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K* HONGRIE

postérité, en 1290, avait eu pour femme Marie , fille de Charles Yr d'Anjou , roi de tapies. A sa mort , Charles II , roi de Naples, fit valoir les droits de son fils , Charles Martel , neveu de cette princesse , à la couronne de Hongrie , et le pape Nicolas IV conféra en effet cette couronne au jeune prince ; mais les Hongrois élurent André III.

Celui-ci étant mort en 1302, Boniface plaça sur le trône vacant Charobert, fils de Charles Martel. L'opposition des Hongrois força Clément V à publier à Poitiers , en 1307 , une bulle en faveur de ce prince et de son légat ; entin , le cardinal Gentil , à force d'habileté, amena les états rassemblés à Pesth , en 1310 , à reconnaître Charobert pour leur roi.

Le règne de ce prince fut glorieux pour la Hongrie , et l'époque de cette dynastie française est la plus justement célèbre dans I histoire de ce pays.

Louis le Grand, fils de Chârobert, élevant des prétentions sur l'Italie, se ligua avec Charles V, roi de France :

Louis , comte de Valois , second fils de Charles, devait épouser Catherine, fille du roi de Hongrie; et, après la mortde Jeanne , les deux époux devaient être placés sur le trône de Naples. La mort de Catherine empêcha l'exécution c|e ce plan.

Sigismond, margrave de Brandebourg , devenu roi de Hongrie en 1392, ayant résolu d'arrêter les conquêtes des Turcs et appelé à son aide les divers peuples de l'Europe, la France, malgré la guerre qu'elle soutenait contre l'Angleterre, ne déserta pas la cause générale de la chrétienté, et envoya ses chevaliers au secours des Hongrois, [Voyez Nicopolis (bataille de)].

Lorsque la Hongrie , après avoir été longtemps la gardienne de l'indépendance de l'Europe contre les Turcs, devint , par ses désordres intérieurs , in capable de soutenir seule ce rôle, Ladislas H forma une ligue avec Venise, le pape, la France et l'Espagn (1500) ; mais les flottes coalisées furent délruites par la tempête.

Vers ceite époque , l'indépendance de la Hongrie, menacée de tous côtés, fut détruite sans retour, au profit de l'Autriche. Aussi, n'avons-nous plus main-

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tenant à enregistrer de relations spéciales entre ce pays et la France. Nous devons seulement mentionner encore ce fait, que parmi les peuples de races diverses établis en Hongrie , et occupés de la'culture des terres , se trouve une petite colonie de Français, qui, du temps de Marie-Thérèse, allèrent s'établir dans la plaine située entre la Maros et la Beja , au milieu d'un pays marécageux, mais fertile. Ils habitent particulièrement le bourg de Hatzfeld, les villages de Charleville et de Saint-Hubert, dont les noms rappellent assez l'origine, ceux de Nagyjetsa et de Csadat dans le comitat de forontal; il en existe aussi à Breztovacz , dans le comitat de Bacs. Cette petite colonie a jusqu'ici conservé sa langue.

D'un autre côté , il y eut de la cavalerie hongroise dans les armées de France, dès l'année 1637, et ensuite sous Louis XIV et Louis XV. (Voyez Hus-

SABDS).

Hongbibubs ou hongroyeurs ; c'est le nom que l'on donne aux artisans qui préparent des cuirs à la manière de Hongrie, ou aux marchands qui en vendent. Henri IV envoya en Hongrie un habile tanneur nommé Roze , qui revint avec le secret de la fabrication de ces cuirs , et en fonda en France des manufactures. Mais ces artisans ne furent jamais réunis en corps de jurande et ne composèrent pas de communauté.

Ce furent toujours des ouvriers particuliers travaillant aux gages et pour le compte d'une compagnie.

Honneur. — Chaque peuple a dans l'histoire son rôle particulier; il semble que les nations adoptent, comme les individus, des règles de conduite qu'elles suivent fidèlement à travers les phases diverses de leur destinée. Tout le secret de la politique de Carthage se résume dans ce seul mot : la foi punique , qui a suffi à flétrir la mémoire d'un grand peuple. Si de l'antiquité nous passons aux temps modernes, si nous cherchons à démêler dans l'histoire les causes qui ont assuré dans tous les temps la grandeur et la puissance de notre patrie, et pourquoi , à toutes les époques , elle a éveillé autour d'elle tant de vives sympathies , nous reconnaîtrons bien vite qu'elle le doit non-seulement aux grands

courages , aux grands esprits dont elle s'honore , mais surtout , et avant tout peut-être, à ce sentiment loyal et ferme, a cet instinct de la justice et du droit , qui est dans le cœur de ses enfants , en un mot, à I'honneub fbànçàis..

