Friedier : Archio fur oest. Geschichte, xLiv
2. « On crut néanmoins peu à peu les faire revenir, et pour cet effet, en changeant de politique, Ton commença à faire des
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depuis qu'elle avait pris part à l'évasion de la prison de Neustadt, elle était internée dans un
caresses extraordinaires à la femme du Prince Ragotzi, que l'Empereur fit retirer du Couvent où elle étoit confinée, et la rappela à Vienne, où toute la Cour Impériale lui fit toutes les amitiez possibles. L'Impératrice, la Douairière, et les Archiduchesses l'ayant reçue avec agrément dans leurs appartements. L'Impératrice sur tout lui dit, que c'étoit de sa prudence et de sa piété, que l'Empereur attendoit la consommation de l'ouvrage de la paix ; que c'étoit à sa vertu et à son amour pour le bien public, qu'un œuvre de cette conséquence étoit réservé ; et que puisque le Prince Ragotzi venoit d'accorder ce que Ton n'avoit pu jusques-là obtenir des Mécontens, qui étoit une suspension d'armes, il falloit, qu'avec la permission de l'Empereur elle se servit de cette heureuse occasion pour revoir son mari, et pour le porter à la douceur d'un accommodement.
c La Princesse, qui n'avoit pas moins de courage que son époux et qui Taimoit passionnément, sentit une grande joye dans son cœur de pouvoir sous ce prétexte le revoir et l'embrasser ; mais elle étoit bien éloignée de lui conseiller d'abandonner ses prétentions sur la Transylvanie pour se réduire au Comté de Burgau que l'Empereur lui offroit. Elle sçavoit la leçon du Florentin, qui dit qu'un homme est insensé, qui croit que pour une petite satisfaction les Grands oublient de grandes injures. La Princesse en avoit reçu de si cruelles, qu'on ne devoit pas attendre qu'elle les oubliât jamais. Son Ayeul décapité, son Oncle et son Beau-père dépouillez de tous leurs biens ; l'un mort en prison, l'autre exilé dans la Turquie, où il étoit réduit à un état indigne ; son mari condamné à perdre la tète sur un échafaut, et elle emprisonnée dans la solitude d*un Monastère, où tous ses pas étoient observez. C'étoit trop d'outrages l'un sur l'autre. Elle voyoit que ses ennemis les plus cruels étoient obligez de s'abaisser à la flatter; c'étoit un triomphe pour elle, mais ce n'étoit pas assez pour effacer de son cœur tous les chagrins dont il étoit ulcéré. Elle répondit cependant qu'elle s'employeroit avec plaisir à persuader & son mari, tout ce qui pourroit le porter à un bon accord, et que sa pitié entroit fort dans les peines de tous les peuples fatiguez par cette guerre domestique : qu'enfin l'Empereur n'avoit qu'à lui faire expliquer ses intentions, et qu'elle s'y confonneroit tout autant qu'il lui seroit possible.
couvent, aux environs de Vienne, avec ses deux enfants. Lord Stepney fit savoir à Ràkôczi que
c Le Conseil de Vienne avoit de grandes vues dans cette démarche affectée. Il se flattoit de deux choses : Tune ou que la Princesse réussiroit suivant les intentions de TEmpereur, et feroit par considération pour ses enfants accepter h son mari la proposition de l'échange de ses prétentions contre le Burgau, ce qui mettroit le Prince entre les mains de l'Empereur son Souverain, qui trouveroit bien dans la suite les moyens de s'en vanger ; ou que du moins cette démarche semeroit de la jalousie entre le Prince et les Mécontens qui ne pourroient pas croire que la Princesse entreprendroit ce voyage, si les choses n'étoient pas secrètement réglées avec son mari.
