VERS. GUÉRARD
Guérande fut plusieurs fois assaillie, et avec des succès divers, par les Normands, au neuvième et au dixième siècle. Dans une de ces attaques , on vit, dit l'historien d'Argentré, saint Aubin lui-même combattre à la tête des assiégés.
— Pendant la querelle de Montfort et de Charles de Blois , Louis d'Espagne, partisan de ce dernier prince , marcha sur Guérande, en 1342. La garnison se retira dans la vieille forteresse de Grannone, et les habitants se chargèrent de défendre la ville. La haine contre l'étranger anima même les femmes à monter sur les remparts, d'où elles jetaient sur les assiégeants des pierres et des solives; les prêtres encourageaient les travailleurs et les combattants de la voix et de l'exemple. Mais la fortune trahit le courage de ces braves gens.
Les Espagnols enlevèrent la place , et personne n'échappa à leur fureur. Les églises même furent incendiées ; leurs ruines enflammées écrasèrent ceux que le fer avait épargnés (*) ; le château de Grannonefut rasé, ainsi que les fortifications. On compta à Guérande 8,000 victimes de ce malheureux siège.
— Pendant lesguerres du quatorzième et du quinzième siècle, les Guérandais résistèrent avec le même courage aux autres armées étrangères, aux Français, et surtout aux Anglais. Au temps de la ligue, ils repoussèrent successivement les Espagnols et le roi de Navarre. Enlin , leur ville fut encore occupée par les royalistes , au mois de mars 1793 ; mais ils n'y purent rester qu'une semaine. Revenus à la charge, le 7 juillet 1815, ils abandonnèrent l'entreprise après une attaque de quelques heures.
Gubrabd (dom R.), bénédictin de Saint-Maur, né en 1641 x à Rouen , où il mourut en 1715, avait été choisi pour aider dom Delfau dans la révision des œuvres de saint Augustin. Pendant un exil dans le Bugey, qui lui fut infligé comme à l'un des auteurs du livre intitulé lAbbè commendataire, il découvrit , dans la bibliothèque de la Chartreuse , un manuscrit de l'ouvrage de
(*) La voûte de l'église de Guérande est restée jusqu'à nos jours telle que l'a faite l'incendie allumé par les Espagnols.
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saint Augustin contre Julien, intitulé : murs de Lintz. Bientôt cette place fut Opus imperfection ; il fit , sur ce ma- assiégée et forcée de se rendre, malgré nustrit, un savant travail , qu'il envoya la belle défense de la garnison , et les au général de la congrégation. On lui exploits de Guerchy , qui refusa de sidoit aussi un Abrégé de la sainte Bible, gner la capitulation. Ce brave capitaine 2 vol. in-12, souvent réimprimé. continua de s'illustrer dans les guerres
Guébabd ( Benjamin - Edme - Ch. ) , de Flandre, et surtout à Fontenoi , puis membre de l'Académie des inscriptions aux journées d'Hastembeck , de Créet belles-lettres, né à Montbard (Côte- velt, etc., et au combat de Minden, où d'Or), conservateur à la bibliothèque on le vit arrêter les troupes près de céroyale ( département des manuscrits), der le terrain, et, jetant sa cuirasse,
Professeur de l'école des chartes , est s'écrier : « Je ne suis pas plus en sûreté un des académiciens les plus instruits « que vous. Allons , Français , suivezsur tout ce qui concerne l'histoire civile « moi ; venez combattre des gens que et la législation de la France au moyen « vous avez vaincus plus d'une fois. » âge. Il a publié : 1° Essaisur le système Après la signature du traité de paix, en des divisions territoriales de la Gaule 1763 , il fut nommé ambassadeur à sous les rois francs, Paris, 1832, in-8°, Londres. Au bout de quatre ans de sercouronné par l'Institut; 2° Polyptique vice dans ce poste , pendant lesquels il de tabbé Irminon, ou Etat des terres^ avait eu le désagrément de voir sa confite* revenus et des serfs de l'abbaye de duite surveillée par le chevalier d'Éon Saint-Germain des Piéssous le règne (voyez ce mot), il demanda son rappel, de Charlemagne, tre livraison, partie et vint mourir à Paris en 1767. latine, Paris, 1836, in-4° ; 3° Cartulaire Guéret, faractum, ancienne