‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 130 sur 305 · CYMB^INE ET OTHELLO · texte numérisé non relu

CYMB^INE ET OTHELLO

lini, nous sommes transportés bien loin iJc ces misérables bilHti> lions celtiques qu*a décrites Slrabon: « Les Bretons constniisnt leurs maisons de bois en forme de cercle, avec de grands kiiti pointus... Les forêts des Bretons sont leurs cités; dès qu*ilsoil enclos de troncs d'arbres un large circuit, ils construiseol dm l'intérieur des maisons pour eux-mêmes, el des granges pow leurs bestiaux, n Devant la description de l'appartement d'Iox»gène, les pédants comme Johnson ne manqueront pas de crieri l'anachronisme. Anachronisme, soiti Quand Paul Vérooèseï peint les noces de Cana, quand il nous a montré François 1* parmi les convives de Jésus-Christ, il a fait un anachrooisaa. Quand, dans un de ces merveilleux cartons qui sont aujoordlMi le trésor de Hampton-Court, Raphaël a appuyé sur descolooM torses la belle porte du temple de Jérusalem, il a fait un aDiehn* nisme. Et pourtant les Noces de Cana sont un chef-d'œurnlEI pourtant la Guérison du boiteux est un chef-d'œuvre!

(4) Cassibelan était le grand oncle de Cymbeline. U ne eooseiÉ à payer le tribut qu'après une résistance d'abord victorieuse fN raconte ainsi la chronique de Holinshed : (c Nos histoires affinsert que César, étant venu pour la seconde fois, fut battu et repoofli vaillamment par les Bretons, comme il l'avait été à la premièn; Cassibelan avait enfoncé dans la Tamise de grands troncs d'a^ bres, garnis de fer, sur lesquels se perdirent les navires ennemis, après être entrés dans la rivière; après avoir débarqué, Césir fut vaincu en bataille rangée, et forcé de fuir en Gaule a?ee les navires qui lui restaient. En réjouissance de cette secoods victoire (dit Galfrid), Cassibelan fit une grande fête à Londmd offrit un sacrifice awx dieux. » C'est ce double triomphe d« Bretons que la reine va rappeler tout à l'heure â l'envoyé d'Auguste.

(5) La ville de Lud [Luds town) n'est autre que la ville actoeib de Londres (ÏMmlou qu'on suppose être une contraction de iwA totcn]. Le roi Lud était le frère de Cassibelan qu'il précéda sur le trône. Ce fut lui qui, d'après la tradition, rebâtit la fabuleuse eipitale construite par le pelit-ûls d'Hector, sous le nom de Nouvelle:

Troie, Troynotant. C'est de Lud que le poète Spenser a dit, au jeniiéme chant de la Reine des Fées :

fle (flely) liad two sonnes, whose eldest, called Lud,

Left of his life most famous memory,

And endiesse moniments of liis great good :

Tbe niin*d walls he did reœdifye

0( Troynovant, gainst force of enimy,

And bailt tliat gale which of his name is hight,

Bj wliicli he Ijes entombed solemniy :

He left two sonnes, loo young, to raie aright,

Acdrogeas and Tenantias, pîctures of his might.

« Uély eut deux fils dont Taîné, nommé Ludf — laissa le plus fameux souvenir de sa vie — et des monuments sans fin de sa grande bonté; — il réédifia les murailles ruinées — de la NouveUe Troie pour la proléger contre rennemi,— et construisit cette porte qui reçut son nom — et près de laquelle il git enterré soknoeliement. — Il laissa deux fils, trop jeunes pour régner» — AndrogéeetTenantius, portraits de sa puissance, d

La porte que bâtit le roi Lud n'existe plus, mais il y a encore i l'entrée de la Cité une rue qui garde le nom de Ludgate (Porte diLud),

[6|— a iMulmucius, fils deCLOTEN, triompha des autres ducs, 6t après la mort de son père régna sur toute la monarchie hrelODneeD l'an du monde 3529. Il fit beaucoup de bonnes lois qui furent en usage longtemps après sous le nom de lois de Mnlmudvs ^tqui furent traduites du breton en latin par Gildas Pricus, puis kaucoup plus tard du latin en anglais par Alfred, roi d'Angle- ^^ejequel les introduisit dans ses statuts. Aprèsavoir établi l'or- 'ï^dans le pays, il s'attribua, del'avis de ses lords, une couronne 'or et se fil couronner avec une grande solennité; et, comme il w i% jïremier qui porta une œuronne ici en Bretagney il est *^inroé le premier roi de Bretagne, et tous ses prédécesseurs sont i^més chefs, ducs ou gouverneurs. )> Holinshed, livre m, chapitre !•'.

392 GYMBELINK ET OTHELLO.

(7). Le commentateur Douce ne manque ici de faire remarquer que Tauteur commet un anachronisme en conférant au roi païen Cymbeline Tordre de la chevalerie qui ne fut institué que beaucoup plus tard. Mais M. Douce, tout savant qu'il est» ne cooDait pas aussi bien que Shakespeare, la véridique histoire de Holioshed, — laquelle histoire établit positivement que ^Cymbelinthi élevé à Rome et là fait duvalier par César Auguste, o

(8] Ici encore le poète prête à ses personnages les mœurs de son temps. Le Gdèle Pisanio offre à Imogène le costume complet d'ua gentilhomme de la cour d'Elisabeth, chapeau^ pourpoint et haut de chattëses. Voilà un pourpoint, diront encore les pédants, qui ressemble bien peu à la Saga dont étaient revêtus les Celtes, au rapport de Diodore de Sicile. — Laissons rire les pédants et admirons.