c Ce fut au commencement de l'année suivante, que l'Empereur résolut d'exécuter ce qu'il avoit projette touchant la femme de Ragotzi : Après l'avoir fait en particulier entretenir par les Impératrices et les Archiduchesses et lui avoir fait faire toutes sortes de caresses par sa Cour Impériale, il la fit venir dans son propre cabinet, où l'ayant reçue avec tous les témoignages possibles d'amitié et de tendresse, il lui dit qu'il n'épousoit point les querelles de son père, et que s'il y avoit eu des plaintes réciproques et des démêlez entre le Prince Ragotzi et le feu Empereur, ces démêlez n'étoient point venus jusqu'à lui, qu'il avoit au contraire toujours fait une estime singulière du Prince, qu'il ne souhaiteroit rien de plus que de le voir au rang de ses amis sincères, que plus elle trouveroit de diffîcultez à ramener son esprit dams le devoir, plus elle auroit de gloire de le faire; qu'elle trouveroit des obstacles dans les Comtes ses amis, qui s'étoient rendus maîtres de l'esprit de ce Prince, mais qu'il y avoit bien de la différence de ce que dit une femme pour des enfcmts communs, et ce que conseillent des gens passionnez; qu'il vouloit être le père de ses enfants et qu'en un mot ce qu'il faisoit en faveur du Prince Ragotzi, qu'il tiroit du pair de tous les autres, ne partoit que d'une pure inclination de lui faire du bien.
a Je ne puis rien répondre, ni répondre de rien à vôtre « Sacrée Majesté Impériale, répondit la Princesse : je ne dois c pas blâmer mon époux de ce qu'il a fait, étant persuadée « qu'il a des raisons, qu'il faut que j'écoute ; mais elles seront € bien puissantes si elles ne cèdent aux bontez de vôtre Ma- « jesté Sacrée, et je sçaurai si bien concourir & ses désirs, et
l'empereur, animé de sentiments bienveillants à son égard, était disposé à envoyer la princesse à
« peindre au Prince ce qu'il doit à son maître, à sa femme et c à ses enfants, que mes sollicitations auprès de lui pourront a bien prévaloir à tous les conseils dont il est obsédé. »
« Sur cela l'Empereur s'ouTrit davantage touchant ses offres, fit voir à la Princesse l'état terrible auquel les enfants du Prince se trouvoient réduits par sa rébellion, la facilité avec laquelle il pouvoit sortir d'intrigue, qu'il ne seroit pas plutôt d'accord que le reste des Mécontens suivroit son exemple et reviendroit à son devoir, qu'enfin il se faisoit une joye inexprimable de lui avoir obligation de cet accommodement ; que le Comté de Burgau qu'il avoit résolu de lui ériger en Principauté héréditaire, valoit plus de revenu que la Transylvanie, et qu'au lieu que ce seroit au Sujet à acheter les bonnes g^ces de son maître, c'étoit ici le maître qui les achetoit, et y donnoit le comble par son amitié.
« Si tout ce que l'Empereur disoit étoit sincère, je le laisse à juger ; mais la Princesse le crut moins qu'elle ne fit semblant d'en être persuadée et répondit aux boutez apparentes de l'Empereur avec toute la soumission qu'elle marqua lui devoir ; elle promit tout ce qu'il désira et après en avoir pris congé, elle partit en diligence, bien escortée, pour aller trouver son mari.
« Pour exprimer la joye qu'ils ressentirent à leur entrevue, il faudrait la sentir soi-même. La Princesse n'oublia rien pour satisfaire à ce qu'elle avoit promis è, l'Empereur ; mais elle n'eut pas plutôt oui les raisons du Prince, qui étoient les siennes, qu'on prétend qu'elle l'excita à être encore plus inébranlable sur la Principauté de la Transylvanie qu'il demandoit.
