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CHIENNE

L'UNIVERS

CITIENNE

comparaître devant les pairs, et, sur son refus, l'Aquitaine fut confisquée en vertu d'un arrêt. Quelques villes furent occupées à main armée par les Français jusqu'en 1302.|

La guerre recommença, en 1324, entre la France et l'Angleterre , pour une dispute de suzeraineté sur le seigneur de Montpezat , en Agénois. Charles le Bel entra en Guienne, et prit les principales villes, excepté Bordeaux,Bavonnc et Saint-Sever. Toutefois, comme à l'ordinaire , les hostilités finirent par une prestation d'hommage d'Édouard, qui recouvra ses villes. Nous ne parlerons pas en détail de la guerre qui s'alluma ensuite entre les couronnes rivales de France et d'Angleterre, guerre longue et sanglante qui ne devait se terminer qu'après tout un siècle de calamités.

Tout le monde connaît assez les désastres de Crécy et de Poitiers , le traité ruineux qui rendit la liberté au roi Jean, les victoires de du Guesclin , les succès diplomatiques de Charles V.

Nous nous contenterons de rappeler les faits où les Aquitains conservèrent un caractère national , et ceux qui influèrent d'une manière décisive sur les destinées de leur pays.

Charles V, décidé à relever la France de l'affront du traité de Brétigny, ayant préparé silencieusement ses ressources pendant cinq années, saisit l'occasion que lui fournissait l'appel des seigneurs gascons , mécontents de la tyrannique administration du prince Noir, et cita Édouard III devant la chambre des pairs, pour ouïr droit sur les griefs et complaintes émus de par lui. Édouard, quoique malade, était trop fier du souvenir de ses grandes victoires, pour répondre autrement que par des menaces. C'était combler les vœux du roi de France, qui n'attendait qu'un prétexte pour lui déclarer la

Suerre. Toutefois, avant de s'engager ans les hasards d'une si grande entreprise, Charles V crut devoir s'assurer du vœu national , et il convoqua les états généraux.

Le 9 mai 1 369, ces états se réunirent, et ils déclarèrent que le roi avait suivi les règles de la justice , qu'il n'avait pu rejeter l'appel des Gascons , et que , si les Anglais l'attaquaient, ils lui feraient

une guerre injuste. Du Guesclin par son épée, les agents politiques de Charles V par leur habileté, firent ensuite si bien que la Guienne fut en peu de temps conquise tout entière , à l'exception de Bayonne et de Bordeaux.

C'est de cette période que datent, pour l'Aquitaine, les plus importantes concessions de privilèges. Dès le commencement de la guerre, les rois de France avaient essayé de gagner les Aquitains ou de les diviser, en promettant aux barons l'impunité de leurs méfaits, aux bourgeois des franchises municipales. Charles V surtout multiplia ces actes de libéralité , et le roi d'Angleterre se vit forcé de les confirmer, de les surpasser même , et, en général, les villes libres d'Aquitaine préférèrent sa domination à celle des Français, qui

Eassaient , dans tout le Midi , comme ostiles aux institutions municipales.

Les factions rivales des princes , la lutte sanglante des Bourguignons et des Orléanistes, divisèrent aussi la Guienne. Ce fut même à l'audace et à la passion des partisans aquitains et gascons du comte d'Armagnac , beau-père du duc d'Orléans, que la faction de ce prince dut son changement de nom. Cependant la rapidité des conquêtes de Charles VII et le caractère merveilleux de cette restauration frappèrent de terreur les Anglais et leur parti. La Normandie rentrée sous l'obéissance du roi de France, ce fut le tour de la Guienne , dernière province restée aux Anglais. Là, on se souvenait encore de la longue antipathie qui avait séparé la France du midi de celle du nord , et les seigneurs surtout trouvaient bien mieux leur compte à la domination d'un prince étranger, dont l'éloignement était une garantie pour leur indépendance , qu'à la suzeraineté bien autrement redoutable du chef de la monarchie française. Le comte de Dunois n'eut pourtant presque partout qu'à montrer son armée en Guienne pour réduire cette province.

Bordeaux, après toutes les autres villes du duché, traita de sa soumission, mais en stipulant pour le maintien de ses anciennes libertés, et s'assurant le bienfait d'une amnistie générale.

