciens des formes nouvelles. Quelle que soit l'uniformité de la société actuelle, les passions des hommes , et surtout celles que nos institutions elles-mêmes mettent en jeu , n'y produisent-elles pas des inégalité^ d'autant plus ridicules qu'elles isont en désaccord avec lès principes qu'on proclame? De nos jours, l'ambition, la vanité, l'hypocrisie semblent s'être renouvelées pour le poëte comiqUe. Le Bourgeois gentUhomme et Tartuffe existeiit encore, mais sous un habit tout nouveau^ qui permet au poëte de les étudier encore et d'être original eii leis peignant. Après tout, aucune époque ne manque de ridicules , et l'humanité sera toujours d'uhe variété inéptiisable sur ce point. Tienne seulement UQ homme de génie ^ et l'héri-

tage de Molière sera recueilli, et malgré les obstacles qui sehiblent e6n-> jurés contré elle, la haute bomédie renaîtra sur notre Scène.

Comédiens. —^ L'art du comédien fbt longtemps parmi nous dans l'enfance, comme l'art dramatique luimême. Mais si tard que soient venus les perfectionnements de la tragédie et de la comàlie 4 de bonne heure ^ dès le quinzième siècle , on j)eut nommeir une foule d'auteurs qui se soiit fait plus ou moihs connaître par leurs essais : les premiers souvenirs qui nous aient été conservés sur les comédiens ne remontent pas au delà du commencement du dix-septiènië siècle. Les premiers acteurs , dont le talent ait laissé des traces, appartenaient à cette troupe qui, en 1S98, s'établit à l'hôtel de Bourgogne , précédemment occupé par les confrères de la Passion. Alors se distinguèrent, dans la farce et les parades nurlèsques , Ë.obert Guérin, dit Lafleur ou Gros -Guillaume; Deslauriers, dit Bi>uscambille ; Hugues Guérin , dit Fléchelle ou Galithier-Garguille ; Henri le Grand , dit Believilie ou Turlupin. Ces deux derniers rem-

Ïilirent aussi avec succès lés rôles qu'on eur confiait dans les pièces comiques d'un genre plus sériehx. Believilie n'appartint d'aoord à aucune troupe, et commença sa réputation sur un théâtre en plein vent ; il attirait autour de ses tréteaux une telle afiluence de spectateurs ; que les comédiens de l'hôtel de Bourgogne se plaignirent au cardinal de Richelieu de cette fâcheuse concurrence. Le cardinal voulut juger ^ar lui-même du talent de ce rival dangereux. BeUeville, mandé au F^lais-Royal et installé dans une alcôve , inlprovisë une farce qui divertit extrêmement les spectateurs , et Richelieu fut si satisfait qu'il le fit admettre dans la troupe de l'hôtel de Bourgogne: A la même époque, l'acteur Alisbn s'attirait de grands applaudissements dans les rôles de servantes et de nourrices ; car élors les fembies ne montaient pas encore sur la scène , et tous les rôles étaient remplis par des hommes. La première femme qui parut sur lé théâtre fUt Itt

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Beaupré, qu'on vit , en 1634, créer les râles de soubrettes dans la Galerie du palais de Corneille. A côté d'elle se faisait remarquer Jodelet , qui représenta le valet du Menteur.

L'acteur tragique de cette troupe était Pierre le Meissier , dit Bellerose , qui créa les principaux rôles des premières tragédies de Corneille. Malgré la faveur

Sue tous ces artistes et quelques-uns 'une autre troupe établie au Marais trouvaient auprès du parterre, Tart était encore peu avancé : la déclamation , l'emphase , une sorte de chant mesuré , de mélopée , régnaient dans le débit tragique et étaient presque tout naturel à l'expression des [)assions. Dans la comédie, la pantomime bouffonne , les grimaces , les intonations burlesques étaient mises beaucoup trop en usage par des acteurs qui croyaient avoir tout fait quand ils avaient fait rire la multitude. Deux grands hommes , frappés de ces défauts , amenèrent une grande amélioration dans la récitation dramatique.

Une nouvelle troupe , dirigée par Poquelin, qui, en emorassant la profession d'acteur, avait pris le nom de Molière, vint s'établir à Paris vers 1659.Cette troupe, formée par les conseils et les exemples de l'homme qui , après avoir écrit une scène du Tar»

l^ff^ » venait jouer un rôle dans XÉcole des Maris , cette troupe fît voir au public combien les ouvrages dramatiques gagnaient à être joués naturellement et sans exagération. Là brilla surtout le célèbre Baron , qui , plus tard, après la mort de Molière, quitta la salle du Palais -Royal, où cette troupe était établie, pour entrer à l'hôtel de Bourgogne. Ses camarades les plus fameux furent Lagrange et Latborillière , qui allèrent présenter au roi , campé devant Lille , un placet pour obtenir la levée de l'interdit jeté sur Tartuffe ; Béjart , qui eut un immense succès dans le rôle de Laflèche, le valet d'Harpagon ; mademoiselle Béjart , qui devmt la femme de Molière^ et lui causa tant de chagrins par sa coquetterie. Plusieurs des acteurs de Molière firent faire aussi des progrès

à la déclamation de la tragédie; mais, de ce côté , Molière les flairait plus par ses leçons que par ses exemples.