« Il est beau, lui dit-elle, et généreux de se contenter de voir c son maître humilié jusqu'à demander la paix, de rentrer en « tranquillité après la tempête, et d'assurer du pain à sa € femme et à. ses enfans par les voyes les plus pacifiques. « Mais que j'entrevois d'artifices dans tout ce que propose € l'Empereur ! Il se réconciliera cet ennemi mortel, mais qui m peut vous assurer qu'il ne se souviendra plus que vous le « forcez à s'humilier ; et lorsqu'il vous tiendra au rang de ses « Sujets, manquera-t-il de prétexte pour vous mettre la tête « sur un échafaut? La seule pensée m'en fait frémir. Vivez libre, a à la tête de vos Armées, et laissez-moi passer mes tristes
son camp, si toutefois il le demandait. Râkôczi répondit qu'étant en guerre avec l'empereur, il ne pouvait rien lui demander, même à titre privé, et on se contenta de la lettre qu'il écrivit à la princesse, en exprimant le désir de la voir, si l'empereur lui en donnait l'autorisation, et en s'enga-
< jours dans la solitude de mon Couvent. Je crains plus pour c vôtre vie que pour la mienne et je hais trop le iîls de celui c qui a fait périr vôtre ayeul par les mains d'un Boureau, pour « vous conseiller d'être jamais son ami. Quand le sujet a tiré « Tépée contre son maître, ne sçavez-vous pas qu'il ne doit € jamais la remettre au foureau, ou s'attendre que le maître « tirera la sienne et s'en servira quand le sujet y pensera le « moins ? »
« J'ai, répondit le Prince, bien de la joye de vous voir dans c des sentimens si conformes aux miens. Et si vous étiez venue « auprès de moi avec des pensées contraires, vous auriez eu c le déplaisir de ne jamais obtenir audience de mon amour. »
o Ces complimens réciproques furent accompagnez de tous les témoignages possibles d'une sincère amitié ; et les Comtes qui ne vouloient pas ce voyage de la Princesse et surtout Bérésini, furent aussitôt informez du résultat de cette entrevue, dont ils ne dévoient point prendre d'ombrage, connoissans la fermeté de l'un et la vertu de l'autre.
€ Cependant l'Empereur attendoit un puissant efTet de cette négociation, et étoit dans l'impatience du retour de son Ambassadrice ; mais il fut fort étonné, lorsqu'il apprit par la voix publique, et par une Lettre qu'elle lui écrivit, qu'elle n'avoit rien fait ; que les conseils des Mécontens préval oient sur tout ce qu'elle avoit pu dire, et qu'elle voyoit un si grand obstacle à tous les bons désirs de l'Empereur, dans l'esprit du Prince, qu'il ni avoit que la Principauté Souveraine de la Transylvanie, qui pourroit l'emporter sur ses liaisons avec les Hongrois; qu'elle étoit bien fâchée d'avoir si mal réussi dans ses tentatives , mais que le tems feroit peut-être ce qu'elle n'avoit pas pu exécuter. L'Empereur, irrité contre elle, la fît arrêter en chemin à son retour, sous prétexte qu'elle avoit voulu tenter de faire évader ses enfans. » Histoire du P, Ragolzi,
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géant à la renvoyer à Vienne si on Texigeait. L'autorisation fut accordée et la princesse rejoignit Râkôczi à Nyitra, d'où ils se rendirent ensemble à Érsek-Ûjvâr.
Le langage de Tafiection et de la tendresse de répouse fut appuyé par Téloquence diplomatique d'un homme d'État, le comte Wratislaw, chancelier de Bohême qui, sous prétexte de présenter ses hommages à la princesse, la rejoignit et s'unit à elle pour proposer au prince, au nom de Tempe* reur, le comté de Burgau, que l'on élèverait au rang de principauté souveraine, avec siège et voix au Conseil des princes allemands ; ils insistèrent sur la différence, pour lui et pour sa famille, entre ce qu'on lui offrait et la dignité de prince de Transylvanie que l'Autriche lui contesterait toujours, ou encore les dangers et les fatigues, l'incertitude de la situation en Hongrie... Ràkoczi convint de la justesse des conclusions, mais répondit que dans cette entreprise nationale, il n'avait eu en vue ni son intérêt personnel, ni celui de sa famille, mais le bien et la liberté de sa patrie, que son amour et son attachement pour elle s'étaient encore accrus par la confiance que lui avaient témoignée les États.
