‹ François les bas-bleus: drame en cinq actes et sept partiesChapitre 55 sur 118 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

raine vous dira^ comme si je vous le disais moi-même. » mon Dieu 1

LE QJIEVALIER.

Voici quelles sont les intentions de Monsieur : il désire rester seul à Villers-Gotterets, et prie Madame de vouloir bien ne pas s'éloigner du Palais-Rôyal ou de Saint-Cloud.

UADAME.

C'est une séparation ?

Oh ! momentanée.

UADAÎklE.

Puis-je savoir au moins ce qui la motive?

LE GHEVALIE R.

Je n'ai rien^à transmettre à Madame quant au passé.

MADAME

Et je n'ai rien à me reprocher, moi, monsieur !

LE CHEVALIER

Nyl n'en est plus convaincu que. votre serviteur, Madame. — Si Votre Altesse n'a pas d'autres ordres à me donner... (n va pour sortir;

Madame Tarrête du geste.)

MADAME

iQu'est-ce que je vous ai fait, monsieur le chevalier? Vous avez osé me tenir un jour un langage indigne de moi , indigne de vous. Mais cette offense, ne vous en ai-je pas' fièrement gardé le secret? Vous en ai-je fait tort, je ne dis pas auprès de Monsieur, qui ne m'aurait peut-être pas crue, mais auprès du roi?N'aurais-je pas oublié tout déjà, si vous aviez oublié vous-même ? Chevalier, qu'est-ce que je vous ai fait? Parce que je ne veux pas que vous m'aimiez, comment pouvez-vous me haïr? Voyons, dites, est-ce qu'à mon insu il y aurait eu de ma faute dans votre égarement ? J^ ne sais pas, je cherche, je suppose; mais voua voyez bien que je suis sans colère, et que je m'accuse presque afin de vous excuser ufi peu.

LE CHEVALIER

Eh 1 vous voyez bien aussi que vous êtes encore adorable, et que

votre grâce et votre bonté sont sans merci! Non, Madame, dodI il nV a rien eu jamais de votre faute. Mais je vous avertis que vous avez un malheur, c'est de plaire t de plaire fatalement, sans vous en douter, mais sans qu'on y échappe. Quelle force voulezvous qui tienne contre cette coquetterie involontaire, la plus irré- Vistible de toutes ? Vos yeux si purs ont une flamme contagieuse qui éclaire peut-être, certaines âmes, mais qui dans d'autres brûle...

MADAME

Monsieur !

LE CHEVALIER

Oh ! ne craignez rien I je ne m'exposerai pas une seconde fois à l'horrible souffrance de lire le mépris sur qe visage. Seulement, il y aurait pour moi un% souffrance plus abominable encore, ce serait qu'un autre y lût le bonheur. Madame , si un rève impie a traversé un jour ma pensée, soyez tranquille! c'cst^ éteint, c'est étouffé, c'est mort! Vous êtes maintenant pour moi une idole auguste et sacrée, placée sur un autel, et dont je n'approcherai jamais. Mais aussi je me suis juré que personne, moi vivant, n'en n'approcherait davantage.

l^ADAME.

Que signifie?...

LE CHEVALIER

Madame, je suis le serviteur dévoué du prince, votre mari, je n'agis désormais que pour lui et par lui, je me suis assimilé ses passions et ses haines. Amoureux! vous avez bien raison, j'étais criminel, j'étais insensé! Mais jaloux, Dieu merci! je peux être et je suis jaloux... jaloux de l'honneur de mon maître, cela s'entend!

MADAME

Vous oubliez que je suis la première gardienne de cet honneur.

Le comte de Guiche vous aime. Madame î

MADAME

Sachez, monsieur, que lui ne me l'a jamais dit

LE CHEVALIER, douloureusement.

Madame! si vous alliez aimer le comte de Guiche!

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