DE SARTINES. JOSEPH
de sartines. Hum ! hum!
JOSEPH, se retournant rivement. Vous , monseigneur?..
de SARTINES. Je suis entré par celle porte... rassurez-vous... elle ne communique qu’avec mon cabinet de travail , et j’ai pris le chemin le plus court pour avoir plus tilt des nouvelles.
Joseph. J’en ai aussi à vous demander, monseigneur!., et je désire que les vôtres soient aussi bonnes que les miennes.
DE sabtines. Je veux savoir si le comte va mieux.
Joseph. Je voudrais apprendre si ses meurtriers sont au pouvoir de la justice.
de sartines. La justice a le pied lent, mais sûr... patience!..
Joseph. Votre neveu ne mourra pas encore de cette fois , mais sera-t-il toujours aussi heureux dans scs désastres ?
de sabtines. Ainsi, la consultation de M. Petit , médecin du roi , est tout -à-fait favorable ?
Joseph. En ce moment il repose, et
d’un sommeil si calme, que, suivant toute apparence, le délire momentané de celle nuit ne reparaîtra pas à son réveil.
DE sartines. Continuer à veiller sur lui comme vous le faites.
JOSEPH. Monseigneur, feu M. le comte de Mondovillc me savait honnête homme, et assez courageux dans ma probité ; bien avant qu’il songeât à reconnaître son fils, j’avais été chargé de l’élever... aussi je l’aime plus que je ne puis dire, et je remplis nies devoirs avec toute la tendresse d’un père et tout le zèle d’uu vieux serviteur.
DE sartines. Si je ne puis revenir dans la journée , vous présenterez mes excuses au comte ; je suis accablé d’ affaires.
JOSEPH. J’entends : vous ordonnez les recherches les plus sévères pour qu’on découvre enfin les auteurs des trois attentats dont il a failli être victime.
de sartines. De ces trois attentats, un seul est prouvé!., le meurtre du chevalier de Gondrecourt. Il n’y a dans les deux autres que mystère, incertitude, allégations dénuées de preuves, et je n’y vois pas plus des crimes que des accidcns, dont le hasard seul est coupable.
JOSEPH. Le hasard !..
de sartines. L’architecte employé aux travaux de la rue de Grenelle est connu pour un homme d’honneur, et il répond de tousses ouvriers... 11 explique d’ailleurs avec assez de vraisemblance. . .
JOSEPH. Et moi, monseigneur, j’affirme qu’il y a complot contre les jours de mon maître... et je dirai plus, contre votre honneur... Oui, dans la position où vous êtes, avec les malheureux avantages que vous retireriez de sa mort , il est aussi important pour vous que pour lui de déjouer les tentatives homicides de ses ennemis.
DE saiitines. Quels ennemis lui connaissez-vous?
JOSEPH. C’est ici que mon devoir cesse et que le vôtre commence; je retourne auprès de lui ; je ferai la meilleure garde qu’il me sera possible ; je le surveillerai comme le ferait sa mère, s’il en avait une, et je mourrai s’il le faut à sa place, comme le chevalier de Gondrecourt! Mais, si, malgré tant de soins, le poignard de ses meurtriers arrive enfin à son cœur... devant Dieu et devant les hommes , je reporterai sur un autre la responsabilité de cet assassinat !
(U rentre chez Léonce.)
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