‹ François de la Noue, 1531-1591Chapitre 41 sur 46 · CATALOGUE DES PIECES CONSERVÉESAU PUBLIC RECORD · texte numérisé non relu

CATALOGUE DES PIECES CONSERVÉESAU PUBLIC RECORD

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COLLECTION DES CALENDARS, QUI ONT ÉTÉ SPÉ- CIALEMENT CONSULTÉES POUR CETTE ÉTUDE (1.)

Fonds France. — Tome 65. Paulet à Walsingham, 15 avril 1578. — Du même au même, 24 avril. — Id. 7 mai. — Id. 23 mai. — Id. 17 juill. — Id. 26 juiH.

T. 66, passim. (Campagne de Flandre. )

T. 67. Cobham à Wals., 28 janv. 1580. — Du même au même, 21 fcv. — Du même à Burghley, 7 mars.

T. 68. Marie de Juré à Wals., 22 oct.

T. 69. Cobham à Wals., 20 fév. 1581. — Du même au même et à Wilson, 8 avril.

T. 74. Marie de Juré à Wals., 17 sept. 1582. — Cobham à Wals., 23 sept. — Geoffroy de Brunnen à Wals.... nov. — Marie de J. à Wals., 6 nov.

T. 75. La même au même, 28 mars 1583. — Geoffroy à Wals., 29 mars. — Cobham à Wals., 22 mars.

(l) Les registres ne sont pas régulièrement foliotés, mais les pièces sont assez exactement rangées par ordre de date. Les documents anglais sont généralement datés en vieux style.

KT rUlCliS JUSTIFICATIVES !293

T. 76. Du même au même, 15 juin.

T. 80. Statïtu'il II Wals., Il juill. l.'iS'i. — Du morne au même. 1" août.

T. SI. Id. 8(léc. — Marie de J. à Geoffroy, 9 déc.

T. Si. Liste du 'l'i déc. I.'jSû. — Atlccrlisemenls fvom Paris, 10 janv. lôSt).

T. 81). Stafford à Wals., 1<"- août 1587. — La Noue à Biron. ? — Du morne à la Prée, 9 oCt.

T. 90. Geoffroy à Wals., \0 fév. 1588. — Charlotte de la Marckà Wals., Î7 avril. — La mcMiie à Elisabeth, 12 août. — La mome à la même, 20 août. — La môme à Wals., 28 déc. — Stafford à Wals., i 1 mai.

T. 91. La Noue à Wals., 4 juin ^588. — Stafford à Wals.

10 août.

T. 92 et suivants, 2iassim. (Avènement de Henri IV, etc.) T. 9i. La Noue à Wals., 18 oct. 158'J.— Du môme au même,

1 1 nov. — .-l mémorial... 1 déc.

T. 95. Odet à Wals., 2 mars 1590.

T. 96. Pallavicino à Burghley, 13 oct. — Advertisements... 2o nov. — Lettre du 30 nov.

T. 97. Lettre de Bretagne, 4 fév. 1591.

T. 98, passim, et Thiboutot à Beauvoir, 5 mai. — Instmtct. à M. de Réau, 13 juin. — Norris à Burghley, 19 juin. — Du même au même, 22 juin.

T. 99, passim, et Beauvoir à Burghley, 3 mai. — Du même au même, 9 mai. — Id. 10 mai. — Id. 16 mai. — Dombes à Beauvoir, 25 juill. — Norris à Burghley, 13 juill. — Id. 31 juill. — Dombes à Elisabeth, 8 août. — Henri IV à de Réau, 22 août.

Fonds Flanders. — T. 29 à 31, passim.

T. 32. Points et articles... 28juin 4585.

Fonds Holland. — T. 2 à 8, passim.

T. 9. Davison à Browne, 6 avril 1579.

T. 10, passim et la Noue aux Gantois, 8 juill. 1579. — S' Omer à Davison, 12 juill. — Rossel à Wals., 28 juill. — Villiers à Davison, 19 déc.

T. M. Occurrents from Antwerpe, ']o.nv. 1580.

294 APPRNDICE

LETTRES INEDITES DE FRANÇOIS DE LA NOUE Au Roi de Navarre.

De Loudun, US avril [1576 on 1577 (?)].

Sire, de bonheur j'ay rencontré Monsieur de Guitry (I) comme je m'acheminoys en Touraine, lequel m'a faict entendre bien véritablement Testât des affaires des pays de dellà» où je remarque une procédure de gens qui veullent nous ramener aux maux passés. Je crains bien quecella ne mette les uns au désespoir, voir même qu'il y en a aussy qui ont un peu de promptitude. Le meilleur remède à présent, c'est. Sire, celluy que vous avez choisi, d'envoier par dellh M. de Turenne (2) et M. de Prix, qui pourront réprimer beaucoup d'impétuosité, tant d'une part qued'aultre. 11 est cependant expédient d'avertir le Hoy de telles actions et comportemens, d'autant qu'ils sont fort éloignés de ses parolles. Ceux qui sont à Paris vous doyvent donner les avis de ce qu'ils cognoistront par dellà, pour ce qu'aucuns disent qu'il y a quelques secrètes pratiques. Et même l'entreprise qu'on dict avoir esté faillyc sur Genève faict foy qu'il se couve du mal. Car il n'est pas possible d'estre bien dispozé à repos et vouloir ruiner celluy des autres. Le s"" de Guitry m'a dit que Monseigneur s'estoit fort réjouy d'avoir sceu de vos nouvelles. Je ne l'ay poinctveu. "V: M. me mande encor par ses dernières lettres que je l'aille trouver, ce que m'a aussy fort persuadé le s"" de Guitry ; et combien que je n'aye pas encor donné grand ordre à mes affaires, si ne laisserai je de faire ung voiage en poste vers elle, le plus tost que je pourray. Car je voy bien, Sire, que ceux pour qui vous vous employez vous doivent aussy soullageret assister. Et en cest endroict... De Loudun, ce 28 de avril. Vostre... La Noue.

(B. S. H. P. F. Coll. Labouchère, t. II. — Autogr. An Eoy de Navarre) (3).

(1) Seigneur de la maison de Chaumont.

(2) Henri de la Tour d'Auvergne, plus tard duc de Bouillon.

(3) Il est difficile de dater cette lettre avec précision. On faisait si fréquemment courir le bruit d'une attaque du duc de Savoie contre

l'/r piKCKS .nisTii-'iCArivi'.s 295

A M. DKS ['lU'NKAUI.X.

De Gand. 7 janvier [1579 J.

Monsieur, je suis retourné icy do devers son Altese que j'ai trouvée on termes de se retirer, car tant de gens la sollicitent à cela, et puis les indignilez rcceues et aullres nouvelles le font prendre telle résolution. Monsieur le Prince (i) a encore escrit à Anvers son avis, qui est qu'on ne devoyt traiter ainsi tel prince, et qu'on luy devoyt offrir demeure sufizante. Quant à Maline, je pance qui ne la prendroyt. Plustost prendroyt il Aths (2), ce que je lui ai aussy conseillé. Mais si on n'envoie soudain vers luy, j'ay crainte que

Genève, que l'indication relative à cette ville ne peut nous être bien utile. La lettre ne peut être d'avril 157ô, car à cette date la Noue est à la Rochelle ; ni d'avril 1578, car il se rend, au début de mai, non pas en Gascogne, mais près de Monsieur. Est-elle de ir)7G ? La Noue alla effectivement trouver Navarre après la pacification de mai. Il faudrait alors admettre que « les paroles du Roi », dont il est ici question, se rapportent aux négociations qui préparèrent cette paix. Malheureusement Turenne, dans ses Mémoires, ne donne pas de renseignements suffisamment exacts sur les dates de ses propres déplacements. Il nous dit bien que, Navarre ayant quitté la cour au début de 1576, il n'alla le rejoindre qu'après mai. D'autre part, d'Aubigné cite Turenne parmi les députés que le Roi de Navarre, de Parthenay, envoya en cour pour réclamer Madame : est-ce à ce voyage que la Noue fait allusion ? Si nous acceptons la date de 1577, mêmes difficultés. Les « paroles du Roi » peuvent être, soit la circulaire que Henri III envoya aux gouverneurs pour atténuer ses déclarations de Blois et rassurer les gentilshommes de la R. P. R., soit l'ambassade dont Biron, au début de mars, fut chargé auprès du Roi de Navarre (d'Aubigné, t. II, p. 2fi3). Mais le siège de Marmande est antérieur à cette ambassade et la Noue semble être resté auprès du Roi de Navarre jusqu'en septembre. Fautil admettre qu'il fit un court voyage en Touraine ? Turenne, p. 162, nous dit (malheureusement sans indiquer le mois) que, pendant qu'il était employé lui-même contre de Vezins, aux alentours de Bordeaux, « le roy de Navarre reprit son chemin, en donnant advis à M. le Prince, qui est oit à Pons, par M. de la Noue ». La Noue a-t-il poussé plus au nord, et le « Monseigneur » dont il parle serait-il, non plus Monsieur, mais Condé ? D'Aubigné, t. II. p. 279, dit, en parlant des préliminaires de la paix de 1577, que Turenne fut mandé « pour se trouver au traicté ». Nous n'avons que peu de renseignements sur Guitry, et encore moins sur de Prix.

(t) D'Orange.

(2) Ath, en Hainaut, au confluent de la Petite et de la Grande- Dender.

il ne s'en aille. C'est à présent à vous à solliciter les Estais, car Mons"" le Prince a donné son avis.

J'ai dépesché ung homme vers son Altesse pour luy dire comme j'ay trouvé ses affaires de dessà. Certes tous ceux de dellà en qui il s'estojt fié et reposé l'ont trompé et lui ont faict un mauvais tour, puis l'ont abandonné, fors Mons"^ de Vinsart, qui estoitavecq luy.

Au reste ceux de Mons sont fort altens et ceux de Valenciennes contre les Françoys. Voilà pourquoy, si Monseigneur a de demeure icy, il faut que vous remonstriez aux Estais que le mieux [est] qu'ils envoyent quelques uns vers lesditcs villes pour faire quelque acort afin qu'on ne s'entrenuise et injurie, ains que le passage des gens de son Altesc demeure libre de ceux qui viendront de F'rance le trouver : je n'entens gens de guerre. Aussy ils ont commencé à se retenyr (comme avions des armes appartenantes aux capitaines [?], et les autres s'en revanchent sur prisonniers qui prennent. En sorte qu'il fault remédier à cella, afin que nostre nation ne leur soyt odieuse. 11 fault commettre gens de part et d'aultre pour y aviser.

Monsieur vous ferez bien d'escrire souvent à son Altesse, car il ne fault qu'eux pour la faire en aller. Je pnrtiray demain pour aller à Bruxelles. Monsieur, je vous baise les mains et prie Dieu vous avoir en sa garde. De Gand, ce 7 de janvier. Votre humble et obéissant compagnon et ami pour vous faire service. La. Noue.

(B. N, F. fr. 3280, f" 4. — Autogr. A Monsieur, Monsieur des Pruncaulx, en Anvers.)

Au MÊME. — De Bruxelles, 17 janvier 1579.

Monsieur, j'ay eu ce jourd'hui lettres de Messieurs de Bussy (1), Bonnivet, qui m'escrivent du 16 de ce mois, de Condé, et me pressent d'aller jusques là en dilligence, disans que Liencourt arrive de France, et qu'il pourra esbran- 1er son Altesse à retourner, si on n'y remédie. Ils disent aussi que les Estais ont offert Halst, et que le V»« de Fourmont est là allé pour acomoder les logis, qui me faict

(U Louis de Clermont de Bussy d'Amboise, gouverneur pour Monsieur du château d'Amboise.

KT PIKCKS jrSTIFICATIVKS 2\)1

croyrc qu'ils sont résolus do no piulir. .lo mo suis donc excusé, vou que sur moy ccsto résolution no pcult prendre. Aus.-^i (|ue on no trouve pas bon que j'aille là si souvent, et ni'an auroyt on suspect. Vous sçavcz que je suis en charge de (lossù, il faull donc ([uo je ine comporte sans donner soupijon.

Vous devez à mon avis escrire souvent à son Alteze, car il ne fault que venir à propos pour gaif^ner du temps. Une amytié, c'est Monseit'^ncur le prince d'Orange [à] Anvers, qui l'era très bien les affaires communes, lesquelles ne traîneront si longtemps, et peult estre que je pourray bien aller là d'icy à quelques jours.

