‹ François Villon; drame historique en cinq actes et six tableauxChapitre 65 sur 92 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LES MÊMES. — CHARLES, arrivant par la droite.

Charles. — Vous séparer, Messeigneurs!... quitter la partie,quand nous sommes sur le point de la gagner!... Vous n'y songez pas!

godefroy. — Charles!... Vous arrivez .à point... Nous ne comptions plus sur vous.

charles. — Le rendez-vous n'était-il pas pour huit heures?... Écoutez !

(Huit heures sonnent à l'horloge de l'église.) Je SUIS exact... et VOUS auriez tort de

vous plaindre...

godefroy. —Sans doute... Mais pourquoi n'êtes- vous pas venu nous voir dans la journée... surtout après ce qui s'est passé cette nuit au Louvre et après la mort du comte de Ponthieu ?

Charles. — Eh ! nobles seigneurs, c'est justement à cause de cela que je n'ai pas voulu sortir avant l'heure suprême. La prévôté a dû recevoir l'ordre d'épier toutes mes démarches, et nous étions perdus si, par mon imprudence, j'avais donné lieu au moindre soupçon.

godefroy. — • A propos... et ces truands qui devaient nous prêter main-forte?... Je ne sais ce que cela veut dire... mais je n'en vois pas un seul apparaître... ne redoutez- vous rien de la part de ces gens-là?

Charles. — Rassurez-vous... c'est du côté de ces manants que vous avez le moins à craindre, à l'heure qu'il est, et rien ne s'oppose plus à la réussite de notre entreprise.. . En me rendant la liberté ce matin, Louis XI, il est vrai, m'a retiré le commandement de ses gardes... Mais qu'iraporte?... Ne sommes-nous pas nombreux et braves ?...Toutva donc bien... Quelques minutes encore, et le tyran sera à deux pas de nous, presque seul... agenouillé devant cet autel... Quelques minutes encore, et la noblesse de France, que ce roi sans vergogne insulte, assassine et dépouille... la noblesse de France se relèvera fière, libre et vengée.

godefroy. — Silence !... j'entends marcher.

charles. — Amis ! c'est lui, sans doute.

LES CONJURÉS. — Ah !

Charles. — Laissons-le s'approcher sansdétiance... laissons-le s'enfoncer dans le piège, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus en sortir... et alors... en avantsur le traître!... Bourgogne et bien puhlic! (Le* conjurés se dispersent dans

l'église.)

Page 1