Il serait difficile peut-être de donner de ce mot une définition exacte et complète; on ne définit pas la beauté, la vertu ; on les sent , on s'émeut aux im-

Sressions qu'elles font naître, on se évoue pour elles. Il en est de même de l'honneur; dans la vie privée , c'est une sorte de conscience en dehors de la conscience religieuse, qui fait que, sans se préoccuper de l'intérêt personnel, ou des prescriptions de la loi civile, on accomplit ;tout ce que l'on croit juste et loyal; dans les rapports sociaux, c'est pour les autres , lorsqu'ils en sont dignes, de la bienveillance, des égards , à la charge , pour eux , de rendre égards pour égards , bienveillance pour bienveillance; vis-à-vis des femmes, c'est cette vigilance attentive sur les paroles , qui fait éviter tout propos qui pourrait éveiller les soupçons injurieux; c'est la discrétion dans le bonheur, le respect de la femme par laquelle on est heureux ; pour le soldat , c'est la religion du drapeau , la générosité dans la victoire, la mort au poste assigné; dans la politique , c'est le dévouement absolu à la cause que l'on regarde comme la plus juste, et comme celle qui doit faire la gloire et la prospérité du pays; c'est la sincérité dans l'intention, la probité dans les moyens.

L'honneur, en France, a un code formel et précis ; un code dont les lois ne sont pas écrites ; qui se transmet , pour ainsi dire traditionnellement , dans l'éducation de la famille, dans les enseignements de la vie sociale , et qui n'en est pas moins respecté, car il a pour tribunal l'opinion publique, et pour peine, l'infamie. C'est ce code qui a fait de la société française, la plus élégante , la plus polie de toutes les sociétés modernes ; qui à fait de nos soldats les premiers soldats de l'Europe , et de la plupart de nos défaites , même dans les plus mauvais jours, des défaites glorieuses. Qu'est-ce, en effet, que l'esprit chevaleresque, la galanterie chevaleresque de nos aïeux , sinon

l'honneur français sous un nom féodal.

Quand saint Louis fait graver sur son anneau : Dieu, Marguerite et ta France, n'est-ce pas un royal sentiment d'honneur qui parle, en même temps que l'amour et la piété? Quand le saint roi, trahi par son courage, subit ia dure captivité de ses vainqueurs et leur commande le respect, ce n'est pas seulement par des vertus, toutes chrétiennes, que des musulmans ne pouvaient toujours comprendre , mais aussi par ce même honneur, dont il avait donné tant de preuves. La noblesse française du moven âge dédaigne les armes qui tuent de loin ; et quand elle attaque l'ennemi , elle veut le voir face à face , le combattre corps à corps ; elle succombe à Crécy, parce que ses chevaliers se disputent V honneur d'arriver les premiers à l'ennemi ; elle succombe à Poitiers, devant un adversaire qui offre la paix , pour ne point perdre Y honneur de la journée et a Azincourt, parce qu'elle dédaigne de se servir de ses canons contre un ennemi dépourvu d'artillerie. Ce mot d'un roi vaincu et prisonnier, tout est perdu, fors l'honneur, suffît à consoler la France de la défaite de Pavie. C'est ce même sentiment qui enflammait Condé, lorsqu'il jetait dans les lignes ennemies sou bâton de maréchal , et que ses soldats se précipitaient pour lui disputer V honneur de le reprendre. A Malpiaquet , tandis que Marlborough attend , pour commencer le combat , que les brandeviniers soient arrivés, le soldat français, qui n'a point mangé depuis vingtquatre heures, jette son pain pour courir à l'ennemi.

On trouverait ainsi , dans nos annales, des faits sans nombre qui attestent combien a été fort et puissant, à toutes les époques, ce noble ins-' tinct de courage et de loyauté, qui est resté, en France, comme une sauvegarde éternelle aux époques de corruption et d'affaiblissement. Les rois dont le peuple gardera le plus fidèlement la mémoire , sont aussi ceux qui se montrèrent leplusdévouésaucultede l'honneur; témoin Henri IV et son panache blanc; et c'est en parlant au nom de ce culte , qu'ils, ont obtenu les choses les plus difficiles et les plus glorieuses. Deux

mots , Honneur et Patrie , gravés sur une croix d'émail , et suspendue par un ruban à la poitrine du soldat, le payent, avec usure, du sacrifice de la vie. Peutêtre , et sans se montrer sévère , trouverait-on que cette noble voix de l'honneur, toujours écoutée en France , que cette voix , qui a conseillé tant et de si généreux sacrifices, a quelquefois été méconnue par les maîtres de la politique moderne; mais il faut, du moins, rendre cette justice à la nation française, que c'est là le fait isolé de quelques hommes; que la conscience des masses, toujours sûre quand il s'agit de distinguer ce qui est terme et digne d'avec ce qui est faible et tortueux , a repoussé, avec un blâme unanime, les actes qui tendaient à humilier l'honneur français , à le faire déchoir de ce rang supérieur auquel l'ont élevé ses nobles susceptibilités; car on se souviendra toujours en France que , dans la vie politique comme dans la vie privée, il n'y a de force, de grandeur, de stabilité que pour ceux qui resteront fidèles aux maximes de l'honneur , aux devoirs qu'il impose.