Le 23 juin 1451 , Dunois se présenta avec la brillante et nombreuse compa-

guienne FRANCE. guienne

gnie des seigneurs de France et des capitaines de son armée , devant les portes de Bordeaux. Le héraut de la ville commença par sommer trois fois à haute voix les Anglais de venir porter secours aux gens de Bordeaux. Nul ne comparaissant, les jurés de la ville, l'archevêque , son clergé et les principaux seiçneurs du pays remirent les clefs au lieutenant général du roi. L'entrée fut brillante, et on y vit chacun à la tête de sa troupe.

Charles VII, maître de la Guienne, voulut la gouverner comme le reste de la France. Mais cette uniformité, jointe au mépris de son sénéchal et de ses agents pour tous les droits municipaux et les franchises et coutumes locales , fit regretter vivement la domination anglaise. La taille des gendarmes surtout excitait un mécontentement général. Après avoir inutilement porte au roi leurs doléances, les peuples n'eurent plus qu'à se jeter dans la révolte.

Lord Talbot, malgré ses quatre-vingts pns , débarqua dans le Medoc au mois d'octobre 1452. Bordeaux se souleva aussitôt en sa faveur.

La plupart des villes l'imitèrent. Ce ne fut pas avant l'été de l'année suivante que l'armée royale put entrer en campagne. Charles VII la commandait lui-même. Il traita les Aquitains en sujets révoltés, prit des places d'assaut, et fit décapiter quelques barons. Après la victoire de Castillon ( voyez ce mot) , Bordeaux fut forcée de se rendre; mais ses bourgeois, profitant d'une clause de la capitulation, émigrèrent en si grand nombre, que, pendant de longues années, elle fut presque dépeuplée et sans commerce.

Les barons et bourgeois, ennemis de la France , furent traités sévèrement :

partout on mit de fortes garnisons, et Bordeaux fut maintenue par deux forteresses et par des ordonnances sévères.

Ainsi finit en Guienne la domination anglaise. Elle avait duré 300 ans depuis le mariage de Henri II.

5° La Guienne depuis sa réunion à la France, jusqu'en 1789.— Les Aquitains donnèrent encore , sous Louis XI, quelques signes de leurs vieilles habitudes d'agitation et d'indépendance. Les

d'Armagnacs, et à leur exemple, beaucoup de barons méridionaux , se jetèrent avec ardeur dans la ligue du bien public. L'un d'entre eux enleva le frère du roi, Charles duc de Berry, et l'associa au complot. Quand Louis eut conjuré ce péril, les comtes d'Armagnac, de Foix, d'Albret, d'Astarac et de Castres , se tournèrent vers l'Angleterre ; mais Édouard IV les remercia de leurs promesses exagérées, et ne leur envoya ni renforts ni argent.

Réconcilié avec son frère, Louis XI lui donna pour apanage , en 1469 , le duché de Guienne , comprenant les sénéchaussées de Bordeaux, de Bazas, des Landes, de Saintonge et de la Rochelle. Les seigneurs gascons se rallièrent aussitôt autour de leur ancien compagnon d'armes, et l'entraînèrent de nouveau dans leurs audacieux projets , qui ne tendaient à rien moins qu'à faire de la Guienne un gouvernement indépendant.

Mais l'empoisonnement de Charles les déconcerta bientôt, et de terribles vengeances frappèrent tour à tour Arma-

Snac, massacré à Lectoure(1473), d'AIret, un bâtard d'Armagnac, et le duc de Nemours, décapités (1477).

La réforme religieuse fut accueillie avec passion par une contrée où le catholicisme ne s'était maintenu qu'à force de croisades et de supplices. La protection de la sœur de François 1er y attira les religionnaires les plus' savants et les plus renommés. Mais bientôt les massacres de Cabrières et de Mérindol ouvrirent dans le Midi une longue période d'horribles calamités. En 1548 , l'établissement de la gabelle fit éclater en Guienne une révolte que nous avons déjà eu occasion de raconter ailleurs.

(Voy. Gabelle.) Montmorency, comme on le sait, la punit avec une atroce cruauté. Dès lors l'opposition politique se transforma en unR opposition religieuse. Ce fut un échange de fanatiques vengeances entre les calvinistes et les catholiques. Les religionnaires de la Guienne, commandés par Duras, conçurent l'espoir d'y former encore un Etat séparé , une république. Ils bloquaient Bordeaux , et tenaient la Garonne et la Dordogne, ces deux mamelles de la province (*), lorsque Montluc, (*) Comment. deMontluc, deuxième partie.