(9] C'était, au temps de Shakespeare, une cro}'ance populaire que le rouge-gorge prenait le soin d ensevelir sous la mousse et sous les fleurs les cadavres humains qui n'avaient pas été enterrés. Un poète contemporain de notre auteur, Drayton, rappelle cette gracieuse superstition dans ces deux vers :

Co?ering with moss the dead*s unclosed eye, The lillle redbreast teachelh charity.

CoQTrant de mousse Toeil non fermé du mort, Le petit rouge-gorge enseigne la charité.

(10) Cet incident, si invraisemblable qu'il paraisse, est strictement historique. Shakespeare n'a fait qu'en changer la date, eo reportant sous le règne de Cymbeline un événement qui eut lieu en 976, durant la guerre que Kennelh d'Ecosse soutint contre les Danois. Voici le récit détaillé que le poète a trouvé dans Holioshed: «Les Danois, comprenant qu'ils n'avaient pIusd*espoirde conserver la vie, si ce n'est par la victoire, s'élancèrent avec une telle violence sur leurs adversaires, que d*aborJ l'aile droite, puis l'aile gauche des Écossais, furent forcées de plier et de fuir. 1^ centre maintkit résolument le terrain, mais, étant laissé à nu sur

es côtés, il était tellement exposé que la victoire serait forcément "estée aux Danois, si un redresseur de bataille n'était intervenu à emps, par Texprôs commandement (ainsi le croyait-on) du Dieu Tout-Puissant; car la chance voulut qu'il y eût dans un champ roisin un laboureur occupé à travailler avec ses deux fils. Ce labou- "eur, nommé Haie, était un homme fort et roide de constitution, nais doué d'un fier courage. Reconnaissant que le roi, tout BD combattant fort vaillamment au centre avec la plupart de ses nobles, était, par la rupture de ses ailes, en grand danger d'être écrasé par la grande violence de ses ennemis, Haie prit un soc de charrue dans sa main, et, exhortant ses fils à en faire autant et à le suivre, s'élança dans la mêlée. 11 y avait près du champ de bataille un long défilé, flanqué sur chaque côté de fossés et de talus, danslequelles Écossais qui fuyaient tombaient par monceaux sous les coups de l'ennemi. Supposant que c'était le meilleur moyen d'arrêter la retraite, Haie et ses deux fils se portèrent en travers du défilé, et repoussèrent les fuyards, n'épargnant ni amis oi ennemis. Tous ceux qui se mettaient à leur portée étaient abattus; ce qui fit que plusieurs personnages hardis crièrent è leurs camarades de retourner à la bataille. » — Histoire iÉoosu^ P>geiS5.

(11) Le commentateur Malone, dans la classification chronologique des pièces de Shakespeare, fixe à l'année 1611 la première ^présentation d'Othello, mais un manuscrit récemment découvert par M. Collier dans les archives de Bridgewater-House, a déinontré l'erreur de cette classification. Dans le compte des dépendes faites par lady Derby et par sir Thomas Egerton pour la récep- ^on delà reine Elisabeth à leur château de HareHeld, en l'an do îHlce 1602, il est fait mention d'une somme de dix livres accor- ^^s pour la représentation d'Othello au comédien Burbage et à sa Groupe. Voici en quels termes singulièrement dédaigneux ce Payement est mentionné dans la note tout entière écrite de la ■ïïîin de sir Arthur Mainwaring :

^ 'lotit 160i. Gratifications à quelques dignitaires de h l.

maison de Sa Majesté et à divers perfionnnges 06 13 4

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6 Août I60S. RémoDératioDs aux balelears, actears et

danseurs. Dont 10 livres à la troupe de

Burbage, pour Othello 64 18 10

Récompense à i*homme de M. Lylly qui a apporté la caisse de la loterie k Harefîeld (payement fait par M. André Leigh) 00 10 0

SOi4ot2M60f. Payé en ontre par moi ponr les lots à

M. rintendant 18 I 9

Les fêtes de Harefleld dorèrent trois jours et coûtèrent environ 10,000 livres (250,000 francs de notre monnaie}.

La loterie dont il s'agit ici était une galanterie faite aux fiâmes qui avaient été conviées à ces fêtes. Il paraîtrait qu'un arbre artificiel avait été dressé, portant à des branches des coaursd'or et d'argent en guise de fruits. Chaque dame qui gagnait à -la tombola cueillait un de ces fruits, l'ouvrait et y trouvait un quatrain à l'éloge de sa beauté. On a conservé la copie de ces madrigaoi que se partagèrent toutes les heureuses, lady Derby, lady Hoo* tingdon, lady Hunsdon, lady Berkeley, lady Stanhope, ladj Compton, lady Fielding, mesdames Gresley, Packington, R. Fischer, Saycheverell, M. Fischer, Devers et Egerton . Ces madrigaux sont signés W. SK., et, comme le K légèrement trerabléa un peu l'apparence d'un H, quelques archéologues ont cru reconnaître les initiales de William Shakespeare. Je ne puis, pour nia part, adopter celle opinion, et attribuer à l'auteur d'OlheUo ces devises dont nos mirlitons ne voudraient pas. Four l'édification de nos lecteurs, je traduis ici les deux premières:

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