MORT DU ROI
bins que les royalistes, eussent voulu cides, de ceux qui survécurent à la Con-
sauv-er le roi. Ils en avaient fait la pro- vention sous tant d" autres régimes et les
messe à leur Egérie, généreuse autant que servirent — 127 sous Napoléon, —
vaillante et belle, Mme Roland. Après le n'eurent aucun regret de leur vote, ni
premier vote, rendu à l'unanimité », sur Camot, ni Cambacérès, ni tant d'autres,
la culpabilité (conspiration contre la Cambon, David, Thibeaudeau, pair de
liberté de la nation et attentat contre France, Fouché, ministre de Louis X\'III,
la sûreté de l'Etat), ils proposèrent, sur l'abbé Grégoire. Par contre, leur juge-
l'application de la peine, de s'en remettre ment a été jugé comme une faute par les
au peuple. historiens républicains de la Révolution.
Justice de Ponce-Pilate et politique Michelet évoque contre Condorcet lui-
de guerre civile : c'eût été soulever la même sa grande parole : « C'est une
province, qui, certainement, ne voulait pas erreur de croire que le salut public puisse
la mort, contre Paris où la rue exigeait, commander une injustice. » d'une pression affreuse, la mort, per- « Eh quoi ! demande Louis Blanc,
suadée que la cause de la misère publique, n'y avait-il donc pour la Révolution que
« du pain cher », était au Temple. ce moyen de braver ses ennemis? La
L'appel au peuple, défendu par Ver- République eût-elle paru moins grande,
gniaud, combattu par Robespierre, fut étant plus généreuse? On a trop répété
repoussé^. Pareillement la motion que le mot de Barère : « Il n'y a que les morts
le jugement ne fût valable qu'à la majorité des deux tiers. Le scrutin s'ouvrit enfin sur la peine (mort ou détention) et, la mort ayant été prononcée (par 387 voix contre 334), sur le sursis jusqu'à la paix, qui fut rejeté (20 janvier).
qui ne reviennent pas. » C'est le contrair:? qui est vrai. « Il n'y a qus les morts qui reviennent ».
Mort du roi. — Louis XV'I fut exécuté, le 21 janvier, sur la place Louis XV, devenue la place de la Révolution, aujour-
Dans les hautes tribunes, une foule d'hui place de la Concorde. La guillotine
hurlante, sectionnaircs et tricoteuses ; avait été dressée face aux Tuileries,
dans les galeries, beaucoup de gens de .autour de l'échafaud, derrière une rangée
«la société », des femmes qui firent colla- de canons, des soldats et des gardes
tion devant « la tragédie que les conven- nationaux à perte de -vue. tionnels donnaient au monde ». La veille, an Temple, le roi avait
Les régicides. — Vergniaud, après le entendu la lecture de sa sentence avec
rejet de ses moyens dilatoires, céda devant une grande fermeté, remis à son valet
le torrent, vota la mort ainsi que la de chcunbre son testament, qu''>n ne peut
plupart des Girondins, et Condorcet, lire sans émotion, dit adieu à sa famille,
Lakanal, Sieyès. entendu la messe, puis dormi d'un pro-
Pendant la longue nuit du, 19 où fond sommeil, défilèrent à la tribune, par apptl nominal. Son courage n'eut pas une défaillance
les conventionnels prononçant la sentence à haute voix, y eut-il plus de courage à
Il résista d'abord aux bourreaux qui voulaient lui lier les mains, puis, sur un
absoudre qu'à condamner? Tous votèrent mot de son confesseur, l'abbé Edgeworth.,
« sous les poignards », les « régicides » laissa faire. Il tenta de parler à la foule.
— qu'on appela plus tard les « votants » —
comme les «indulgents». Le lendemain,
un ancien garde du corps tua, d'un coup
decoutea-a,le régicide Lèpelletier, en.plein
Palais- Royal, où il cherchait Orlé.ans,
Les tamboms de Santerre couvrirent sa ^•c^ix.
On a prêté à Edgeworth une phrase de rhétorique que l'émotion eût étouffée dans sa gorge : « Fils de Saint Louis, dont le vote pour la mort avait fait montez au ciel ! » horreur. Le corps du roi fut porté au cimetière
Il est remarquable qu'aucun des régi- de la Madeleine et jeté dans la chaux.