ACTE QUATRIÈME, PARTIE II. 1H
peux, — je ne dis pas Taccuser, fi donc ! — mais est-ce que je peux la défendre? Enfin, vous appelez mon témoignage ~ juste et franc et sincère ; eh bien, je vais le rendre. Sire, depuis hier, j'assiste à tout, je vois ce qui se passe, et j'écoute Madame, et je la regarde. Allez I c'est fièrement i3eau dans elle! Ahl le rayon du matin sur le pré en fleurs n'est pas plus beau! Tout ce qu'elle a dit, tout ce qu'elle a fait, Sire, ah ! c'est grand, c'est doux, c'est pur 1 à vous faire pleurer, à vous faire prier, à faire qu'on baise la place ôii elle a posé ses pas! — Seulement, elle n'a pas de bonheur, je trouve, elle a tout contre elle, quoi! elle est princesse, elle est belle, et elle est bonne! Et qu'est-ce qui arrive? On l'admire, alors on aspire à elle. On l'aime, alors on se jalouse et on se déleste autour d'elle. On est sûr qu'elle aimera mieux s'exposer et souffrir que de se plaindre et de dénoncer , alors on l'attriste et on la tourmente sans risque, sans crainte et sans honte!
Et qui ose donc cela? qui? — Ah I tu as raison, je sens que tu as raison! Madame n'est que grandeur et douceur! mais je saurai bien écarter et punir ceux qui ont pu la méconnaître! M. de Guiche, le premier!
Oh! M. de Guiche est mon seigneur... S'il a fait du mal, c'est à l'étourdie et sans le vouloir, et il en est bien puni. Sire! il en est assez puni 1 — Mais le vrai, le grand coupable, ah ! je n'ai pas de raison, moi^ pour l'épargner, et je l'accuse : c'est celui qui accuse les autres , celui qui aime comme on déteste , celui que je hais, moi, d'une haine d'abeille à frelon! c'est l'empêcheur! c'est l'effaroucheur de rossignols et l'écraseur de roses ! c'est le chevalier de Lorraine !
LE ROI
Le chevalier? Il est l'ennemi de Madame^ mais...
Ohl il serait déjà assez méchant de la haïr; mais c'est bien pis, le païen ! — Sire, voyez, regardez, comprenez : il a osé l'aimer et le lui dire ! et il ose encore être jaloux d'elle, jaloux ^'amourl
LE BOI
Est-ce possible 7
Cest certain.
LB EOl.
Gomment le sais-tu? qui te Ta dit?
FEANÇOIS.
Je Fai entendu, Sire. Il se croyait seul avec Madame, il ne savait pas qu'il y avait là, tout près, un honnête cœur qui Técoutait, qui le jugeait,
LE EOI.
Oh! rindigne ! Tindigne! — Mais où donc cela se passait-il 7 et quand 7
Hier soir, ici. Votre Majesté a dit qu*on s'en aille, je me suis trompé, je me suis trouvé enfermé là. Quand le roi a été parti, le chevalier est entré, et j'ai entendu tout, j'étais là.
LE ROI
Malheureux!... mais quand, moi, j'ai parlé à Madame !
FRANÇOIS, 8*Jnclinant.
Sire, pardon I j'étais là. Le roi est mon maître et mon juge.
L B R 1 , à lui-même.
Son juge ) (Haat, après un silence.) Pourquoi pUos-tu le genou, mon ami? Il est bien vrai que tu es un honnête cœur, et aussi un serviteur sincère, et quand je t'ai demandé la vérité, ce n'était pas pour la punir.
Votre Majesté la connaît maintenant tout entière. Et le roi, bien sûr, va s'arranger de ces malheureuses lettres dont le chevalier menace Madame.
LE ROI
Oh! ces lettres!... Mais non, je ne puis ni refuser, ni dissimuler ces lettres. J'essaierais de nier le mal, je ne le supprimerais pas, je l'aggraverais peut-être. Que faire?