« Il ne réussit jamais dans le tragique, dit Voltaire ; il avait une volubilité dans la voix et une espèce de hoquet qui ne pouvait convenir au jeu sérieux, mais qui rendait son jeu comique plus plaisant. » Du moins il cherchait à mettre ses acteurs en garde contre l'emphase et la mélopée. On sait comment il s'amusa à contrefaire le débit de plusieurs comédiens de l'hôtel de Bourgogne , dans son Imffromptu à FersaiUeSy dont la première partie est un spirituel et charmant tableau de ses tribulations de directeur.

Celui qui parvint véritablementà perfectionner la déclamation tragique fut Racine ; il était doué d'un talent extraordinaire pour réciter; on trouve dans ses Mémoires, publiés par son fils, des exemples surprenants ae l'impression qu'il savait faire sur ses auditeurs. Il fit sentir aux comédiens les inconvénients de ce chant dont ils avaient contracté l'habitude ; il leur indiquait les tons qui se rapprochaient le plus des sentiments qu'il avait voulu exprimer , c'est-à-dire de la nature ; il leur donnait mille instructions de détail, et répétait sans cesse qu'il n'y avait point de déclamation sans naturel , et que c'est dans l'âme du comédien qu'est le foyer de son talent. C'est au seul Baron qu'il lui arriva souvent de dire :

« Pour vous , je n'ai rien à vous près- «crire : votre âme vous en dira plus que « mes leçons. » Parmi les élèves que ce grand homme forma à l'hôtel de Bour-

que le jansénisme et la piete filiale imposent à Racine le fils , on ne saurait douter du tendre penchant que le maître éprouva pour l'élève , et de la liaison qui se forma entre Racine et la Champmesié. Si l'on en croit madame de Sévigné , cette actrice était bien loin de passer pour jolie ; mais elle était remplie de. grâces et avait beaucoup d'esprit ; elle avait une pro* fonde sensibilité qu'elle exprimait au théâtre avec beaucoup d'énergie et qui

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ne manquait Jamais de faire couler des larmes. Les éloges que lui ont adressés les plus grands nommes du temps, ont encore plus contribué à conserver sa mémoire que la supériorité de son talent ; car la renommée de l'artiste est précaire et s'obscurcit aisément dès que l'artiste a disparu; mais fioileau, Racine, la Fontaine, lui ont donné l'immortalité par leurs vers. La Fontaine disait :

Tous régnerez longtemps dans la mémoire Après avoir régné josqaes ici Dans les esprits, dans les cœurs même aussi. Qui ne connaît l'inimitable actrice.

Représentant ou Phèdre ou Bérénice , Chimène en pleurs ou Camille en fureur ?

Cependant , les efforts de Racine n'avaient pu encore débarrasser entièrement la déclamation de ce débit chantant et cadencé que consacrait la tradition. Dans la fin de sa carrière, après la mort de Racine, la Champmeslé revint à ce malheureux chant qui lui valait des applaudissements , parce qu'elle avait la voix très-belle et trèssonore. Mademoiselle Duclos , formée par elle , mit dans son jeu trop d'apprêt et d'enflure; une nouvelle réforme devint nécessaire : ce fut l'ouvrage de mademoiselle Lecôuvreur, qui fit entendre le véritable langage de la tragédie. Cette actrice , célébrée par les meilleurs poètes de son temps , et que Voltaire à placée dans son Temple au 6oâ^,' ^détruisit sans retour les anciens défaùtâ- de la déclamation,^ amena le temps des Dumesnil et des Clairon , le plus bel âge de la comédie française. Les triomphes de mademoiselle Clairon furent associés à ceux de Je Kain. Voltaire dut beaucoup à ces acteurs , qu'il dirigea souvent par ses conseils ; il leur prodigua la louange en mille endroits , et c'était justice : car avec Voltaire commence l'époque où les comédiens font beaucoup pour Je poète , où des ouvrages faibles ou superficiels par eux-mêmes , doivent au jeu des acteurs l'apparence du vrai mérite et le succès. La Harpe dit de Je Kain qu'en conservant les anciens principes , il y ajoutait une force d'expression et une profondeur de sentiment que n'avait pas avant lui la tra-

gédie. Son action , ainsi que celle de mesdemoiselles Clairon et Dumesnil , était bien plus véhémente et plus logique que celle de leurs prédécesseurs.

