LES ARTS. — XV SIÈCLE
anglaise tient une grande a été décimée dans les Crécy et les Azinplace dans ces petits court ; par malheur, la scolastique pèse poèmes patriotiques Ce touiours sur l'enseignement des écoles et fut un ardent pamphlet de l'Université ; un court réveil de l'humad' Alain Chartier qui nisme, en pleine guerre anglaise, a été valut au vieux poète sans lendemain. L'Université est, d'ailendormi le long baiser leurs, demeurée étrangère et parfois hostile au sentiment national.
Les arts. — La sève qui s'est retirée de la littérature, coule encore dans l'art, mais appauvrie.
L'art du moyen âge a été surtout qu'elle n'entendait pas religieux : la foi es: moins vive depuis les avoir favorisé l'homme grandes calamités, l'argent s'est fait plus qui était laid et mal rare, proportionné (il était bossu), mais seu- Le xiv« siècle s'est contenté de com-
lement la bouche de laquelle étaient issus pléter Reims, Rouen, Bourges. Le xv« tant de mots dorés ». s'applique à réparer les déchirures que la
La succession de l'épopée, à la fois guerre a faites histoire et roman,
AI AIN ri! ARTIER 11386-1449).
iDapràs une sculpture
de île Duc et Tony
Noël. )
de la jeune dauphine, Marguerite d'Ecosse, fiancée au futurLouis XL Comme les courtisans s'étonnaient, elle dit
cette robe blanche des églises » dont on a vu la France se yêtir au xiii« siècle.
Il y emploie le plus souvent un nouveau style, qu'on appellera << le gothique flamboyant » et qui n'a été d'abord qu'un progrès technique pour faciliter l'écoulement des eaux.
Ce dernier âge de l'art ogival a' donné, dans l'architecture laïque comme dans la religieuse, quelques œuvres qu'on pourrait dire, selon un paradoxe de Renan, d'autant plus charmantes que la décadence y paraît (le nouveau Saint-Maclou à Rouen, Saint- Ger- LE PUITS DE .\ioisE, PAR CLAi S sLUTER uiain-l Auxcrrois, la
Piédestal d'une croix détruite pendant la Révolution, n MaiSon de JaCqUCS
était piimitivenient élevé au-dessus d'un puits qui lut Çu-.uj- à BourgeS,
comblé. Six statues de prophètes y sont adossées. iM,A„;tal HeReaiinpi
{Chartreuse de Cham/mo/, près de Dijon.) ' IlOpiiai ueccduue,.
Le centre artis-
dant ; l'a valeur littéraire des Miracles tique de la France s'est déplacé ; Dijon
(xiv» s.) et des Mystères (xv^ s.) est a hérité de Paris.
médiocre ; les innombrables sotties et L'école de Bourgogne est, comme la
worfl/î/é,»: ne survivent que par la farce maison de Bourgogne, un rameau flamand
de Patelin, fabliau dialogué, qui annonce enté sur un tronc français ; cet art, pour
Molière. être moins pur, n'en donne pas moins
Une bourgeoisie sérieuse, intelligente, de nobles frondaisons (portail de la Char-
de bonnes mœurs, s'est poussée aux pre- treuse de Chamyol, puits de Moïse, tom miers plans, après que la noblesse féodale
i..^utcurdtiD£'camérOHetérudit(i3i3à 1375).
n'a pas été recueil lie. La chronique est amusante, mais légère, avec Froissart, imagier délicieux, qui n'a le goût que des aventures, des nobles /'ro«es.'!« ; pour leur faire honneur, il avait commencé à les écrire en vers ; d'ailleurs honnête, impartial , bon flamand, français avec les Français, anglais avec les Anglais.
Les Cent Nouvelles s'inspirent de Boccace ' ; la verve en est aimable et légère : point de fausses pudeurs, le goût de la vie, d'une vie un peu grasse, et un joli sentiment de la nature.
Le théâtre, religieux ou profane, est toujours abon
beau de Jean sans Peur, Livre d'Heures de Chantilly).
L'Anjou et là Provence du roi Re.ié
L'HELLENISME
subirent à la même époque l'influence des peinti'es du Nord. Le Flamand Van Eyck avait inventé, vers 1410, la peinture à l'huile ; il la porta aussitôt à sa perfection.
