‹ François Bosquet, intendant de Guyenne et de Languedoc, évêque de Lodève et de MontpellierChapitre 38 sur 49 · ESTABLISSEMENT DES TROIS PARROISSES · texte numérisé non relu

ESTABLISSEMENT DES TROIS PARROISSES

François, par la Miséricorde de Dieu, Evesque de Montpelier, Comte de Melgueil et de Montferrand, Marquis de la Marquerose, Baron de Sauve, Conseiller ordinaire du Roy en tous ses conseils, à tous les fidèles de la ville et territoire de Montpelier, salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le désir que Dieu Nous a donné de travailler utilement au salut des âmes qu'il a commises à Notre conduite Nous fit entreprendre la p remiere visite de Nostre diocèse dès le commencement de Nostre administration. Mais comme l'yvraye de l'heresie avoit esté semée sur le bon grain de la foy catholique par l'ennemy de Nostre bonheur. Nous y trouvasmes aussy la discipline et l'ordre de l'Église renversez, autant que la lumière de la véritable foy y estoit obscurcie, principalement dans la ville capitale où Nostre chaire episcopale est establie. Car pour administrer les sacremens et faire les fonctions curiales, il n'y avoit que qua-

(i) Arch. dép., fonds de l'Evêché, liasse G, 11° 28.

tre Prestres séculiers, en Teglise de Nostre-Dame-des-Tables, qui estoit destinée pour l'unique parroisse de toute la ville. Au lieu qu'avant le malheur de Fheresie, l'es^lise de Saint-Firmin, qui estoit l'ancienne et la première Parroisse de la ville, avoit des églises succursales où les fonctions curiales estoint faites. Et ces églises se trouvant démolies par la fureur de l'heresie, qui avoit autresfois perverti presque tous les habitans de la ville ; les consuls et habitans catholiques Nous prièrent dans Notre visite d'ordonner qu'une autre Eglise parroisialle seroit bâtie dans la ville, attendu que celle de Nostre-Dame-des-Tables n'estoit pas suffisante pour le grand nombre des catholiques, mais parce que Nous n'avions encore peu entrer dans une parfaite connoissance ni du nombre certain des catholiques, ni de tous les maux ausquels Nous devions remédier ; Nous Nous contentâmes, en cete première visite^ d'ériger en parroisse la dite Eglise de Nostre-Dam^e-des-Tables, et d'augmenter de deux prestres le service de la cure, remettant à un autre temps de pourvoir à ce que l'expérience Nous feroit conoître estre nécessaire au salut des âmes. De sorte que depuis les deux missions^ que Nous avons faites en divers temps dans la dite ville, et par les soins que Nous avons pris de découvrir les nécessités de Nostre troupeau, dont le nombre s'accroissant tous les jours par la miséricorde de Dieu, surpasse de beaucoup ceux qui en sont séparez par l'heresie, Nous avons reconnu qu'une seule parroisse ne suffit pas pour administrer les sacremens et rendre les autres devoirs curiaux en un aussi grand nombre d'ames ; principalement à cause de la distance de la dite église Nostre-Dame, et de plusieurs maisons tant de la ville, que des fauxbourgs et du territoire. Et l'expérience de huit années nous a fait voir manifestement qu'un seul curé, par les yeux duquel Nous devons conoître le visage de Nostre troupeau, ne peut pas nous randre un comte exact de ses parroissiens, ni pourvoir a toutes leurs nécessités spirituelles, quelque nombre de prestres qu'il ayt sous luy pour l'aider dans ses fonctions. Ayant donc recherché avec ■ une application particulière tous les moyens possibles, pour donner aux âmes, dont Nous devons randre compte a Dieu, toutes les assistances nécessaires pour leur salut : Nous avons apellé a Nostre secours les troupes auxiliaires des Religieux, et établi les carmes deschaussez hors la porte de la Sonnerie, et les recollets hors la porte de la Blanquerie ; et avons exhorté les religieux de la Mercy de transferrer leur demeure, comme ils ont fait, dans le fonds de leur ancien monastère, qui est hors la porte du Peyrou : afin qu'avec les frères mineurs de l'observance, qui

