‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 504 sur 725 · MINISTÈRE DECAZES. — 1816-1S · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DECAZES. — 1816-1S

avaient leur quartier révolutionnaires qu'elle est restée comme

général dans l'aile du marquée de l'épithète dont Louis XVIII

château des Tuileries l'avait saluée avant de la voir à l'œuvre :

« La Chambre introuvable ». Le duc de

Richelieu, si conservateur qu'il fût —

ou parce qu'il l'était avec intelligence —

renvoya au bout d'un an de législature

cette Convention à rebours, sans génie et

sans excuses, qui cherchait à faire de « la

Terreur blanche » une sorte de terreur

Louis XVÏ. Il con- légale.

spire contre moi. Il Tout ce qui depuis longtemps avait

finira par conspirer l'habitude de crier : Vive le roi ! garda contre lui-même. » le silence. Tout ce qui gardait le silence

Trois questions principales dominèrent se mit à crier : Vive le roi ! ' » la politique pendant la Restauration : Le ministère Decazes. — Les élections

La loi électorale, qnelf.s ultras vou- de 1816 donnèrent la majorité aux modelaient tourner au seul profit des grands rés et aux indépendants, propriétaires

(le pavillon Marsan), où il résidait avec ses fils, les ducs d'Angoulême et de Berry.

Louis XVIII disait du futur Charles X :

« Il a conspiré contre

Lovis xvni (1755-1824).

(Portrait par Isabey, Bti'l. \at.. Est.)

fonciers ;

La liberté de la presse, qu'ils entendaient restreindre jusqu'à la suppression ;

L'instruction publique, qu'ils entre pr i ren t de mettre aux mains de l'Eglise.

Sur ces trois questions,

LA CHAMBRE DES DEPUTES (Salle des Séances de 1815 à 1829).

T oiiiç WTTT La Chambre siègre au Palais-Bourbon, ancien hôtel du Prince de Condé i-uuis ^^y n.1. confisqué à la Révolution. (Bibl. Nal., Est.).

Decazes, à trente- cinq ans , parut trop jeune pour être président du Conseil, mais fut l'âme du gouverne ment. Il parvint à faire vivre ensemble pendant quatre ans les formes du passé et l'esprit nouveau.

Les débats à la Chambre fu-

inclinait aux

solutions libérales. Malheureusement rent brillants et féconds. Les chefs des

l'âge, qui avait affiné son jugement, partis, Royer-CoUard, La Fayette, le

avait affaibli sa volonté. Veuf et sans général Foy, Benjamin Constant, Manuel,

enfants, d'ailleurs sceptique, il finit, rien Casimir Perier à gauche ; Villèle, Corbière,

que pDur avoir la paix, par céder à son Martignac, de Serre, à droite, créèrent

frère, si bien que son règne peut se divi- l'éloquence parlementaire.

ser en deux parties : celle où il gouverna La liberté peut subir des défaites, elle

et consolida la monarchie (1816-1820) ; reste vivante tant que la tribune n'est pas

celle où il se contenta de régner (1820- 1824) pendant que le comte d'Artois préparait la chute de la dynastie.

La Chambre introuvable. — Le nom de Decazes est resté attaché à la première de ces époques. C'était un girondin, ancien fonctionnaire de l'Empire, d'esprit fin et d'intelligence ouverte, que le roi avait pris en affection. Il l'appelait familièrement : « Mon fils » et se plaisait à

muette.

Ministre de la Police générale, Decazes supprima peu à peu les lois d'exception, abolit la censure et l'autorisation préalable pour les journaux, attribua au jury la compétence pour les délits d'opinion, modifia heureusement la loi électorale (renouvellement partiel et scrutin de liste).

Le baron Louis, ancien constituant,

répéter : « La politique de Decazes, c'est sans doute le plus grand ministre des

la mienne. » Finances depuis Colbert, établit le vote

La Chambre de 1815, élue dans le du budget par ministère et par chatrouble de la défaite et de l'invasion, fut

à ce point animée de passions contre- i Montlosier.

MINrSTÈRE VILLÈLE.

pitre, afin que ne fussent dissimulées aucune des charges ni aucune des ressources de l'Etat. Il se targuait de pousser le souci des deniers publics jusqu'à la « férocité ♦.

La loi de recrutement de 1818, qui resta en vigueur pendant un demi-siècle, fut rœu\Te du maréchal Gouvion Saint- Cyr. L'armée, composée « en principe » de volontaires, fut complétée à l'effectif de 240 000 hommes par des conscrits tirés au sort, avec faculté de remplacement comme sous l'Empire. Tous les officiers, au contraire de ce qui avait été l'un des pires abus de l'ancien régime, sortiront désormais des écoles militaires ou du rang :

l'avancement sera à l'ancienneté et, pour un tiers, au choix.