Honneur (chevalier d'), conseiller d'épée, lequel avait séance et voix délibérative dans les cours souveraines. Un édit royal de 1702 créa deux chevaliers d'honneur dans tous les parlements du royaume, chambres des comptes et cour des aides : deux au grand conseil, deux en la cour des monnaies, et un en chaue bureau des finances (*). Ces officiers taient héréditaires et leurs charges vénales ; ils avaient voix délibérative et prenaient séance au-dessus du doyen des conseillers.

On appelait aussi chevalier d'honneur, un jeune gentilhomme chargé de donner la main à la reine, à la dauphine ou à Madame, dans leurs promenades ou lorsqu'elles montaient en voiture.

Honneur (dame d'). Vers la fin de 1673, les filles d'honneur furent remplacées à la cour par douze dames d'honneur; le bon Anquetil critique cette innovation , prétendant qu'elle

(*) Il y avait déjà des chevaliers d'honneur au parlement de Besançon, lorsque le comté de Bourgogne était sous la domination des rois d'Espagne.

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amena la corruption des femmes mariées, qui craignaient moins de se compromettre et étaient plus aguerries que les jeunes filles. (Voyez Filles d'honneur.)

I Ion ou at (saint), troisième évêque d'Arles, naquit vers le milieu du quatrième siècle, d'une famille illustre, originaire de Rome, et qui avait donné des consuls à l'empire. Après s'être livré avec succès à l'étude des lettres , il se sentit attiré vers la religion du Christ et reçut le baptême. Bientôt après, il quitta son pays natal , qui se trouvait probablement'sur la frontière de Lorraine et de Champagne, et entreprit un voyage avec son frère Venance , et un saint vieillard nommé Caprais , afin de chercher un lieu de retraite où ils pussent se consacrer entièrement à Dieu.

Ils s'embarquèrent à Marseille, et abordèrent en Grèce , où Venance mourut.

Saint Honorât et Caprais revinrent alors en Gaule, et, arrivés près de Fréjus , reçurent de Pévêque de cette ville, Léonice ,1e conseil d'aller s'établir dans l'île de Lérins. Ils fondèrent, dans un lieu sauvage, un monastère qui devint fameux dans la suite. Peu de temps après son arrivée à Lérins, saint Honorât avait été ordonné urètre; il fut abbé du monastère qu'il avait établi, et donna à ses moines une règle qu'on cita comme un modèle. Après avoir rempli les fonctions d'abbé pendant trente - cinq ans , il fut appelé à l'évêché d'Arles. Sa mort arriva peu d'années après son élection; on la place vers l'an 429. Saint Hilaire, qui lui succéda sur le siège d'Arles et qui a composé sa vie , parle de ses lettres de manière à en faire regretter la perte. Cassien lui avait adressé sept de ses conférences.

Hooglède ( bataille de ). Pîchegru, ayant mis , au commencement de juin 1794, le siège devant Ypres, Clairfayt quitta sa position de ïhielt pour s'avancer à Rousselaër et Hooglède.

Pichegru résolut de le prévenir, tandis que des troupes sorties de Lille arrêtaient Cobourg prêt à s'ébranler aussi pour secourir la ville. Il ordonne à l'armée d'observation de se mettre en mouvement le 10 juin 1794. Malheureusement les troupes parties de Courtray s'étant trompées de chemin, les Autri-

chiens eurent le temps de se retirer sur Thielt et d'occuper leurs positions à Rousselaër. Après une perte légère, Clairfayt, ayant reçu des renforts qu'il attendait, voulut prendre sa revanche trois jours après. Il se déploya à l'improviste en face des colonnes françaises avec 30,000 hommes. Les Français coururent rapidement aux armes; mais la division de droite, attaquée avec une grande impétuosité, se débanda et laissa la division de gauche découverte sur le plateau d'Hooglède. Macdonald commandait cette division ; il sut la maintenir contre des attaques réitérées de front et de flanc. Par cette courageuse résistance, il donna à la brigade Dewinther le temps de le rejoindre, et obligea alors Clairfayt à se retirer avec une perte considérable. C'était la cinquième lois que ce général était battu par notre armée du Nord. Ce combat sanglant rendit les Français maîtres de la "West- Flandre (10 et 13 juin 1794.)