sont hors la porte de Latcs, et avec les religieux de la Compagnie de Jésus, les prescheurs de Saint-Dominique, ceux de la sainte Trinité, les Carmes mitigés, les Augustins et les Capucins, dont les couvens sont dans la ville ils puissent tous ensemble concourir au salut des âmes par les saints sacrifices de la Messe, les confessions et communions ordinaires, et par leurs prédications et autres exercices spirituels. Mais encore que les dits religieux nous aident fort utilement et travaillent avec un heureux succès à Nostre descharge et a celle des Prestres de la cure, eux ne pouvant pas neantmoins selon les saints décrets supleer aux fonctions purement curiales et parroisielles ; Nous sommes obligés de recourir aux moyens canoniques, que l'Eglise a employez presque dés son establissement et qu'elle pratique tous les jours en semblables rencontres, à sçavoir la séparation et la multiplication des parroisses. Pour a quoy parvenir. Nous en avons conféré plusieurs fois avec nostre vénérable Chapitre, à la manse duquel est annexé le prieuré de Saint-Firmin avec les dismes de la ville et territoire de Montpellier, et avec les habitans catholiques de la dite ville de tous ordres et conditions, qui mesme Nous ont souvent prié et requis de vouloir establir de nouveles parroisses. Et après avoir veu le Procès verbal de la visite par Nous faite dans la dite ville et territoire en l'an 16^8 et meurement considéré toutes choses, Nous avons jugé à propos d'establir deux nouvelles parroisses dans la dite ville de Montpelier, celle de Nostre-Dame faisant la troisième, et une quatrième hors l'enceinte des murailles d'ycelle. En telle sorte que les catholiques demeurant dans l'anclos de la ville recourent pour les devoirs parroissiaux à celle des trois parroisses de la ville, dans les limites de laquelle seront les maisons, ou ils habiteront, et que ceux qui feront leur demeure hors l'enceinte de la ville, recourent aussi à la parroisse, qui sera hors des dites murailles, selon les limites que Nous lui assignerons : Et que respectivement les prestres, qui seront establis en chacune des dites parroisses, administreront les sacremens et exerceront les fonctions parroissielles dans les limites de la parroisse, en laquelle ils seront establis. Et d'autant que les anciennes églises, où se faisoint autresfois les fonctions curiales, sont ou entièrement ruinées ou occupées par des ordres religieux, qui par la permission de Nostre prédécesseur y ont basti leurs monastères et églises, et que les difficultés, qui se rencontreroint apresent en la bastisse des nouvelles églises, et la longueur du temps quy s'escouleroit avant que les ouvrages fussent mis à leur perfection pour y faire le service divin et y loger les prestres, porteroit

un grand préjudice au salut des âmes : Nous avons considéré qu'il doit y avoir tousiours une parroisse dans Tegiise cathédrale, comme estant la matrice de toutes les autres églises et ayant la chaire de Tévesque, qui est le premier et gênerai curé de tout son diocèse : et que d'ailleurs la dite église cathédrale, et celle de Sainte-Anne, qui a esté rebastie depuis peu de temps, et consacrée par Nous, sont fort commodes par leur situation pour les curés et pour le peuple. A ces causes, Nous avons ordonné et ordonnons, qu'il y aura d'orénavant trois parroisses dans la ville de Montpelier, sans dépendance, ni confusion l'une de l'autre ; c'est à sçavoir, la première en l'église cathédrale Saint-Pierre, la seconde en l'église Nostre-Dame-des-Tables, et la troisième en l'église Sainte- Anne, qui seront séparées par les limites que Nous leur assignerons. Dans lesquelles paroisses seront faites les fonctions curiales ; sçavoir : dans celle de Saint-Pierre par un curé et deux prestres secondaires ; dans celle de Nostre-Dame par un curé et trois secondaires ; et dans celle de Sainte Anne par un curé et deux secondaires. Lesquels curés et prestres nous seront présentés de la qualité requise par le vénérable Chapitre de Nostre Eglise cathédrale en qualité de prieur de Saint-Firmin en la forme accoustumée dans les autres parroisses, dont il est prieur, pour estre par nous examinés, approuvés et commis aux fonctions Curiales de chacune d'icelle : Ce que le dit Chapitre fera dans le mois ; autrement et a faute de ce faire dans le dit temps. Nous y commettrons des prestres capables au dit nombre, sans autre signification que celle de la présente ordonnance.

Et afin de pourvoir au soulagemient tant du peuple qui habite dans les fauxbourgs de la ville et métairies quy sont voisines, que des curés des parroisses de la ville. Nous ordonnons que parles habitans des dits fauxbourgs et métairies sera bâtie une église paroissielle,etune maison joignant ycelle pour le logement du curé dans le lieu le plus commode, qui sera par Nous désigné, et la dite paroisse sera pareillement servie par un curé qui Nous sera présenté par le dit Chapitre, qui après avoir esté examiné par Nous, approuvé et commis, administrera les sacremens, et fera toutes les fonctions curiales dans l'estendue de la dite parroisse, selon les limites qui seront par Nous assignez sans y comprendre pour le présent le Heu de Boutonet ni les maisons voisines, jusques à ce que le procez qui est pendant pour raison de ce devant Nostre métropolitain

soit terminé.

Et cependant les sacremens seront administrés aux habitans du dit lieu par le curé de Saint-Pierre.

Mandons à nostre promoteur de faire publier et signifier la présente ordonnance, et aux dits curés et paroissiens d'obéir à ycelle sous les peines de droit.

Donné à Montpelier, dans nostre palais épiscopal, le troisième jour de novembre mil six cens soixante cinq (i).

(i) Arch. dép., fonds de l'Évcclic, liasse G, no 28.

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