‹ François-Xavier GarneauChapitre 20 sur 57 · SA VTE ET SES ŒUVRES. C1X · texte numérisé non relu

SA VTE ET SES ŒUVRES. C1X

que Wolfe avait laisse sur la rive gauche de la rivière Montmorency et le transport de toutes les troupes à Lévis. Le général français envoya donc des renforts à M. de Bougainville, qui, d'après M. Garneau, se trouva avoir sous ses ordres, 3,000 hommes répartis depuis Sillery jusqu'à la Pointe-aux-Trembles.

Mais ici notre auteur suspend, au moment décisif, le récit du siège, pour s'occuper de ce qui se passait sur nos frontières.

Le général Amherst, à la tête d'une puissante armée, ne s'avançait que lentement, se rappelant la Monongahéla et Carillon. Bourlamaque reculait devant lui, et, après avoir évacué et détruit les forts Carillon et Saint-Frédéric, il s'était retiré à l'Ile-aux-Noix. Un désastre terrible fut celui qui arriva au fort Niagara. Le commandant Pouchot s'y défendait avec un rare courage contre Pridcaux, qui fut tué, et contre Johnson, qui le remplaça, et il avait l'espoir d'être secouru par les garnisons des forts de l'Ouest appelées à son secours, lorsqu'une partie de celles qui étaient en route tomba dans une embuscade et fut massacrée. Epuisé de ressources, et le fort étant presque démantelé, il obtint cependant de Johnson une capitulation honorable.

" Niagara, dit M. Garneau, était le poste fortifié le plus important dans la région des grands lacs à cause de sa situation. Sa perte sépara les lacs supérieurs du bas de la province, et les Français se trouvèrent, par cet événement, refoulés d'un côté jusqu'au Détroit, et de l'autre jusqu'aux rapides du Saint-Laurent au-dessus de Montréal, le fort Frontenac, faute de temps, n'ayant pas été relevé. La position sur le lac Ontario appartint dès ce moment aux ennemis."

M. de Vaudreuil, ne voulant pas abandonner la lutte de ce côté, envoya le chevalier de Lévis avec 800 hommes à Montréal et le chargea d'organiser une défense qui pût au moins retarder la marche des envahisseurs. On ne saurait blâmer cette mesure, bien qu'il soit très possible qu'elle ait été pour beaucoup dans la défaite du 13 septembre. Qui sait, en effet, ce qu'aurait pu faire le coup d'œil, l'acti-

vite et l'influence de Lévis s'il eût été auprès de Montcalm dans cette fameuse journée?

Du reste, la fatalité était partout. Lorsqu'on lit avec attention toute cette partie de notre histoire, on rencontre, à chaque page, des situations où ce que l'on est convenu d'appeler le hasard joue un grand rôle. Il a tenu à si peu de chose, par exemple, que Wolfe, malade et découragé, n'abandonnât son entreprise ou ne fût mis hors d'état de pouvoir la continuer ! Ses lettres, publiées par son biographe, en fournissent la preuve. * D'un autre côté, si un détachement un peu considérable eût occupé le haut de l'escarpement de l'anse du Foulon, le général anglais eût été très probablement incapable de réaliser un projet dont il admettait lui-même toute la témérité. Enfin, si Montcalm eût pris avec lui une plus grande partie de son armée, en supposant même qu'il n'eût pas de suite culbuté l'ennemi, il aurait pu au moins lui tenir tête assez longtemps pour être rejoint par Bougainville, qui se présenta au moment où la bataille venait de finir.

M. Garneau raconte brièvement cette bataille, qui fut courte autant que fatale ; il nous montre Montcalm arrivant à la hâte à la rencontre de Wolfe ; son armée à peine formée et sans corps de réserve, attaquant l'armée anglaise; celleci attendant de sang- froid; la première ligne couchée par terre, se relevant et lâchant à quarante pas une terrible décharge; Wolfe, qui avait parcouru les rangs, faisant mettre deux balles dans les fusils, blessé une première fois, puis une seconde fois, à mort, lorsqu'il chargeait à la tête de ses troupes l'ennemi en désordre ; Montcalm s'efforçant en vain de rallier les réguliers qui formaient le centre et l'aile droite, blessé à mort et rentrant dans la ville sur son cheval ; enfin, dans la déroute générale où avaient péri M. de Sénezergues et le baron de Saint-Ours, les Canadiens épar-

* The I/ife of Major General James Wolfe, wriitenfrom original documents, by Robert Wright; London, 1864. Cet ouvrage est postérieur à la dernière édition de Y Histoire du Canada. S'il en eût été autrement, M. Garneau n'aurait pas manqué de réfuter certains racontars absurdes qu'on y lit au sujet des ofliciers français et des " Canadian peasants."

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