GUIENNE L'UNIVERS. G0IRNNE

chargé de soutenir l'autorité royale et la foi catholique avèc ses soldats et ses bourreaux , délivra la capitale de la Guienne, puis multiplia ses exécutions, jusqu'à ce que sa victoire de Ver en Périgord assura aux catholiques la possession de la Guienne (1562).

Peu de temps après le voyage de Catherine de Médicis et de Charles IX dans la province, la guerre civile recommença avec toutes ses horreurs (1567 et 1568). Les huguenots n'y respirèrent un peu qu'a la faveur dés divisions de Montluc etde Damville(1569).

Toutefois, les débris de l'armée calviniste vaincue à Moncontour ramenèrent la guerre en Guienne, et surtout dans l'Agénois , jusqu'à la conclusion de la paix de Saint-Germain (1570). Le coup d'État de la Saint Barthélémy, qui la suivit, ne titque centupler, en Guienne comme partout, la puissance des calvinistes. D'ailleurs la lutte établie entre les catholiques ligueurs et les royalistes purs , entre Mayenne et Matignon ou Biron, fut avantageuse à leur cause.

Après la mort de Henri III, Bordeaux, quoique catholique zélée, se prononça pour Henri de Bourbon, tout en le suppliant de se convertir. Quant aux villes attachées à la ligue, elles continuèrent leur guerre offensive et défensive , et ne posèrent les armes que très-tard.

Sous le règne de Louis XIII , la Guienne fut assez tranquille. Quelques tentatives isolées des protestants tombèrent d'elles-mêmes, ou furent aisément réprimées. Pendant ce siècle et le suivant, les lumières et le commerce y firent d'immenses progrès. Enfin, lorsque la révolution devint imminente , tous les esprits étaient préparés à ce grand événement. La résistance des parlements, surtout celle du parlement de Bordeaux , fut applaudie avec enthousiasme.

6° La Guienne depuis la révolution.

— Chaque victoire de la nation, chaque réforme de l'Assemblée constituante, fut d'abord saluée avec transport en Guienne, et l'opposition aristocratique du parlement de Bordeaux , jadis si turbulent et si audacieux dans ses vues d'ambition de corps, excita à Bordeaux une indignation universelle. Cependant, sur d'autres points, à Montauban par

exemple , d'atroces réactions rappelèrent les guerres religieuses du seizième siècle. Alors les jeunes patriotes de Montauban marchèrent au secours de leurs frères. L'Assemblée nationale les employa utilement pour pacifier le bas Quercy. Cette même année (1790) la Guienne fut divisée en six départements: Gironde y Landes, Dordogne , Lot, Aveyron, Lot-et-Garonne. "

Nous ne reviendrons pas ici sur l'histoire du parti auquel la Gironde a donné son nom (voyez Girondins), ni sur les mesures de répression qui purent faire redouter à la ville de Bordeaux le sort de Lyon. Nous n'avons pas besoin non plus "de rappeler les crimes de la réaction thermidorienne, dont les compagnies de Jésus et du Soleil faisaient dans le département de la Garonne, comme dans celui du Rhône, une réaction franchement royaliste, ni tous les brigandages contre-révolutionnaires , ni les sympathies monarchiques de l'ancienne Guienne, qui depuis longtemps était disposée à accepter la restauration et l'invasion de 1814, ni la terreur de 1815. Nous n'insistons pas sur ces tristes événements, parce que nous croyons que la liberté ne sera plus reniée par la patrie de la Boétie, de Montaigne et de Montesquieu.

Guienne (monnaies des ducs de).

Les monnaies frappées par les ducs de Guienne pendant le moyen âge sont nombreuses et importantes. Les plus anciennes sont des deniers monnayés au nom de Guillaume, et qui portent également celui de la ville de Bordeaux. Nous les avons décrits à l'article que nous avons consacré à l'histoire numismatique de cette ville. Du reste , les monnaies de Bordeaux étaient les mêmes que celles d'Aquitaine; la preuve, c'est que lorsque les rois d'Angleterre furent maîtres de cette province, l'un d'eux, Henri III, ordonna à son sénéchal de Gascogne, Henri de Trubeville, de faire frapper dans ses villes de la Réole et de Lanjon sa monnaie de Bordeaux , de même poids et aloi que la monnaie tournois.

Éléonore, fille de Guillaume , continua à faire frapper des deniers au type accoutumé ; seulement , elle remplaça deux des croisettes que l'on remarquai

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