avril 1843, inédite
politiques, prosateurs, ou poètes, semblent n'avoir pour but, que de vous ôter toute espèce d'illusion même sur eux, en vous montrant l'envers des choses, le mobile caché, la ficelle*. »
En 1847, je pense qu'Henri Blaze dut désirer quelques décorations étrangères, car Saint-Priest y fait allusion dans les lettres qu'il adresse à « son cher Henri ». Il est question d'offrir les œuvres de Blaze de Bury au roi Othon de Grèce, et à M. Piscatory qui s'occupera de cette affaire. Néanmoins Saint- Priest met son ami en garde :
« Rappelez-vous bien s'il n'y a pas dans vos livres quelque attaque, ou même quelque légèreté contre la Grèce ancienne ou moderne. Savez-vous ce qui est arrivé à Vallon? Il envoya deux impressions de voyage au roi Othon ; on fait remarquer à S. M. que M. de Vallon s'y moque un peu d'Elle, et qu'il insulte le souverain qui l'a bien traité, comme tout bon touriste. — « Ce n'est rien, dit Othon, mais que « dit-il de la Grèce ? — Il s'en moque aussi, il tourne
« en ridicule Thémistocle et Miltiade — Alors,
« qu'on lui renvoie son livre », ce qui fut fait. Rappelez-vous bien l'anecdote, pour qu'on ne vous renvoie pas votre beau maroquin doré sur tranches au lieu d'une croix de similior pendue à une ficelle rouge ou bleue, en soie et coton. Cela dit, fermez les deux lettres de quelque tête de Sphinx ou de Minerve,
1. H. Blaze de Bury, les Salotis de Vienne et de Berlin, p. 110.
et servez chaud, rue du Partliénon, et rue Cassette. « Il me semble que la Revue tourne au ministérialisme : c'est tard... Je ne sais de quoi nous vivrons à la cession prochaine. Ce mariage Montpensier * est un fier coup de filet. Je vous le répète, nous n'avons plus d'eau à boire. La Revue politique a raison sinon de le dire, du moins de le penser; mais elle a tort de prétendre que le nouveau Pape a de la bonté, à défaut de génie. Le génie est un grand mot ; un Pape de cinq mois ne peut pas être traité en Sixte-Quint ; mais certes, il a plus que de la bonté, c'est un prince très remarquable. Pour le bien connaître il faut l'avoir vu et étudié. .. Qui allez-vous nommer pour remplacer Jouy ? Est-ce Poujoulat ou Leclerc que cet honneur regarde -?... »
L'année suivante :
« On parle beaucoup de menées légitimistes. Mon Dieu, je le veux bien; je n'en suis plus à chicaner sur les couleurs de la monarchie ; ces délicatesses de goût ne sont plus môme de saison, et pourvu que l'étofie soit durable et bon teint, je me moquerai de rechercher si elle est blanche ou tricolore ; mais j'ai la conviction intime que la monarchie n'est pas plus possible que la république, Henri V pas plus praticable que M. Armand Marrast et c'est ce qui me fait voir l'avenir avec une anxiété bien vive. Nous sommes dans une impasse, car je suis trop voltairien pour dire dans un cul-de-sac.
2. Rome, 29 septembre (inédite). C'est Empis qui succéda à Jouy.
« A propos, M. de C . . . ^ a parfaitementraison d'aller en Italie; à sa place, si j'étais libre et sans liens, je ferais tout comme lui, c'est-à-dire que j'irais en Italie. Entendons-nous bien, et n'allez pas équivoquer sur les termes. Vous m'insultez sur la honte de mes guelfes, et le triomphe de vos gibelins ; vous avez beau jeu pour cela. Mais les gibelins avec leurs gros bras, leurs gros pieds, et leurs faces moitié sentimentales moitié vineuses, n'en sont-ils pas moins d'odieuses créatures? Au reste, on m'écritd' Allemagne que cette fameuse unit ' germanique branle dans le manche ; que les Prussiens n'en veulent pas, ce qui est tout simple, ni les Autrichiens non plus, chose plus extraordinaire, car enfin, cette mauvaise plaisanterie semblerait faite à leur profit. Tant mieux pour la France, qui avait la stupidité d'applaudir à cette unité allemande, l'événement le plus fatal pour nous, s'il avait jamais pu s'accomplir. Par bonheur il est impraticable, et nos généralisateurs de revues en seront pour leurs frais. Ce n'est pas une pierre dans votre jardin, car vous ne vous appelez pas Saint- René Taillandier, ou quelque autre Saint du même calendrier, du moins que je sache.
« Que fait Buloz ? ha. Revue est en coquetterie avec moi ; la Presse me fait de la peine, l'excursion de mon amie sur le banc d'acajou ne me semble pas digne d'elle ; il y a cependant dans le même article une colonne sur Lamartine qui n'a pu être écrite que par une femme qui le connaît bien. Vertuchou ! c'est ce qui s'appelle déshabiller son homme de la tête aux pieds; et la grande peinture génésiaque de M. Che-