‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 44 sur 83 · CXXXIII · texte numérisé non relu

CXXXIII

Gontier ne crains : il n'a nulz hommes

Et mieulx que moy n'est hérité ;

Mais en ce débat cy nous sommes.

Car il loue sa povreté :

Estre povre, yver et esté;

A félicité le repute

Ce que tiens à maleureté.

Lequel a tort ? Or en dispute.

Ballade intitulée : les Contreditx de Franc-Gontier

SUR mol duvet assis, ung gras chanoine, Lez 4 ung brasier en chambre bien natée.

I. Marot nous apprend que les Ditz de Franc-Gontier avaient déjà suscité unf^ a"-;vre intitulée les Contreditz, dans laquelle l'auteur blâmait violemmeri!. quelque seigneur d'alors et le traitait de tyran. — 2. Filets. — 3. Pièges. — j Près de.

l(j — FRANÇOIS VILLON

A son costé gisant dame Sidoine, Blanche, tendre, polie et attintée :

Boire ypocras à jour et à nuytée.

Rire, jouer, mignonner et baiser, Et nu à nu pour mieulx des corps s'aisier, Les vy tous deux, par ung trou de mortaise r Lors je congneuz que, pour dueil appaisier, Il n'est trésor que de vivre à son aise.

Se Franc-Gontier et sa compaigne Helaine Eussent ceste doulce vie hantée, D'ongnons, civoz ^ , qui causent forte alaine, N'acontassent une bise tostée*.

Tout leur mathons, ne toute leur potée, Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. S'ilz se vantent coucher soubz le rosier. Lequel vault mieulx : lict costoyé de chaise ? Qu'en dictes vous ! Faut il à ce musier ? Il n'est trésor que de vivre à son aise.

De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,

Et boivent eau tout au long de l'année.

Tous les oyseaulx d'icy en Babiloine,

A tel escot* , une seule journée

Ne me tiendroient, non une matinée.

Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,

Helaine o s luy, soubz le bel esglantier ;

Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise^ *.

Mais quoy que soit du laboureux mestier.

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

I. Ciboulette. — 2. Tranche de pain bis grillée au four. — 3. Lait caillé, sorte de fromage mou (Longnon). — 4. Le chant des oiseaux les plusbeaux ne me retiendrait pas, si, pour l'écouter, il me fallait vivre ainsi. — 5. Avec. — 6. Pèse, chagrine.

Envoi

Prince, jugez, pour tous nous accorder.

Quant est à moy, mais qu'à nul n'en desplaise, Petit enfant, j'ay oy recorder' :

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

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