Pour ce, puys mandez aussy à son Alteze qui face vivre ses gens de guerre modestement, car on ne parle que des insolences françoyses. Je n'ay rien entendu de France de nouveau, et sur ce je feray fin, etc. De Bruxelles, ce 17 de janvier {et d'une autre main) 1579. Vostrc obéissant etc.

(Autogr. B.N. 1378, f 93.)

Au MÊME. — De Bruxelles, 24 janvier 1579.

Monsieur, je n'ay encore point entendu si son Altesse est allée à Hat ou non, car il vient peu de gens de ces quartiers. Là où vous estes vous l'aurez pu sçavoir. Bien ai je veu ung marchant qui vient de France, qui dit que, depuis Cambray jusqu'à Mons, tant de Françoj's que les paysans peuvent ati-aper, ils les tuent, et sont quasi tous armés. Voilà les haines anciennes renouvelées contre nostre nation. A la vérité les insolences de nos gens de guerre en ont esté en partie cause. Et croy, quant ils se fussent comportez modestement, on ne vist à présent tel désordre. Il ne failloyt amener tant de gens, ains peu et les bien payer et bien faire vivre. Qui est ce qui ira à présent rabiller cela ? il n'est quasi possible, car les injures ne s'effacent si tost de la mémoyre du peuple. Si le chemin est bouché de la France, quelle faveur fera son Altesse à ceux de ces pays ? et qui voudra venir de dessà, si on y est tué aux passages? Car les bons en ce fait en pâtissent pour les mauvays.

Certes je me trouve toujours plus perplex quant il est question de donner conseil à son Altesse de ce qu'elle doyt faire. Car ce n'est le tout d'avoyr bonne cause, il la fault

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aussy bien manier. Je pancc cfui sera fort incommodé demeurant de dessà, si on ne donne ordre que les passages soyent assurez, et qu'il n'y ait plus viollenccs d'un costé et d'aultre. Je croy et congnois fort bien que Monseigneur peult beaucoup pour ayder à ceux de ces pays contre l'Espagnol. Aussi il se fault conduire en sorte qu'on ne puisse perdre le gré du bien faict, et surtout n'offencer ceux qu'on veult favoriser. Je luy avoys escrit une lettre assez ample pour le persuader à ne bouger, que j'ay retenue encore. Il fault que ceux qui conseillent les grans princes, mesmenient en grans affaires, pancent que ce n'est chose si aisée, et qu'y convient beaucoup de prudence. De ma part certes je me trouve empesché à me conduire moi mesmes. Si le vie de Dampmarlin repasse par ceste ville, je serai fort aise de le voyr. Et quant à aller en Anvers, ce sera après que je y auray un logis acomodé. Si avez eu quelque avis de France, vous m'an ferez part. Et après... De Bruxelles, ce 24 de janvier 1579. Vostrc etc.

(Autogr.B. N. 3278, £0 98.)

Au MÊME. — De Bru.\elles,26 janvier [1.579].

Monsieur j'ai receu vostre lettre aujoui-d'huy, en laquelle j'ay veu comme il survient tousjours des dificultez èsafaires de S. A., spéciallement à Hat. J'en suis infiniment marry et ne sçay d'où procèdent telles choses, mais peult estre que la présence de Monsieur de Havre (1) fera faire ouverture. Avant que cella soyt faict, aucuns pourront avoir tant gaigné sur son Altesse que il sera esbranlé. Et desjà on m'a dict que Bins (2) est délaissé, et Maubcuge et Bauvays (3) sont aussi quitées, qui est ung signe que son A. s'en veult aller, ou que la nécessité d'argent le pousse.

Je n'ay point esté vers son Altesse; car, sans charge, aulcuns de dessà l'eussent trouvé mauvais. Et puis certes je ne sçai quasi bonnement quel conseil lui donner, voyant des deffaults de tous costés. Je serai bien aise de voire le s"" de Dampmartin en passant. Dans peu de jours je seray

(1) Ou de Havrech, de la maison de Croy.

(2) Binclic.

(3) Sans doute Bavai ?

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on Anvers, où nous nous verrons souvent. On m'i acromodo un logis. Kt sur ce... Do HruxcUes.ce 20 de janvier. Vostrc etc.

(Autogr. B. N. 3283, £'31. — C'est à tort qu'une main postérieure a écrit, après la date du mois : l.')82.)

Au MÊMi:. — De Dercmonde (1), 7 sept. 1579!.

Monsieur, j'ay entendu que vous avez esté malade, mais que vous vous portez mieux à présent. C'estoyt pour tenir compaignie à Messieurs du Plessis et de Mouy, lesquels s'amendent aussy.

J'ai entendu nouvelles d'Angleterre, on me mande que son Altesse a esté fort bien receu de la reine; il a esté veu de fort peu de gens et est parti le xxix d'aoust pour s'en retourner (2). Du mariage o i ne m'en donne point d'avis certain. Aucuns pancent qu'il se fera; et quant colla n'aviendroit, pour le moyns y aura il une parfaicte amitié. Mais je voudroys bien que les choses s'accomplissent; car si le prince espousoit une femme de la Religion, il seroyt tousjours plus favorable à ceux qui en sont.

Estant en Angleterre, nouvelles lui sont venues de la mort de Bussy (3) dont il a esté fort marri. Les estats ont esté donnés à bimier (4), qui sera maintenant le premier. On tenoyt que Fervaques (5) auroyt ce qu'avoyt Simier. Rosne estoyt venu là pour avoir la despouille de Bussi, mais trop tard est il arrivé. A la court les absens le perdent. Les pauvres huguenots comme vous et aultres n'ont garde d'avoir que peu de chose.

Quant à moy, je voudroys fort aller jusqucs en France, où j'ai infiniz affaires, et y seray plustost que vous. Nous sommes icy logez en campaigne, où il commence à cause des pluies à faire mauvais. Et qui pis est les soldats n'ont argent. Les ennemis sont retranchés aussi. J'ai opinion que

(1) Termonde (Flandre or.) au confluent de la Dender et de l'Escaut.

(2) Voy. la Ferrière, op. cit.

(3) Assassiné le 19 août 1579 par Montsoreau, dont la femme était sa maîtresse.

(4) Voy., dans la Ferrière, o/;. eit.^ le rôle important joué par ce personnage en Angleterre.

(5) Guillaume de Hautemer, s' de Fervacques (1538-1613), maréchal de France en 1595.

les affaires sont tousjours en ung mesme estât. Je vous prie, Monsieur, me mander de vos nouvelles. Et après... Du camp près Deremonde, ce 7 de septembre, etc. (Autogr. B. N. 3286, f" 12.5. — D'une autre main, et pnr erreur : 1580.)

Au MÊME. — DeBommesel (1), G oct. [1579].

Monsieur, il y a longtemps que je n'ay entendu de vos nouvelles. Et pour ce qu'estes maintenant en bonne disposition, je suis tousjours en campaigne avecques des incomoditez de la saison qui est fort rude. Les eaux nous font la guerre. Et sommes après pour racommoder le Wart. Les ennemis font peu de machine.s, et y a rivières entre eux et nous. — J'ay receu lettres de France ou l'on me mande que Fontarabye est comme elle estoit, et que quecun de Gascongne avoyt faict courir ce bruit aposté. Le Roy a esté mallade, comme avez sceu. Ung mien ami m'escrit qu'il n'est pas pour la faire longue, et je le croy, car il ne vit que d'artiiice.Celluy là mesme me mande que son Altesse trouve un peu estronge que je ne luy ay escrit. Vous en sçavez la raison. Car la surprise de la lettre de Ilarengié (2) monstre bien que si on eust pris quelque lettre de moy, qu'Embise en eust bien faict son profit. Je vous prie, si depeschez vers son Alteze, luy faire mon excuse de cella.

J'espère la voyr bien tost, et partirai à la fin de co mois, car j'ai de grans afaires. Si avez receu quelques nouvelles de France, faites m'an part, si vous plaist. On me mande que la Fin a esté créé grand chambellan, ou premier, ce quy a donné des jalousies à aucuns. Moy je... DeBommesel, ce 6 d'octobre, etc.

(Autogr. B. N. 3286, f 126. — D'une autre main : 1580.)

Au MÊMK. — De la Fèrc, 26 janvier [1580].

Monsieur, j'ay receu de vos nouvelles par mon homme et par vos lettres, estant bien aise de quoy yl y a si bon ache-

(1) Boomzèle. C'est sans doute Boom, ville située au N. de laNèthe, en face de Willebroeck.

(2) Voy. Rossel à Wals., 28 juill. 1379,

KT IMKCKS Jl'STlFir.\TlVI':S 801

iniiienu'iU à vos affaires, et n'ai jamais doiibtô qu'à la fin elles no se portassent bien. Se sont do belles occasions quo colles là, qui doivent induire les princes à les cml)rassor cc^nuno ils doivent. Vous verre/, l)icntost quelle sera la résolution. Pour ces entreprises il faut s'armer de bonté, vérité, justice et tempérance, autant comme des autres armures. Car à ung peuple qui désire sortir bors d'une tiranye, l'opinion do la vertu d'un prince libérateur peult beaucoup.

Quant à nioy, je pangoys faire un plus long séjour en Franco pour donner ordre à mes affaires. Mais il est advis à d'aucuns qu'icy viens pour faire des menées, et mo brassent toujours quelque chose de bon. J'ay promis à ceux de Flandre qu'à la fin de febvrier je yroyslà; et pour m'acquiter de ma promesse et pour estre trouvé véritable, je n'y manquerai. Mais on ma dit que Monseigneur me veult commander de n'y aller poinct. Si me l'escrit, sa lettre me servira d'e.xcuse en leur endroict, laquelle je leur porterai pour ma descharge, et puis m'an retournerai.

La paix continue en France. Si estce qui il y a de grandes défiances; mesmementen Gascongne et Languedoc. Icy nous vivons assez paisiblement, et y sera dans six jours Monsieur de Villequier^'I i, pour porter l'intencion du Roy. Monseigneur vient a Paris à ce qu'on médit, et croi que c'est pour le mariage d'Angleterre : il y en a qui le veuUent rompre. Et en cest endroict je ferai fin pour me recommander. ..De la Fère, le 2G de janvier, etc.

(Autogr. BN. 3272, f" 6.)

Au MÊME. — De Gaud, 18 mars [15S0|.

Monsieur, je vous escriviz il y a quatre jours assez amplemant, et n'ay point receu de vos nouvelles, dont je désire fort sçavoir. Je ne vous sçaurois assurer quant je pourray aller en Anvers, d'autant que les ennemys sont entrés dans le pays et fourragent et saccagent tout. Certainement ilz prennent un grand avantaige, et sera malaisé de les rechasser silz prennent le pied qu'ilz prétendent, mesmes quant secours viendront d'ailleurs.

(1) René de Villequier, baron de Clairvaux, mignon de Henri III, qui s'était rendu célèbre pour avoir assassiné sa femme en 1377.

Je u ay rien enteiulu de France, et n'ay ouy non plus aucunes nouvelles de mon filz ny du reste de mon train que j'avois laissé vers Boulongne. Vrai est que le vent a esté contraire. Quant je rentrerai, nous discourrons aniplemant de plusieurs choses, et pour ceste heure... De Gand, ce 18 de mars, etc.

(,Autogr. B. N. 3286, f»65.)

Au MÊME. — De Gand, 22 mars [1580].

Monsieur, je voudrois bion vous aller faire responce moi mesmes à la lettre que vous m'avez escrite; mais je voybien qui me faudra séjourner encore icy troys ou quatre jours au moyns, tant pour les afaires qui y sont, qu'aussy je voudrois bien sçavoir nouvelles de mon filz qui est embarqué à Callaysil y a dix jours, et n'an sçayt on point de nouvelles. J'eusse peu sçavoir par lui ce qu'on faict en France, m'assurant qu'en apporte lettres.

Je m'estonne aussy comme son Altesse n'escrit plus souvent ; toutefois je pense qu'à présent vous sçavez quelle résolution y a du traité de Cambray. Son Altesse le devoyt mander dès le quinziesme de mars où nous sommes. Il n'y a rien qui la doive arrester de s'employer pour ung si beau morceau comme l'est Cambrai et Bouchain, qui est ung bon accessoyrc pour passer plus avant.

