‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 141 sur 142 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

« pour l'âme de très haut, très puissant, très magna- « nime et belliqueux prince François de Lorraine, « etc., » avec une pompe véritablement royale dont se serait sans doute alarmé l'orgueil de Catherine, si la joie de l'ambition ne l'eût tempéré, les glorieuses dépouilles furent reçues dans la cathédrale, au pied du maître-autel de laquelle devait rester inhumé le cœur du duc de Guise. Un immense concours de religieux de divers ordres, de clergé des paroisses, d'officiers et bourgeois de la milice urbaine, en armes, au nombre de plus de six mille, formés en cent vingt-trois enseignes, d'arquebusiers, de piquiers, d'arbalétriers, d'archers portant les cent vingt torches armoriées de l'hôtel de ville; les chanoines, chantres et chapelains, les officiers de la ville, en robe mi-partie de rouge et de violet, ayant le vaisseau d'argent brodé sur la manche, le prévôt des marchands, les échevins, montés sur leurs mules caparaçonnées de noir, les membres du parlement, les quarteniers, cinquanteniers, dizeniers, de simples habitants, à cheval, en habits « de fin drap « noir », de nombreux gentilshommes « tous fort bien « montés et revestuz seigneurialement en deuil », composaient le cortège très régulièrement ordonné et s'avançaient dans le plus profond recueillement.

La basilique était magnifiquement tendue ; toutes les cloches sonnaient ; et les vêpres des morts furent chantées avec solennité. Le samedi 20 mars, après un

pompeux service, pendant lequel le Père Le Hongre, jacobin, docteur en théologie, prononça une oraison funèbre où l'éloge le plus absolu remplaçait toute trace de prière (car, selon l'expression de l'orateur, « faict « injure au martyr qui prie pour le martyr »), le cercueil, accompagné de même que lors de son arrivée, fut conduit par la porte Saint-Antoine jusqu'à une demi-lieue hors de la ville, sur la route de Champagne.

Les offices des morts, ordonnés par l'Université de Paris, se prolongèrent encore durant plusieurs jours, et les douze enseignes, les douze guidons de « fin ta- « fêtas noir richement peints d'un côté aux armoiries « de Lorraine, de l'autre à celles de la ville, ainsi que « la cornette de taffetas rouge, la croix blanche par le « travers, » qui avaient figuré dans les cérémonies, restèrent suspendus à la voûte du chœur de la cathédrale, en souvenir de l'illustre prince défunt. Le chapitre lui dédia un service annuel qui devait se célébrer le premier dimanche de carême et qui fut inscrit en ces termes au nécrologe de Notre-Dame : Obiit pro tuitione Jidei catJwlicae illustrissimus princeps Francisons a Lotkaringia, dux Guisiae.

Le concile de Trente fit célébrer, à la mémoire du duc de Guise, un service solennel et vraiment royal. Le roi Philippe II, le comte de Luna, le duc d'Albe, le cardinal d'Esté, le cardinal de Ferrare et tous les personnages illustres de l'époque adressèrent à la

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