‹ Francois Jaffier drame en cinq actesChapitre 45 sur 46 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

ANTOINETTE, DUKESNEL.

ANTOINETTE , pâle et chancelante. Qui m'a appelée? me voici.

ihjrf.snel. Antoinette!.... c’est toi?....

c’est Dieu qui t’envoie!... oh! je l’accusais à tort, n’est-ce pas? Quel regard !..

Antoinette. Je sais tout!

DUHF.SNCL. Madame...

Antoinette. Mon père m’avait envoyée citez lui, tuais la voiture u’avançait [tas...

Marie était troublée en me répondant...

j’avais le cœur plein de pressentimens sinistres! une voix, celle delà fatalité, me rappelait ici. Je suis revenue en secret par cet escalier dont j’avais fait faire la clef., un bruif de paroles m’a frappée... je me suisarrè.

tée, là, derrière cette porte... j’ai presque tout entendu , sans pouvoir jeter un cri , sans pouvoir faire un mouvement... mourante!... Que disiez-vous donc? Pourquoi cette colère?... pourquoi détournez-vous les yeux ?... ( F. il c aperçait la lettre que Jap fier a jetée sur une table .) Ah ! mon père avait raison... vendue * !...

DtJRESNEf.. Madame, nous avons de grandes fautes à nous pardonner l’un et l’autre, et la responsabdité de toutccci doit retomber sur celle qui, la première, fut coupable !..

ANTOINETTE. Moi, coupable ! ah ! quand il serait vrai !.. mais, maintenant plus que jamais, il m'importe de me justifier!...

Pourquoi je suis allée ciiez M. de Mondoville? pour obtenir de lui la grâce de mon père, dans lequel il poursuivait le meurtrier dcM.dcCiondrccourl!.. Vous ignoriez les motifs de la haine que Jaliier porte au nom de Moudovillu... tb bien! c’est qu’il v a m mie rivalité sanglante entre lui et fe père de I. 'once!... c’est qu’ils ont aimé la même femme!.. Maîtresse de Léonce. . .

moi!... sacrilège!... Mais, monsieur, je savais que j’étais sa sœur!...

liliRESNEL. Sa sœur!...

Antoinette. J’en ai des preuves ; mais à quoi bon vous les donner, à vous qui n’avez pas voulu m'accorder une heure pour 111e résigner à vous dire : « Mon ]>èrc » est coupable d'un meurtre, et je le dé- >■ nonce! j’ai fait un serment à ma mère, » et je le trahis ! »

DL’resnf.l. Sa sœur!. . oui... je vois tout.

Je vous ai cruellement offensée ; mais consolez-vous ; votre père vous veuge , cl je reconnais que ma mort est juste!

Antoinette. Vive*, monsieur, vivez; c'est à moi de mourir!...

Dl'RESNEL. A VOUS?...

Antoinette. Ce serait de la cruauté que de prolonger mon agonie. Ma vie, c’était mon amour! je ne puis plus vous aimer , if faut donc que je meure !. . () ciel ! dire que tout est perdu pour moi !... même le passé:... Vous ne m'avez jamais aimée!..

DERESNF.L, Quoi ! cela peut fans toucher encore !.. Ab ! devant ma more, et je sens qu elle est prochaine, devant Dieu, devant vous, je jure qu’il y a dans mon crime moins d'ambition que de vengeance !..

* DuicmicI, Antoinette.

LE MAGASIN THEATRAL

Comment j'ai consenti à ce crime, je n’en sais rien ! Il y avait un mauvais génie sur moi , un homme qui m’a fait misérable afin de me faire coupable... qui m'a placé entre deux opprobres... l’un éclatant, l’autre caché, entre une trahison et une banqueroute, et qui est venu me dire :

« Choisis! » J’avais choisi ma ruine.'., mais on 111’apprit que vous me trompiez! .

je crus en avoir la preuve, et cela me rendit fou !.. Ayant cessé de croire à vous, Antoinette, j’ai fait bon marché de toutes Inès croyances! Ce que je dis là 11e me justifie pas, je le sais; je n'ai plus de droits à votre tendresse; mais, si j'osais vous parler de ce passé où nous avons eu tant de bonheur ensemble !.. si je pouvais vous décider à lever vos yeux pour lire dans les miens la sincérité de mes paroles, je crois, Antoinette, oui, je crois qu'à cause de mon erreur , à cause de mes remords, à cause de mon amour, vous m’accorderiez mon pardon !

Antoinette. Son amour!...

DUHesnel. J’ai le droit de vous en parler; voyez... je ne songe plus à la mort, je ne songe plus à votre père... je suis tout à la joie de vous savoir innocente!... Que je meure maintenant, mon sang expiera mon crime... et vous ne maudirez pas mon tombeau !...

Antoinette. N’appelez pas la mort!...

elle estasse! près d'ici!... fuyez... Tenez... c est par là que je suis venue... c’est l'escalier secret dont je vous ai parlé... mon père ne soupçonne même pas qu’il existe...

vous êtes libre !

duresnel. Est-ce là tout ce que vous avez à me dire ?

Antoinette. Faut-il dire que je vous pardonne?. •• Eh bien ! je vous le dis... je vous le dis... mais mon père ne vous pardonnera pas, lui. . . sauvez-vous!. .

duresnel. Je vais l'attendre.

Antoinette. Ah ! vous ne le connaissez nas encore!.. Savez-vous qu’il croit mon bonheur intéressé à votre perte?... savezvous qu’il vous tuerait devant moi?...

Fuyez!... Ah !du sang !...

duresnel. Une blessure au bras... je l’avais oublié!...

Antoinette. Blessé ! blessé !... malheureuse !...

duresnel, àgenoux. Antoinette!... tu m’aimes donc toujours!...

Antoinette. Oui , je t’aime !... oui , je t’aime !... je croyais que mon amour périrait dans cette épreuve, et c’est la plus cruelle qu'il ait pu subir ; mais ta voix , m'émeut , ton regard me trouble , ton sang m’épouvante! je t’aime encore !

fils se jettent dan» Un bras l'un de l'nutrc.)

dliiesnel. El moi, je veux vivre pour l’expiaiion... pour le bonheur...

ANTOINETTE. Oui; mais pars, bute-toi ï il me faut du temps pour apaiser mon père, et ce n’est pas en ce moment qu’il est disposé à pardonner !...

DURESNEL. Tu le veux... je t’obéis... et maintenant ma vie t’appartient, Antoinette... si on m’attaque, je me défendrai !..

(11 ramasse son épée et K^t.)

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