Arch. Nat., JJ. 192, p. 33 (juin
cendre dans la rue '. Les batailles se déroulaient très violentes ; parfois des morts restaient sur le carreau.
Un soir, par exemple, après souper, au mois de juillet 1450, Jean Mauny, maître es arts, le commandeur de Brion et plusieurs autres vaguaient parmi les rues, non loin de Notre-Dame des Carmes. Ils rencontrent Fremin Landrieu et plusieurs compagnons portant des bâtons. Ils les saluent poliment, comme il est honnête de le faire entre gens qui se croisent. Mais Fremin ne répond pas à leur politesse et le commandeur les traite de paillards. Fremin lui assure qu'il ment. Le commandeur va chercher des bâtons dans une maison voisine : pendant ce temps la bande adverse a disparu. Les compagnons vont alors regarder les danses qui se donnaient rue Saint-Jacques, à l'occasion de l'octave de la Saint-Benoît. Au coin de l'église des Mathurins et du cloître, les adversaires se retrouvent. Un serviteur du seigneur de Brion ramasse une pierre qu'il jette violemment contre Fremin et celui-ci meurt de ce coup douze jours après ^.
Voici un autre maître es arts, Jean Trevet, jadis étudiant en décret, qui, un soir de mardi gras, allait frapper à l'hôtel de Perrin Barbe, vivant avec une nommée Jeanneton, place Maubert. Jean Trevet avait accoutumé de coucher avec elle ; Perrin, de boire et manger en leur compagnie. Mais la Jeanneton était ivre ce soir-là, et le maître es arts, curieux de savoir pourquoi elle avait la « face brouillée », et qui lui avait ôté son chaperon. Elle répondait : « Ce n'est rien, non. » Sur quoi M^ Jean observa que des ribauds le lui avaient sans doute enlevé. Alors Perrin, ivre également, prit la parole pour ajouter « qu'il n'y avait ribaux, sinon lui ». Sur quoi il était allé chercher un gros bâton pour le frapper à tour de bras. Mais le maître es arts devait lui porter un si subtil coup de dague que le lendemain Perrin Barbe passa de vie à trépas '.
1. Arch. Nat., JJ. 199, p. 576 (Rémission pour maître Jean Marchand, i^r septembre 1464).
2. Arch. Nat , JJ. 184, p. 132 (Rémission pour Jean Mauny, août 145 1).
3. Arch. Nat., JJ. 184, p. 200 (Mai 1452). — Ce Perrin Barbe vivait donc chez Jeanneton comme Colin de Thou citez Marion l'Idole et Villon chez la Grosse Margot.
D'innombrables rixes nocturnes de ce genre amenaient l'intervention du guet et des sergents. Ils tiennent par suite une grande place dans l'œuvre et dans la vie de François Villon.
Le guet proprement dit', ou guet royal, comprenait vingt sergents à cheval et quarante à pied, qui, par moitié, assuraient alors la police nocturne à Paris.
Le guet des métiers, que l'on appelait encore guet des bourgeois ou assis, était fourni par soixante commerçants maîtres. Les commerçants d'alors prenaient donc un tour de garde toutes les trois semaines : obligation dont les Parisiens s'acquittaient sans enthousiasme ^ Certains métiers privilégiés, en rapport avec le clergé ou la noblesse, ne fournissaient pas le guet de nuit, comme les chapeliers de fleurs, les tisseurs de tapis sarrasinois, les haubergiers, les libraires, les parcheminiers, les écrivains, les verriers, les monnayeurs, les orfèvres, les étuveurs et les apothicaires; les barbiers et les drapiers avaient licence de se racheter. Mais, dans tous les cas, les bourgeois fournissant les archers et arbalétriers de la ville étaient exempts du guet', comme les nobles ^. Guet des métiers et guet royal obéissaient au commandement d'un capitaine nommé le chevalier du guet. Sauf le serment prêté de respecter les privilèges de l'Université \ le chevalier était maître et responsable du Paris nocturne.
Les bourgeois, convoqués la veille par le clerc ou notaire du guet, devaient se trouver réunis devant le Châtelet quand sonnait le couvre-feu. Des places leur étaient assignées : deux bourgeois veillaient sur les carreaux, auprès du guichet de la geôle, pour garder les prisonniers ; deux autres, au lieu appelé la Pierre du Grand-Châtelet, faisaient une ronde autour de la prison afin d'éviter les évasions ; deux se tenaient dans la