"Vous trouvez estrange que je vous ay mandé qu'il estoit expédient que quelcun de France allast vers son Altesse. Croiez que les affaires de France, tant du plus grand que du plus petit, sçavoyr du Roy, son Altesse, des papistes et huguenots, tout va si de travers, et y a tant de désordre, pauvreté, imprudence, que si on ne tient bien la main à tout, on ne verra guère de bons fruicts. Je viens de sur les lieux et n'ignore pas ces choses, et sçai bien aussi qu'il est malaisé de chasser le roi d'Espaigne de ces quartiers, veu le pied qu'il y a, et va chacun jour gaignant pais, et aliénant les cœurs. Je voy une grande longueur desjà à ces affaires, et en France de grans menées pour le divertir à ne se point acroistre par dessà. C'est pourquoi il a besoin de persuazion et sollicitacion à poursuivre magnaniment la carrière, et faire comme nos pères quant ils allèrent à Terre Sainte : chascun vendoyt sa possession, espérant le centuple pour la

ET l'iftCES Jl'STIFICATIVKS ."^Oo

conquosle csporoc. I/aided'Anjîleterre soroyt tri-s nécessaire, et crains ([uc si lo mariat,'o ne so fait, qu'elle luy nuira et empcschera co dessein.

yi i'cntens quelque chose do Franco, je no faudray de vous en advortir. Et sur co... De Gand, le 2i mars, etc.

(Autogr. B. N. 328G, f 73.)

A Walsinriiam.

De l'ixris, l" octobre l.')85.

Monsieur, après avoir souffert beaucoup de maux, Dieu a eu p[itié, et] m'a tire hors de ma longue captivité, il n'oublye jamais ceux qui ont leur [recours] en luy. Jay esté encore contraint de venir passer par des lieux qui n[e sont, en] ce temps icy plein d'orages et tempestes, pas trop assurez pour moy. T[olJ qui a commancé l'œuvre la parfera. Le terme qu'on a donné aux hugufenots est] dans troys moys, après je ne sçay où le vent me portera. Si c'est en Angfleterre, j'auray] ce bien de vous voyr, qui est une chose que je désire infinimant pour [avoyr] moyen de vous remercier (comme je fais maintenant) de la bonne souv[enance que] vous avez eue de moy, et de votre bonne disposition à me favorizer. [...] je ne vous puis offrir que unne ferme vollonté de vous honorer et faire s[ervice], comme celuy de l'amityé duquel je me tiens beaucoup honoré. Je vous [prie,] Monsieur, me la continuer, car c'est ung bien que je prise grandemant. J'[ay vu] icy Mons"" Stafort qui n'a pas esté marry de ma délivrance. Il m'a assuré [qu'on] ne me refuzera refuge en vos quartiers. Certes je m'estimeroys bien heureux [avant] que mourir de beser les mains à vostre très bonne et très vertueuse Reyne, à laq[uelle] tantde gens de bien ont de si grandes obligations. Quantànostre France, [les] fureurs de quelques uns la vont renversant, et si Dieu n'y met la main el[le] souffrira beaucoup. Je ne vous en puys dire davantage. Et après m'estre humblemant recommandé à vostre bonne grâce, je prieray Dieu, Monsieur, vous tenir en sa sainte garde. De Paris, ce 1 d'octobre, — V" très affectionné serviteur et fidelle amy, La Noue (1).

(1) Ces lettres à Walsingham, et au mystérieux L., sont fort curieuses, car la Xouc s'y abandonne sans réserve. 11 y est plus franchement huguenot que dans ses lettres à des Français.

(Br. Mus. Cotton, Caliyvla, E. XII, £<> 48. Autour. '< A Monsieur. Monsieur Walsinghan )> — Le bord droit a été endommagé par le fou.;

1585, de Paris (probablement postérieure au 1" cet.).

Monsieur, par votre première lettre vous me conseilliez de me retirer en Angleterre, qui est chose que je trouveroys la plus comode et honorable pour moy. Mais au lieu où je suis, si j'en monstroys quelque semblant, je pance qu'ils le trouveroyent mauvays, car ils veuUent que je retourne par Lorrayne. Je croy que je seray contraint de ce faire, aultrement les Espagnols ne me rendroyentjamays mon fils qu'il;» tiennent, et quant aux offres qu'il vous a pieu me faire d'une maison qui est près de Londres, elles m'obligent grandement à vous, et par là monstrez que vous estes de mes très bons amys autant d'effect que de parolle. Je garderay cella d:ms ma mémoyre afin que quelque jour ma recongnoissance puisse se conformer à votre bienfait. Par la seconde lettre que vous m'avez escrite, vous me donnez ungavertissement que le père Edmond jésuite (1) faict des délibérations contre moy pleines de la charité acoustuméc de ceux de son ordre. Je ne m'an estonne pas, car puisque les jésuites d'Espagne m'ont unne foys condamné à la mort, ceux cy le peuvent bien faire aussy. Dieu me délivrera de leurs sanglantes pattes, et de celles des aulti-es sognalés massacreux de ceste ville, qui journellement consultent pour cest effect, ainsi que j'en ay eu advis. Mais je crains qu'il n'y ayt quelque autheur do cecy de plus grande qualité qu'eux. J'ay dit à Sa Majesté en général ce que j'en avoys entendu. Elle a monstre enavoirdéplaisir, et m'a offert de ces gardes. Mays il me semble que le plus seur parti est de partir de ceste Babilon, l'iniquité de laquelle va montant au ciel. On m'a encore fort pressé de conférer avecques des docteurs catholiques, ce que j'ay refuzé ; lequel refus m'est imputé à crime aussy bien que si j'eusse disputé avec eux des Ecritures. Estant au lieu où ils sont, ils ont des argu-

(1) Nou3 ignorons qui était ce jésuite. L'ouvrage de Sommervoge n'en est pas encore arrivé à la lettre E.

ET PIKCES JUSTIKICATIVKS :i()5

monts qui cnncluont nocessaircmoiit, qu'Arislotc mcsmfis ao pourroit souldre, car ils font assommer ou noyer ceux ijui leur résistent on f;\ce (i). J'ay entendu que j)lusiours en cestc ville ont grand envye, lorsque ledit se publiera ou après, de disputer de ccsto façon avccques les huguenots qui s'y trouveront. Je prie Dieu qu'il leur bride les maina.

On me dis hier en la chambre du Roy que les Angloys avoient pris lîrugcs, et aucuns monstroient do se resjouir de la malavcnturc des Espagnols en cella. Et cependant nous sommes si aveugles que nous n'apercevons pas que nous leur donnons à eux mesmes matière de resjouissance, en ce que nous nous préparons pour nous exterminer. Je croy que comme Mons"^ frère par sa propre action rcmist le roy d'Espaigne dans Flandres, qu'aussy par les nôtres présentes nous luy ouvrirons les portes de France, laquelle est malheureuze d'avoir plusieurs de ses enfants qui sont si irréconciliables ennemys d'elle mesme. Si est ce qu'au meiilieu de ces espouvantables ruines que Dieu gardera son Eglize après l'avoir ung petit vanée afin qu'elle soit plus pure. Quant je considère que j'aj' esté cinq ans et demy dans la mort, je ne conseilleray pas de désespérer à ceux qui ne peuvent estre délivrés que par espérance. Atendons encore ung peu et nous verrons venir le jour du Seigneur qui seraeffroiable à ceux qui veuUent briser le joug salutaire du Fils de Dieu. Monsieur, pour ce que je suis prest de pencer à mon deslogement, j'abrègeray ma lettre pour vous supplier de me tenir en votre bonne grâce comme celuy sur qui avez toute puissance de commander, et qui sera tousjours prest à vous servir. Je baise aussy très humblement les mains de Madame vostre femme. Et si vous escrivez en Angleterre, ramentevez moy en la bonne souvenance de Monsieur de Walsingham, que j'honore comme ung personnage illustre.

Monsieur, Dieu vous multiplie ses bénédictions et conserve au meilleu de ce peuple, qui se veult ruyner. — Ce samedy matin. — Vostre affectionné serviteur et parfaicl amy, La Noue.

(Autogr. British M. Cotton JVero, B. VI, f 43G. — Andoi; : lôSH. A Monsieur liions. L.) ^

(1) C'est la reproduction presque exacte d'une phrase des Discmrs. FRANÇOIS DE LA NOUE. 20

30G APr-ENDICK

La Noue a....

Du PlessiB-leE-Tournelles, 25 oct. 1586.

Monsieur, vous me faites beaucoup de faveur d'estre si songneux de mon bien, en m'avertissant de ce qui se passe par dellà, et me conseillant ce que je doibs faire. Je ne pançoys nullement que Sa Majesté se fust offensé ni de mon parlement ni de l'escrit que je laissé à Mons"" IJruslart (i). Car pour le premier point, je dis mesmeà sadite Majesté que je m'an alloys à cause des advertissements que j'avoys, ce qui trouva bon ; et oultre cella je pi*is congé de la Reine et de Messieurs d'Espernon (:2) et de Biron (3) et de plusieurs aultres, de manières que je ne partis en cachette de la court. Pour le second poinct, je me suis conduict par le conseil de Messieurs de Chassincourt (4) et de Toisay, qui sont prudens et qui ont de la piété, et n'ay rien escrit qui ne doive satisfaire Sa Majesté.

Nul ne peult trouver plus grief que moy les choses qu'on m'a contrainct de faire, qui ay expériment étant corporellement que spirituellement les divines assistances. Au demeurant je ne me vais pas témérairement et pour mon plaisir jetter dedans ces labirinthes. Les considérations que j'ay, oultre la promesse et la foy donnée aux Espagnols, c'est qu'ils (ô) m'ont solennellement faict jurer par le nom de Dieu que j'acomplirays mes articles, bien qu'ils soient selon le jugement de tous ceux de ma nation, très iniques. Mais je vous diiay, aussy, Monsieur, ung aultre regard que yay, c'est que, deffaillant es points de Mons"" de Lorrayne, ils viendront à quereller les cent mille escus que le Roy de Navarre a obligés pour moy, et pour ce qu'ils sont juges et maislres des biens (6), ils ne plaideront, ains prendront. Il

(1) Biûlart de Sillery, alors maître des requêtes, plus tard ambassadeur en Suisse (158i)-95), et chancelier.

(2) Jean-Louis de Nogaret, duc d'Espernon (1554-1642).

(H) C'est Armand de Gontaut, baron de Biron (1521-1592), maréchal de France, qui se rallia à Henri IV, qui prit part aux combats d'Arqués et d'ivry, et dont le fils fut décapité.

(4) De la maison de la Biotière.

(5) Ils ne s'applique sans doute pas aux Espagnols, mais soit aux Guises, soit au Koi.

(6) En effet, Henri avait engagé en sa faveur des biens situés en Pays lîas et en Picardie, c'est-à-dire à la libre disposition des Guises.

est vrai que l'oblii^'ation no porte qu'ils seront perdus et confisqués sinon on cas que jo porto les armes contre le Itoy d'ilspat^no, mais ils mo dirent quant je partis pour Lorrayne qu'ils i'estendroicnt aussy quant aux aultres promesses. Or il mo seroit bien dur de cstro cause d'aporter une telle ruine à celluy qui c'est monstre estro si parfaict amy en mon endroict et si bon seij^^ncur. Ne vaudroit-il pas mieux iiazarder non une vye mais dix? Certes c'est mon opinion, car soit que je soye aucunement imprudent, Dieu ne laissera de parfaire son œuvre en mon endroict qu'il a si hautement commancée en me guarantissant de plusieurs morts. Les hommes me pourront bien lyer pour quelque temps les mains, mais do me faire atenter contre la piété ni intérieurement ni extérieurement, il est hors de leur puissance. Si je sçavoys ung moyen pour guarentir le Roy de Navarre de ce dommage, je le pratiqueroys ; et ay plus cella en recommandation que mes propres enfans, dont l'un est engagé et fault que j'engage l'aultre (1). De manière puisque je suys entré si avant en la carrière, il me semble qu'il la fault parfournir afin de n'estre réputé perfide et desloial et trompeur. On ne me sçauroit plus demander et requérir de raoy que ce qu'on a faict. Cependant je ne veux estre si résolu en mes délibérations que je les exécute, si mes bons amys ayant invalidé mes raisons me reconseillent de rechef de faire autrement; vous priant. Monsieur, appeler Messieurs de Chassincourt et de Toisay avecques vous, et consulter encore sur ce faict, et m'advertir de vostre advis. Quant à moy j'ay mon entière fiance en Dieu, et ne crains point la mort. Cela me faict espouvanter moins des fureurs et menaces des hommes.