capide l'abbaye de Saint- Berlin , Paris, taie de la Marche, aujourd'hui chef-lieu imprimerie royale, 1841,in-4°; 4° Car- du département de la Creuse, doit son Maire de l'abbaye de Saint-Père de origine à un couvent fondé vers l'an Chartres, 1840, 2 vol. in -4°. Ces deux 720, par saint Pardoux. La petite cité derniers ouvrages font partie de la col- s'augmenta considérablement par le sélection de documents inédits publiés jour qu'y firent les comtes de la Marche par le ministère. A ces travaux fort (voyez ce mot). Guéret avait autrefois importants , il faut joindre un assez de fortes murailles et des tours qui grand nombre de mémoires et de dis- subsistent en partie. On y voit encore sertations insérés , soit dans le recueil les restes du château où séjourna de l'Académie des inscriptions , soit Charles VII , poursuivant le dauphin dans le Journal des savants, soit dans son fils.
la Bibliothèque de l'école des chartes, Avant 1789 , Guéret possédait une
soit dans la Revue de numismatique, sénéchaussée, un présidial, une justice
Guebche (la), terre et seigneurie royale, une maréchaussée; elle était
dans l'évêché de Nantes, érigée en mar- chef -lieu d'élection, quisat par lettres du mois de février La population actuelle est de 4,000
1682, en faveur de René de Brue, che- hab. Guéret est la patrie de l'historien
valier, sieur de Montplaisir et maréchal Varillas.
de camp. La Guerche fait aujourd'hui Guébin (François), vicomte d'Éto-
partie du département d'IUe-et-Vilaine, quigny, lieutenant général, né à Dieppe,
arrondissement de Vitré. en 1762, entra, en 1792, à l'état-major
Guebcuy (Claude - François - Louis de l'armée du Midi , devint , en 1795,
Régnier, comte de), lieutenant général, colonel des hussards des Alpes, condui-
naquit en Bourgogne en 1715. Il passa sit ce régiment à l'armée d'Italie, fut
en Italie, en 1734, et se distingua à la destitué à la fin de cette campagne, sous
bataille de Guastalla , fut envoyé en le prétexte d'opinions royalistes, puis
Bohême, peu de temps après, s'empara renvoyé bientôt après à l'armée d'Italie.
d'Ems, y soutint un siège glorieux, où il eut le commandement du 10" ré* -
et se voyant près de succomber écrasé giment de chasseurs à cheval. Pendant
par des forces supérieures, se fit jour à la brillante campagne die 1796 à 1797,
travers l'ennemi , et se retira dans le» il sut maiatenir parmi ses soldats une
GUERIN L'UNIVERS. €€KRIN
discipline qui les empêcha de suivre le mouvement insurrectionnel du reste de l'armée, et lui valut les éloges du Directoire. Quand le 25* de chasseurs, toujours commandé par le colonel Guérin, marcha surNaples, cet officier prit à l'ennemi , dans différentes charges,
10 pièces de canon, et se distingua a la journée de la Trébia. Nommé officier général sur le champ de bataille, il fut chargé de l'arrière-garde , pendant la retraite 'sur la Toscane. Apres la révolution du 18 brumaire, il fut envoyé à l'armée des Grisons , y commanda la cavalerie de l'avant-garde, et obtint de nouveaux éloges de IMacdonald. Il servit ensuite successivement à l'armée de Hollande, en Italie , fit la campagne de 1809, à la tête de la 1 r* division de dragons, et, à la paix , fut nommé gouverneur général de la Styrie et de la Carinthie, et, en 1810, alla commander la cavalerie de l'armée du Portugal. Ayant éprouvé quelques mécontentements, au sujet de 1 avancement dû à tant et à de si glorieux services , le général donna sa démission, et rentra dans ses foyers. Les Bourbons, à leur rentrée, le rappelèrent au service. Lors du débarquement de Napoléon au golfe Juan, le général Guérin fut appelé chez le roi , et en reçut des instructions et une mission dont l'histoire contemporaine ne désigne pas la nature, mais que le général reçut probablement pour l'étranger, car il quitta aussitôt la France, et n'y rentra qu'après la bataille de Waterloo. Commandant de divers départements,
11 fut compris dans la promotion de lieutenants généraux faits à l'occasion du baptême du duc de Bordeaux. Il est mort en 1827.
