ACTE TnOISlfOMK
ALIOT
Ainsi le désespoir amoureux qui inc mine Vous indiffère I
Non. Je ris de votre mine Puérile et comique, et qui veut avoir Pair Grave I
ALIOT
Vous vous raillez toujours de moi, c'est clair Pourtant vous devriez guérir mon amertume Et m'aimer.
Votre avis dépasse la coutume
ALIOT
Ah ! Rien ne peut en vous, à mes cris s'émouvant^ Comprendre la douleur d'un homme ?
FRANCESCA, moqiieuse.
D'un enfant !
138 FRANCESGA
ALIOT
Un enfant ! Un enfant 1
FRANCESGA
Ce mot-là vous irrite ?
ALIOT
En quelques jours, en un instant, vite, très vite,
Subitement — par vous, madame, j'ai connu
Tout Tamour, dans votre sillage survenu.
Je commence à savoir qu'aux rires de tendresse
Succèdent quelquefois la plainte et la détresse.
Un enfant ! Hier encor, je n'étais qu^un enfant.
J'étais gai, puéril, insoucieux, avant
De connaître l'amour, ses désirs et ses peines.
Qui sont la floraison des souffrances humaines !
Souffrance, joie, amour, car je vous aime !
FRANCESGA
Ah oui ?
ALIOT
Ne riez pas. Je sens en mon être ébloui,
Un trouble que mon cœur exaspère et cadence ;
Une solennité rêveuse, d'où s'élance
De l'espérance, des colères, du plaisir.
AGTI2 TROISIÈME 1.^.9
FnANflESCA
C'est gracieux.
ALiOT, sans Vcnlemlre.
Quand j'étais un enfant, mon désir De bonheur se berçait aux routes, aux prairies, Au parc, à la forôt, comme aux chères féeries Faites de poésie et de rêve ; j'allais Comme un prince à travers le sommeil d'un palais, A travers la splendeur innombrable des choses. Et je ne parlais pas : je rêvais, car on n'ose Que rêver devant l'âme et le regard des fleurs ; Et je ne connaissais qu'au matin frais des pleurs.
Maintenant ?
ALIOT
Ce décor me semble plus sublime Et tout, fleur, papillon, arbre, lac, oiseau, cime, Je le vois par des yeux écarquillés d'amour. Dans la fièvre, qui fait soudain mon front plus lourd, Je reconnais partout votre image éclatante, Votre voix, vos regards, et tout de vous me hante. Et depuis quelques jours, il m'arrive parfois. De ra'enfuir brusquement, tout seul, au fond des bois,
140 FRANGESCA
Et tout à coup brisé par l'ivresse de Theure
Et la douleur d'aimer qui vient de vous, je pleure!..
FRANGESCA
Vous pleurez ?
ALIOT
Oui, madame ! Ah ! si vous consentiez.
FRANGESCA
A pleurer avec vous au creux de ces sentiers ?
ALIOT
Je vous aime et je veux...
FRANGESCA
Enfant qui me désires Et crois m^aimer, ton rêve, en un rêve se mire. C'est un amour d'avril qui passera. Le vent Séchera cette averse.
ALIOT, en colère.
Ah ! vous croyez !