Émue, mais résignée et énergique, la princesse
encouragea Rékôczi à ne pas accepter les propositions de Tempereur, qui « pourrait à l'occasion se souvenir qu'il avait dû s*huinilier devant un sujet. » Fidèle à la parole donnée, la princesse quitta son mari et repartit pour TAutriche, En traversant la Moravie, elle fut insultée par le peuple qui suivait sa voiture en poussant des cris de mort, il l'accusait d'être la cause de la continuation de la guerre, qui occasionnait de grands dommages au pays, par les fréquentes incursions des Kouroucz.
La princesse tomba malade; pour continuer sa route, on lui donna une escorte et la cour de Vienne la lit étroitement surveiller, même garder à vue dans son lit, pendant le séjour qu'elle dut faire aux bains de Karlsbad. Dès que ses forces furent un peu revenues, elle demanda l'autorisation, qui lui fut accordée, de monter à cheval, elle parvint à gagner l'un de ses gardiens, ce qui lui permit de s'enfuir jusqu'en Saxe.
Rdkoczi avait ajouté qu'il ne voulait pas contester à l'empereur la suzeraineté de la Transylvanie, mais il demandait que l'on respectât les conditions auxquelles Léopold P'^ avait pris le pouvoir des mains d'Apafy ; il était prêt à déposer le Diplôme remis par les États de Transylvanie,
IS
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à condition que ceux-ci le déliassent du serment qu'il avait prêté.
La réponse simple et digne de Rdkôczi avait fait une si profonde impression sur le chancelier Wratislaw que, de retour à Vienne, il plaida sa cause avec une chaleur qui fît douter de son propre loyalisme. Avant de quitter le prince dont il ne pouvait méconnaître la générosité et la pureté d'intentions, il lui recommanda de se garder des promesses trompeuses des étrangers. « Prince, lui « dit-il, vous avez confiance dans les promesses « de la France ; la France est l'hôpital des princes « qu'elle a ruinés par les promesses et les enga- <( gements qu'elle ne tient pas ; vous en augmente- « rez le nombre et vous finirez là votre carrière... »
On lui adressa un autre intermédiaire, c'était sa sœur Julianna, comtesse d'Aspremont, que l'empereur Joseph tenait en haute estime. Non seulement Ràkoczi aimait de toute la tendresse dont son cœur était capable cette compagne de son enfance, cette confidente de sa jeunesse, mais encore il l'estimait et l'appréciait pour ses hautes qualités intellectuelles, pour ses sentiments patriotiques, pour son caractère. Elle aussi répéta toutes les raisons que la tendresse et la sagesse, l'affection et l'expérience pouvaient inspirer, elle
reprît les arguments de la princesse et du chancelier, mais sans plus de succès. Râkôczi fit preuve d^une virile fermeté en résistant apx raisons persuasives d'une sœur aimée qui avait toujours exercé une grande influence sur son cœur et sur son esprit. Elle fit savoir à l'empereur que son frère ne se détacherait pas, pour des raisons personnelles, de l'intérêt qu'il portait à son pays et qu'il ne déposerait les armes que lorsqu'il aurait été accordé satisfaction à sa patrie.
Les conférences de Nagy-Szombat avaient démontré que le gouvernement n'était pas disposé à céder, il ne restait donc à Rdkoczi qu'à reprendre les armes*. Il rouvrit les hostilités en se rapprochant d'Esztergom et en mettant le siège devant le château^ situé sur un haut rocher. Quelques semaines plus tard, le commandant capitula et le prince put faire son entrée dans le château. Dans la chapelle, construite par saint Etienne, il fit célébrer, le 14 septembre, un Te Deum pour l'heureuse reprise des opérations.