Guérin (N.), lieutenant des guides du général Bonaparte à l'armée d'Italie, en 1796, commandait, au combat de Bassano , douze guides à cheval , qui formaient toute l'escorte de ce général ; se précipita, à la tête de ces braves, sur deux bataillons de grenadiers croates, qui formaient l'arrière-garde de l'armée autrichienne, et leur fit mettre bas les armes.
Guérin (Louis), né à Paris, en 1778, était fils d'un marchand de fer. Contre l'ordinaire des peintres qui se sont distingués, il ne fut point entraîné dans sa
jeunesse vers l'étude des arts par un goût naturel et presque invincible, mais seulement par l'exemple de quelques jeunes camarades qui fréquentaient les ateliers, et par les conseils de ses parents. Il entra dans l'atelier de Brennet, et, chose assez singulière, il en fut renvoyé à cause de sa paresse , et il n'y rentra que quand Regnault en prit la direction , après la mort de Brennet.
Bien qu'on remarquât chez lui de la sagacité et on esprit pénétrant , il avait ifait peu de progrès quand la première réquisition vint encore, interrompre ses études. Il obtint cependant son congé, à titre d'artiste, et prit part aux concours d'émulation, qui avaient survécu à ceux de l'Académie. En 1796, il obtint un second prix, et un premier en 1797. Il savait alors combien il avait besoin d'études sérieuses et d'un travail opiniâtre ; il s'y livra avec ardeur : le premier résultât fut son tableau de Marcus Sextus, qu'il exposa en 1800.
Ce tableau produisit un effet extraordinaire , et que l'on ne peut pas expliquer par son mérite intrinsèque comme peinture. Ce sujet traité par Guérin était habilement choisi pour émouvoir les sentiments dominants à cette époque, où les listes de proscriptions, enfin effacées, permettaient à une multitude de Français , longtemps éloignés , de rentrer dans leur patrie. Marcus Sextus, de retour à Rome, d'où les fureurs rivales de Marius et de Sylla l'avaient exilé, trouve sa femme morte et sa fille expirante. Ce fut le tableau des émigrés. La réputation de Guérin devint presque une affaire de parti. Malgré l'éclat de ce succès , son tableau fut alors l'objet de quelques critiques. On lui reprochait surtout d'avoir reçu, du Bélisaire de Gérard , une inspiration trop immédiate, et ce reproche était fondé. Il y avait non-seulement analogie entre les sujets , ce qui ne pouvait pas être la matière d'un reproche, mais aussi ressemblance dans le caractère des personnages principaux. Cela , du reste, s'explique facilement. La composition primitive était le retour de Bélisaire dans sa famille, et ce fut dans le dessein de faire vibrer une corde trèssensible à ce moment, et, il faut le dire, d'obtenir un succès en dehors de son
guérin FRANCE. guérin
talent, qu'il ouvrit les yeux de son Bélisaire, et en fit un Marcus Sextus.
