DIX-HUIT BRUMAIRE
Dissolution du Directoire. — Le 18, d'autres journées, suspendit les douze au matin, pendant que Paris se remplis- municipalités, points possibles de ralliesait de cavalerie, ' ment,
le Conseil des '=^ '
Anciens, convoqué dans la nuit, vota sans débat un décret qui transférait les Conseils à Saint- Cloud, sous prétexte d'une conspiration d'anarchistes, et la nomination de Bonaparte au commandement e; chef delà 17" division (Seine et Seine-et-Oise).
Bonaparte , suivi de son étatmajor, se présenta à la barre des Anciens, esquiva le serment à la Constitution
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Dix-neuf brumaire. — Les
Conseils se réunirent le lendemain à Saint-Cloud, les Anciens dans la galerie de Mars, les Cinq - Cents dans l'Orangerie, entourés d'une troupe nombreuse aux ordres de Bonaparte. Toute une brillante compagnie était venue de Paris pour assister à, «la fin »
de la Révolution.
Sieyès avait préparélesdécrets à faire voter par les Anciens, puis parlesCinq-Ceuts.
Ces décrets suspendaient les Conseils, nom-
VrMic ^./^nlnnc 1 !i ''^^ CiDq-Cenls. Il esl accueilli par une teinpcle rie cris : « Hors
AOUb vouioub la 1^ loi, à t,3j. ,3 dictalure!» (D'après Bouchot, Louvre.)
République ; nous
la voulons fondée sur la vraie liberté, niaient trois consuls : Bonaparte, Ducos
sur la liberté civile, sur la représentation et lui, et une commission pour éJa-
nationale. Nous l'aurons, je le jure....» borer une autre Constitution (la sienne).
Puis, il monta à cheval, passa la revue On ne fût pas sorti de la légalité.
des troupes et rentra chez lui, acclamé Les Anciens demandèrent à être
sur tout son parcours. renseignés sur le complot qui avait
Pendant ce temps, le Directoire dis- motivé les décrets de la veille. Bonaparte
paraissait. Sieyès et Ducos donnèrent balbutia un discours appris: qu' «ils
«librement >» leur démission ; Barras était étaient sur un volcan », qu' «il n'était ni
au bain quand il apprit le coup ; Talley- César ni Cromwell », que «le dieu de la
rand lui apporta, avec une lettre de guerre et le dieu de la fortune l'accom-
change, sa démission à signer. pagnaient », que la Constitution de
Moreau accepta de garder sous clef, l'an III, «violée en fructidor, en floréal,
au Luxembourg, Gohier et Moulin. en prairial», n'existait plus.
Aux Cinq-Cents, Lucien Bonaparte, L'Orangerie de Saint-Cloud. — A
qui présidait, donna simplement lecture la têt-c de quehiues grenadiers, — non
des décrets. Les députés s'en allèrent en pas d'Arcole ou de Rivoli, mais du
discourant. Corps législatif, c'est-à-dire de gen-
Fouché, avec l'expérience de tant darmes, — il se rendit ensuite aux Cinq-
LE CONSLLA T.
Cents, toujours présidés par Lucien.
Drapés dans leurs toges rouges, — costume oflîciel des séances, — ils venaient de décider que chacun d'eux allait prêter de nouveau serment à la Constitution. Bonaparte fut accueilli par une tempête de cris : t Hors la loi, à bas la dictature », et bousculé. « Est-ce donc pour cela, lui cria Destrem, que tu as vaincu?...»
Les grenadiers d'escorte le prirent à bras-le-corps, l'enlevèrent, très pâle.
Comme les conventionnels en Thermidor, les députés réclamèrent " la mise hors la loi. Si énervée que fût la loi, la formule restait redoutable.
Lucien plaida pour son frère au milieu du tumulte. Il n'avait que vingt-quatre ans, fit preuve de beaucoup de sangfroid, se montra grand acteur, jeta ses insignes de président sur la tribune.
Bonaparte s'était presque évanoui.
Sieyès en avait vu bien d'autres. Il eût préféré de rester dans le droit, mais ne répugnait pas plus à l'emploi de la force que tous les autres révolutionnaires des dix dernières années. Il dit au général : ♦ Ils vous mettent hors la loi, mettez-les-y vous-même. »
' Bonaparte et Lucien montèrent tous deux à cheval, haranguèrent les soldats ; Lucien jura «de percer le sein de son
propre frère s'il portait jamais atteinte à la liberté ». Ils qualifièrent les députés de « représentants à stylet », — d'où, le soir même, la version « de vingt assassins qui se seraient précipités sur lui, cherchant sa poitrine 0.
Murât et Leclerc (les deux futurs beaux-frères) prirent alors la tête de la colonne des grenadiers ; les tambours battirent furieusement, comme ceux de Santerre, pour couvrir les protestations. Vite et laidement. La porte enfoncée, Murât cria : ♦ Citoyens, vous êtes dissous ! » Les représentants s'enfuirent par les portes-fenêtres, jetant leurs toges et leurs toques rouges.
Les décrets de Sieyès. — A la nuit, les Anciens et trente membres des Cînq- Cents, s'intitulant la majorité du Conseil, votèrent les décrets de Sieyès et fructidorisèreni environ 60 représentants. Les trois consuls prêtèrent serment. L'Orangerie avait été envahie par une cohue de curieux et de curieuses, « interlope début du plus grand gouvernement qu'ait connu la France ^ >>.
Lucien fit une phrase de Conciones :
« Entendee le cri sublime de la postérité. Si la liberté naquit dans le jeu de Paume de Versailles, elle fut consolidée dans l'Orangerie de Saint-Cloud. »
Cela ne parut ni ridicule ni énorme.
LE COXSLLAT
ON avait eu tant de journées qu'une de plus n'était pas pour donner du scandale ; et Brumaire fut populaire, parce qu'il mettait au pouvoir, à la place d'un gouvernement méprisé, le héros. De son génie, oh attendait tout, et, dabord, la paix, le repos, la sûreté.
Bonaparte se mit aussitôt à l'œuvre, et il n'eut pas seulement le sens exact de ce qu'il fallait au Français de 1800 1, puisque la plus grande partie du monument qu'il bâtit en cinq mois subsiste encore.
De novembre 1799 à mars 1800, il fit un gouvernement qui fut célébré pendant cinq ans comme le plus beau de l'Europe ; une constitution, où il se subordonna tout l'Etat, et une administration à la romaine qui subordonna la politique au Inen public.
Il dira de sa Constitution (proclamation de 1799) ■■ «Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée ; elle est finie. »
Cela est faux de la Constitution de l'an VIII, puisque, des pnucipes de la