Je ne vous veux nyer que je suys marry grandement de quoy je n'ay peu voir le Roy de Navarre pour remercier ce bon prince de l'ayde qu'il m'a faicte, mais ce qui est diféré n'est pas perdu. J'ay escrit à Paris à quelques uns de mes amys pour sçavoir encore davantage. Si Sa Majesté est si faschée contre moy, j'en sçauray bientôt ce qui en est. Pour le moins je suis icy en seureté des massacreux et croy que les grands ne souilleront leurs mains ni leur réputacion en me faisant violence. Ils perdroient davantage beaucoup qu'ils n'i gaingneroient. Monsieur, je vous ay escrit ahasté

(1) Théophile.

pour ce que vostre homme me presse d'avoir sa dépesche. Je vous diray pour la fin que vous avez toute puissance de me commander, et après vous avoir humblement besé les mains et à Madame vostre femme, je supliray le Créateur, Monsieur, vous avoir en sa garde. De ma maison, ce 25 de octobre. Vostre plus afectionné serviteur et parfaict amy. L. N.

{Ibid. f" 451. — Probablement à L.)

A Walbingham.

Du Plessis-les-Tournelles, 28oct. [1585 |.

Monsieur, il faut que je me confesse comme vaincu de vous en honnesteté, cortesie et démonstration d'amityé. Ce que vous m'avez freschement faict concnoistre parla lettre que vous m'avez escrite et par l'homme qu'avez envoyé exprès vers moy. Si j'estois vostre propre frère vous n'auriez pas plus de soing de moy, ce qui est cause que je demeure tout honteux, me voyant jouir d'ung bénéfice que je sçay bien n'avoyr pas encore mérité. Mays j'ay bien envie de le mériter. J'ay discouru bien au long avec celluy qu'avez envoyé du point principal dont il avoit charge. Et croiez, Monsieur, que vos advis me sont de vites coups d'espcron qui piquent ma vollonté, laquelle est desjàen ce poynt assez piquée. Mays il m'a semblé que je ne pouvoys maintenant me retirer honnestement et avec honneur de la périlleuse navigation où je suis, laquelle j'espère pourtant (avec l'ayde de Dieu) qu'elle sera dans quinze jours parachevée, ou dans trois semaines. Cella faict, mon devoir ncseraguères discordant du vostre, ainsi que j'en ay discouru avec le présent porteur. Je luy ay aussy dit les troys causes principalles qui me pressent de suivre ma routte (1). Plusieurs m'ont bien dit qu'elle estoit dangereuse; ce qui est très vrai; mais ilz ne m'ont point donné conseil pour en sortir sans choir es inconvénians que je crains. Quoi que je tracasse par ci et par là, si est ce que j'ay mon âme dressée vers Dieu, afin

(1) II a énuméré ces trois causes dans la lettre précédente : i* l'obligation de tenir son serment ; — 2* la sûreté de son fils; — 3» l'intérêt du roi de Navarre.

ET rii;CKS JUSTIFICATIVES 309

qu'il nie guitlc, me conseille et me sauve, car sans sa faveur je ne puis sortir de ces labirinlhes.

Au reste vous voiez comme nostre Franoe considérée en général se va perdre. Y estant venuj'ayremonstré les jurandes indignations contre elle do ceux qui m'ont si humainement traitté, et leurs desseins en gros et en petit, alin qu'on fust sage. 11 n'y a nul homme prudent qui n'eust pesé ces choses. Aucontraire on s'en est moqué. Certes vousnousavez monstre nostre leçon, vous estant monstrez plus magnanimes et plus prévoians sans comparaison que nous. Car par telles résolutions vous eschaperez les griphes du lion, qui veult jetterses pâtes sur nous et sur vous. Dieu sera votre protecteur, puisque vous vous employez en la protection de ceux qui l'honorent. Nous sommes en des temps où de furieuses tempestes s'esmeuvent. J'espère qu'il nous en fera sortir, encore qu'ayant beaucoup de travaux. Monsieur, je n'ose m'estendre davantage par lettre à cause des dangers qu'il yauroit pour moy, seullement je vous diray que je n'ay pas moins d'envie de vous voir que vous moy. Et me tiens tant vostre redevable, que quant iln'y auroyt que de vostre interest particulier, je voudrois faire cent lieues, et avec cella n'espargner ma personne pour vous faire service. Et après vous avoir humblement besé les mains... De ma maison, dont je partirai demain. Ce 28 octobre. Votre bien afectionné serviteur et obligé amy, hx Noue.

{Id. i5K A M., M. de Walsiagham.)

Du Plessis-les-Tournelles, 28 oct. [1585].

Monsieur, j'ay esté bien aise avant que partir de ma maison d'avoir parlé à celluy que vous m'avez adressé (1), car encore que je ne puisse honnestement délaisser ma dangereuse route, si est ce que les coups d'éguillon,tant de celluy qui m'a escrit (2) que ceux que vous mesmesque j'honore m'avez donné, me dispozent à chercher les moyens de complaire a

(1) On voit avec quelle insistance on pressait la Noue de ne pas rester fidèle à ses engagements.

(2) C'est-à-dire de Walsingham, comme l'indique la lettre précédente, qui est du même jour

310 APPENDIC15

l'un et à l'aultre. Le temps nous donnera moyen de ncomplir nos désirs, et comme Dieu conduit les choses mesmcs particulières, s'il est besoin que cecy ou cela se parface, il rendra tout concurrent pour le parfaire. Certes, Monsieur, je désire infiniment d'estre auprès de mes amys, avec lesquelz je suis uni de consentement crestien et d'afection et d'obligations. Je cuide que dans trois semaines au plus tard je seray hors de mes affaires, , et ne faudray de vous advertir comme le tout sera passé, l'escrivant à ma femme qui ne bouge encore de sa maison, laquelle vous fera tenir mes lettres. J'ay entendu que Mons»" le Prince a repassé l'eau (1 et se retire, de quoy je suis bien aise, car toutes forces lui vont sur les bras, et y a crainte que luy qui est courageux, pourvouloirmaintenir laréputationnes'engage mal àpropos-

Monsieur, tenez moy s'il vous plaist en vostre bonne grâce, comme celluy sur qui avez toute puissance de commander, et après vous avoir besé les mains... Ce 28 octobre. Votre afectionné... L. N

Id. 453. — Au dot: A Monsieur, Mons. L.)

A Stafford.

De Genève, 16 avril 1586.

Monsieur, je vous escriz selon les comoditez que j'en ay qui n'est pas si souvent. C'est pour me ramentevoir en vostre bonne grâce ; vous entendrez bien au long Testât des affaires de dessà. On est encore en incertitude de ce que feront ceux [qui ont] menacé ceste ville (2). Aucuns présument que pour ceste année on la laissera, [d'autres] n'en osent pas encore afermer [?] que la saison ne soit un peu plusadvancée, [de sorte] que je n'an puis encore partir. J'ay entendu par un marchant qui est [allé à...?J que Mons' de Guitry et led. Palvesiny estoient arrivés, laquelle arrivée aura [... Nous] oyons quelquefois dire pardessà que les afaires des pays bas vont bien, et que [les Espagnols ne]

(1) C'est-à-dire la mer. En efEet, après son ^chec d'Angers (sept.), Condé s'était retiré en Angleterre

(2) Allusion aux projets du duc de Savoie contre Genève. C'est pour prémunir la ville contre une attaque possible que la Noue exerça les milices bourgeoises.

KT l'IKCKS JUSTII'ICATIVIÎS iU 1

loiit pas ce quilz vcullont, à c-.iuse des braves coniporleraans tic lu nation, dont [je me réjouis] bien fort, et prinoipallomont de quoy Mons' le conte de Lecestor et les aultres députez (?) [de la lieyne] acquièrent si bonne rcputacion inesnicnicnt on ce qu'ils s'accommodent (1) si bien a[vcc les Estât/.] car c'est le moyen de s'y establir, que de gaingner les ceurs [sic). On nous a aussy rafpporté que vous aviez] reveillé les Espagnolz jusques dans leurs domicilies. Il me souvient qu'ils me disoient, [quand ils eurent] repris la Terccra (2), que le Roy d'Espaigne en ostoit plus aise et toute l'Espaigne que [d'avoir repris] toute la Flandres qu'il n'avoyt encores comme il a, à cause que cella trouliloit [la mer] qui est la boutique d'où les richesses viennent. Je me riz quelquefois à part moi [de cet] Empire qui va menaçant ceux qui ne s'humilient soubz eux, et cependant une [petite isle dont il méprisoit] la puissance, l'est allé enchaîner par le pied ;3), pour l'arrester [d'aller] avec ses pattes ofïendrc les aultres. Les jugemens de Dieu sont haultz et souvent p[asscnt] les forces de ce monde.

Dieu vous vueille longtemps conserver ceste magna[nime] princesse, et suis bien aise de quoy elle prospère. Monsieur, on m'a escrit [qu'on ne me rendroit pas] mon filz. Je me double que c'est pour ce que je suis venu en ceste ville. Ce [sont procédés à mon] advis guères honorables. Je vous suplye si vous escrivez à IMons'' le conte [de Lecester, à] Sidnay, et Noris, leur faire souvenir d'aider, quant l'occasion s'offrira, [de pauvres gens] qui leur en auront unne obligation perpétuelle. Monsieur, voilà tout ce [que je peux vous escrire pour] le présent, et après vous avoir humblement besé les mains, je prieray le Cré[ateur vous tenir] en sa saincte garde. De Genève le 46 d'avril, stile vieux. — Vostre bien af[fectionné, La Noue].

(Calig. E, VII, f° 281. Autogr., scellé. — n A Monsieur, Jfongieiir de Stajonrt », et d'une autre main « 16 aprile 158[6 |. FromMous' la Noue to M' StafEourde )i.

L'original, très mutilé par le feu sur le bord droit, présente des lacunes que nous avons essayé de combler par des conjectures. La signature a aussi disparu. Mais, à défaut d'autres preuves, l'écriture suffirait à justifier l'attribution de cette lettre à la Noue.)

(1) On sait que cette bonne entente ne dura guère. (21 II s'agit sans doute de la victoire de Santa Cruz, qui battit Strozzi à Tercère en 1582

3) Ici était d'abord écrit: oc afin que sans retard », qui a été barré.

312 APPENDICK

A BlRON.

De Genève (1580 ou 87) {\).

On m'a donné advis de Taris que y. M. estoit mal contente de moy pour les occasions dont mon secrétaire présent porteur discourra avec vous. J'ay esté bien esbahy de cella, car j'ay tasché à luy donner toutes les satisfactions qu'il m'a esté possible et si j'eusse eu volonté d'entretenir les discordes en ce royaume, je ne me fusse venu présenter à LL. MM., au contraire me fusse retiré en tel lieu qu'il m'eust pieu. Mon intention a esté, y venant, de veoir si j'estois propre pour servir à radoucir les choses aigres, afin de m'y employer. Et pour ce qu'on n'y a point esté disposé, je n'ay peu moins faire que prester obéissance à l'édict du Roy, et me retirer à l'escart pour déplorer la condition de la France, laquelle à mon opinion s'en va en ruine, et tout le monde le dit en général et moy je le croy en particulier, pour ce que les conjectures (sic) y sont apparentes. Mais je croy bien aussy que nostre mal ne soit irrémédiable (ainsi que plusieurs disent), si nous voulions à bon escient mettre la main pour le curer (2). Il ne faut point des drogues des Indes, ou de la Romagne pour cest effecfc (comme je vous ay assez de foys dit), six personnes y sullisent que je vous ay nommez, à sçavoir le Roy, la Roine, le Roy de Navarre, M. de Guise, M. le P. de Condé, et M. de Maine. Car comme ceux là ont pouvoir de faire rémuer les François, aussy ont ils le pouvoir de les faire arrester, et peu de gens doubtent de cela. Au demeurant j'estime que c'est la grandeur et sûreté des susdits et principallement le repos de LL. MM. que de le faire, et à mon advis qu'il ne seroit malaisé de persuader cela au Roy de Navarre et à M. de Guise, qui sont deux excellens princes qu'on pense qui doivent estre le plus picqués; et comme de la paix s'en ensuit nécessairement la conservation de ce rojaume qui par la continuation de la guerre s'en va démembré en plus de dix parties, aussy s'en ensuit il la sûreté du clergé, sur la malle duquel

(1) Sans doute écrite très peu de temps après la publication de l'édit de juillet.

12) C'eet le résumé du premier Discours.