« Qui aurait osé, dit Voltaire avec admiration , qui aurait osé comme M. le Kain , sortir les bras ensanglantés du tombeau de Ninus, tandis que l'inimitable actrice qui représentait Sémiramis ( mademoiselle Dumesnil ) se traînait mourante sur les marches du tombeau même ? » Cependant la véhémence des mouvements et des attitudes alla un peu trop loin dès cette époque : et les imitateurs de le Kain poussèrent souvent le tragique de l'action jusqu'au mélodrame, sans que Voltaire, infidèle au vrai goût dans cette question, cessât d'applaudir. Sauf ces exagérations , la tragédie conserva de^ interprètes dignes d'elle , entre autres Larive , et la tradition du goût et de la passion se maintint jusqu'à Talma, qui vint l'enrichir par les conceptions de son génie; qui, réformateur heureux des costumes et de la mise en scène , dépassa tous ses prédécesseurs par le sentiment profond et la savante mtelligence des chefs-d'œuvre de nos poètes. A côté de ce grand tragédien

ftarut , comme un auxiliaire digne de ui , la pathétique Duchesnois , qui vient tout à coup de retrouver une héritière, douée des plus hautes qualités tragiques , mais peut-être moins souple et moins variée qu'elle dans son talent , moins touchante dans les sen-. timents tendres.

La comédie , dans le dix-huitième siècle, ne fut pas moins heureusement partagée en acteurs que la tragédie ; peut - être même la déclamation comique du dix-septième siècle fut-elle surpassée par des artistes tels

aue Fleury, Mole , Préville , Monvel , ont on retrouve quelques traditions chez plusieurs de nos contemporains, surtoutchez MM.MonroseetMenjaud, par des actrices telles que madame Favart , mademoiselle Contât ; telles que mademoiselle Devienne et mademoiselle Bourgoin, qui nous conduisent presque en face de la place brillante' que mademoiselle Mars vient de lais-

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L'UTOVEESI.

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s^r vjd^* ^pérqps que nptro grande comédienne n'a pas emporté s^vec elle tous les secrets de son art, et que le SQUTenir de se^ |e|ÇODS et Tiaspiration de ses exemples Ivii donneront des successeurs qui sauront maintenir notre spène CQmique à la hauteur où cette ipimitat)ie actrjoe Ta soutenue pendant sa lopç\ie e^ giçtrieuse carrière.

— La profession dq comédien a toujours été poursuivie en France par les foudres de TltgUse. Le concile q' Arles déclara, en p^y c^mx qui s'y livr^iept, excommunies tant qu'ils l'exerceraient; mais cet anathème qui, de tout temps, a reçu chez ppus sou exécutjQU i ne les £|tteignait pas dans les pays étrangers. Ainsi, les cpuiédieus italiens venu$ en France à diverses époques, loin d'être excommuniés, étaient n^embres delà confrérie du Saint -Sacrement, et on les vit plusieurs fois , à Paris, tenir les cordons du dais dans les pro- <^ssions. Les secteurs et les actrice^ de l'Académie royale de musique ou 4e l'Opéra n'étaient pa^ non plus excommuniés, parce que ce spectacle avait été établi sous le nom d Académie. Les nobles qui embrassaient la

Srofession de comédiens étaient regares comme ayant dérogé, à moins qu'ils i^e fissent partie de la troupe des comédiens du rpi. C'est ce qui résulte d'une déclaration de Louis XIII , en date du 16 avril 1641 , et d'un arrêt du conseil rendu le 10 septembre 1Ç68, en faveur de Floridor» gentilhomme et comédien du rui.

. L'çxistenoe de la plupart des comédiens de provinee ét^it fort triste et fprt p[iisérable; il ^'en ét^it pas de ruéme des eoni^iens de Paris, dont la position était à la fois plus stable, plus brilla^nte et plus heureuse. Pepr dant les dernières années qui précé:

dèrent la révolution de 17S9, les paris entières des sociétaires de U Comédie?