Hôpital. Les écrivains anciens nous ont laissé peu de chose sur la question de savoir si , de leur temps , il existait des hôpitaux; leur silence môme à cet égard semble indiquer le contraire. En effet, l'esclavage, en soumettant aux riches de cette époque tous ceux qui n'avaient rien en propre, excluait la nécessité de maisons publiques pour soigner les malades indigents. Les premiers établissements de cette espèce furent dus à la charité chrétienne; d'après les savantes recherches de Mongez, ce serait à Jérusalem , et vers la lin du troisième siècle , que d'illustres dames romaines, retirées dans cette ville pour y pratiquer les vertus chrétiennes , sous la direction de saint Jérôme, auraient fondé les premiers hôpitaux. Elles avaient créé deux sortes d'établissements ; les uns, désignés par le nom de jwsodochia, qui servaient aux malades que l'on cherchait à guérir; les autres, appelés villœ languentium , où se passait la convalescence. Ce pieux exemple ne tarda pas à être imité; l'histoire nous parle en effet de plusieurs hôpitaux qui furent établis au commencement du quatrième siècle, mais toujours dans l'intérêt des pèlerins ou des étrangers qui voyageaient par un motil religieux. On cite entre autres, pour

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leur importance, l'hôpital de Basile le Grand , construit aux portes de Césarée, vers l'an 375, et celui de Saint- Jean-Chrysostôme, à Constantinople, qui ne le cédait en rien au premier.

Vers la fin du huitième siècle, le nombre des hôpitaux s'élevait dans cette dernière ville à trente-sept.

Dans les premiers temps de l'Église, les évéques se chargeaient du soin des pauvres, et retiraient, soit dans leur propre maison , soit dans un lieu spécial, ceux qui tombaient malades. Plus tard , quand la générosité des seigneurs païens eut constitué des propriétés aux ecclésiastiques, ceux-ci durent consacrer le quart de leurs revenus a l'entretien des asiles destinés aux pauvres malades. En France, un grand nombre d'hôpitaux furent encore foudés ou enrichis, à l'époque des croisades, par les seigneurs qui s'aventuraient dans ces lointaines expéditions. La lèpre d'Orient, qui se répandit alors dans tous les États de la chrétienté , nécessita aussi l'établissement d'une multitude de ladreries qui, à proprement parler, n'étaient que des hospices; car les malheureux qu'on y renfermait, séquestrés du reste de la société à cause du caractère contagieux de cette maladie incurable, y finissaient ordinairement leurs jours. Il y aurait eu, suivant l'historien Mathieu Pâris , 19,000 léproseries dans toute la chrétienté , et l'on voit par le testament de Louis VIII qu'il y en avait 2,000 dans le seul royaume de France.

Lorsque la lèpre se retirant en quelque sorte devant l'invasion d'une autre maladie , la syphilis , eut disparu peu à peu, les ladreries furent successivement supprimées ou transformées en hôpitaux ordinaires. Il y avait peu de villes au seizième siècle qui n'eussent leur hôpital ; à la fin du dix-huitième siècle, on en comptait, en France , 800 , dont la population, non comprise celle des hôpitaux militaires, s'élevait constamment à 110,000 individus.

Les prêtres et les diacres étaient chargés, dans l'origine, sous la surveillance de l'evêque, de l'administration temporelle et religieuse des hôpitaux.

Mais peu à peu, quand la discipline ecclésiastique se relâcha, quand toutes les fonctions se transformèrent en bé-

néfices, cette administration eut le même sort ; et les clercs qui se l'étaient arrogée, en tirent leur profit sans en rendre désormais aucun compte. Il fallut les décisions de plusieurs conciles

fiour faire disparaître cet abus et placer es hôpitaux dans les mains de laïques capables et solvables.

L'histoire de presque tous les hôpitaux se ressemble : leur fondation est presque toujours due à de grands seigneurs bienfaisants ou à de riches évéques , souvent aussi à de simples particuliers, témoin, entre autres, le célèbre Flamel (voyez ce mot) , Etienne Haudry (voyez Haddbiettes) et le pieux Raymond Ruffi de Nîmes. Ce dernier consacra une partie de ses biens au soulagement des pauvres malades , fonda pour eux douze lits dans sa maison , et en légua le soin à ses héritiers, en défendant que personne vînt se mêler vde l'administration de cet établissement, fût-ce le pape, l'évêque de Nîmes, le roi ou qui que ce fût de ses officiers. Sous les rois Jean , Charles V et Charles VI, ces fondations particulières se multiplièrent; Nicolas Rolin, chancelier de Bourgogne, lit alors bâtir l'hôpital de Beaune, l'un des plus beaux du royaume. On connaît le mot de Louis XI qui , visitant un jour cet établissement , dit à ceux qui l'accompagnaient, qu'il était juste qu'ayant fait tant de pauvres pendant sa vie, Rolin fît élever, avant de mourir, une belle maison pour les loger.