ET PIÈCKS JUSTIFICATIVES ^\:\

plus (le sept ou huit mil alfanicz so jetteront tant ^'rand/. que petits, et tous catiiolifiuos qui auront entfa^é leurs biens, alin de so récompenser. Cela s'est vou autrefois du toujps de Charles le Simple, auquel il y eut de grosses guerres civiles, do manière que les gentilshommes laiz estoient Abbez et Doiens, ainsi que disent aucunes histoires. Mais si la paix est profitable, c'est à lu noblesse, laquelle s'en va périr dans les assaux, rencontres et batailles, et puis après un estrangcr nous viendra donner la loy. Je vous ay bien voulu refreschir la mémoire de ce que je vous ay desjà dit pour ce que je sçay qu'aymez la grandeur du Roy, de la Roine et du Royaume (1).

(R. 0. I^r. 89. Copie du temps, s. 1. n. d. — ^ coppie of M . la Nok's letter lo Mareschall Biron.)

A Walsijîgham.

De Heidelberg, 4 juin 1588.

Monsieur, je vous ay escrit il n'y a que dix jours, et ne sçay si ma lettre parviendra jusques à vous, car de tous costez il y a danger d'escrire. Et cependant nous sommes en une saison où il ne fut jamays plus de besoyn de consulter ensemble. Il y a près de troys semaines que je suys icy près de M. le Duc Casimir, que j'ay trouvé plein de bonne vollonté, et bien cognoissant le danger. Il luy semble que si on ne sème beaucoup, qu'on ne recueillira beaucoup, et que les grandes choses se font avecques grandz moyens.. M. le Landgrave n'ay je point veu; bien ay je ouy dire qu'il juge très bien que la maladye publique se renforce, et qu'il y fault pourvoir, mays son indispozition corporelle, et sa voisinance des vainqueurs qu'il redoubte, le tient dans les bornes du discours. Des autres princes je ne les congnoyz, et ne sçay qu'ilz veullent d'iceux faire. Il seroyt temps de leur persuader que le mal quy nous blesse, les menace, et qu'après Dieu le salut commun consiste à se joindre et à

(1) La Noue, ayant renoncé, par un scrupule d'artiste, à publier les Discours, cherchait du moins à répandre, par ses lettres, celles des idées du livre qui lui paraissaient le plus utiles à la France. Nous avons là la preuve que cette lettre est antérieure à l'apparition de ouvrage. Elle a été écrite entre le mois d'août 1586 et les premiers mois de 1587 (en effet, la lettre de StafEord à Walsingham nous atteste que a publication des Discours est antérieure au l"août 1587).

s'esvcrtuer. On pance icy que sy le Roy les faisoit sonder, veu le besoin qu'il a d'estre aydé, qu'il en tireroit fruict : car on s'esbranle plus pour des couronnes roialles que pour des couronnes d'épines. Vous adviserez de vostrc costé quelz moyens seroient les plus propres à cest cffect ; car ce qui est nécessaire est honorable à rechercher. Je desplore un malheur qui est parmy nous : c'est qu'encor que nous maintenions une juste cause, si est ce que nous ne sommes point l)ien unia ensemble, et ne nous entraimons comme il seroyt requys, et si cella estoyt nous serions trop fortz ; au contraire ce ne sont que piques et haines. Noz adversaires ne font pas ainsy quant il est question de nostre diférend avec eux. Je le sçay pour avoyr esté avec eux. Dieu nous veuille remontrer son esprit de concorde. Par la longueur des affaires ceste année sera inutille, en laquelle lorsqu'il faudioyt marcher, le premier escu ne sera pas arrivé en Allemagne. Vous vous plaindrez, et avec raison, que ceux qu'avez fourniz (1) n'ont servy qu'à accroistre la ligue et luy donner audace de faire ce qu'elle a faict. Il est vray. Il est donc besoin de bien adviser à l'ordre qui fault donner à chose qui tant importe. Il seroyt trop long d'escrire ce qu'on pourroyt dire sur ce point. Demosthenes disoyt aux Athéniens qu'ilz délibéroyent, pendant que Philipes exécutoit : ainsi faisons nous au moyns par dessà, et vous fault donner l'honneur que jusques icy vous avez bien faict. Travaillez donc à persuader les autres afin qu'ilz vous imitent : car les bons conseilz viennent de ceux qui agissent, et les impertinentes excuses de ceux qui contemplent.

Si Sedan et James se perdent par faulte d'assistance, Metz suivra le mesme chemin, dont s'ensuivra ung nouveau establissement du roiaume d'Austrazie. Bonne perdra aussy si elle n'est favorisée, et si ainsi est, voilà des antraves à l'Alemagne. Mays la France est bien encore en ung plus piteux estât. Si le Roy prend résolution il la sauvera ; et si la timidité le surmonte, tost après recevra il son salaire. Le bruit commun est que vous ferez paix avecques l'Espagnol, l'opinion des prudcns est que ne la ferez point. Je ne vous diray autre choze, sinon que Dieu vous vueille fortifier, lequel a suscité contre nous les grands de la terre

(1) Sans doute ceux dont il est question dans Galba B, XI, f» 394 : .< Instructions to Horatio Pallavicino ». Feb. 1585.

KT l'IKCES JUSTIFICATIVKS 315

pour nous esprouvor ; et si nous nous trouvons débiles en foy, nous serons dispersez ; m:\ys si en considérant les délivrances précédentes noua tenons ferme et nous apuyons sur la providence de Dieu (qui se rit des adversaires pour ce qu'il voyt le jour de leur ruyne), nous aurons matière de luy chanter cantiques de louant^o. C'est icy une belle maxime d'Estat que j'ay expérimantée, en t,'énéral et en particulier. Sommes nous pas desja quasi au bout des desertz d'Kgipte? avons nous pas bataillé contre le Cananéen et l'Amorcen ? leurs enfans nous feront-ilz soubzmettre à leur joug? Certes il faut que noz actions passées soient couronnées de fidélité et constance, envers Dieu et les hommes. Je voudroys que tous ceux qui font profession de la religion fussent douez de l'un et de l'autre autant que vous. Noua nous en trouverions mieux. Et sur ce... De Heidelberg, ce 4 de juin... La Noue.

Je vous suplye me aire sçavoir de voz nouvelles.

(R. 0. Fr. 91. Autogr. scellé. A M., M. de Wahingham.)

An MÊME.

De Heidelberg, 17 août [1588].

Monsieur, six jours après mon arrivée en ce lieu, j'ayreceu une lettre de vous datée du moys de juillet, en laquelle vous parlez du mariage de ma fille avecques le s'" Horatio Palavicino, ce que vous trouveriez estre bien convenable. Je vous diray sur ce propos qu'il y a sept ou huit moys que le s"" Nazindalbène [\) m'écrivit de ce fait comme de luy mesmes, surquoy je lui fis responce, que j'entendray tousjours vollontiers à ce qui regarde le bien des miens, et mesmement quant la recherche viendra de ceux que j'estime, mays que telz afaires se dévoient desmesler personnellement, et que n'ayant veu ma lille il y a onze ans, je ne sçavoys si elle estoyt digne d'un homme de bien. Je confesse que M. Palavicino nous fait honneur de désirer unne aliance, mais aussy suis je obligé de regarder à deux choses, c'est de ne circonvenir personne en baillant chose qui ne fust valable et c'est l'ocazion pourquoy je désire fort voire ma fille, l'autre raison est qu'en ce qui me touche de si près et en ung mar-

(1) Est-ce l'abbé d'Albèae ou d'Elbène dont il est quelquefois queson dans les lettres de Strafford

ché qui tant importe, je voudroys aussy la bien loger pour y avoir des contentements. Et certes pour le peu qu'il y a que je congnoys ledit s' Palavicino, je le trouve mériter davantage. Mays puisque Mons"" de Buzenval (1) me mande que les fers en sont si avant au feu, ce que je ignoroys, et mesmement puysque vous m'avez escrit, je vous repondray qu'encores que ma fille ne sache rien que je la veuille marier, ni ses parens paternels ni maternels, je ne laisseray de prendre vostre advys sur ce faict, car ramityè sincère que m'avez toujours portée, et l'obligation que je vous ay me contraint de vous dire que puysque mes enfans et moy sommes entièrement vostres que nous ferons tout ce que vous nous conseillerez en cella. Vous estes vertueux, vous estes mon aray, et estant revestu de ces qualités vous ne sçauriez que bien faire. Dites la parolle, je tacheray de l'acomplir, et d'i renger la vollonté des autres. Mais je crains qu'il ayt entre les parties de la dissimilitude. Car ma fille est laide et le s"' Palavicino est beau gentilhomme. Elle est pauvre et il est riche. Elle n'a esté nourrye es cours et il est gentil courtizan. Toutefoys j'estime qu'elle a de la piété et de la tempérance. Et qui sçayt s'il l'avoyt veue, s'il en seroyt dégoûté ? J'ay tousjours estimé qu'en tels affaires unrj peu de conversation estoyt bien requise, non seullement pour voir l'extérieur, ains pour considérer l'intérieur, où gist les plus fortes racines de l'amityé. C'est unne grande discomodité d'estre si eslongnés les uns des aultres.

Monsieur, il n'y a que quatre jours que je sçay la nouvelle du bon succès qu'a eu votre armée navalle contre celle d'Espaigne (2). J'en ay rendu et en rends grâces a Dieu qui a honoré vostre R'^e de ce beau trophée. J'ay tousjours eu espoir que vous auriez avantage sur vos ennemys par mer et vous en ay escrit quelques lettres que j'ay envoyées à Mons"" de Staffort pour vous faire tenyr (3). Ils avoyentdesja

(1) Paul Choart de Buzenval, plus tard ambassadeur de Henri IV en Angleterre et en Hollande, mort à la Haye en 1607.

(2) C'est le 31 juillet que l'Armada avait paru en vue des côtes anglaises. Voy. Odet, Poés, chrest.. Ode VI (p. 195) Sur la victoire navale obtenue par l'armée de la Reine d'Angleterre, presque poétique dans sa peinture du gigantesque effort de tous les pays de la monarchie espagnole

(3) StaflEord à Wals., 10 août 1588 (R. 0. Fr. 91) : « This letter of M. de la NoUe he desireth me to procure an answer of you... »

en eux mosinos ^ainsi qu'on tlitj dcparty vostro Royaume suivant U« projet du s'' Don Juan d'Austrichc, mais le duo de l'arma a eslô Irustrô de son attente, et a vcu à son nez renverser tlans les abismcs les chariots d'KL,'iptc. Dieu est admirable en ses (ouvres, qui brise les desseins du monde lorsqu'ils pancent estrc prêts de leur victoyre. (Jcrles sans ce coup la rclij^ion eust esté bien foullée aux pieds. KL fault que nous honorions vostre heureuse Ueine et vostre nation^ puysquc Dieu l'a honorée la faizant ministre pour conserver SOS Eglises en cestc grande dispercion, et pour dompter l'orgueil espagnol. Je croy que le gentil Draq se servira de l'ocazion et voudra encore avoyr sa jiart de la ilote des Indes. Si vous eussiez faict la paix il y a six moys, qui n'eust peu estreguères bonne, vous n'auriez aquis ceste réputation d'estre les maîtres de la mer ocdane et d'avoir affoibly votre ennemy [(/t'c/antrc] pour six ans. Ceux qui ont conseillé de résister ob[stinément] peuvent voyr à présent l'utilly té de leur conseil (1), car en vous sauvant vous sauverez les aultres. Je parle humainement, car je sçay que le Seigneur est nostre force. L'Espagnol vouUoit prendre la Flandres par l'Angleterre, mais vous pourrez plustost prendre l'Espaigne par les Indes. C'est parla qu'il faut la miner, etung espagnol ne me l'a pas nyé. Somme, Dieu vous a mys es mains de belles ocazions, au moyns il le semble â ceux qui sont au loin, mais vous qui estes près sçavez vos comodités ou incomodités. Nostre France se réveillera-t-elle point au bruit de vostre victoire, pour penser à son relèvement ?

