‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 595 sur 725 · L'ALLIANCE N U S S E · texte numérisé non relu

L'ALLIANCE N U S S E

iSqi .

tion avait suscité tant declaiiieuis contre Gambetta et fut acceptée, cette fois, sans protestation. Saussier, gouverneur de Paris et général en chef désigné des forces de l'Est, réimit plus de cent fois le Conseil supérieur de guerre, consulté sur toutes les questions importantes.

La réduction du service militaire à trois ans, en même temps qu'elle atténuait la charge du pays et supprimait les inégalités, prépara une armée plus forte que celle du service à long terme, avec ses séries de dispenses.

Un entretien avec un grand-duc sur le nouveau fusil fut le point de départ de l'alliance franco-russe, « le hasard n'étant que l'occasion détenninante de l'inévitable ' ».

Guillaume II. — De grands changements s'étaient produits en Europe depuis quelques années.

La Russie, depuis le Congrès de Berlin, où elle avait été frustrée par Bismarck du fruit de ses victoires, s'était détachée de r.\llemagne. A la triple alliance des empereurs avait succédé la triplice de l'Allemagne, de l'Autriche et de l'Italie, avec sa pointe dirigée contre la France. Bismarck, à l'affaire Schnœbelé, avait tàté nos nerfs qui parurent solides.

Ji L'empereur Guillaume et son fils, l'empereur Frédéric III, étaient morts ? quelques semaines de distance. Le premier acte du jeune empereur Guillaume II, sitôt qu'il se sentit assez f)rt pour être ingrat, fut le renvoi de Bismarck ; il trouva des chanceliers complaisants et gouverna lui-même.

II se déclarait volontiers pacifique et peut-être l'était dans le fond, « n'aimant pas monter à cheval », disait le roi d'Angleterre Edouard \'II ; mais, épris du bruit qu'il prenait pour de la gloire, il hanneton n ait dans toutes les affaires du monde et faisait traîner son sabre, comme un lieutenant tapageur.

De ses tournées de théâtre en Orient, il rapporta le dessein d'unir par une voie ferrée Hambourg à Bagdad. Rêvant pour l'Allemagne d'une politique mondiale, il décida de faire d'elle une grande puissance navale et, comme il disait, de la jeter à la mer.

Tout cela éloigna davantage de lui l'Angleterre et la Russie.

L'alliance russe. — Le tsar Alexandre III, qui avait inauguré son règne en déchirant la Constitution libérale trouvée sur la table de son père assassiné, ne porta pas dans les choses du

I Freycinet, Souvenirs, f). 414.

ALE.X.VNUUE m (1345-1894).

(a. Li-Mitsky.)

dehors ses idées d'autocrate asiatique. Cherchant une assurance contre l'Allemagne, il ne s'efïraya point d'ime alliance avec la République française

De son côté, la France commençait .'i trouver lourdes les conséquences de son isolement.

La visite de notre escadre du Nord à Cronstadt dans l'été de 1891, la Marseillaise jouée par la musique de la marine impériale et écoutée debout par le tsar, préparèrent l'alliance. La convention, strictement défensive, fut signée, le 27 août 1891, entre l'ambassadeur Mohrenheim et le ministre des Affaires étrangères Ribot.

Au banquet de Vandœuvre, à l'issue des grandes manœuvres de l'Est, Freycinet annonça dans les tennes qu'il fallait que la France n'était plus seule : « Personne ne doute aujourd'hui que nous soyons forts ; nous prouverons que nous sommes sages. Nous saurons garder, dans une situation nouvelle, le calme, la dignité, la mesure qui, au.x mauvais jours, ont préparé notre relèvement. »

La convention militaire fut signée l'année après.

Législature de 1889. — Elue au scrutin d'arrondissement, que Floquet avait fait rétablir pour barrer la route aux récidives plébiscitaires, la Chambre de 1889 différa fort de la précédente ; les questions d'ordre politique y cédèrent le pas aux questions économiques en attendant que les questions sociales se pressassent vers le premier plan.

Le retour à la protection douanière fut une révolution économique comme l'avait été l'établissement du libre échange, mais qui se fit par la loi et sans rencontrer beaucoup d'opposition, sauf des théoriciens.

La protection était également réclamée par l'agriculture et par l'industrie. Loin d'enrayer le commerce extérieur, elle l'activa. Comme les temps et les circonstances avaient changé, la protection vint à son heure, ainsi qu'avait fait en 1860 le libre échange.

Deux scissions se firent dans les partis extrêmes.

Le ralliement. — A droite, un groupe de catholiques, dont faisait partie Albert de Mun. l'un des plus beaux orateurs de la Chambre, mélodieux héritier de

iSç4-iSg5. — PRÉSIDENCE DE C A SI M I R.PE RI ER

JAURES (1859-1914!

Montalembert, se rallia à la République.

Le clergé ne s'était pas moins compromis dans l'aventure boulangiste que dans les tentatives de restauration : la religion e t l'Eglise seraient défendues avec une autre efficacité sur le terrain solide de la Constitution que sur le sable mouvant des éternels complots.

Le pape Léon XIII, en même temps qu'il conseilla le ralliement, montra son sens aigu du monde moderne dans l'Encyclique sur les ouvriers et leurs « justes » salaires.