Francise et de lai Cpmédie-It£ilieune s'élevèrent jusqu'à 30,000 francs anr nuellement. Les acteurs de l'Opéra touchaient de forts appointements, qui leur étaient exactement payés par la ville ou par l'État. Après vingt ans de serYÎce^f les prewieri» ^vûet9 de ces

trois U^tres airaieQt droit à une peu?

sion de,retraite de 1500 francs, que le roi doublait pour la plupart d entre eux. Peu de temps avant 1789 , ils avaient pris le titre de pensionnaires du roi. Ils quittèrent plus tard ce titre p^ur prendre celui a'artistes dramatiques, qu'ils ont conservé , et qu'ils prennent encore aujourd'hui dans les actes publics. (Voyez Théaxk^O

C0M£ST0R (Pierre, surnommé), c'est-à-dire le Mangeur, à cause de son ardeur dévorante pour l'étude, était doyen de l'église de Troyes. Il dirigea ensuite l'école de théologie de Paris, depuis 1164 jusqu'en 1169, puis se retira à Saint- Victor , et mourut en 1178 , suivant les uns, en 1188, suivant les autres. Il a composé un livre fs\meux intitulé : Scolasiica historicaj imprimé pour la première fois à Utrecht, en 1473, petit in-fol. C'est une histoire sainte tirée de l'Écriture et des glojses, et qui ya depuis le commencement de la Genèse jusqu'à la fin des Actes des apôtres. Ce hvre , qui fut reçu avec enthousiasmet et fut pend2int trois siècles regardé comntie classique , fut traduit en français en 1495, par Guiard des Moulins , sous le titre de Bièle historiée, Paris, A. Verand , sans date, 2 vol. in-fol.

CODIIICBS A&BIGOLSS. — ASSOCÎa*

tions formées dans le but d'améliorer les procédés agricoles et les races les plus utiles des animaux domestiques, par des hommes qui se livrent aux travaux des cbamp$, et même par des citoyens qui y sont étrangers, mais consentent à concourir au but commun par une faible cotisation annuelle. Ce fut une cir<!ulaire ministérielle du 22 mai 1820 qui provoqua, dans les départements) la création de ces sortes d'établissements. On recommanda d'y admettre les hommes qui pratiquent même, dans un ordre peu élevé, l'art honorable. ef difficile de l'agriculture; on ne demanda point que le président de chaç|UG couiioe sortît de la classe des cultivateurs ordinaires, et fût en état de rédiger dos mémoires, on n'exigea de lui que de simples notes résumant, avec autant

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ass

d-exac(îtude que possible, les travaux de l'association.

Les avantages qui [yoavaient résulter de cette mesure furent longs à se faire apprécier, et il se passa plusieurs an*nées avant qu*oh se déciqât, dans les campagnes, é en faire un premier essai. A la iin, les préfets, à force de stimuler lei? cultivateurs, obtinrent la création d'un premier comice, puis d'un second ; énûn l'esprit d'imitation agissant de proche en. proche, ces associations s'étendirent d'un canton à Tautre, et il est aujourd'hui des départements qui en comptent un assez grand nombre.

Conformément à la circulaire de 1820, les comices agricoles se réunissent lin jour de foire ou de mafché, dans une ville, dans yn village, même dans un champ, et là, le premier ma-

fistrat administratif du pays distribue es prix au ci^ltivatçur qui, à une époque déterminée, a obtenu le plus de succès dans* un genre quelconque de culture, présenté les bestiaux les plus beaux et les troupeaux les mieux tenus, perfectionné les instruments aratoires, ou fait Papplication la plus heureuse de ceux qui sont en usage.

Les conseils généraux sont autorisés à voter comme dépense facultative une petite somme à ajouter au produit des cotisations volontaires, cour donner

S lus d'importance aux prix. Dans les épartements où il existe une société d'apiculture, les comices agricoles sont en correspondance avec elle, et c'est par son intermédiaire qu'ils font parvenir à l'administration leurs comptes rendus et leurs demandes.

CoMii^ES ( Philippe de ) , seigneur d'Argenton, naquit au château de Comines, près de Menin , en Flandre, en 1445, d'une famille ancienne e( illustre. II passa sa jeunesse à la cour de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, suzerain ae sa province, et fiit attaché à la personne de son fils , le comte de Charolais. Il suivit ce dernier dans là guerre du bien public, et se trouva à la bataille de Montihérv. Le comte de Charolais ayant succédé à son père , sous le nom de Charles le Téméraire,