Mons'', si fault il que vous dye ung mot de mon particulier. C'est que maintenant que vous avez tant de prisonniers, qu'il vous plaise avoir souvenance de mon fils, voicj' l'oca.. zion de le délivrer. L'Espagnol sera contrainct d'y obtempérer. Je vous parleroys bien encore d'un aultre point, de la libération de mes promesses envers le Roy d'Espaigne, lorsqu'il sera question de la relaxation des grands prisonniers ; raaj's j'ay honte de le faire, pour ce que mon malheur a voullu que je n'aj-e esté vous servir en votre besoin. Et double que ne me veuilliez faire participant de vostre bonheur. Quant à cella, si vous avez afaire encores pour l'avenir, tousjours mon fils et moy récompenserons les

(1) La Noue avait été du nombre.

deffaults du passé, par une telle obligation, et mesmement vous servirions bien es Pays Bas si y vouliez planter vos bornes. Je vous suplye me donner ad vys comme je me doibs gouverner en ce fait. Vit à présent que nostre France est si méchante et corrompue, il ne me chault d'habiter ailleurs. Le fait de Sedan et de James m'ocupe tousjours. James est fort pressé et pançons le favoriser; mais comme je cherchoys argent vers Genève, Mons"" le duc Casimir a cassé ses gens de guerre, et maintenant n'y a moyen, car lences nouvelles sont longues. Geste place se perdra, comme Bonne, mays Sedan esten bon estât. Je m'esbahis que les princes protestans n'ont honte de ne faire rien au bénéfice des oppressés qu'ils voient à leur portes tailler en pièces, aussy ne seront ils point couronnés comme ceux qui valeureusement s'emploient. Et si, je crains unne aultre choze, que l'année prochaine ils n'ayderont au Roy de Navarre. A ceste heure les reistres disent qu'ils ne marcheront qu'ils n'ayent assurance de troys moys en Alemagne; ce qui est impossible de faire. Quant est ce que Dieu me fera la grâce de me mettre près de ceux qui font bien, et loin de ceux qui ne font rien, qui peuvent assez congnoistre que la cause est commune? Jo feroys quasi le vœu que ung fist unne foys, qui estoyt indigné contre ceste nation, disant que, si jamays il dançoyt les allemandes, jouoyt de la fleute d'Alleman, et mangeoit brochet à la sausse d'Alemagne, qu'il vouloit qu'on le luy reprochast. J'espère pourtant que la grandeur de vos trophées les incitera démulation pour vous ayder à la manutencion de ceux qui font profession de l'Évangille. On nous a dit une particularité : c'est que les Espagnols captifs se plaignent et accusent le duc de Parme d'estre Traydor a Dios y al Rey. C'est là ung bon commencement de division, et ne faudroyt pas trop irriter ung tel homme, car si le Roy d'Espaigne venoyt à mourir de regret, il se vengeroyt de los senores Espagnoles, en metant son dessein sur les Pays Bas (1), comme le roy Ferdinand avoyt crainte que Gonsalvo Fernandez fist au roiaume de Naples. Or jeprye

(1) Cf. le Diicourssur la déclaration de la Noue : f Nous ne le debvons craindre [Parme], non plus que son maistre ne s'y debvroit fier comme à celuy qui luy fera un jour s'il jyeult, meschanl tour, pour ses droits prétendus en Portugal... et comme desja il en donne assez de preuves par le mauvais traiteinenl qu'il faiot aux EipaignoU... t

KT PIÈCKS JUSTIFICATIVKS 310

Dieu qui veviillo tirer do bonnes conséciucnces do vostro victoyre. Kt après vous avoyr... Do llcidcbeij,' co 17 août. Vostre... La Noue.

Airo B. VI. f-138. — I ./ Monsinir de Wal.ùuyhum.}

Au DUC UB MONTPENSIKR.

De Sedan, 16 sept. 1588.

Monseigneur, j'ay bien voullu vous advertir que n'ayant peu faire en Aleniagne co que j'eusse désiré pour favoriser la ville de Jametz, je me suis acheminé à Sedan pour empescherqu'elle ne tombeen pareil inconvénient : lequel ayde est petit au regard de celluy que vous pourrez aporter à ceste fiebvre continue qui a acoustumé d'abatre les corps plus robustes. J'escriz aussy à S. M. afin qu'elle se souvienne de faire quelque chose pour sauver tout ou partie de ce qui importe tant pour son Estât. Et combien que les remèdes tardifz seoient souvent peu utilles, si est ce qu'encores vault il mieux tard que point. Ce seroyt grand dommage si les gens de bien qui ont arresté les forces de la ligue neuf mois entiers périssoient, et une perte irréparable si la place tomboit es mains enemyes, car jamays nous ne rentrerions dedans Jametz. Monseigneur, vous plaist il que je vous parle prîvémant, c'est que pendant que nous négocions et consultons, le ligueur prend pied et s'acroist en l'exécution de son dessein. Le gentilhomme présent porteur que j 'envoyé à la court vous fera entendre le surplus. Vous supliant de le croire et, me tenir etc. De Sedan ce 16 de septembre. Votre... La Noue.

(B. S, H. P. F, Coll. Labouchère, t. IL — Autogr. A Mgr Mgr le duc de Montpensier.)

Au MÊME.

De Sedan, 7 novembre 1588.

Monseigneur, aujourd'hui ce doibt exécuter une entreprise surune ville de Lorraine, qui est petite, et y ay envoyé troys cens harquebusiers. Cella servira pour diversion. On si logei*a, si les ennemys donnent loisir de la fortifier. Si j'eusse eu mille ou douze cens harquebusiers et quatre cens che-

vaux, j'auroys ravitaille .lame/; mais avecques ce que Mons. du Perron a amené, nous n'avons peu faire que deux cens chevaux et quatre cens harquebusiers. Les cnnemys ont en leur armée quatorze cornettes et deux mille hommes de pied et plus. Je n'ay rien voullu hazarder afin de ne nous perdre.

A présant nous atendons la resolution de Metz, qui nous promet de sedeclairer, et n'y a plus que ce moien pour favoriser Jametz. Il me semble que vous devez représenter à S. M. que c'est à luy qu'on s'adresse, et pareillement àvous ; car prendre Jamez, c'est prendre Champigny. Vous avez beaucoup de parens et d'amys et de serviteurs qui se formalizcront pour cella. — Le s"" de Cussy n'est encore venu et n'avons receu aucun argent, et nos gens de guerre se malcontentent. Quant je vins icyj'aportay cinq mil escus, mais ladespance est grande, et en fault autant par chacun moys. Monseigneur, vous aurez aussy souvenance de la trefve, et de mon particulier. Etjesuplirai le Créateur, Monseigneur, vous tenir en sa sainte garde. De Sedan, ce 7 de novembre Votre très humble et obéissant serviteur. La Noue.

(Autog. Arch. Nat. K. 101, n' 78i).

Au MÊME.

De Sedan, le 20 janvier 1.589(1).

Monseigneur, nous reçeusmos hier seullement les lettres qu'il vous a pieu nous escrire par Monsieur de Coulanges, qui nous a encores confirmé la nouvelle qu'avions desjà eue de l'exécution faite à Bloys par Sa Magesté sur ceux qui ayans conjuré ensemble en sa présence, la depouilloycnt de son autorité et de ses places, si pj's n'eussent fait; mays ilz ont esté prévenuz par le jugement de Dieu qui rétribue aux pernicieuses entreprises leur salaire par unne malheureuze fin. Leurs partizans sont estonnez, et si Sa Magesté promptement ne poursuit vivement de se rétablir dans son siège royal, et qu'elle donne temps aux reliques de cette faction de se fortifier, elle aura unne merveilleuze pêne à les dissiper. Ils ont un grand espoir en Monsieur du Maync pour luy donner la conduite de leur corps, veu qu'il a sens,

(1) Le début jusqu'à : ■< cette grosse faction », a été publié dans I.i collection du Musée des Arch. Nat., n° 739.

ET PIKCKS JUSTIFICATIVES 321

hardiesse et expôrionce; mays on dit qu'il est arrosté à Lion. Monseigneur, voioy l'ocazion pour relever vostro maison qui s'en alloyt abatue par la prospérité de ceux-ci; il s'en fault prévaloyr pour no se voyr plus conimc à leur discrétion, ([ui eust esté bien indiscrète si par la voix des Estatz ils eussent esté establiz en la grandeur qu'ilz pourchassoient. J'ay apris de quelques uns qui ont esté parmi leurs partisans et leur ont ouy dire qu'ilz se vengeroient de l'outrage qu'ilz avoient receu, et remueroient ouvertement les estrangers ennemys de la France, et qu'ilz avoient combattu pour des couronnes, mays que maintenant ilz combatroycnt pour leurs vies. Ce qui vous doibt admonester, et Sa Magesté premièrement, de n'espargner la dilligcnce pour tirer du fruict de ce qu'avez commancé, car si vous assaillez les obstinez avec le papier et l'espée, et avec la douceur les corrigibles, vous amoindrirez bientost cette gro&se faction.

Monseigneur, j'ay veu par la lettre que vous m'avez escrite qu'estes fort déplaisant de la perte des gentilshommes qu'aviez envoyez, comme nous nous sommes tous aussy Cella est avenu je ne sçay comment, et m'ont les Lorrains dit que les nostres estoient plus forts de cinquante chevaux qu'eux. Je y perdray (hors la vye) plus que personne ; calquant les gens de guerre ne font bien, cella tollist la réputacion du chef, laquelle est beaucoup plus précieuze que quelque rançon ou dommage. Si j'eusse esté en ceste entreprise, ce mal ne fust advenu. Les Lorrains nous ont tenu telle rigueur et aux prisonniers, que jamais ne nous ont voullu permettre de les visiter ni à eux d'envoyer vers nous; les Espagnolz n'eussent gardé telle acrimonje.

Je ne vous celleray aussi, Monseigneur, que M. de Coulange m'a dit avoir entendu que plusieurs de la trouppe du s"^ du Perron, qui s'en sont retournez, mesmes le s»" de la Birchetière, s'estoient plainctz que nous les avions chassez d'icy, et mal traitez au possible; de quoy j'ay esté merveilleuzement estonné, veu le contentement que tous monstrèrent à leur départ. Et me semble que le bon recueil qu'ilz ont receu en ceste maison ne meritoyt pas estre recompensé de telle calumnye et ingratitude.

Nous avons faict en leur endroict ce que nous devions et plus que ne pouvions, pour rendre tesmoignage de l'hon-

neur en quoy nous tenons tout ce qui vient de vostre part

En premier lieu, ladite compaignie, où il n'y avoit vingt et

cinq gentilzhoinmes et le reste soldatz, jusques à quatre

vingtz testes en tout, nous a cousté cinq mille esouz pour

le service d'un moys, là où nos aultres compaignies n'en

coustoient six cens , et n'avons encores osé refuzer à

Mons' d'Espuelles quatre cens escuz(c/a?is l'interligne : pour

luy seul), qu'il a voullu avoir, et si n'a esté icy que vingt

jours, lequel s'en est allé malcontent. On a baillé chevaux à

aucuns, et armes aussy. Ils ont esté caressez de Madamoi-

selle de Bouillon, receuz privément a sa table et honorez de

tous. Et, contre les loix de ce château, trante et quarante y

sont quelquefois entrez ensemble, sans qu'on ayt faict pa-

roistre une goutte de deffiance d'eux. Or, après leur désastre,

et que les Lorrains nous eurent proposé la tresve que nous

avons accordée, le s' de Brichetière (1) nous dist que si nous

ne les pouvions entretenir, qu'il nous prioyt de les licencier ;

et nous retrouvant sans argent, nous fusmes contrainctz de

condescendre au licenciement, et leurbaillasmes argent pour

eux retirer, équipolent à la paye d'un moys, qui estoit de

huit escuz pour le harquebusier à cheval et douze pour le

lancier ; de quoy ils ne se contentoient, car tel demandoyt

vingt et cinq escuz par mois, plusieurs vingt: ce qui à la

vérité estoyt peu pour ceux qui ne vouUoient loger ailleurs

qu'aux hostelleries. Si puis je dire que onc je n'aj' veu gens

de guerre mieux paiez.

Monseigneur, nous vous avons mandé que la ville de Jametz avoyt esté contraincte de se rendre pour sauver le château. Dieu nous a grandement aydé, que les ennemj's ayent voullu entendre à ceste capitulacion; et s'ilz ne l'eussent fait, ville et château estoyent perduz dans la fin de ce moys. Mays il y a encores vivres dedans pour jusques à la lin de may, et non davantage. Nous avons le peuple et les soldatz qui sont sortiz sur les bras, qui est unne très grosse charge pour ceste princesse jà tant ruinée, et qui pis est nous n'avons ung liard (2"). Nous avions fait fondemant de finances sur le voyage de Mons' de Cussy; mais à ce que nous avons entendu, il est prest de retourner icy, n'ajant

(1) C'est sans doute » Mauléon de Brichetière, d'une bonne maison du l'oitou », qui est cité par D. Fonteneau, t. LXVI, p. 74.

