‹ FranceChapitre 193 sur 378 · HENRI III · texte numérisé non relu

HENRI III

vrier 4575 , et avait épousé la fille du comte de Vaudemont , mariage fort inégal qui grandissait encore les Guises, cousins de Louise de Vaudemont.

Partageant son temps entre les soins d'une dévotion monastique et les excès d'une débauche dégoûtante , donnant à tout Paris ie spectacle de sa prodigalité scandaleuse et de ses goûts puérils ou infâmes, il eut bientôt attiré sur lui un mépris universel , qui s'accrut encore parmi les catholiques lorsqu'il signa là paix de Monsieur, par laquelle les deux religions se trouvaient établies sur le pied Je l'égalité. Les catholiques eurent horreur d'un pareil traité. Abandonnés, trahis par la cour, ils cherchèrent un chef autour duquel ils pussent se rallier , et formèrent une sainte union pour le maintien de la foi. Le fils du grand duc de Guise, qui avait hérité de toute la popularité de son père , et qui passait pour avoir été l'un des auteurs de la Saint-Barthélémy, fut naturellement placé à la tête de ce parti, qui menaçait le trône.

Le roi crut que c'était un habile coup d'État de se déclarer , aux états de Biois, le chef de la ligue. Mais cette démonstration ne changea rien à la situation des choses. Sentant sa faiblesse, Henri accorda aux protestants la paix de Jtergerac , qui excita encore la fureur des catholiques. Ensuite il chercha à se faire un troisième parti indépendant des deux autres. Mais aucun parti ne pouvait se former sous la direction d'un prince aussi faible et aussi mé-

Erisé. La guerre des amoureux troula encore le royaume; partout la féodalité ressuscita dans les provinces.

Enfin la mort du frère du roi , qui , à Favénement de Henri, avait pris le nom de duc d'Anjou , enhardit la ligue et encouragea les prétentions de Guise et de Philippe H ; car Henri III n'avait plus pour héritier que le roi de Navarre. De toutes parts on s'associa à la li-

gue pour repousser du trône le prince érétique. Henri , forcé d'opter entre les réformés ou les catholiques, traita avec la ligue, après avoir hésité quelque temps s'il ne se jetterait pas clans les bras du roi de Navarre , puis il lui déclara la guerre. La victoire de Coutras sauva Henri de Navarre, mais

amena les catastrophes qui coûtèrent la vie au duc de Guise et au roi de France. En effet, tous les avantages de la campagne , du côté des catholiques , avaient été remportés par le chef des ligueurs. Aussi, quand il rentra dans Paris avec le roi , tous les applaudissements furent pour lui seul. Le conseil des Seize , de concert avec Guise , voulait emprisonner ou tuer le roi pour mettre le gouvernement entre les mains de la ligue. Le roi averti se tint sur ses gardes , et les Seize appelèrent le duc à Paris et formèrent des barricades dans les rues. Enveloppé par les insurgés, le roi quitta Paris en toute hâte, se retira à Chartres , puis à Rouen , et dans son effroi , consentit à traiter avec les ligueurs, qui lui imposèrent la convocation des états de Blois. Là , l'autorité royale fut suspendue de fait, tout le pouvoir passa entre les mains du duc de Guise ; et peut-être une sentence de déposition allait -elle être prononcée contre le roi au profit du duc , lorsque Henri le prévint en le faisant assassiner avec son frère, le cardinal de Lorraine (23 décembre 1588).

Après cette exécution, le roi, excommunié par le pape , déclaré par la Sorbonne déchu du trône , n'avait d'autre parti à prendre que d'implorer le secours de celui qu'il combattait depuis si longtemps- Il traita avec le roi de Navarre. Aussitôt la fortune change : la ligue, qui avec Guise a perdu son chef et une partie de la force qu'elle puisait dans son unité de direction, éprouve échecs sur échecs , et Paris se voit bientôt assiégé par les deux rois réunis. Mais le poignard du moine Jacques Clément, que des prédicateurs fanatiques ont poussé au régicide , sauve la ville. Henri III meurt le 2 août 1589, en déclarant Henri IV son héritier. Avec lui s'éteint la branche des Capétiens- Valois, si malheureuse, si fatale à la France, et celle des Bourbons commence avec son successeur.

Henri III (monnaie de). L'art monétaire, si florissant sous le règne de Henri II , tomba en décadence sous celui de Charles IX, et empira encore sous Henri III. La belle invention du balancier fut négligée ; le cuivre pur se montra pour la première fois; l'em-

HENRI lit L'UNIVERS. HENRI IV

preinte de la monnaie devint barbare, et montra à quel état de misère et d'épuisement les dissensions religieuses avaient réduit la France. Les monnaies ne furent point altérées; mais on voulut attacher aux espèces une valeur fictive, que le peuple n'accepta pas, et qui donna lieu à beaucoup d'ordonnances et d'assemblées de notables , lesquelles ne purent remédier entièrement au mal; enfin, comme à toutes les époques de calamités publiques, on vit apparaître de nouvelles monnaies.

On fit des écus d'or, simples f doubles et même quadruples , marqués , pour toute empreinte , des armes de France et d'une croix fleuronnée ou fleurdelisée, et de la même valeur que les pièces correspondantes du règne de Henri II.

Les testons, qui étaient, pour le prix comme nour le type , à peu près sem- - blables a ceux des règnes précédents, ne furent plus les seules monnaies d'argent ; on en fit d'autres de même métal, et qui portèrent les noms de francs, de demi- francs , de quarts d'écu , de demi-quart d'écu, etc.

Les francs remplacèrent les testons, qui ne furent frappés que momentanément , en 1576 et 1577. Leur nom venait de ce qu'ils valaient 20 sous, comme l'ancienne livre française et comme les francs d'or. Leur type se compose de l'effigie royale et d'une croix fleuronnée et fleurdelisée, au milieu de laquelle se trouve un h.

Les quarts d'écu valaient 15 sous; In valeur de l'écu d'or étant de 60 sous, ils ne portaient point l'effigie royale, mais seulement une croix et un ecusson, accosté des chiffres indiquant leur valeur : mi pour les quarts , vin pour les demi-quarts. Cette monnaie ne parut qu'en 1580.

L'empreinte des douzains et des gros de Nesle fut peu différente de celle des pièces de même nom , frappées sous Charles IX.

Quant aux liards , ils portaient , d'un côte, un écusson ou un h couronné ; de l'autre, soit un dauphin, soit une croix fleurdelisée, soit enfin une croix du Saint- Esprit.

Ce fut en 1575 que, manquant de matière, le gouvernement fut obligé de

frapper des tournois doubles et simples, en cuivre pur. Ces pièces portent, d'un côté , l'effigie royale , avec la légende

HENRI III H. DE FRANCE ET POL, et de

l'autre trois fleurs de lis, et ces mots, dovrle tovbnois , suivis du millésime.

Les monnaies de Henri III n'offrent, dans leur légende, qu'une seule particularité remarquable ; c'est que ce prince y ajoute, à son titre de roi de France, celui du roi de Pologne ; on lit d'ailleurs, sur ses pièces d'or : christvs vincit régnât et imperat; sur celles d'argent et de billon, la vieille formule sit

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