continua à admettre Comines dans sa confiance et son intimîté.Lorsque, irrité d'un manque de foi de Louis XI, Charles le retint prisonnier à Péiponne, Comines, déjà prudent et habile, maigré sa jeunesse, essaya de calmer son maître, et ne pouvant y réussir aussi bien qu'il le voulait , avertit le roi des points sur lesquels il faudrait céder pour ne pas se mettre dans le plus grand péril. Enfin , les conseils qu'il âonna aux deux parties cpntribuèrent beaucoup au traité qui réconcilia un moment les deux princes, et lui attirèrent l'estime et la considération de Louis -XL Cependant , l'esprit du duc de Bourgogne s'aigrissait de plus en plus par ses revers, par son ambition trompée, par ses ruses, qui échouaient contre les ruses de so(i astucieux et puissant rival. Une sorte de frénésie s'empara de lui, et faisait chaque jour des progrès; les conseils modérés l'irritaient. La tâche devenait ainsi plus facile pour le roi de France , qui mettait tout en œuvre pour détacher de lui peu à peu tous les hommes habiles et considérables qu'il avait parmi ses serviteurs. Comines , dégoûté du service d'un maître sur lequella raison n'avait plus d'empire , et chez lequel la passion remplaçait la politique^ séduit d'ailleurs par les raisons crintérét que le roi de France faisait valoir auprès de lui, sedéfïida à changer de parti et de cour. H devint le conseiller de Louis XI, défection qui lui fut largement payée par le don de plusieurs principautés et seigneuries. Un riche mariage, l'acquisition de la belle seigneurie d'Argenton , la dignité de sénéchal de Poitou , qui lui fut conférée par le roi , achevèrent de le mettre dans une des positions les plus brillantes du royaume. Les lettres paten^tes que le roi lui donna pour la charge de sénéchal, témoignent de sa vive reconnaissance pour les services de son conseiller. « Louis,. . etc. , savoir faisons que comme notre amé et féal conseiller chambellan, Philippe de Comines, desmontrant sa grande et ferme loyauté et la singulière amour qu'il a eue pour nous, se soit dès son jeuii«

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âge disposé à nous servir , honorer et obéir, comme bon, vray et loyal sujet doit son souverain seigneur; et nonobstant les troubles qui ont été , et les lieux où il a conversé, gui par aucuns temps nous ont été et encore sont contraires, rebelles et désobéissants, toujours ait gardé envers nous vraye et loyale fermeté de courage ; et même en notre grande et entière nécessité, à la délivrance de notre personne, lorsqu'étions entre les mains d'aucun de nos dits rebelles et désobéissants qui s'étoient déclarés contre nous , et en danger d'être là détenus, notre dit conseiller et chambellan, sans crainte du danger que luv en pouvoit advenir, nous avertit de tout ce qu'il pouvoit pour notre bien, et tellement s'employa que par son moyen et aide , nous saillîmes hors des mains des dits rebelles; et en plusieurs autres manières nous a faict et continue de faire chaque jour plusieurs grands, louables, et recommandables services, etc. n Louis XI employa Gomines dans plusieurs missions importantes.

Après la mort de Charles le Téméraire, il l'envoya en Flandre pour tenter de réunir les villes de cette contrée à la France : il l'envoya aussi prendre possession, au nom de la couronne, du duché de Bourgogne. Il lui confia plus tard une ambassade à Florence ; mais cette dernière mission fut , diton , moins un honneur qu'une disgrâce , quelques nuages s'étant élevés entre le prince soupçonneux et son ministre. AFlorence, Comines soutint la querelle des Médicis contre les Pazzi, et rendit les plus grands services à Laurent de Médicis, qui remercia Louis XI de lui avoir envoyé un si sage ambassadeur. Parfaitement accueilli à son retour, Comines jouit de nouveau de toutes les bonnes grâces du roi pendant les deux années que dura encore le règne de Louis XI.

Sous le règne suivant, ayant pris part aux cabales du duc d'Orléans et du duc de Bourbon contre la régence, il subit les conséquences de leur défaite, et fut conduit à Loches , où on l'enferma dans une de ces cages de fer que

Louis XI avait mises en usage. « Plusieurs les ont maudites , et moi aussi, dit-il, qui en ai tâté sous le roi d'à présent. » Condamné à l'exil , apr^ une détention de huit mois, il ne tarda pas à rentrer en grâce , et, en 1495, on le retrouve fondé de pouvoirs au traité

3ui fut conclu entre le roi et Tarchiuc d'Autriche. Charles VIII Temmena avec lui dans sa campagne d'Italie , et le chargea d'aller à Venise pour tâcher de maintenir cette république dans la neutralité. Comines découvrit les menées des Vénitiens contre Charles , et la vaste conjuration de peuples qui se forma tout à coup contre les Français.