1. Il fit publier, en latin et en hongrois, les notes échangées au cours de ces négociations ; elles parurent sous le nom de Veraciu8 Constaniius, miles Hungarus, et des exemplaires en furent envoyés aux puissances étrangères.
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Ce que Rékôczi, par son énergie et ses sages dispositions, avec le concours d'officiers comme Le Maire et de La Mothe, pouvait faire, était bientôt perdu par le mauvais vouloir ou la trahison de ses subordonnés. Il avait donné Tordre à Forgàch de se maintenir à Ësztergom où il laissait le régiment de Bonafoux qu'il avait nommé commandant de la forteresse ; le comte Ësterhàzy était chargé de remettre la forteresse en état, tandis que Bezerédy, qui était à Sopron, devait quitter cette ville pour se rapprocher d'Ësztergom et empêcher la marche de Guido Starhemberg.
Le capitaine d'artillerie Rivière qui avait été fait prisonnier et échangé pendant les négociations de Nagy-Szombat, contre des ofGciers autrichiens, avait pendant sa captivité, à Presbourg, étudié la ville ; il indiqua le moyen de la prendre, ce qui permettait^ en se rapprochant de la frontière, de protéger les places conquises sur cette rive du Danube. L'exécution du plan fut confiée à Forgdch qui regut des instructions écrites de Ràkéczi. Mais au lieu de les suivre, il traita avec la ville de Prèsbourgs lui assura, contre une somme importante, la liberté du commerce, et mit à contribution quelques petites villes ; pour paraître avoir fait quelque chose, il pénétra en Autriche, surprit un
bataillon, et enleva quelques drapeaux qu'il envoya à Râkôczi. Non seulement Forgâch n'avait rien fait à Presbourg, mais encore Esztergom avait été pris par Starhemberg, pendant qu'il était en Autriche. Avait-il eu l'intention de trahir ou avaitil simplement agi selon son inspiration? On ne crut pas à la sincérité de ses intentions, et Rikôczi, pour faire un exemple, convoqua Forgàch à Rozsnyô et le fit interner dans le château de Krasznahorka qui appartenait aux comtes Andràssy. Le prince ne voulait pas, à cause de la grande considération, dont jouissait la famille Forgâch, le faire comparaître devant un conseil de guerre qui Teût condamné à mort, il avait préféré user de ménagements. Vaine précaution, d'autres faits se produisirent sans que l'on pût établir s'il y avait trahison ou incapacité. Là seulement, où il agissait personnellement, Rikôczi pouvait compter sur le succès.
Le général Rabutin avait quitté la Transylvanie avec des troupes bien entraînées et il assiégeait Eassa. Bercsényi et Eârolyi se trouvaient aux environs avec des forces importantes, mais ne se pressaient pas d'aller dégager la ville ; l'arrivée de Râk6czi donn^ une impulsion plus énergique aux opérations et grâce à la population de Eassa et au
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commandant de la ville. Radies, un vieil officier qui avait défendu Munkâcs sous Hélène Zrinyi, il obligea Starhemberg, qui avait rejoint Rabutin, à lever le siège et il le contraignit, après un arrêt à Tokaj, où le vin nouveau et les froides nuits d'automne firent des ravages dans son armée, à passer la Tisza et à se diriger vers Debreczen ; cette retraite même lui eût été coupée si Kàrolyi, par égard pour les habitants de Debreczen, n'eût ménagé leur ville... En même temps, Bezerédy, redoutant sans doute le sort de Forgàch, faisait preuve de zèle et, avec le concours de Kisfaludy, battait, près de la frontière, un corps de troupes, composé d'Allemands, de Rasciens et de Slaves. Le général Joseph Heister, frère du feld-maréchal, était fait prisonnier et envoyé au camp de Ràkôczi.