(2) Confirmé par la Guerre et êiège... de Descoftier.

ET PIÈCES JUSTIFICATIVKS 323

osé passer, et ayant fuilly à estro tué à Parys ; do sorte que je no sgay ce que nous ferons en ceste extrême nécessité.

Nous avons accordé unne conforanco entre les Lorrains et nous, où personnes notables so trouvent, commo le marquis do Havre et Monsieur d'Aussonvine,etce dans dix jours. C'est pour parler du mariage ou aultres voies d'accord; et sans cosle promesse d'en conférer, ils n'eussent acordé la capitulacion pour la ville. Et quant nous en viendrons là, nou-^ renvoirons tousjours, comme avons fait par ci davant, la résolution de l'affaire à S. M. et à vous.

Monseinneur, nous avons esté advertiz par quelque amy que les Lorrains sont ung peu estonnez ; et si les affaires du Roy se portent bien, ilz seront disposez à entendre à unno paix avec cest estât, voire sans parler du mariage. Mays si les reliques de la ligue sont si puissantes qu'elles puissent luy faire teste, ilz s'armeront, et se résolvent de batre le château de Jamez avec quinze ou seze canons, ayans dosjà cent cinquante milliers de pouidre. Le bon courage de ceux qui sont dedans me fait croire qu'il se deffendra ; cependant il ne faudra laisser en ce cas de poncer à sa conservation .

Ceux de Metz ne nous ont donné jusques icy que des parolles. Celles de Montcassin ont esté artifîcieuzes ; celles de SauboUo (t), qui maintenant commande, je les tiens pour sincères. Mays ilz n'oseroient se mouvoir sans leur gouverneur. Et ne sçay s'il retournera à la cour puis qu'un tel changement y est arrivé. Si me semble yl qu'il doibt travailler à assurer Testât premier, et pourroit beaucoup servir estant de dessà. Si on nous contraint de sauver Jamez parla force, il est besoin que Metz se déclare, que le s' de Cussy aille diligemment pourvoir à une bonne somme de deniers, et avec colla avoyr de France cinq cens lances et deux regimans d'infanterye, voyre quelques reithres. Car si le Lorrain s'opiniastre à la forcer, il aura des hommes et si sera assisté du Roy d'Espaigne et du duc de Parma qui est infinimant indigné de la mort de Mons'^ de Guise, Et certes je ne voudroys conseiller à ung prince françoys de se hazarder en ung tel secours qui ne fust très bien accompaigné, et en équipage pour vaincre plustost que pour

(1) Seigneur de la maison de Comminges-Puyguilhem.

24 ArPENDICE

estre vaincu. Et je ne fais pas beaucoup d'eslat de Irouppes volontaires levées à precipitacion et conduites en desordre. Il fault bon commandemant, obéissance, ordre, et (juelque petit fond dartrent, aultrement on voyt de piteux effectz, ce qui est apparu en plusieurs voiai^es de Mons'en Flandres.

Monseip^neur, notre tresve avec le Roy finist à la Chandelleur, et il seroyt besoin de la continuer, ou plustost qu'il luy plust rembrasser la protection de ces places qu'il avoyt délaissée. SaparoUeauroyt à présent grande efficace envers Mons. le duc de Lorrayne, vous supliant très humblement embrasser ce fait et en sçavoyr l'intention de S. M. Et pour ce que nous voions les ligueurs en quelques endroictz se saizir de villes et se préparer en aparance pour remuer du ménage, il sera malaisé, si courrent sus aux sujectz du Roy ou à nous, que nous puissions retenir nos gens de guerre qui sont icy en abondance, qu'ilz ne les facent aussy courrir, et serojt bon sur ce fait qu'il vous plust nous mander vostre vollonté.

Voilà, Monseigneur, ce que j'ay bien voullu vous dire, remetant le surplus au s' de Beauvays (I) présent porteur, auquel il vous plaira prester l'oreille. Et... De Sedan, ce 8 de janvier. Votre...

(Autogr. Arch, Nat; K. 101, 782.)

Au MÊME. — De Sedan, 2S janvier 1589.

Monseigneur, nous vous avons tousjours adverty et le plus souvent qu'avons peu de tout ce qui s'est passé par deçà, et rendu conte de ce qui nous a meu de faire plusieurs choses qui se sont faites et accordées. Maintenant nous avons encore advisé de vous informer de ce que nous traitions avec les depputtez de Mons'. de Lorraine. Et par la trefve arrestée entre nous lors de la capitulation de la ville de Jametz, nous promismes de conférer avec eux pour trouver les moiens de pacifier le différent par un mariage ou autrement.

Ce nous a esté un grand desadvantage d'estre entrez en ce pourparler sans premier avoir seu de vos nouvelles et

(1) S-.ins doute Beauvoir-Ia-Nocle.

l'intention do S. M. par ceux qu'avions dépêchez, qui ne sont (le retour, et pensons ([u'il leur soit arivé ([uel([ue iuconvéniont. Nous n'avons non plus entendu do celles du Roy de Navarre, ni eu assurance que Mons. d'Espernon vienne bientost à Metz : et sur la faveur do tous les susnoniniez nous faisions le principal fondemant de notre secours et assistance. C'est ainsi donc en incertitude de cella, et voiant les assiégez toujours crier qu'on ne les oublie, et les ennemis se fortilier à l'entour d'eux de forts et de tranchées, nous avons plus volontiers presto l'oreille au propos de paix dont les Lorains nous ont aussi fait ouverture.

Et en premier lieu. Monseigneur, ils nous ont fait démonstration de désirer fort le mariage, et que si de nostre costé nous aprouvions ceste voye, que nous proposassions ce qui estait en nostre pouvoir de faire pour lafacilitation d'iceluy. Notre responce a esté à l'acoustumé, que la résolution de ce fait despendoit de S. M. et de vous, ce que ne voulions ni pouvons toucher ; mais qu'en ce qui concernoit la liberté de conscience de Madaml'e de Bouillon et de ses sujets, de leur seureté et de ses places, et encores d'autres poins, que nous leur en baillerions des articles, ce qu'avons fait ; ausquels nous avons par ensemble adjousté, changé et modéré certaines choses. Aucuns ont observé que, quelque mine qu'ilz facent en ceste poursuite, ils ont pourtant peu d'espoir d'en venir à bout, voiant les affaires de France changées comme elles sont.

Ils nous ont dit après qu'ils sçavoient bien que pour parachever une telle négociation il convenoit du temps, et que de demeurer en guerre ce pendant cella la ruineroit, et qu'il faloit traitter d'une paix qu'ils accorderoient aux conditions que la ville de Jametz leur demeurast, où ils mettroient gouverneur et garnison légère pour la dignité seulement, qu'on regarderoit aux dommages et interests qu'ils prétendoient et pour ce choisiroit on arbitres. Nostre responce a esté que le chasteau et la ville de Jametz est chose indivisible, et que c'est contre la nature de paix de ne faire restitution. Que pour les interests, c'est nous qui justement les prétendons, et que nous en croirions des arbitres, chacun en choisissant deux de sa part et le Roy un superarbitre, qu'ilz faisoyent difîiculté de prendre; et en a

esté proposé par nous, assavoir : vous Monseigneur, M*^ le cardinal de Vandome et moy. Eux sont retournés à Nancy pour savoir l'intention de M^' de Lorraine sur cela.

Nous avons bien seu que Mons. de Rieux a esté vers luy, mais jamais nous n'avons peu apprendre s'il avoit parlé à nostre faveur; ce qui nous eust beaucoup profité de savoir, car s'il l'eust fait vivement, nous eussions tenu plus roide. Mais nostre pauvreté a esté telle que nous avons perdu quasi tous nos gens de guerre ne les pouvant entretenir, lesquels s'en sont allez avec les troupes du Roy pour faire la guerre contre la ligue et gaigner moien de vivre. Cela nous a fait acquiescer plus librement à entendre à la paix, laquelle ne se faisant nous serons en merveilleuse peine pour les rappeler. Enfin nous avons considéré que, soit par une voie ou par l'autre, si nous pouvons conserver Jametz, qui est le but où nous et nos bienveillans aspirent, que ce sera une oeuvre profitable. Nous avons esté en tels termes que si nous n'eussions trouvé quatre cent escus pour contenter les soldatz qui sont dans le chasteau de Jametz, plusieurs estoient prests de quitter et s'en aller ailleurs. Il y a tant de dettes qui se sont faites à cause de la guerre et tant de despenses nécessaires, qu'il est impossible sans l'aide d'autruy que nous puissions continuer, et c'est ce qui nous presse aussi de sortir hors de cette guerre.

Monseigneur, nous avons prolongé la trefve avec les ministres de S. M. jusques au premier de Mars ; et me semble qu'elle se devroit souvenir de nous prendre en sa protection, comme elle a fait par le passé ; et puis que l'auteur de la guerre est mort, il m'est advis que ces maux ne doivent estre continuez envers ceux qui ne luy ont esté tousjours que très humbles et très fidelles serviteurs. Nous avons aussi prolongé la tresve jusqu'au mesme jour avec le Lorain.

Nous espérons que vous avez à cest heure cy commandé de pourvoir aux quatre mil escus dont nous vous avons escrit par M' de Beauvais pour les prendre sur les biens de Mad"« de Bouillon, vous suppliant d'imputer à l'extrême besoin que nous en avons l'importunité que nous vous en faisons. Et... De Sedan ce 28^ de janvier 1589. Votre...

(Autogr. Arch. Nat. K. 101, TS:')-

KT ril>CHS JIISTIFICATIVKS 327

Au MftMi:. — De Seilaa, 7 février [ I5S9J.

Monseigneur, depuis vous avoir cscrit et mande questions en termes do puix avec les Lorrains et la seconde conférence assignée à certain jour pour résouldro du tout, il est venu ung gentilhomme de la part de Mons. de Lorraine, pour nous dire qu'il ne pouvoit envoyer sitost ses depputez pour quelques raisons assez froides, sans donner ung aultre terme : ce qui nous a faict croyre qu'ils veullent rompre. A quoy avons esté confirmez pour avoir sceu d'ailleurs les provisions de guerre qu'ilz font pour battre Jamoz, ou la forcer à la longue.

Après le coup de Bloys ils ont esté fort estonnez ; mays à présent ils se rassurent et se préparent. J'estime qu'ilz ont eu assurance de l'espagnol d'estre assistez de luy, et desjà en voit on les aparances, oultre qu'ils s'en vantent, et qu'on nous en advertist. Le conte Charles de Mansfelt est venu à Luxembourg, ayant eu son congé pour ung an. Il y a deux régimans d'infanterye au pays de Trêves qui sont licenciez, et ccUuy de S' Valmont aussj-, qui est de Lorrayne, qui retourne des Pais bas. On tirera de là quatre mille soldatz. Et dit on que Bassompierre (l) et Rotigotz (?) les surveillent. Il y a troys compaignies d'ordonnance qui passent monstre, et d'icelles veut on faire six compaignies de lances, et nous mande l'on que c'est pour aller soubz le conte Charles joindre Mons'' du Mayne, comme advanturiers qui vont chercher leur fortune. Il semble que l'Espagnol a grand interest à soustenir les sindiques de ceste ligue, qui ne peuvent subsister sans son ayde. Et soit qu'il ne se déclare que couvertemant, tousjours entretiendra le mal dans nos entrailles plus longtemps

S. M. doit penser et remédier, et n'atendre pas à l'extrémité comme elle a faict, ce qui l'a mise en Testât où elle est. Je n'ay pas opinion que les Lorrains tiennent promesse à S. M. qu'ilz luy ont faicte par Mons'^ de Rieux. Car par tout ce pays on parle d'ElIe si villainement qu'on en a horreur.

(1) Christophe II, baron de Bassompierre, noble lorrain, successivement colonel de reîtres au service de Henri III, de la Ligue, puis de Henri IV, mort en 1596.

I]t ne se fieront jamais en Elle, comme nous l'avons assez entendu d'eux ; mesmes nous voulloient mettre en défiance d'KHe. Ils sçavent bien que Pelicart (1) a descouvert tout le secret de la ligue, en quoy ils ne sont que trop embrouillez. VA s'estimant coupables, ilz craignent.