Il avertit son maître, et vint le rejoindre pour combattre près de lai à la glorieuse journée de Fornoue , qui n'eut d'autre résultat que de renare la retraite possible. Le traité de Yerceil, conclu peu de temps après, et qui fut son ouvrage, lui attira , de la part de ses ennemis , de violentes attaques dont son crédit fut ébranlé : il fut mis à l'écart pendant le reste de sa vie , qui se prolongea jusque sous le règne de Louis XII. Il mit à profit le loisir de sa vieillesse pour écrire ses Mémoires. Ce livre , qui « a autorité et gravité, comme dit Montaigne , et sent partout son homme de bon lien élevé aux grandes affaires , » ce livre joint au talent de conter une remarquable sagacité politique , et une finesse de raison qu'on avait rarement rencontrée dans le moyen âge , et par laquelle s'annonce l'esprit des temps modernes. Comines conte bien , mais sans imagination pourtant , et sans avoir rien dans l'expression de pittoresque. Son récit plaît par un tour naïi, accompagné partout d'un sens judicieux. Sa moralité est celle d'un diplomate ministre de Louis XI. Ôo a fait une grande méprise en le comparant à un des historiens les plus sévères pour la morale , à Tacite. Comines expose froidement et sans indignation , avec un sentiment de sympathie et d'admiration même, les fouroeries et les machinations politiques de son maître. Il ne blâme guère la duplicité et le crime que lorsqu'ils

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n'ont pas léussî ou qa*ils étaient inutiles. Comme dit M. Villemain, « il se plaît si fort à l'habileté , qu'il excuse volontiers une mauvaise action bien faite. ..* . La tyrannie lui paraît surtout odieuse parce qu'elle est déraisonnable. » Le même écrivain rappelle « un esprit sérieux, solide, intelligent de toutes les ruses, jugeant avec un sens merveilleux le caractère, la forme, le but des gouvernements, plus habile que scrupuleux , mais ce-

Eendant s'élevant à la probité par le on sens, parce qu'à tout prendre, elle est plus raisonnable que le reste , et qu'elle assure mieux le maintien de la puissance. »

CoMiNEs (combat de). — « En 1 382, le duc de Bourgogne avait conduit Charles YI contre les Flamands révoltés. Le 9 novembre, le connétable Olivier de Clisson et le maréchal Louis de Sancerre, avec Tavanl-garde, se trouvèrent sur la Lys, au pont de Comines. Le bâtard de Flandre, avec cent vingt chevaliers, y avait déjà effectué un premier passage, après un combat acharné, mais sans pouvoir se maintenir sur la rive ni résister aux Flamands qui, accourus de tous côtés, l'avaient forcé de repasser en lui faisant éprouver des pertes considérables.

lue connétable et le maréchal brûlaient de venger cet échec. De son côté, Pierre Dubois, avec six ou sept mille Flamands, était dans Comines, déterminé à opposer une vigoureuse résistance : le pont n'était point coupé; les Flamands s'étaient contentés d'enlever le plancher, en laissant les solives : la rivière n'était nulle part guéable, et quand les chevaux l'auraient passée à la nage, ils n'auraient pu prendre pied sur la rive opposée, qui était trop escarpée. Le connétable, après avoir fait reconnaître le terrain, ne savait quel parti prendre ; mais le sire de Sempy, qui connaissait bien Je pay;s, avait irait conduire de Lille un petit bateau, avec des pieux et des cordes, qu'il fixa dans la rivière, audessous de Comines, dans un lieu couvert par un bosquet d'aunes. U ne pouvait centrer que neuf personnes à la

fois dans son bateau; mais il continua, pendant toute la joi^rnée du 10, à faire passer, sans être découvert , des chevaliers d'élite. Son exemple fut suivi, et quelques autres batelets furent encore amenés dans la rivière, et employés à transporter des soldats aguerris. Â la fin de la journée, quatre cents hommes d'armes, tous gentilshommes, tous choisis parmi les plus braves de l'armée , se trouvèrent sur la rive gauche de la Lys, avec le maréchal de Sancerre à leur tête. Pierre Dubois les découvrit comme la nuit approchait ; toutefois, craignant quelque surprise, il n'alla point aussitôt, comme il aurait dû, les rejeter dans la rivière ; il aima mieux les laisser passer sans munitions, sans abri, dans la boue, une longue nuit de novembre, se proposant de les attaquer à l'aube du jour. Mais dès ses premiers, rayons il fut attaqué lui-même par le connétable de Clisson, dont les soldats, plaint des planches devant eux, s'avançaient sur tes solives du pont, qui étaient encore sur pied. Sancerre, en même temps, avec sa troupe, le prenait à dos; les Flamands se troublèrent, ils furent mis en déroute et le passage de la Lys fut forcé (*). »

CoMiRS. — On nommait ainsi , au moyen âge une espèce àe bateleurs, la plupart Provençaux, qui savaient joues de divers instruments, et s'en allaient de villes en villes, de châteaux en châteaux réciter et chanter les compositions des trouvères. (Voyez Jon- GLEUBS.) On les appelait encore musars, plaisantins y pantomimes, etc.

Comité. Ce nom , emprunté au langage narlementaire des Anglais et des Américains du INord, a servi chez nous, depuis le mois de juillet 1789 jusqu'à l'établissement du gouvernement consulaire , à désigner les réunions de députés spéciaux, délégués par les assemblées oélibérantes , pour préparer les projets de lois ou examiner une question , une affaire , et en faire leur rapport. Quelquefois aussi ,

(*) Sismondi , Histoire des Français, t. XI, p. 387 et suiy.