Au neuvième siècle, l'Hôtel-Dieu de Paris, dont les bâtiments avaient jusqu'alors renfermé des nonnes, était devenu un hôpital , c'est-à-dire , suivant la signification primitive du mot , un lieu où l'on exerçait Y hospitalité envers les pauvres et lès pèlerins. Le chapitre de Notre-Dame en possédait une moitié; l'autre appartenait à l'évêque.

En 1168, les chanoines arrêtèrent que le lit de tout membre du chapitre qui viendrait à décéder ou seulement à quitter sa prébende, appartiendrait de droit à l'Hôtel-Dieu ^ette mesure peut bien être , comme \ « pensé l'abbé Lebœuf , l'origine de la conversion de cet établissement en maladrerie. En effet, en augmentant les ressources de l'établissement, elle dut bientôt le mettre à même de recevoir à la fois des pèlerins

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ou des pauvres qui ne séjournaient que peu de temps, et des malades à demeure.

En 1 199 , un certain Adam , clerc du roi, donna à l'hôpital deux maisons dans Paris , « à condition que le jour « de son anniversaire on fournirait sur « leur revenu , à ceux seulement qui se- « raient malades, tout ce qu'il leur « viendrait dans la pensée de manger , « pourvu qu'on pût le trouver. » Cependant les libéralités de saint Louis envers la maison de Dieu l'en ont fait regarder comme le fondateur.

Quant à l'administration de cet établissement, elle demeura entre les mains du chapitre jusqu'en 1505. Le service était fait par des hommes et des femmes qui , sans professer aucune règle reli-

fieuse , se nommaient frères et sœurs.

:n 1505 , le parlement confia l'administration temporelle à huit bourgeois notables et à un receveur nomme par le prévôt des marchands et les échevins. En 1654, douze bourgeois administraient sous l'inspection et l'autorité de l'archevêque et des principaux magistrats. En 1540, l'administration religieuse fut confiée à huit chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin.

Dans la suite , leur nombre fut porté à vingt-quatre. Enfin, vers le milieu du dix-septième siècle, les femmes employées au service des malades se soumirent à toutes les habitudes du cloître.

De graves désordres s'étaient introduits dans l'administration des hospices en général ; François Ier chercha a les réprimer par l'ordonnance de Mois , et décida qu'à l'avenir les administrateurs ne seraient ni des ecclésiastiques , ni des nobles , ni des officiers , mais de simples bourgeois , habiles et économes , à qui il serait facile de faire rendre compte. Enfin il attribua aux juges royaux la connaissance et la visite des hôpitaux. En vain les ordinaires prétendirent que cette disposition préjudiciait à leurs droits, le parlement n'eut aucun égard à leur opposition ; seulement il fut arrêté qu'ils pourraient, eux ou leurs députés , assister aux visites des juges royaux. Henri II , après avoir attribué l'inspection et la direction des hospices au grand aumônier de France, finit par confirmer l'ordonnance de François Ier ; et depuis ce

temps les ordinaires n'eurent plus de droit sur les biens des hôpitaux ; seulement on les invitait à assister aux comptes.

L'Hôtel-Dieu de Pàris étant devenu, en 1625, trop étroit pour les malades, l'administration obtint du roi la faveur de faire jeter un pont [le pont au double (*) ] sur la rivière , et construire une salle sur ce pont, et un édifice de l'autre côté de la Seine.

Beaucoup de salles furent construites et dotées par de grands personnages , et il n'y a pas longtemps que l'on voyait encore sur la porte de la salle Saint- Charles une table de marbre , avec cette inscription gravée en lettres d'or : « Qui a que tu sois , qui entres dans ce saint « lieu , tu n'y verras presque partout « que des fruits de la charité du grand « Pompone. Le brocart d'or et d'ar- « gent , les meubles précieux qui parè- « rent autrefois sa chambre, par une « heureuse métamorphose, servent main- « tenant aux nécessités des malades.

