ACTE DEUXifOMK
FllANgOIS
Ils sont vides. Ils ont la tristesse sauvage Du feu, de l'abandon, du sommeil et de Tûgc ; Tout est roux, et désert, et brùIé sur leurs bords, Et pour Téternitc Ton croirait qu'ils sont morts. Mais la neige ou la pluie en sauvent la détresse Et le deuil. L'eau commence à couler sa caresse Sur les rochers. Bientôt les cailloux du torrent, De blancs qu'ils paraissaient, paraissent transparents. L'eau bienfaisante et claire a de nouveau rempli La chair du sol, les os de pierres, tout ce lit ; Et voici que la vie est revenue entière ; Les bords sont refleuris ; de Therbe sur la terre Court ; les arbres voisins, redressés peu à peu, Balancent leurs bras verts sur le fond du ciel bleu ; Et le sol, éperdu de jeune folie, ivre De cette fraîcheur douce et docile, se livre Au transport délirant de son bonheur nouveau. Il se sent jeune. Il se sent fier. Il se sent beau. Il se gonfle en riant sous sa nouvelle vie. Le vieux torrent joyeux s'irrite, chante, crie. Grandit, roule, bougonne, et veut tout demander. Et, manquant d'habitude, il peut bien déborder.
RICHARD, à pari.
C'est une fable.
ALiOT, à pari.
Comme il dit bien les histoires !
Monsieur François...
FRANÇOIS
Enfin, madame, il est notoire Que des cœurs, endormis par trente ans de repos, Se réveillent avec plus ou moins d'à-propos...
RICHARD
Lorsque survient un ange...
ALIOT
Une fée...
FRANÇOIS
Une femme...
J'ai compris. C'est pourquoi je m'en vais.