T. Y« 22'' Livraison. (Digt* bngygl., btg.)

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pendant la même période, on a donné une plus grande extension au mot comité. Nous ferons connaître les différentes acceptions quii a reçues, en traitant des diverses réunions qu'il a servi à désigner.

Les états généraux se divisaient en bureaux et en commissions; le§ assemblées des notables de 1787 et de 1788 avaient aussi donné ce tiom aux différentes fractions dans lesquelles elles se partageaient pour Texàmeh des questions qui leur étaient soumises. Lorsque lès députés du tiers aux états généraux de 1789, se considérant comme la majorité de rassemblée , eurent statué que les votes seraient comptés par tête, et que la tjèrification cfes pouvoirs des députés des différents ordres serait faite en commun par les trois ordres réunis , ils décidèrent qu'une commission serait cbargée de préparer à cet égard les d/écisjons de rassemblée, et de lui faire tin rapport sur les élections. Cette commission, qui prit le titre de comité de vérification^ fut le premier comité établi en France.

L'assemblée se dl^isa ensuite en un grand nombre de comités , auxquels, suivant leqrç attributions respectives , le secrétariat renvoyait toutes les pétitions, lettres; mémoires, etc., qui lui étaient adressés. Les comités ne pouvaient rendre leurs décisions publiques ; mais ils étaient autorisés a donner des avis et des éclaircissements , sans en référer â l'assemblée ; enûn ils avaient le droit d'exiger la communication et l'envoi de tous les actes et documents qui pouvaient se trouver dans les arcbives et dans les différents dépots publics. '

Nous allons Indiquer ici sommairement les principaux comités de l'assemblée constituante, de l'assemblée législative et de la Convention. î\ou$ consacrerons ensuite quelques mot4 aux diftërents comités qui se sont formes en debors de ces trois assemblées.

ASSSMBLÉB CONSTITUANTE.

1789. 19 juin. Comités des subsU^

tances , de vérification et de conti^tieux, de rédaction^ de règlement.

Dans la séance du 17 juin, rassemblée des députés du tiers, après s'être constituée en Assemblée nationale^ déclara qu'elle devait ses premiers moments à 1 examen des causes qui produisaient, dans les provinces du royaume , la disette qui les afiligleait, et à la recherche des moyens qui pouvaient y remédier de la manière la plus efGcace et la plas prompte. En conséquence , elle décida qu'un comité serait formé pour s'occuper de cet objet important. Le 19, la veille de la fameuse séance du Jeu de paume, elle procéda à l'organisation de ce comité , qui fut nonimé comiii des subsistances y et de trois autres, auxquels elle donna les nonis de comités de vérification et de cont&ntietix^ de rédaction^ et de règlement Le 22 juin , lors de la réunion de la majorité des membres du clergé aoj députés du tiers , seize membres (te cet ordre furent admis à faire partie du comité de vérification. Le comité des subsistances fut supprimé le 4 avril 1791 ; les trois autres subsistèrent autant que l'Assemblée constituante.

6 juillet. Comité de constitutîûn. Ce comité se composa d'abord de huit députés, savoir : du clergé, Cbampiou djB Cisse, archevêque de Bordeaux, et talleyrand-Périgord, évêque d'Autun; de la noblesse, Clermonl-Tonnerre et Lally-Tollendal ; du ti ers -état, Moahier , Sieyès , le Chapellier et Bcrgasse. Un comité spécial fiit organisé le 26 août , pour rédiger y projet de Déclaration des droite w l'homme , déclaration qui fat décrétée seulement le 3 novembre i7Sîl.

Le 28 Septembre 1790, Sejjt nouveaux membres, savoir : ijuport, A. de Lameth, Clermont-Tonnerre, Beaumetz, Pétion, 3uzbt et Tnonrel, ftjrent adjoints au comité de constlttj tîon , qui prit alors !e nom de coim de révision, La constitution availw présentée par parties séparées aUi 4er fibérâtions de {'àssembteb, qot l^aw Successivement votéjBS. Ces difler^ décrets furent réunis fit cooidoiu»

par le comité de révision. Ce conutè

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ayant acheyé son travail , fit son rapport, te 5 août 1791. Le S aoât, la cliscussîon commença, let le S septembre, après d'inutiles efforts de la part des royalistes pour faire modifier qtielques articles qui restreignaient trop , suivant eux, lepdovoir royal, il tut procédé à une dernière lecture de Tacte constitutionnel , et rassemblée déclara solennellement qu«la constitution était terminée.