« Cet homme divin, qui fut l'ornement « et les délices de son siècle , dans le « combat même de la mort, a pensé au « soulagement des affligés. Le sang de « Bellièvre s'est montré dans toutes les « actions de sa vie. La gloire de ses « ambassades n'est que trop connue. Il « fut premier président , et le petit-fils « de deux chanceliers. Son âme, encore « plus grande que sa naissance et que « sa fortune , fut un abîme de sagesse. « La France ne porta jamais un enfant « plus digne d'elle. Toute la terre dira « ses vertus ; mais cette salle parlera « éternellement de sa piété et de son « amour pour les pauvres. »

Cette fastueuse inscription en dit assez sur l'esprit qui animait un grand nombre de fondateurs. Une piété sincère, un désir de gloire, honorable après tout, étaient les motifs les plus ordinaires de ces dons.

L'ignorance où l'on fut, jusqu'à la fin du siècle dernier , des véritables règles de l'hygiène, est peut-être plus sensible dans 1 histoire des hôpitaux que partout

(*) Ainsi nommé parce que les bourgeois

Îuî y passaient devaient payer une redevance un double tournois , au profit de l'Hôtel Dieu.

ailleurs. Les malades couchaiént presque toujours plusieurs dans un même lit. A l'Hôtel-Dieu de Paris , que nous citons de préférence parce que c'était un des hôpitaux les plus riches, et par conséquent des mieux tenus, la plupart des lits contenaient six et jusqu'à huit malades. Ils étaient à deux étages, l'un supérieur où la moitié des malades reposait et dormait, l'autre inférieur, où les autres se tenaient en attendant que leur tour fût venu ; 1,219 lits servaient ainsi à 3,000 et quelquefois à 6,000 personnes. Dans certaines salles, les malades n'avaient chacun que deux mètres cubes d'air à respirer, tandis qu'il leur en eût fallu de douze à seize mètres.

Trois ou quatre femmes étaient couchées dans un même grand lit , les femmes enceintes saines avec les malades , les accouchées à la première semaine avec celles qui étaient arrivées à la deuxième, en sorte que la mortalité dans cette division était de 1 sur 15 2/3, tandis qu'en ville, elle n'est pas de 1 sur 100. Tant d'améliorations ont été apportées depuis dans ce régime , qu'on a peine à croire à de pareils faits , qui existaient encore cependant à la fin du siècle dernier. Ce fut Louis XVI qui dota l'Hôtel- Dieu d'un nombre de lits suffisant pour que chaque malade eût le sien.

L'Hôtel-Dieu recevait encore à cette époque , dans des salles différentes , il est vrai , mais enfin dans le même établissement, les femmes en couche, les blesses , les fous, les individus atteints d'une maladie quelconque, et l'on voyait ainsi , rapprochés les uns des autres , les malades qui pouvaient se nuire le plus par les miasmes qu'ils exhalent; aussi la mortalité y était-elle de 1 sur 4 1/2. Heureusement cet état de choses , dont les conséquences étaient si désastreuses , n'existe plus maintenant, et, nous devons le dire, c'est à la Convention que l'on doit l'initiative des améliorations qui n'ont cessé, depuis la révolution jusqu'à nos jours, d'être apportées dans le système des hôpitaux.

Seize de ses membres furent choisis en 1794 pour surveiller ces établissements, et ce sont eux qui ont commencé à y établir l'esprit d'ordre et d'unité qui y règne aujourd'hui. On a compris que l'insalubrité et la contagion ne venaient

pas des malades eux-mêmes, mais de l'entassement où on les maintenait. Le nombre des lits a été diminué dans toutes les salles , et de nouvelles constructions, devenues nécessaires, se sont élevées. L'air et la lumière ont fait disparaître partout ces miasmes qui rendaient l'entrée des hôpitaux repoussante pour les visiteurs ; enfin des promenoirs, plantés d'arbres et garnis de bancs, ont été ménagés pour les convalescents et pour les malades qui ont un peu de force.

Voici maintenant l'état dans lequel se trouvent presque tous les hôpitaux.

Les salles , spacieuses en général , ont la forme d'un carré long ; des croisées , percées en regard les unes des autres , les éclairent. "Les lits sont placés le long des murs , sur deux rangs ; ils sont presque tous en fer, et garnis de rideaux blancs ; le plancher est frotté; la température est maintenue à 15 degrés en hiver. Les malades , dès qu'ils arrivent, sont conduits ou portés dans un lit garni de draps blancs. Le linge de corps "nécessaire pour leur usage est fourni par l'établissement , et changé chaque semaine ; les draps le sont chaque mois. De grand matin, les salles sont mises en ordre et appropriées.

