LES BALLADES
Illustrations de Gérardin, gravées par Julien Tinayre.
« le suys d'avis que les jeunes Poètes ceuillent ses sentences comme belles fleurs, qu'ilz contemplent l'esprit qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement dcsrrire, et qu'ilz contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses Ballades, qui est vraymenl belle et héroïque, et ne fay doubte qu'il n'eust emporté le
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chapeau de laurier devant tous les poètes de son temps, s'il eust esté nourry en la Court des Roys et des Princes, là où les jugements se amendent et les langaiges se pollissent. »
A travers le flot torrentueux de la poésie de Villon, flot de boue et de perles, parmi ce jaillissement spontané d'une verve tantôt grossière et tantôt délicate, tantôt cynique et tantôt émue, dans l'irrégularité d'une langue encore peu formée et qui, chez Villon, emprunte beaucoup à ce fonds mouvant de l'argot, les Rallades, tout en montrant le poète dans son extrême variété, sont ce qu'il y a de plus fixe et de mieux dosé. Elles sont, comme le dit Clément Marot, « vrayment belles et héroïques » . et il n'en est point, en y comprenant même celle de la Grosse Margot,
Orduro avons «t ordure nous suyt, Nui» dcITu) on* honneur, ot il nous fin t.
dont on ne puisse « cueillir quelques sentences comme on cueille des fleurs ».
Les Rallades de Villon, comprises dans le Grand Testament et le Codicille, ne doivent pas être considé-
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rées comme de simples fragments de l'œuvre à laquelle elles appartiennent. Elles ne se rattachent au sujet principal que par un lien assez mince, par ce que l'on pourrait appeler, sans irrévérence, un procédé. Souvent, et l'auteur nous en avertit lui-même, elles ne sont que le développement poétique d'une idée déjà exprimée; telles les trois ballades « du Temps Jadis », « la Doctrine de la Belle Ileaulrnière », « la Double Ballade continuant le premier propos », etc. ; d'autres fois, elles apparaissent comme un délassement du poète qui, pour un instant, tente une fugue à coté, telle la « Ballade qu'il feit à la requeste de sa mère pour prier Nostre- Dame », ou celle « qu'il donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour l'envoyer à son épouse, par luy conquise à l'cspée ». Des litres aussi loquaces indiquent bien que Villon n'a inséré ces ballades dans son Testament que comme un joaillier sertit une pierre précieuse dans un bijou. La pierre a sa valeur propre, sa raison d'être, en dehors de la monture ; de même les Ballades.
Certaines, d'ailleurs, figurent en dehors du Grand Testament et du Codicille, et ont paru dans les Poésies diverses et le Jargon. La légitimité d'une édition des Ballades seules se justifie donc parfaitement, pour cette double raison qu'elles ne doivent rien de leur signification au texte qui les précède ou qui les suit, et qu'elles sont le meilleur de l'œuvre de ce poète original,
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dont Théophile Gautier a dit qu'il fut le plus grand poète de son temps.
Le texte des Ballades a été collationné sur l'édition préparée par La Monnoyc et mise au Jour par Pierre Jannct.
(!^uoy qu'on tient belles langagières Florentines, Veniciennes, AlTez pour efixe meflagieres.
Et mefmement les anciennes; Mais, foient Lombardes, Rommaines, Geneuoifes, à mes perilz, Pimontoifes, Sauoifiennes, Il n'eft bon bec que de Paris.
LES BALLADES DE VILLON (Edouard Pelletan, Éditeur)
^Tur mol duuet affis, vng gras chanoine, Lez vng brader, en chambre bien natée, A fon cofté gifant dame Sidoine, Blanche, tendre, polie & attintée :
en Vkl tangage François
ENVOI
fWcES à mort font deftinez Et tous autres qui font viuans, Si font courcez ou attinez, Autant en emporte ly vens.
BELLES-LETTHES.