^S juillet. Comité des rapports, La formation de ce comité fut décrétée en ces termes, sur la proposition de Volney : « L^Àssemblée nationale, attendu Ibs distractions et les retards qu'apportent ^ seis travaux et à Tœuvre importante de la constitution, les atf aires de détail qui se multiplient de jour en jour , arrête qu'il sera fixé un comité pour y être renvoyés tous les cas de police et d'administration , et qu'il en sera fait ensuite rapport à rassemblée, s'il y a lieu. » Le nombre des membres de ce comité ftit ensuite fixé à trente.

Dans la même séance, le député Duport, se fondant sur les crimes qui se commettaient de toutes parts, et sur les complots qui se tramaient «contre la liberté et la sécurité publiques , demanda la formation d'un second comité chargé d'informer contre les conspirateurs et surtout coi)tre les fonctionnaires ennemis du peuple et abusant de leur autdrité pour l'opprimer» Sa motion fut adoptée à une très-grande majorité , et il fut décidé que le cofnîté des recherches serait composé de douze membres, et renouvelé tous les mois.

12 et 13 aoât. La suppression des droits et des privilèges féodaux, décrétée dans la nuit du 4 août , nécessita la création dis plusieurs comités , qui furent chargés dé l'examen de toutes les questions auxquelles cette suppression devait donner naissance. Tels furent le comité féodal^ dont le nom indique assez les attributions; le cofnite Judiciaire y qui devait s'occuper du règlement et de la liquidation des offices de judicature ; enfin le comité teclétiastiquej composé de seize mem-

bres, et institué pour recueillir et coordonner tous les documents sur les dîmes et les biens ecclésiastiques. Ite nouveaux membres fureât adjoints à ce dernier comité par un décret du 5 février 1790.

Les autres comités de l'Assemblée constituante furent :

Le comité d'agricuiturè et de corn-' merce, organisé par décret du 2 sefH tembre.

Le comité mUitaire^ établi le !•' octobre, sur la «notion du géi^éi'al Wimpfen. Ce député avait renouvelé , le 29 septembre, la proposition qu'il avait d^ faite, de créer un comilSé militaire chargé d'organiser l'armée, de déterminer lé nombre des soldats, des sous-ofScîers et deis officiers ^ui devaient la coinposer; dé régler la solde qui devait leur être attribuée, et de fixer par des lois le hiode de l^avancertient. Cette proposftioii îiit adoptée par l'assemblée à une grandb majorité.

Le comité de marine y composé de douze membres j et organisé lé B octobre. .

Le comité des pensions. L'assemblée , tout en modifiant 'ancien état social , voulait respecter ies positions acquise.^ par des services rendus à la patHé. EHe forma dans son sein, le 4 janvier 1790, ûh comité qui avait pour mission de constater les droits des personnes auxquelles l'État faisait des pensions. Ce comité était cooiposé de douze membres.

Comité colonial, organisé par décrets des â, S, 10 mars, et d avril

Comité dès finances, créé le 1 1 juin.

Comité d'aliénation des domaines nationaux, les 9 et 26 juillet.

Comité diplomatique , les 29 et 30 juillet. Ce comité, composé de six membres, était chargé spécialement dé prendre connaissance des traités qui existaient entre la France et Ie3 puissances étrangères , et des engagements qui en résultaient, afin d^a rendre compte à l'assemblée quand ellQ l'exigerait. Son premier rapport fut présenté par Mirabeau ; il avait pouir

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objet les traités condus avec TEspagne.

Comité de jurisprudence crimi" neUsy organisé par décret da 10 septembre 1790. La mission de ce comité était temporaire et exceptionnelle ; il était chargé de présenter un mode d'exécution pour le décret voté par l'assemblée , le 31 juillet précédent, et de proposer une rédaction pour Tordre que l'assemblée devait intimer au procureur du roi près le tribunal du Châtelet de Paris, « de poursuivre comme criminels de lèse-nation les auteurs, imprimeurs et colporteurs d'écrits excitant le peuple à 1 insurrection contre les lois , à Peffusion du sang et au renversement de la constitution. ^ Ce décret avait été motivé par la publication d'un libelle contre-révolutionnaire et d'un numéro du journal de Camille- Desmoulins.

Comité des monnaies, 11 septembre 1790. Ce comité était composé de deux membres du comité des nuances, auxquels furent adjoints quatre membres de l'académie des sciences, pour faire des expériences sur la manière de rendre le métal des cloches malléable.

Comité de commerce. Ce comité, organisé par décrets des 6 et 19 janvier 1791, était spécialement chargé de pésenter un nouveau mode d'organisation des tribunaux de commerce.

Enfin le comité des (Assignats, créé le 28 juillet 1791.

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