Il nous fault maintenant penser aux moyens de nous conserver Jamez premièrement, et puys Sedan ; car si le Lorrain emporte l'une, il voudra donner sur l'aultre. Le premier consiste en deniers ; (et en temps de guerre notre riespence ordinayre se monte troys mille escuz par moys, et avions donné charge au s"' de Beauvais de voir s'il pourroyt rapporter quatre mill» escuz, pour y estre au temps du rompemant de la trefve. Le s"" de Cussy ne veult bouger d'icy pour crainte des périls des chemins, ce qui nous porte grand préjudice, pour ce qu'il est dextre à recouvrer deniers, et à cette heure que nous sommes sur le bon des afajres vouloir espargner est dommageable).

Le second moyen gist à avoir une gaglairde (sic) trouppe (le Françoys et la faire avancer au temps qu'en Allemagne .se remuerojt quelque chose. Nous avons juste raison de brusler le pays de celluy qui nous a bruslé entièrement tout le noslre. Et quand ceux-ci ne feroyt que cella, tousjours seroyt ce ungmoien de diversion, et ung mal digne de chastier acointemant. Et si on le voyt aheurté pour notre ruine, avecques les gens qu'avons icy on tentera ceste voye, comme nous ne l'avons pas celle aux Lorrains. Si quelque grant vient au secours de cest estât, qu'il ne vienne mal à propos, ainsi que j'ay desja escrit par le s' de Beauvays. Car si l'Espagnol ayde au Lorrain, ilz seront prests. Nous avons sçeu de certain que quant nous fusmes à Stenay, où nous n'avions que deux cens chevaux et quatre cens harquebusiers, que les ennemis vindrent au devant de nous avecques sept cens chevaux et deux mille soldatz à pied, et si n'osèrent nous ataquer. L'ardeur françoyse va tousjours amoindrissant les forces ennemyes.

Une aultre voje de secours consiste encore en la déclaration de la ville de Metz, car cella ruineroyt le Lorrain. Et fauldroyt, Monseigneur, qu'il vous pleust en escrire à Mons. d'Epernon de bon encre, afin qu'il consentist à ce que elle

(1) Davila, p. 535 : a Pelicart, eegretario delduca di Guisa... »

nous aidast ; car Jamez perdu nous no pouvons plus avoir de romnuinicatiou de France avec elle, ni de passa<îe. J'aperi^oys bien uw^ aultre moyen do secours, mays il est plus tardif, et craindroys qu'il ne ressemblast à celluy de l'ise : c'est si le Koy de Navarre arme d'estrangers contre les ligueurs soutenus do l'Espagnol, car ce sont ses deux grands ennemys. La place par avanture ne pourroyt aller si loin.

Voilà pour les advis que je vous ai vouUu donner sur ce poynt. Quant à moy je n'ay pas opinion qu'il soyt plus en la puissance de S. M. avccques les prières et menaces de faire lever le siège aux Lorrains. Car ilz nous ont dit qu'ilz ne le feront nullemant pour personne qui vive, ce que vous pourrez mieux sçavoyr que nous par la responce qu'ilz en ont faicte au Roy. Hz ont dit qu'il leur laissera poursuivre le siège de Jamez et la prendre, moyennant que Mons. de Lorraine luy promette de ne favorizer la ligue. Nous ne les croyons pas, car l'honneur et la foy de S. M. e&t trop obligée à notre conservation.

Nous avons continué la trefve pour six moys avecques Mons. de la Vieuxville traitant au nom du Roy. Sans nos forces qui se sont meslées avec celles du Roy, qui n'avoyt quasi rien par dessà, S' Paul eust courru tout le pays et fait révolter paravanture aultres villes. Mays il n'a osé s'émenciper. Les prescheurs par les villes excitent le peuple non seulement à médire, ains à maudir le Roy, et c'est chose horrible de ce qu'il dit, comme si les conjurations estoyent sans crime, et luy criminel. On diroyt qu'en ses escritz il craint les cendres de Mons. de Guise. Nous sommes en termes èsquels il fault représenter la vérité publiquemant, et magnanimemant ouvrer. S'il pance se réconcilier avec la ligue pour après de forces unies verser son ire contre notre party, qui désire la conservation de sa vie et le restablissemant de son authorité, il s'abuse, car elle ne se réconciliera que par force et feintemant, pour avoir meilleur moien de se venger de luy. Et plusieurs ligueurs nous ont dit qu'ilz se accommoderont plustost avecques nousqu'avecques luy, tant ilz sont passionnez.

Nous atendons en bonne dévotion Mons. de Beauvays pour sçavoyr de vos nouvelles. Et sur ce... De S. ce 7 de febvrier... Votre...

(Autogr. Arch. Nat. K. 101, 78.)

A Walsingham.

Dj Dieppe, 18 octobre 1589.

Monsieur, je ne vous ay pas escrit si souvent que j'eusse bien désiré pour ce que l'esloignement de ceste court et l'empeschement des chemins m'en ont rendu les moyens plus ditïiciles. Arrivant icy, j'ay eu ce bien d'y entendre particulièrement de vos nouvelles par M. l'Ambassadeur, qui à son retour vous rendra si bon compte des nostres que je panserois abuser de votre loisir si j'entrepreiiois de vous en discourir. Je vous diray seulement qu'après les appréhensions que nous avons eues du siège où le Roy s'est veu réduict, Dieu nous en a faict voir une si heureuse yssue que nous aurons pour jamais subjectde luy en rendre grâces et de recognoistre qu'il s'est voulu servir de l;i Roine vostre maistresse pour obliger toute la France à sa mémoire. S. M. se prépare pour se mettre aux champs avec une belle et puissante armée, dans laquelle vos troupes angloises paroissent infiniment en toutes sortes. M. de Staffort vous tesmoignera le contentement que le Roi en reçoit, et l'assurance qu'il prend de leur valeur. Je luy laisseray de vous représenter Testât d3 noz affaires et de celles de l'ennemy . Et pour la fin je vous supplieray bien humblement, Monsieur, de me continuer la faveur de voz bonnas grâces et disposer de la puissance que vous avez sur moy pour l'employer en tout ce qui touchera voitre service. En cesle volonté... De Dieppe, ce xviiie octobre i589... L.4. Noue.

(R. 0. Fr. 94. — Autogr. scellé A. M., M. de Walsingham.)

Au Mf:.\iE. — De Meulan, 11 nov. [1589J (1).

Monsieur, le pxrte.nent de M. Wuillem (2) si pressi est ocazio.i que je nevouspuys faire longue lettre; aussy que je me repoz3 sur sa sufizanoe pour vous informer de tout ce qui s'est passé en plusieurs belles actions. Je vous diray

(1) A la suite de cette lettre autographe Be trouve uae copia du temps.

(2) Roger Williams.

KT l'IÈCES JUSTIFICATIVKS 331

seuUoinont c[ue le Hoy et tous ont eu ^'rande satisfaction de la trouppe (m'avez envoyée au secours de la l'raiicc. Elle a esté trouvée très belle et s'est bien portée à l'entreprise de Parys, qui estoyt nostre si M. du Maine eust seuUemenl retardé deux jours. Dieu ne l'a pas vouUu. Nous avons seullemcnt battu le chien devant le lion, asgavoir prys les faulz bourgs devant la ville. Ce grand peuple estoyt entièrement estonné. M. de Wuillem et cinq ou six autres gentilshommes angloys m'accompagnèrent du costé que j'assailly, et vous assure que ils se portèrent valeureusement, et en gens d'honneur. M. le mareschal de Biron conduisit les régimens angloys, qu'il voullut avoir. Je me suys tousjours offert (I) de faire service à toute la nation, car je le doy. Monsieur, vous avez vu M. Charlet (?), qui s'en est retourné. Il a esté deux moys avecques moy, ce que je répute à faveur. Croiez que c'est un gentil cavalière, et qui a du courage en abondance. Il luy arriva une petite question à la court, mais cella se peult excuser en temps où nous sommes. Quoy que face public [sic) (3) M. du Mayne d'avoir esté libérateur de Parys, si est ce que les Parisiens sont assez las de luy, et encore plus de la guerre, les maux et les confuzions fort grandes en tous ces quartiers. C'est choze qui deplaist de la voyr, mays il fault de violens remèdes à une si forte maladye. Nous avons avis que noz reittres sont proches de la frontière. Je m'en retourne du costé de la Picardye et de l'isle de France, pour ce que là on fait teste aux Espagnolz et aux ligueurs de Parys, qui est la boutique d'où sortent noz misères. Quand je seray sédentaire en quelque lieu, je vous escriray plus amplement, mais je suys soldat pelegrin, qui vaiz où le besoin se présente. La ligue est plus mal qu'on ne pance, et nous bien, si nos amys nous favorisent. Voicy la principalle chrise de la maladye. Monsieur, tenez moy tousjours, s'il vous plaist, en vostre bonne grâce, et... De Meulan, cexi de novembre... La Noue.

Je n'ay pas eu loisir d'escrire à Mess" de Staffort et de Pallevesin. Permettez moy, Monsieur, qu'ilz trouvent icy mes humblas recommandations.

(R. 0. Fr. 94. — Autogr. A M., M. de Wahingham.)

(\) Le copiste a lu à tort : effacé.

(2) Copie : Shirley.

(3) Id. : publier.

332 APPKNDICK

Au Iloi DE France.

De Vitrj, le 2 août [1590].

Sire, je me suys trouvé lorsque Mons' de Longueville a receu radvertissement de Meaux. S'il est vray, je crains que ceste ville ne se perde, qui est d'importance. Si plaist à V. M. que ses anciens serviteurs s'emploient pour ayder à la conserver, qu'Elle me commande que par la Brye j'aille là avec deux bonnes compaignies d'arquebusiers à cheval et unne compaignie de chevaux, je luy obeyray. C'est là le premier moyen de pourvoyr à la place. Le second c'est que si Mons' du Mayne s'atache là, qu'on pourroyt avec deux mille chevaux et mille harquebusiers à cheval (ce qui me semble suflisant pour faire teste à la cavallerye ennemye hors du corps de l'arme) surprendre de leurs troupes et empescher le siège.

Nos bateurs d'estrade trouvent peu d'ennemys dessà la rivière d'Enns. On irouveroyt ung bon passage sur icelie à ce qu'on m'a dit, qu'on fcroyt garder en ung village fermé par quatre cens harquebusiers à pied. Dans demain matin nous saurons si l'advis est véritable. Et en cest endroit, je feray fin pour suplier le Créateur, Sire, donner à V. M. heureuse issue de ses entreprises. De Vuitry, le 2 de aoust (La Noue avait d'abord écrit : juillet, qu'il a effacé). Votre etc.

(Autogr. — B. N. Fr. 3579, f 92.)

KHUATUM

BiHLlOC.iiAiMiiii;. — Nous n'avons pu consulter à temps le t. V (le l'ouvrage de K. de Lcttenhovc, Lea Iliirjuerwls et les Gueux. L'auteur public, p. 36i, un extrait de la lettre de la Noue à des Pruneaulx, du 1*0 janv. lôT'J (voy. plus haut, p. 298) ; p. 428, les lettres de Ilarangier à la Noue, tirées des Archives d'Ypres (juill. 1570) ; p. 43")-37, il donne un court chapitre sur La Noue expulsé de Gand (juillet 1579), d'après les lettres de Rossell, que nous avons égalcraemt utilisées. — Nous n'avons de même connu que trop tard le livre de M. L. Marlet sur Le comte de Monlgommerij.

Id. Portraits de la Noue. Le Bull, du Prot. franc., du 15 janvier 1892, donne une reproduction de l'un de ces portraits, dû à Léonard Gaultier.

P. 7, 1. 26 : et « le jour de Pasques, lire : et, « le jour de Pasques,... »

P. 29, 1. 2 : au la Noue, lire : aux la Noue.

P. 31,1. 7 : de la France de l'Europe, lire : de la France, de l'Europe...

P. 78, n. i, 1. 2 : les ennemy, n?'e : les ennemys...

P. 91, n. 2, 1. 9 : (et sa date), lire : et sa date...

P. 97, n. I, 1. 2 : thathe, iire : that he...

P. 104, n. I, 1. 1 : secouvran, lire : se couvrans...

P. 110, n. 1, 1. 14 : vuelto, lire : vueltô...

P. 134, n. t, 1. 6 : their kings, Mties, lire : their kings

^[ties ..

Id., ibid., 1. 7 : migt be ohtayned, lire : might be obtayned...

P. 139, n. 1, 1. 4 : deux, seulement, lire : deux seulement...

P. 250, n. l, 1. 11 : piqués, lire : piqués.

BlBLIOQRAI'UIE I

AvANT-PRoros. — Place de la Noue dans l'histoire du xvi"

siècle. — Principales souicea de ce travail xiir-xix

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