Le socialisme. — A gauche, les socialistes commencèrent à se détacher du gros des Jacobins et à s'entendre avec les groupements du dehors, rebelles jusqu'alors à l'action parlementaire.

Ils allaient avoir bientôt à leur service la puissante activité d'un jeune imiversitaire. Jean Jaurès. Son éloquence s'étiolait au centre gauche ; elle s'épanouira dès qu'elle aura puisé aux sources profondes'de vie du monde du travail.

^ Proudhon avait opposé à la toutepuissance du capital la mutualité, « la justice réalisée par l'égal échange » ; l'Anglais Owen préconisé les coopératives de production et de consommation ; l'Allemand Marx réclamé la propriété collecti\'e des moyens de production et d'échange. La plupart des chefs du socialisme français avaient récemment adhéré au marxisme.

Ils engagèrent la bataille parlementaire dans une atmosphère à nouveau empoisonnée par des scandales et troublée par des attentats.

L'affaire de Panama. — Ferdinand de Lesseps avait entrepris d'unir par un canal l'Atlantique au Pacifique comme il avait uni autrefois la Méditerranée et la mer Rouge. Le «grand Français» qui avait triomphé à Suez, échoua à Panama. Il fallut liquider l'affaire que les Etats- Unis guettaient déjà, qu'ils reprirent et qu'ils menèrent à bonne fin alors qu'elle eût pu, et dû, rester française.

L'enquête judiciaire révéla ♦l'immixtion d'hommes politiques dans les opérations financières » de la société.

Au lieu de laisser agir la justice, qui ne frappa qu'un seul coupable de corruption, un ancien ministre des Travaux publics, et acquitta en Cour d'assises tous les autres accusés, la presse et la Chambre s'érigèrent en « chambres ardentes ».

Il se trouva que ceux des républicains qui furent dénoncés avaient presque tous pris une part active à la bataille contre le boulangisme.

Tous les calomniés n'étaient pas également innocents ; si leur probité personnelle sortit intacte des enquêtes et des instructions, ils convinrent eux-mêmes de compromissions qu'ils expliquèrent par des raisons politiques. Rouvier et Freycinet furent pour longtemps éloignés du pouvoir ; Clemenceau, contre qui Déroulède s'était acharné, et Floquet succombèrent aux élections.

Assassinat de Carnot. — Cette crise fut à peine close que les anarchistes entrèrent en scène. L'assassinat, dans leur langage, s'appelait « la propagande par le fait ».

Une bombe que l'anarchiste Vaillant lança d'une tribune sur la Chambre ne fit point de victimes. Le président Dupuy dit simplement : « La séance continue. » Un ouvrier italien, Caserio, tua à Lyon, d'un coup de couteau, le président Carnot (24 juin 1894).

Présidence de Casimir- Parier. — Pendant ces agitations, les crises ministérielles s'étaient succédé. Loubet, puis Ribot ne firent que passer. Ferry aurait été homme à faire un gouvernement qui gouvernât ; le Sénat l'avait élu pour président ; c'était le second poste de l'Etat. A peine s'y fut-il installé qu'il mourut subitement.

Un homme nouveau, universitaire madré et dru, Charles Dupuy, alterna pendant un an à la présidence de la Chambre et à la présidence du Conseil avec Casimir- Perier, fils du ministre de Thiers et petit-fils du ministre de Louis- Philippe, d'intelligence probe et claire, mais qui n'avait de la fermeté implacable de son aïeul que l'apparence.

A la mort de Carnot, Casimir- Perier fut nommé, presque malgré lui, à la présidence de la République (27 juin 1894).

Des lois d'intimidation que Dupuy fit bravement voter contre les menées anarchistes furent dénoncées par les socialistes et par nombre de radicaux comme un attentat contre la liberté.

Quand Dupuy fut renversé quelques mois plus tard, Casimir- Pe-

. . ,, .. . . C\S1M1R I-FRinU

rier, qiu 1 avait pcni- (ia47-ir,o7).

blement supporté, eût fo. rh^.)

PRESIDENCE DE EÉLIX EAUKE.

jcV(>5- iSçQ.

pu former le ministère qu'il eût voulu; il ne respirait pas à TElyséc ; à l'étonneraent de tous, il donna sa démission.

Présidence de Félix Faure. — Sa succession fut disputée entre Brisson, candidat desradicaux, Waldeck- Rousseau, porté par les anciens amis de Gambetta et de Ferry, et le ministre de la Marine, Félix Faure, qui fut élu au second tour (17 janvier 1895).

C'était un homme de belle prestance, d'une parfaite bonne grâce qui lui avait fait beaucoup d'amis, ancien négociant au Havre, connu seulement des parlementaires.

Son ascension soudaine surprit l'opinion et, bientôt, le grisa.

Il appela successivement aux affaires les modérés avec Ribot, les radicaux avec Bourgeois, puis Méline, vosgicn comme Ferry, l'auteur piincipal de la contrerévolution économique qui avait établi le tarif douanier. Méline, contre les radicaux et les socialistes, gouverna avec le centre et s'appuya sur la droite.

L'instabilité des gouvernements, le désarroi des parlementaires et rfpreté de leurs division'^, et l'invasion de l'administration par la politique, rendirent des forces aux partis de droite et favorisèrr^nt le développement des idées socialistes.

Page 1