La visite du médecin se fait ordinairement de sept à dix heures. La division de chaque chef de service embrasse à peu près cent lits. Il se fait accompagner d'un élève en pharmacie et d'un élève en médecine, tous les deux chargés d'écrire les prescriptions qu'il ordonne pour la journée. Il y a peu de temps encore que les prescriptions se formulaient en latin ; cet usage est aujourd'hui abandonné. Les signes spéciaux même avec lesquels on exprimait les doses des médicaments , sont remplacés par les divisions décimales. Dès que la visite médicale est achevée , l'élevé externe procède aux pansements , tandis que l'élève en pharmacie , les sœurs de charité, distribuent les médi caments . les aliments et les boissons, en consultant pour cela le cahier où ont été inscrites les prescriptions du médecin. Les malades qui peuvent manger une portion entière d'aliments reçoivent par jour 375 grammes de pain, 140

grammes de viande , 25 centilitres de

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vin, 50 centilitres de bouillon gras. Les médicaments magistraux , c'est-à-dire , ceux qui ont été prescrits suivant une formule particulière aux médecins, sont préparés dans le laboratoire de l'hôpital , sous la surveillance d'un pharmacien en chef ; les autres sont envoyés d'une pharmacie centrale. Une seconde visite médicale est faite chaque soir par un élève interne, qui surveille en outre l'exécution des pansements, interroge les malades nouvellement arrivés, et leur porte les premiers secours en attendant la visite du chef de service. La nuit, un seul interne veille pour 300 malades. La position d'interne , extrêmement favorable aux études , et à laquelle sont attachés quelques avantages pécuniaires, est très- recherchée des élèves, et est conférée au concours par un jury d'examen composé des chefs du service médical des hôpitaux.

Dans un grand nombre de villes, les hôpitaux sont l'école pratique où les jeunes médecins vont étudier l'art de guérir. Il ne se fait pas une visite médicale, à Paris, que l'on n'v voie un nombre plus ou moins grand d'étudiants, qui recueillent de la bouche du chef de service les observations que chaque malade suggère. A la ûn de la visite, des leçons cliniques sont faites dans des amphithéâtres par des professeurs de la Faculté. C'est là que se font aussi les opérations chirurgicales qui servent alors de texte à renseignement du jour.

Dans la plupart des hôpitaux, les soins domestiques de toute espèce sont confiés à des sœurs et à des gens de peine qui , sous le nom d'infirmiers, sont soumis à leurs ordres immédiats. A l'exception des médecins, et des sœurs qui relèvent de l'autorité religieuse, et dont l'indépendance nuit souvent à la régularité du service, tous les employés sont sous les ordres d'un agent de surveillance ou directeur.

Tout ce qui concerne les hôpitaux et les hospices de Paris, la police intérieure , les études médicales qui s'y font, les constructions , les comestibles , les boissons , les fournitures de lits et de corps, les combustibles, les médicaments , est réglé par un seul et même conseil d'administration, dont le préfet

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de la Seine et le doyen de la Faculté de médecine font partie.

L'admission , à Paris, se fait de deux manières : s'il s'agit d'un blessé , d'un malade qui réclame de prompts secours, l'interne de garde a pouvoir de donner immédiatement un lit. Le chef de service peut aussi , dans les consultations qui ont lieu chaque matin, admettre les malades auxquels il prend intérêt; mais lorsque le cas n'a rien d'urgent, le malade doit se présenter à un bureau central d'où on le dirige, selon les convenances du service , sur un hôpital ou sur un autre.

La proportion des individus qui demandent a être admis dans les hôpitaux est , pour toute la France , à peu près de 1 sur 57; à Paris, elle est de t sur 15. Le nombre de malades qui y sont soignés est , pour tout le royaume, de 420 à 430 mille; à Paris, on y reçoit annuellement de 60 a 65 mille personnes , sur lesquelles il en meurt environ cinq mille.

La dépense des hôpitaux et hospices réunis dépasse 50 millions ; à Paris seulement , elle monte à 10 millions; chaque malade coûte 1 fr. 63 c. par jour. Pour fournir à cette dépense , ces établissements prélèvent un certain droit sur la recette des octrois et des théâtres et sur les bénéfices du Mont-de- Piété ; ils ont , en outre, les revenus de propriétés qui s'augmentent incessamment par les dons que leur font des personnes charitables. On a vu des années où le chiffre de ces donations dépassait un million.