La trêve qu'imposait l'hiver, les succès remportés par Râkôczi lui permirent de convoquer le Sénat à Rozsnyo. On discuta des conditions que mettait Louis XIY à la continuation de son appui aux Hongrois. La question financière fut l'objet des plus importantes délibérations; les mesures prises à Eger n'avaient pas été très efficaces, la monnaie de cuivre avait perdu de sa valeur et le besoin d'argent se faisait vivement sentir. Pour y
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obvier, Râkôczi dut consentir au moyen qu'il avait d'abord si énergiquement repoussé, à l'impôt. Il fut établi sur un plan proposé par Bercsényi et étudié jusque dans les plus petits détails. L'impôt devait s'élever à quatre millions de florins et être réparti proportionnellement entre les comitats^ faisant partie de la Confédération ; seulement cet impôt pouvait être payé en nature, approvisionnements, produits industriels, selon les ressources et la production du comitat. La poudre, le fer, les vivres, les étoffes furent employés pour les besoins^ de l'armée, ou vendus aux pays voisins, ce qui procura de l'argent comptant. Pour la perception de cet impôt particulier, le pays fut divisé en cinq circonscriptions : Gyôr, Kassa, Érsek-Ûjvàr, Szol-^ nok, Szatmâr.
Forgàch n'avait pas fait de bonne besogne en Transylvanie ; il avait détaché de Rdkôczi la population et, en moins d'un an, il avait laissé prendre^ par les Impériaux les places fortes que le peuple leur avait arrachées. Il avait fortifié le défilé de Zsibô, dans les Karpathes, et en avait fait un passage qui semblait imprenable, mais les tergiversations, les indécisions voulues, le manque d'unité dans l'action donnèrent la victoire aux Impériaux; la défaite de Zsibô leur ouvrit la Transylvanie,.
Herbeville y pénétra et le général Klôckelsperg entra à Kolozsvâr.
Mais lorsque Forgàch eut quitté le pays, les Transylvains, que son attitude équivoque avait rendas hésitants, se ressaisirent et firent preuve d'union, d'énergie, de persévérance ; ils ne tardèrent pas à reconquérir ce qu'avaient pris Klôckelsperg et d'Herbeville. Laurent Pékry, envoyé avec cinq mille hommes par Rékôczi, subit une défaite à Kocsârd, mais ses pertes furent rapidement comblées par la population qui se pressait autour de ses étendards. Le sentiment patriotique s'était réveillé, l'enthousiasme, la bravoure enflammaient les combattants et les troupes impériales subissaient de si graves échecs, que leurs chefs envoyaient à Vienne des rapports désolés, dans lesquels ils demandaient à être rappelés et préconisaient l'abandon de la Transylvanie. Au Conseil, cette proposition n'était pas absolument combattue, on comprenait que l'on ne pouvait lutter contre deux pays à la fois. Mais l'empereur tenait ferme, il ne voulait pas renoncer à celte principauté conquise par son père. Rabutin reçut Tordre de retourner en Transylvanie, oh Pékry avait acquis à la Confédération presque tout le pays, sauf quelques villes saxonnes.
Cédant aux instances de ses conseillers et à rappel des Transylvains, Râkôczi décida de se rendre en Transylvanie pour prendre solennellement possession de la principauté. Il convoqua une assemblée pour le 5 avril 1707, à Maros- Vâsârhely, il y arriva quelques jours plus tôt pour s'entendre avec Laurent Pékry au sujet des clauses du diplôme. Animé de sincères sentiments patriotiques, Laurent Pékry avait combattu avec autant de zèle que de succès pour la délivrance de son pays, mais il était peu satisfait de l'élévation de Ràkôczi au trône de Transylvanie, Proche parent, par sa femme, d'Émeric Thôkôly dont on redoutait plus qu'on ne désirait le retour, il eût voulu voir l'ancien chef révolutionnaire remonter sur le trône; ce sentiment, joint à une ambition personnelle, qui le faisait viser plus haut encore, en avait fait plutôt un adversaire de Ràkôczi. Il avait fait naître la crainte que le prince ne fît gouverner le pays par des Hongrois, sans égards pour les anciennes lois et institutions de la Transylvanie; aussi les clauses du diplôme renfermaient-elles des restrictions réduisant Tautorité et le pouvoir du prince à sa plus simple expression. Rdkôczi déclara être prêt à renoncer au trône de Transylvanie, plutôt que d'accepter ces conditions ;
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son langage, clair et ferme, l'exposé loyal et sincère de ses sentiments et de ses projets, son désintéressement patriotique dissipèrent les suspicions et on lui présenta alors un acte renfermant les mêmes clauses que celles acceptées autrefois par ses ancêtres.
