SÉNÉCHAL
Sous Louis VI, le nombre des grands officiers dont la présence est en général annoncée par la formule : Adstantibus, etc., reste le même. Sous Philippe III ils ne sont plus que trois. Les diplômes de Philippe IV sont les derniers où l'on trouve leur signature.
Grandval (Charles-François Ragot de), célèbre acteur du Théâtre-Français, né à Paris en 1711. Après avoir rempli pendant quelques années les seconds rôlef tragiques , il succéda à Dufreshe dans le premier emploi , joua les petits maîtres et les caractères dans la comédie, et acquit la plus grande réputation; il renonça au théâtre à l'âge de cinquante ans, et mourut à Paris en 1784. On lui attribue quelques pièces de société , insérées dans le Théâtre de campagne, ou Recueil des parades les plus amusantes, Paris, !758, in-8°.
Gbanoville ( Jean - Ignace-Isidore Gérard , dit) , dessinateur, né à Nancy, en 1803, arriva à Paris en 1823, n'ayant pour toute fortune qu'une sommé de 300 francs. Ses premiers pas dans la carrière furent pénibles; il suivit, pendant quelque temps, l'atelier de I^ecomte; puis, pressé de se faire connaître , de se créer des ressources, il accepta l'offre de Visentini , qui lui proposa de faire des dessins de costumes, pour lesquels il ne fut point payé. Une deuxième spéculation ne fut pas beaucoup plus heureuse : M. Duval le Camus avait chargé Grandville de lui faire une suite de sujets lithographies , représentant le Dimanche dyun bon bourgeois , ou les tribulations de la petite propriété.
Grandvilie, qui n'avait pour atelier et pour appartement qu'une petite chambre, on le jour entrait à peine, avoua à
AI. Duval , après la première planche faite, qu'il lui était impossible de continuer chez lui et M. Duval lui offrit de travailler dans son atelier; ce fut là qu'il exécuta les 12 planches de ce travail qui ont paru. Au bout de ce temps, l'éditeur n'ayant pas réussi, les créanciers s'emparèrent des dessins , et Grandville n'en fut payé qu'à grand'peine, et à un taux très-modique. Cependant, ses premiers travaux avaient commencé à le faire connaître , et les Métamorphoses du jour, qui furent publiées en 1828-1829, eurent un très-grand succès, succès tel, qu'aujourd'hui encore, après avoir été imités, contrefaits, réduits et reproduits de toute manière , ces dessins sont encore souvent demandés dans le commerce. Dès ce moment, Grandville eut sa place marquée parmi les artistes ; il prit part à toutes les publications artistiques qui se multiplièrent à cette époque, et fournit de nombreux dessins aux journaux la Silhouette et le Charivari. Son talent s'était jusqu'alors traduit presque exclusivement en caricatures; on y reconnaissait une grande liberté de crayon, d<* la gaieté, mais surtout une justesse d'observation qui en avait fait le succès , sans peut-être qu'on s'en fût rendu compte. -Mais ce talent d'observation se traduisit plus finement, lorsque l'artiste fut successivement chargé d'illustrer les œuvres de Béranger, de la Fontaine, de Gulliver, Robinson , et de faire quelques type* des Français peints par eux mêmes. Dans ces vignettes, on reconnut que, sous un laisser -aller apparent, il y avait une véritable science d'artiste, science qu'on n'était pas habitué à rencontrer dans de tels sujets, et qui était chez Grandville le fruit d'études sérieuses et consciencieuses.
On sentait qu'outre la forme , qu'il savait respecter, il y avait dans les productions de son crayon la nature vraie, et telle qu'il la fallait pour s'allier aux œuvres littéraires qu'il devait illustrer. Illustrer, par exemple, la Fontaine comme on l'avait fait jusqu'alors, c'était produire des dessins- insignifiants. Grandville eut l'idée de faire pour le dessin ce que la Fontaine avait fait pour les animaux : le renard, le chien se dressèrent sur leurs pattes , et revêtirent des ha-
bits d'homme. Alors on trouva tout naturel de les entendre parler: l'illusion devint complète. Mais là se présente la même difficulté qui s'est reproduite constamment dans les Animaux peints par eux-mêmes y publication dont les dessins de Grand ville ne sont pas le moindre mérite. Prendre un homme, et remplacer sa téte par celle d'un animal, c'était un travail qui ne demandait pas un talent particulier ; mais pour que la métamorphose fût réelle, il fallait que, sous les habits de l'homme , on sentît l'animal tout entier , enfin que cette combinaison de l'homme et de l'animal ne fût pas une monstruosité; c'est là ce qu'a cherché Grandville, c'est là ce qu'il a obtenu.