A l'époque où l'on examinait tout en France pour tout reconstruire , on a discuté la question de savoir si les hôpitaux sont utiles. Montesquieu l'a résolue affirmativement : « La richesse d'un État, dit-il , n'empêche pas que les hôpitaux n'y soient nécessaires ; car les richesses supposent beaucoup d'industrie, et, dans un si grand nombre de branches de commerce, il n'est pas possible qu'il n'y en ait toujours quelqu'une qui souffre, et que par conséquent les ouvriers ne soient dans un besoin momentané. C'est pour lors que l'État a besoin d'apporter un prompt secours , soit pour empêcher le peuple de souffrir , soit pour empêcher

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qu'il ne se révolte. C'est dans ce cas qu'il faut des hôpitaux. » Ce grand pu- Dliciste , qui s'attachait bien plus à connaflre ce qu'étaient les sociétés actuelles que ce qu elles devraient être , et surtout que ce qu'elles seraient un jour, avait bien compris que l'accroissement des richesses d'un État était loin d'être en rapport direct avec le bien-être des classes laborieuses , et il voulait que les nations riches eussent des hôpitaux, parce qu'il y a , en effet , chez ces nations , plus de misère que partout ailleurs. Il avait en vue l'Angleterre , pays d'industrie par excellence, et par conséquent de pauvreté pour le grand nombre, de richesse pour quelques-uns.

11 faut des hôpitaux pour les ouvriers des villes , parce que ces ouvriers gagnent leur vie au jour le jour , et qu au premier chômage ils sont dans la détresse. L'exemple de Paris, où un quinzième des habitants a recours aux hô-

Sitaux , le prouveassez.il en faut moins ans la campagne , parce que l'existence matérielle y est plus assurée. L'ouvrier des villes a plus d'argent à sa disposition, celui des campagnes a naturellement plus de denrées; et, en supposant à l'un et à l'autre la même imprévoyance , la nourriture de celui-ci , et par conséquent son bien-être réel , sa santé sont mieux garantis.

Certains publicistes, par un sentiment de philanthropie que nous ne mettons pas en doute , se sont cependant faits les détracteurs des établissements de bienfaisance, et en particulier des hôpitaux. Ils pensent que les maisons de secours encouragent la paresse, l'imprévoyance , et sont nuisibles par cela même, à ceux auxquels elles sont destinées. t>e telles raisons pourraient être excellentes , s'il n'y avait pas pour les ouvriers de ruineuses mortes-saisons , si des chefs plus intelligents et plus forts qu'eux par leur position ne trouvaient souvent le moyen de réduire leur salaire au plus strict nécessaire.

Mais l'industrie manufacturière , organisée comme elle l'est maintenant , n'offrant aucune protection réelle à l'ouvrier, laissant aller toute chose librement, c'est-à-dire, au gré des plus habiles , ne permet pas la suppression des

Nous ajouterons à ce que nous venons de dire, quelques nouveaux détails sur les principaux hôpitaux de Paris et de la France. L'Hôtel-Dieu de Paris que sa position sur la rivière, le peu d'emplacement qu'il occupait , rendait trèsinsalubre, reçoit maintenant beaucoup moins de malades. Le nombre des lits oui était de 1,200 a été diminué de plus ae moitié ; enfin des bâtiments nouveaux, aérés et spacieux , ont remplacé les anciens, et forment maintenant trois corps de logis séparés les uns des autres.

L'hôpital de la Charité fondé , en 1602, dans la rue des Saints-Pères, par des religieux de l'ordre de St-Jean de Dieu , et entretenu par eux, ne recevait autrefois que des hommes. On y compte maintenant 300 lits, qui servent par an, à 3 ou 4 mille personnes. Les fondateurs avaient rendu leur maison célèbre par les soins éclairés qu'ils donnaient aux malades.

L'hôpital Saint-Louis, où l'on traite spécialement les maladies chroniques et celles de la peau , fut construit , en 1607, pour les pestiférés. Les administrateurs de l'Hotel-Dieu se chargèrent d'en élever les bâtiments, et de les garnir du mobilier nécessaire, moyennant un droit de 10 sous que Henri IV leur attribua sur chaque minot de sel qui se vendait à Paris. Il contient 706 lits, et reçoit annuellement de 5 à 6 mille ni 3,1 oclcs

L'hôpital de la Pitié , situé à l'extrémité de la rue Saint-Victor, derrière le Jardin des Plantes , date du règne de Louis XIII. Ce prince le fit construire pour y renfermer les mendiants qui, au nombre de 5,000, inquiétaient alors Paris. Il fut ensuite destiné aux jeunes garçons appartenant à des familles indigentes, lesquels y furent admis exclusivement jusqu'en 1780. Depuis cette époque, la Pitié est devenue l'un des plus grands hôpitaux d'hommes et de femmes que possède la capitale.

L'hôpital Beaujon , fondé en 1784, au faubourg Snint-Honoré, par Nicolas Beaujon (voyez ce mot), renferme 328 lits, et reçoit annuellement 2,000 malades. Quatre pavillons spacieux, construits au milieu d'une vaste cour, Viennent d'être ajoutés aux anciens bâti-

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