En 1802, Guérin fit paraître la Phèdre , et le succès de ce nouvel ouvrage fut tout aussi grand que celui de Marcus Sextus. Mais ce qui fit son succès alors, a été depuis, et est encore aujourd'hui, le motif d'un grave reproche.Ce tableau, comme composition, n'était autre chose que le théâtre reproduit sur la toile ; l'inspiration ne parait pas être venue du sujet même, et il semble que l'artiste ait plutôt cherché à imiter ce qu'il avait vu représenter sur la scène. Il y a cependant des beautés de détail réelles , surtout dans l'expression des physionomies. Ce tableau , à l'époque où il parut, et alors qu'on suivait avec enthousiasme au Théâtre-Français la reprise de la Phèdre de Racine, fut proclamé admirable par un enthousiasme irréfléchi , et couronné comme le chefd'œuvre de l'exposition. La couleur en était encore plus brillante que celle du premier ouvrage de Guérin ; mois cet éclat a disparu, et a fait place à la fâcheuse uniformité d'un ton général, morne et gris. Quoi qu'il en soit, le jury des prix décennaux , écho de la voix publique, décerna une mention honorable à cette composition.
Le Sacrifice à Esculape fut le premier sujet que Guérin traita après la Phèdre. Cette composition , pleine de simplicité, et dont l'auteur n'avait point trouvé le motif sur le théâtre , mais dans son cœur et dans la nature, produisit infiniment moins d'effet; on n'en parla pas, tant la foule est mauvais juge en peinture.
Andromaque, qui fut exécutée après, parut une rechute de l'auteur. C était encore le Théâtre-Français , les attitudes , les poses déclamatoires et les expressions conventionnelles des comédiens favoris du oublie. Guérin peignit ensuite , sur la demande du gouvernement , V Empereur pardonnant aux révoltés du Caire , sur la place d'Elbekeïr. Il fallait ici du terrible; c'était un élément dont manquait le talent de ce peintre : il échoua. Le tableau était d'ailleurs très-faiblement exécuté.
Au salon de 1817, Guérin exposa sa Didon et saClytemnestre, deux tableaux bien au-dessus de tous ses autres ou-
vrages. Dans le premier , il y a , quoique avec un peu de manière, une poésie et une richesse qui rappellent les chants de Virgile , dont l'auteur s'était inspiré ; mais le second est encore bien supérieur. C'était là une composition réellement dramatique , et qui lavait Guérin du reproche de mollesse et de froideur , qu'on avait justement fait à tous ses autres ouvrages : la tête de la Clytemnestre est pleine d'énergie; et quel heureux contraste entre le remords des coupables à ce moment terrible, et le calme imposant, la noble sécurité qui respirent dans tous les traits d'Agamemnon endormi ! l'effet de la lumière y est parfaitement entendu, et c'est, sans contredit, la meilleure page de Guérin, et un des plus beaux tableaux de notre école.
Guérin, à qui son premier tableau, le Marcus Sextus , avait concilié toutes les affections d'une classe riche et amie du plaisir , se trouva entraîné par une société, au charme de laquelle, au reste, il contribuait aussi. Spirituel , enjoué , connaisseur eu musique , chantant luimême avec goût , il était recherché par le monde , et ses travaux s'en ressentirent. Trop faible pour résister à ces entraînements, il y perdit beaucoup de temps , et y compromit sa santé.
Nommé directeur de l'école de Rome, en 1816, il avait refusé, à cause de son état continuel de maladie. Appelé de nouveau au même poste , en 1822, il accepta , dans l'espérance de pouvoir terminer loin des distractions un grand tableau qu'il avait commencé , la Mort de Priam ; mais les soins de la direction ne lui permirent pas de s'en occuper, et il ramena sa toile telle qu'il l'avait emportée. Sa santé, toujours chancelante, l'engagea à entreprendre un voyage en Italie. En 1833, il partit avec Horace Vernet , qui lui avait succédé dans la direction de l'école de Rome.
Au bout de quelques mois , son mal s'aggrava ; il y succomba le 1G juillet, et Fut inhumé dans l'église de IaTrinitédu-Mont. Guérin était membre de l'Institut. Dans ses ouvrages, qui se ressentaient de son organisation physique et manquaient généralement d'animation, on reconnaît cependant un goût parfait dans l'ajustement, une grande pureté