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ACTE DEUXlèMR i'-^S

ALIOT

Vous tremblez.

FRANCESCA, ardemment.

L'âme vibre.

J^espère et me souviens. C'est Tair pur, c'est Tair libre. On en aspire trop pour ne pas en souffrir : Car il est exaltant et fort à en mourir. Si je frissonne et pleure ainsi^c'est que je l'aime. Et que son nom suffit à m'ôter de moi-même.

ALIOT, loin d'elle.

Alors l'amour c'est ça ?

C'est ça !

ALIOT

Ce n'est pas gai.

Le chemin est dur, mais en être fatigué Réjouit.

124 FRANGESCA

ALIOT

Moi ? Jamais.

Non. Non.

FRANGESCA

Va. Tu suivras sa route

ALIOT FRANGESCA

Tu souffriras, tu pleureras, sans doute Et le hasard, troublé, guidera seul tes pas : Va. Cours. Aime-le. Cherche-le.

ALIOT

Je n'y tiens pas,

FRANGESCA

Es-tu libre ? Léger et jeune, dans la brise, Tu vas, obéissant aux souffles qui te grisent, Et tu iras toujours dans un rêve mouvant, Par la vie et l'amour, comme la plume au vent. Le zéphyr amoureux où tu n'es qu'un atome Te fera rebondir dans le creux de sa paume.

AGTR DEUXIEME 1^5

Cher enfant, petit cœur qui s'éveille, qui naît,

Ton effroi de la vie enthousiaste n'est

Qu'un premier battement vers Taciorablc peine ;

Mais bientôt désireux du pouvoir qui t'enlraîne.

Comme la plume au vent tu suivras ton destin.

Vers un bonheur fragile et des maux incertains,

Tu sentiras qu'un dieu mystérieux te porte ;

Tu pleureras un peu sur la vieille paix morte,

Mais on perd la douleur quand on passe en rêvant

Et tu repartiras, comme la plume au vent.

Vers d'autres cœurs, vers d'autres nids, vers d'autres femmes.

Vers des cœurs élégants ou vers des cœurs infûmes,

Tu repartiras, fier d'un éternel orgueil;

Et quand devant tes pas Tâge offrira son seuil

Tu n'auras d'un vieillard que les ans et les rides ;

Le cœur ne vieillit pas ; si le destin le bride

Et le mate, il éteint sa flamme et fait de lui

Quelque chose d'un peu triste qui obéit.

Mais il peut, mais il doit, quand le printemps l'invite,

Naître ou se réveiller ainsi qu'on ressuscite.

Et vivre et s'en aller, furtif, beau, triomphant

Comme la plume au vent, comme la plume au vent.

Où t'en vas-tu ?

ALiOT, au fond.

Je crois que mon oncle m'appelle.

Tu as peur?

126 FRANCESGA

ALIOT

Non.

FRANCESGA

De moi?

ALIOT, de loin.

Non... Vous êtes trop belle.

FRANCESGA

Que veux-tu dire ?

ALIOT

Adieu.

FRANCESGA

Adieu donc, car je pars?

ALiOT^ saisi.

C'est vrai !

FRANCESGA

Je pars.

AGTF. DKUXlf:ME lî27

ALIOT, se rapprochanl cVellc.

Où donc ?

Je ne sais ; quelque part.

ALIOT

C'est bien loin : demeurez.

Je vais être partie

ALIOT; très près.

Pardon. Restez : c^'est moi qui vous en prie...

Non vraiment ;... je... voici vos oncles, Aliot.

Bientôt,

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