‹ François VillonChapitre 42 sur 50 · Un chevaucheur de manches à balai, un sorcier · texte numérisé non relu

Un chevaucheur de manches à balai, un sorcier

2, Jeu de mots sur les deux sens d’escu, dont le premier permet de lui associer £arge, « long bouclier ». C'est de même qu'il dit de l’évêque d'Orléans : Je ne suis son serf... ne sa biche. C’est un genre de plaisanterie qui était déjà populaire au xtm° siècle, et qui n’a pas cessé de l'être (cf. p. 15).

Au milieu de tous ces blasphèmes contre l'amour, — qui ne sont jamais proférés que par ceux quien sont les adorateurs, — se trouve le triste et doux souvenir d’un attachement d’un autre ordre que ceux qui ont pour lui un si âcre relent : s'il accuse, cette fois, celle qu'il a aimée, c'est pour lui avoir laissé concevoir une espérance qu'elle n'avait pas l’intention d'accomplir. J'ai cité ce morceau en écrivant la vie du poète : il est simple et touchant, et on regrette qu'il l'ait gâté en poussant à l'excès (à la facon de Rabelais) l’énumération, sous forme de métaphores triviales, des illusions que lui faisait concevoir sa maîtresse. Néanmoins il y a là un sentiment sérieux, car il s’agit certainement du même amour que dans le premier poème, et on est surpris de voir l'impression en persister aussi longtemps, et aussi vive, dans le cœur mobile de notre poète.

Tous ces souvenirs le décident à une déclaration de guerre en forme contre l'amour, qu'il renie et défie :

Ma vielle ai mis sous le bane 1; Amans je ne suivrai jamais :

Se jadis je fus de leur ranc, Je declare que n’en suis mais.

Car j'ai mis le plumail au vent:

Or le suive qui a entente...

Mais il oublie cette bravade par la suite. Dans l'épitaphe qu'il se compose, il prie les amants de dire un « verset » pour l’âme de celui

Qu'Amour occist de son raillon ?, 1. Locution proverbiale, empruntée au langage des ménes-

trels, pour dire qu’on renonce à un genre d'occupation. 2. Trait (proprement trait d'arbalète).

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et dans la « ballade de conclusion », qui est une autre

épitaphe, il nous jure — à la vérité sur une singulière relique — qu'il est mort martyr d'amour, que son exil est dû à la haine de celle qu'il aime, et que,

SES en mourant, malement L’espoignoit ! d'Amour l’esguillon.

Évidemment dans tout cela il y a de la « littérature », et beaucoup : c'était alors, — c’est peut-être encore, sous une autre forme, — inévitable en ce sujet; mais il y a aussi une part de vérité : le poète avoue l'attrait qui l’entraîne vers les femmes, le mépris que lui ont inspiré pour elles les expériences qu'il a faites, et nous laisse voir cependant qu’il a éprouvé au moins une fois en sa vie un sentiment autre que ceux que méritaient et Margot et Macée et même sa « chère Rose ».

Revenons à l’état plus général de l’âme du poète, tel qu’il nous le fait connaître. Il regrette ses péchés et il avoue ses méfaits, tout en les excusant sur sa pauvreté. Il espère encore arriver à maturité et rappelle que Dieu veut la conversion et non la mort du pécheur. Mais son idéal est toujours de « vivre à son aise », et on ne trouve plus dans le Testament ce ferme propos de s’amender et de devenir « un homme de valeur » qui se manifestait dans le « débat » de la prison de Meun. Il vit dans l'espoir vague de rencontrer, comme le pirate dont il raconte l’histoire,

un Alexandre qui le mette pour toujours à l'abri du

F 5 D dase oi Le besoin, ét alors, oh! alors, il se jugerait lui-même

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