Libération du territoire. — La même année où Gouvion Saint-Cyr reconstitua l'armée, Richelieu obtint des alliés l'évacuation anticipée du territoire (octobre 1818).

Lally-Tollendal ayant proposé de lui décerner « ime récompense nationale aux frais de l'Etat », il refusa. « Il ne pouvait, dit-il, se résoudre à voir ajouter, à cause de lui, quelque chose aux charges qui pesaient sur la nation. »

Le comte d'Artois, par méfiance de l'armée nouvelle, n'avait pas hésité à engager une négociation secrète pour le maintien de l'occupation étrangère. Le

Decazes de complicité (au moins morale, selon les moins violents) avec l'assassin ; * le manche du poignard de Louvel était une idée libérale ». Chateaubriand, dans son avidité du pouvoir, écrivit de Decazes que «les pieds lui avaient glissé dans le sang ».

Artois et la duchesse de Berry se jetèrent aux pieds de Louis XVIII pour lui demander le renvoi du favori.

Decazes donna sa démission et la droite fut appelée au pouvoir.

L'enfant du miracle. — La duchesse de Berry était enceinte. L'enfant posthume, « l'enfant du miracle », reçut, à sa naissance, le nom de duc de Bordeaux. Il prit plus tard celui de comte de Chambord, et, s'il avait régné, aurait été Henri V.

Ministère Villèle. — On voudrait que Richelieu n'eût pas consenti à recueillir la succession de Decazes pour détruire en quatre mois ce que la monarchie restaurée avait fait de mieux. La loi dite (1 du double vote » livra l'élection de la Chambre à une minorité de censitaires, 12 000 propriétaires terriens, parmi les plus riches, qui votaient deux fois, au chef -lieu de l'arrondissement et à la préfecture.

Les élections de 1820 donnèrent, en

conséquence, une majorité écrasante à la

droite. Richelieu, bientôt débordé, céda

roi, sur la proposition de Sain^-Cyr, le la place au comte de Villèle, très bel ora

COSrCMES DE LA RESTAURATION

La gravure originale porte corame légende : Les

^epattts en négligés, JS20.

15'après une gravure attribuée à Cnvami,

(Bibi. Nat., Est.)

releva du conrmiandement en chef des gardc-î nationales.

Assassinat du duc de Berry. — Cette ferme politique, les élections partielles, constamment favorables aux libéraux, exaspéraient les ultras. Ils pressèrent tant sur Richelieu qu'il se retira. Decazes tint bon.

L'assassinat du duc de Berry par un domestique aux selleries royales, fanatique de Napoléon, qui expliqua « qu'il avait voulu éteindre la race des Bourbons », fournit enfin l'occasion de forcer la main au roi. Les ultras accusèrent

teur, financier averti, administrateur à poigne, et de cette sorte de chefs qui suivent leurs troupes.

Son gouvernement dura sept ans (1820-1827), sur\Mvant de trois ans au règne de Louis XVIII. L'effort méthodique de la contre-révolution se poursuivit à la fois au dehors et au dedans.

Le droit d'intervention. — Il s'était produit en Europe, depuis 1817, un premier réveil des idées nationales et libérales. Les Allemands manifestèrent contre la Diète qui les éloignait de l'unité révcc en 181 3 ; les Italiens se soulevèrent contre

]:XPÉDITIO\' n' FSPA CXlî. — 7,s'.'-i.Vjj.

les Ttiieschi (Aiistro- Allemands), protecteurs des gouvernemetits absolus de Naples et de Turin ; les Espagnols imposèrent une Constitution à Ferdinand \'II.

La Sainte-Alliance, invention mystique du tsar Alexandre, ne pouvait suftire au dur consers'ateur réaliste qu'était Metternich. Il tît admettre au Coiigrès d'Aix-la-Chapelle le droit d'inten-evtion des quatre grandes puissances alliées dans les affaires intérieures de tout Etat, où des troubles seraient de nature à exercer chez les autres peuples «des

Expédition d'Espagne. — Tout ce qui restait de libiTaux à la Chambre, La l'ayette, le général Foy.Royer-CoUard, protestèrent contre l'intervention en Espagne; «en droit, la guerre était inique ' », c'était recommencer la politique des Autrichiens et des Prussiens en I7Q2. Manuel osa dire que Louis XVI avait été perdu par la colère de la France révolutionnaire, « sentant le besoin de se défendre par des forces nouvelles et une énergie nouvelle ».

La majorité vit là une apologie du

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