Parmi les artistes, Grandville sort de ligne; ses premiers dessins sont la comédie dans l'enfance; c'est la peinture des ridicules humains , mais la peinture grossière; c'est , pour nous servir d'une comparaison classique, Thespis barbouillé de lie. Mais dans ses derniers ouvrages , l'art a fait un grand pas; la nature y est toujours prise sur le fait ; mais ce n'est plus la représentation chargée: on y retrouve, comme dans les comédies de Molière , une; profonde observation, une étude consciencieuse de la nature humaine; seulement, au lieu d'en reproduire le langage, Grandville en reproduit la physionomie ; mais il le fait avec une finesse et une vérité qui rappelle notre grand poète comique.
Gbanet ( François- Orner ) de Marseille, fils d'un riche tonnelier, était négociant lorsqu'il se fit remarquer, en 1789, par une ferveur républicaine des plus exaltées. A l'occasion de auelques troubles auxquels il prit part, if fut arrêté ainsi que Rebecqui, et emprisonné.
Une procédure criminelle fut commencée contre eux ; mais, grâce au progrès rapide de la révolution , elle n'eut pas de suites. Granet sortit de prison triomphant, et, dès l'année suivante , il fut nommé administrateur du département des Bouches -du -Rhône; puis, en septembre 1791, député à l'Assemblée législative. Il prit une grande part, conjointement avec les fédérés de Marseille, à la révolution du 10 août. Élu député à la Convention , Granet vota
la mort de Louis XVI et l'exécution dans les vingt-quatre heures. Il était de ceux qui, dans leur costume, affichaient avec le plus d'ostentation le sans-culottisme , ce qui a donné lieu à un couplet qui commence et se termine ainsi :
« Donnez une culotte à Granet, Donnes une calotte. »
Il siégeait au sommet de la Montagne , en carmagnole , un gros bâton à la main. Nommé adjoint au comité de salut public, il ne conserva pas longtemps ces hautes fonctions, auxquelles il était peu propre. Malgré tout le zèle révolutionnaire qu'il déploya à la Convention, et précisément a cause de l'exagération desonsa?is culottisme, Granet ne put jamais obtenir la confiance de Robespierre. Il s'en vengea le 9 thermidor, et il se montra l'un des plus acharnés contre celui dont les révolutionnaires exagérés avaient conjuré la perte.
Toutefois , il comprit bientôt que la réaction ne tarderait pas à l'atteindre lui et les siens, et il la combattit des premiers. Après la journée de prairial, Barras et Fréron, qu'il avait dénoncés en vain à plusieurs reprises, le firent comprendre parmi les proscrits de cette époque. Sa mise en accusation fut ordonnée; mais l'amnistie par laquelle la Convention termina son règne, le délivra. Il retourna à Marseille , où il se tint éloigne des affaires publiques jusqu'à l'empire , époque où il fut nommé un des maires de Marseille et officier de la Légion d'honneur. Dans les cent jours, il fut porté, par le département des Bouches -du- Rhône , à la chambre des représentants , où il ne prit jamais la parole. Exilé en 1816 à cause de son vote dans le procès de Louis XVI , en 1818 une ordonnance mit fin à son bannissement. Il mourut à Marseille le 10 décembre 1821.
Granet (François-Marins) , peintre de genre , est fils' d'un maître maçon d'Aix en Provence. Le goût qu'il annonça de bonne heure pour le dessin détermina ses parents h le confier aux soins de Constantin, peintre paysagiste fort distingué. M. Auguste de Forbin suivait aussi les leçons de Constantin, et c'est là que se forma, entre M. Granet et M. de Forbin , une liaison d'amitié qui devait avoir une infiuence immense