PRÉFACE
Ceci est un drame mmuntique de la vieille école.
Il est en retard d'au moins trente ans, nous le savons.
( /est même justement pour cela que nous l'avons osé : protestation faible, mais sincère, en faveur d'un passé littéraire trop oublié aujourd'hui.
Cela dit, voici quelle a été notre pensée.
Villon est le dernier et le plus grand des trouvères; il inaugure en même temps la série — peu nombreuse — des vrais poètes français.
Un aimable rhéteur, M. Villemain, — et quelques autres, à son exemple, — ont essayé de ravir au joyeux bohème
Né de Paris emprès Pontoise
sa couronne d'initiateur, pour en ceindre le front princier du vaincu d'Azincourt, du fade et langoureux Charles d'Orléans.
Mais tous ceux qui ont eu le courage, — courage est le mot,
— de lire jusqu'au bout les œuvres du royal troubadour, d'entendre sans se boucher 'les oreilles les fredons écœurants de cet auguste pinceur de guitare, de se perdre à sa suite dans son dédale d'allégories absurdes , de personnifications quand même, renouvelées du Roman de la Rose, — de s'égarer, en un mot, pour employer ses propres expressions, à travers
Cette forêt d'ennuyeuse tristesse,
— ceux-là, disons-nous, partagent quant à Villon l'opinion de Boileau, si mal formulée qu'elle soit.
Avant Villon, la poésie française était un chaos : c'est Villon qui a prononcé son fiât lux.
Maître François n'est pas seulement un grand poète, c'est un type : — c'est l'enfant de Paris.
IMŒFACK.
C'est l'enfant de Paris, tel au quinzième siècle qu'il était en i83o, qu'il était en 1848, qu'il sera toujours :
A la fois naïf et railleur, crédule et sceptique, se vautrant dans toutes les fanges, mais accessible à toutes les grandeurs morales.
Il ricane devant la robe noire du prêtre, mais il se découvre devant le corbillard.
Il se bat avec sa ribaude au fond d'un bouge de la Cité ; mais il conserve pieusement le souvenir de sa mère, et chante Jeanne d'Arc, la bonne Lorraine, un enfant du peuple aussi!
Voilà le personnage que nous avons essayé de mettre en scène.
Comme entourage, nous lui avons donné les hommes et les choses de son temps :
Louis XI d'abord, — non pas le tyran cacochyme dont on a tant abusé, mais le roi des bonnes villes, l'homme des petites gens, dans toute la force de l'Age, de l'ambition et de la volonté;
Les seigneurs de la ligue du bien public ;
L'imprimerie naissante, attaquée par lesdits seigneurs, défendue par notre héros l'enfant de Paris, protégée quand même et finalement anoblie par le roi notre sire, dans la personne d'Ulrich ;
Deux femmes, deux anges sauveurs :
Isabelle, la noble Egérie, la vivante réhabilitation du ppètc plébéien, — création hardie, peut-être, mais pas trop invraisemblable, surtout à l'époque où Alain Charlier servait d'Endymion à Marguerite d'Ecosse ;
Yolande, l'enfant naïve, qui aime son Urich d'un véritable et pur amour déjeune tille; qui l'aime parce qu'il est jeune et beau comme elle, et qu'il y a en lui, grande mesure, l'étoffe d'un gentilhomme;
Enfin, tout un monde à la Callot, fantastique et grotesque, hurlant et grouillant, risible quelquefois, terrible quand \\ le faut : en d'autres termes, nos bons amis les truands, Riffle- Pécune en tête.
Et maintenant que notre commun enfant, notre conscrit
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PRëPACK. *
«Ira ma tique, a vu le feu... delà rampe, nous avons hâte d'adresser ici nos remerciments les plus chaleureux :
A M. Pontis, qui a su créer avec tant de verve et d'originalité le rôle de Villon ;
A M. Renaudin, qui nous a montré constamment le Louis XI sur lequel nous avions compté ;
A M. Edouard Pujol, notre véritable Ulrich ;
A M. Laurent, qui a si bravement endossé l'ami Riffle-Pécune ;
A M. Octave, son joyeux complice sous le nom et le costume de Perrot Langleux ;
A M"" Daubrun, notre vaillante Isabelle ;
A M" c Marcel, notre touchante Yolande;
A M" e Daubray, qui s'est dévouée si gracieusement au rôle de la Heaulmière;
A MM. Bouland et Gobert, et à M"' Marie Petit, qui ont rempli avec talent leurs rôles respectifs ;
A tous nos interprètes sans exception, à ce bataillon sacré d'artistes consciencieux qui ont assuré, enlevé le succès de notre pièce, sans oublier le jeune Henri L..., qui s'est incarné dans nôtre petit Jehan du prologue, à la fois avec la gentillesse de ses fraîches années et avec un sentiment au-dessus de son. âge;
A M. Roger, qui a réglé la mise en scène avec tant de soin et de zèle;
A M. Miction, le chef d'orchestre ;
Enfin à la presse et au public marseillais, qui, par leur accueil chaudement sympathique, nous ont faits leurs débiteurs — au point de nous condamner un jour à la rude nécessité d'un chef-d'œuvre.
Nous essayerons : reconnaissance oblige.
Adolphe ROYANNEZ, Joseph BOULMIER.