DEUXIÈME CROISADE
rOrieut, aux musulmans comme aux Grecs.
D'autres dynasties françaises vont s'asseoir, au xii^ et au xiii* siècles sur des trônes méditerranéens, Chypre, Constantiuople, Athènes, Naples, Majorque.
« Bien semblait, dit Villehardouin, que ce fut expédition à conquérir des royaumes. »
Aux Echelles du Levant (les ports asiatiques avec leurs profonds hintev lands), qni dit «occidental» dit frank, * français ». Ce sont les Francs qui se sont chargés des « actions de Dieu ».
Les barons et chevaliers établis en terre sainte s'y attachèrent très vite. Ils y a%''aient porté des lois de l'Occident ; ils subirent l'influence de l'Orient. On vit déjà Baudouin I*^' revêtir un bumous tissé d'or et prendre ses repas, les jambes croisées, sur un tapis. Des SaiTa^ines, baptisées, épousèrent des seigneurs.
La guerre continua à peu près sans arrêt pendant moins d'un siècle que dura le royaume de Jérusalem, les Croisés s'eÊforçant d'étendre leur conquête en Syrie (jusqu'à Damas) et les Turcs de reprendre la Palestine et la côte. Mais le caractère en était changé : d'atroce, de part et d'autre, jusqu'à la prise de Jérusalem, elle était bientôt devenue presque humaine et courtoise. Il y eut souvent comme une émulation de galanterie entre les chevaliers chrétiens et les émirs musulmans.
Cependant les négociants d'Europe n'avaient point tardé à suivre les Croisés en Palestine et en Syrie, surtout des Marseillais, des Génois et des Vénitiens.
Le commerce ne distingue pas entre les croyances. Il échange son or contre des marchandises et des marchandises contre son or, sans se soucier si l'acheteur ou le vendeur est musulman, juif ou chrétien.
Des comptoirs s'établirent sur toute la côte d'Asie et jusque fort avant dans l'intérieur. Les caravanes apportaient aux vaisseaux les produits de l'Orient et remportaient ceux de l'Occident. La culture occidentale s'enrichit du mûrier, de l'abricot, du sarrasin, de nombreux légumes (épinard, aubergine, échalote, artichauts
Les rapports, d'année en année plus nombreux, se p>oursuivirent en dépit de la guerre. La ville sainte retombera au.x mains des infidèles sans que les commerçants chrétiens renoncent à leur clientèle des Echelles du Levant. Le grand chemin, que la foi la plus ardente qvii fut jamais a ouvert au trafic, ne désemplira plus.
Une autre chrétienté latine s'est ainsi formée à côté de l'ancienne chrétienté grecque. La langue française y devient la langue commune. La littérature et l'art de la France (surtout du Nord) suivirent le <i doux parler ». En retour, les Arabes furent nos maîtres dans les sciences exactes (physique, chimie) ; nous leur empruntâmes leur système de numération (les chiffres dits arabes).
Deuxième Croisad3. — La croissance du royaume de Jérusalem avait été très rapide ; il ne tarda pas à déchoir.
Moins de cinquante ans après la libération des Lieux Saints, la menace des musulmans sur Jérusalem devint si pressante qu'une seconde Croisade s'imposa.
Saint Bernard, qui en fut le prédicateur, voulut qu'elle fût préparée avec méthode : « N'avez-vous pas, disait-il, entendu parler de ce moine nommé Pierre qui se lança dans de tels périls que sa troupe tout entière succomba, anéantie par le fer et par le feu? »
On évalue à 200 000 hommes les deux armées qui reprirent le chemin du Danube et de Constantinople sous le roi Louis VII et l'empereur Conrad. Ces belles troupes furent très mal conduites. L'empereur, une fois en Asie, ne voulut pas attendre le roi de France ; étant parti de l'avant, il fut assailli et défait par la cavalerie turque, se sauva à grand'peine et ne put faire le voyage de Jérusalem qu'en pèlerin. Louis VII, ayant suivi le même chemin et ne s'y étant pas mieux gardé, fut surpris dans un défilé et n'échappa qu'avec peine. Il n'amena à Jérusalem que des débris de son armée (1148).
Le désastre fut tel que saint Bernard s'écria dans sa douleur : « Le Seigneur a oublié sa miséricorde ! »
Chute du royaume de Jérusalem. — La ville sainte résista encore près de quarante ans. En 1187, le célèbre Saladin, qui avait réuni l'Egypte et la Syrie, défit le roi Lusignan à la bataille de Tibériade et le fit prisonnier. Jérusalem retomba alors aux mains des musulmans pour y rester jusqu'en 1917. où une armée anglaise y rentra avec un contingent français aux environs de Noël.
Troisième Croisade. — La chute de Jérusalem retentit douloureusement dans toute la chrétienté. Toutefois on était déjà loin du temps de la première Croisade, quand la disgrâce du Sépulcre pesait sur les âmes pieuses comme un opprobre et sa délivrance apparaissait comme un devoir sacré, propre à racheter toutes les fautes.