L'hellénisme. — La découverte de l'Italie par la France, si elle se fût produite plus tôt que le seuil du xvi^ siècle, aurait été moins fertile en conséquences ; il avait fallu que l'Italie se rencontrât au préalable avec l'hellénisme.
Il y avait longtemps que les érudits et les lettrés d'Occident lisaient, traduisaient des auteurs anciens ; mais c'étaient seulement les latins. Or, la clef de l'Antiquité fai- le grand escalier
sait défaut, le sens I.escalier est taillé dans un
de l'Antiquité man- '^'^« "^«'^ <=' "'"^'^ ^' quait : le grec fut absent du moyen âge. Aristote lui-même n'était guère connu que par les Arabes.
C'est l'hellénisme, en fuite devant les Turcs (1433), qui donna à l'Italie la foi dans la raison humaine et la ramena au
grecque et avec la beauté grecque.
A fouler l'Italie pendant trente ans,
les armées françaises se pénétrèrent à leur tour d'une civilisation affranchie des vaines terreurs, inondée d'une claire et douce lumière. La révolution profonde dans les arts, les lettres, la vie sociale , la voilà.
L' human isme a triomphé de lascolastique ; l'art ne se propose plus seulement d'embellir les églises, il embellit la vie ; les lettres ne sont plus leprivilège d'une caste étroite ; les châteaux forts deviennent des palais. Il y aura dés irmais plus de soleil et plus de joie dans le monde. Re- Du CHATEAU DE BLois naissaucc italienne,
e tour octogonale, ajourée de OU française, OU fla- : décoraUons charmantes. mande, c'eSt CCla.
La Renaissance dans les arts. — Interprétée à la lettre, la « Renaissance » de l'art est un non-sens. L'art ne meurt pas pour renaître sous une forme ancienne.
Dans l'histoire de l'art, « il n'y a pas d'interruption ».
CllAlK.VU DU CHA.NtbOkD
(F.uvre composite de Pierre Neveu dit Trinqueau (vers 1523I. Les tours sont romanes, la toiture est gothique, le corps du bâtiment est dans le style de la Renaissance française, les arcades et les lanternes dans le style italien.
culte de tout ce que le moyen âge avait réprouvé. Par là, elle revint à la nature, retrouva la joie de vivre ; selon le précepte de .Marc-Aurèle, elle vécut avec les dieux.
La Renaissance italienne, c'est la seconde rencontre de Rome avec l'âme
CllAÏKAU Uli CHENONCËAU.X Construit sur le Cher entre 1513 et 1523. I,e style gothique y est partout sensible sous le miinteau d'une décoration de la Renaissance. Le corps cU; l'iffis élevé sur le pont <lu Cher est l'œuvre de riiiUbLU I )elor]ne.
Ainsi l'art de la Renaissance italienne, c'est l'art gothique ou roman qui se renouvelle en niêlant aux formes du moyeu âge celles de l'antiquité et, aussi, celles de l'Orient (notamment à Venise).
Les copies, intelligentes ou serviles, del'Antiquité n'apparaîtront que plus tard
Sî> ARCHITECTURE ET SCULPTURE, X V^ ET AT/'^ SIÈCLES.
quand, au lieu de regarder la nature, on n'aura plus d'yeux que pour les œuvres consacrées, classiques qui, d'inspiratrices et de guides, auront passé modèles. Ce sera proprement la décadence.
Pareillement, l'art de la Renaissance française, c'est un églantier indigène qui est devenu rosier.
Architecture. — A la fin du xvo et dans la première moitié du xvi"^ siècle, les châteaux de la Loire (Amboise, Blois , C h e n once aux , Chambord) et ■ eux de l'Ilede- France ( G aillon, Fontainebleau, IHôtel de Ville de Pa-
toits, aplanirent les surfaces, revinrent aux formes rectangulaires, aux arcs de plein cintre, aux frontons triangulaires, aux colonnes, aux ordres de la Grèce et de Toscane.
Pourtant leurs constructions se distinguent à première vue de celles des Italiens. Ils ont créé avec ces éléments étrangers un art original. C'est une architecture noble, élégante, aux belles lignes, aux purs profils, parfois un peu froide.
L'heureux mélange de la pierre et de la brique la ramènera, SOll^ Henri IV et sous Loui.- XIII, à plu^ de simpliciti