Le couronnement eut lieu sous une tente, érigée dans une vaste plaine, auprès de la ville ; la cérémonie se déroula en présence du clergé, des représentants de la noblesse et des villes, avec la pompe traditionnelle ; un représentant prononça une longue allocution rappelant les droits et les devoirs du prince, mais, à travers les formules de déférence, apparaissaient quelques allusions aux sentiments de méfiance. Rdkdczi répondit en affirmant, encore une fois, son unique désir de développer le bien du pays en assurant sa liberté. U fut couronné par Tévêque, prêta serment et fat acclamé. Il assista ensuite à un Te Deum célébré dans la chapelle catholique de l'endroit.
Pour éviter toute apparence de pression sur les délibérations de rassemblée, il envoya son régiment de gardes à Nagy-Szeben, et désigna douze patriotes qui devaient former le Conseil d'Etat sans lequel le prince de Transylvanie ne pouvait gouverner. Au lieu de s'approprier, comme Ta-
valent fait ses prédécesseurs, les biens confisqués, Rékôczi les attribua aux caisses de TËtat. Cet acte équitable, ne servit guère, bientôt il dut constater que les intrigues de la cour d'Autriche avaient refroidi le zèle des patriotes et que le soupçon empoisonnait leur âme.
Malgré toute son éloquence et malgré toute la valeur de ses arguments, il ne put s'opposer au vote d'une loi qui devait avoir pour conséquence la dissolution, plus ou moins rapide, de Tarmée ; cette loi autorisait les nobles à rappeler, quand bon leur semblerait^ leurs paysans servant dans Tarmée. Comme Tarmée était composée, pour une bonne moitié, de paysans, elle pouvait à un moment psychologique se trouver réduite à presque rien ; il était impossible, dans ces conditions, ni de compter sur une armée, et même, rayant à un moment, de pouvoir entreprendre de grandes choses, car il était à craindre que la noblesse n'abusât de cette loi pour rappeler les paysans dont Tabsence nuisait aux travaux des champs, et qu'un séjour prolongé sous les armes pouvait inciter à demander pour eux-mêmes la liberté pour laquelle ils se battaient. Rdkôczi eût pu combattre ce projet, et le peuple qui l'aimait Teût soutenu, mais respectueux jusqu'au scru-
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pule de toute loi, il accepta le vote et signa un acte qui le dépouillait, le lendemain, des privilèges qu'on lui avait attribués la veille.
Les représentants déclarèrent nulle l'élection qui avait autrefois porté Michel Apafy II au pouvoir et « suivant Texemple des républiques belge et helvétique » se détachèrent^ eux et leurs descendants^ de la famille de Habsbourg.
L'assemblée se sépara, non sans grandes protestations de dévoûment et de soumission et après avoir décerné, au prince, le titre de Pater patriae. Les confédérés hongrois avaient envoyé une députation pour féliciter le prince, et le mar* quis Des AUeurs avait remis, en audience solennelle, une lettre du roi de France, qui se montrait fort généreux en belles promesses qu'il ne put pas tenir.
En quittant la Transylvanie, Râkéczi s'arrêta dans un de ses châteaux, à Radnod^ pour passer la revue de trois mille Sicules, armés de bâtons ; il préleva les hommes nécessaires pour former un régiment de cavalerie qu'il adjoignit à ses troupes du palais. Il créa en même temps une compagnie de gardes-nobles qui devait comprendre cent jeunes nobles, il leur donna comme chef Simon Eemény, le petit-fils du général Jean Kemény qui, à la
mort de Georges Ràkôczi II, était monté sur le trône de Transylvanie.
11 se proposait aussi de fonder un ordre, la Providence divine^ sur le modèle des ordres militaires du moyen âge^ mais il n'en eut pas le temps.
Ràkéczi avait un titre de plus^ beaucoup d'illusions en moins ; il rentra en Hongrie, le cœur meurtri et plein d'amertume; Tingratitude qu'il avait constatée le faisait souffrir et ce sentiment fut peut-être la cause de la faute politique qu'il allait commettre, la seule que Ton puisse lui reprocher.
La guerre de la succession d'Espagne se continuait, non seulement dans la péninsule ibérique^ mais encore en Allemagne, en Italie, en Belgique. Le roi de France, en soutenant le mouvement national hongrois, avait en vue d'occuper l'armée impériale en Hongrie, mais malgré l'insistance de Râkéczi, il ne voulait pas conclure de traité d'alliance ; il le promit plusieurs fois, mais sous différents prétextes, il en différait toujours la conclusion, la remettant à plus tard.
Depuis le résultat négatif des négociations de Nagy-Szombat , Rékéczi insistait auprès de Louis XIV avec plus d'énergie ; l'empereur Joseph
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et ses alliés remportaient des succès sur les troupes françaises, et il était à craindre que la France ne se vît bientôt contrainte à signer la paix avec ses adversaires. Joseph P*" eût pu alors retirer ses armées d'Allemagne et d'Italie, les jeter sur la Hongrie, étouffer le soulèvement et gouverner le pays selon son bon plaisir. Pour éviter à la nation un pareil désastre, Ràkéczi voulait que, dans l'alliance avec le roi de France, il fût stipulé qu'au cas où Louis XIY signerait la paix, il s'engagerait à faire reconnaître Ràkéczi comme prince de Transylvanie et à faire garantir la liberté constitutionnelle de la Hongrie. Il fit faire auprès de Louis XIY une démarche par son représentant en France, le baron de Vetésy *.
Diplomate intelligent, Yetésy avait vu depuis longtemps quelles étaient les intentions de la France et, dans ses rapports à Râkôczi, il ne manquait pas de lui faire part de ses impressions, il comprenait que la France ne considérait les Hongrois que comme les instruments d'une diversion, et était prête à les sacrifier pour faire la paix avec l'empereur. Râkôczi ne s'y méprenait pas, mais il savait aussi que la France était le
1. Ladislas Vetésy de KOkenyesd était allié & la famille de Ràrolyi.
seul État qui soutint la Hongrie, et que, sans son appui, la guerre était presque impossible ^ C'était la France aussi qui, avant même le soulèvement de 1703, avait aidé par ses subsides Râkôczi et Berscényi, pendant leur séjour en Pologne.
L'envoyé hongrois qui était, par l'expérience acquise, partisan de la réconciliation, fît entendre qu'au cas où le roi de France ne voudrait pas conclure l'alliance demandée avec Rdkôczi, ce dernier serait obligé de conclure la paix avec l'empereur : « La France ne voyait en Ràkôczi qu'une diversion utile, et elle le soutenait dans la mesure où il se montrait irréconciliable avec la maison d'Autriche, mais ne lui pardonnait aucune négociation, ni avec cette maison, ni avec les puissances maritimes, la Hollande et TAngleterre. Or, le devoir de Ràkôczi, comme patriote hongrois, était de négocier avec l'empereur-roi, le jour où cet empereur serait bien disposé pour son pays. Et de fait, l'honnête et généreux Ràkéczi a commencé sans cesse à négocier pour mettre un terme aux souffrances des guerres civiles. Chaque fois, il était menacé de perdre les secours d'ar-