‹ Françoise de Rimini, drame en cinq actes et en versChapitre 65 sur 76 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, LE DAJMTE.

LE DANTE

Ah! c'est le même sang qui coule dans vos veines.

BERTOLD.

Nous allons le verser pour épuiser nos haines,

LE DAKTE.

Deux frères devant Dieu se donner le trépas !

BERTOLD,

Le cruel m'a trahi.

Non, tu ne le crois pas!

Françoise est innocente , à tes yeux je ie jure. Ah ! punis-moi , mais seul j moi seul je suis parjure. L'air même qui Fentoure inspire la vertu...

BERTOLD.

Il me vante ses feux ! imprudent , î'oses-tu ?

PAOLO

Le ciel m'en est témoin , elle n'est point coupable !

BERTOLD.

Lorsque de coups mortels le perfide m'acoaMe , Quand il boit à longs traits le plus pur de mon sang , De la mort qu'il me donne il se croit innoc<înt ! Rends-moi donc son amonr, seul bonheur d'une vie

90 FRAISÇOISE DE RIMINI.

A d'éternels chagrins désormais asservie j

Rends-moi ses entretiens chers et délicieux,

Ces regards qui, parfois s'échappant de ses yeux ,

Me prêtaient les moyens de croire à sa tendresse!

Ah! rends-moi cette erreur qui charmait mon ivresse,

Son ame qu'en fuyant tu traînes aptes toi,

Ou charge-toi des maux qui retombent sur moi.

Tu pars, et du tourment de son absence même

Tu te consoleras en disant : « Elle m'aime,

« Je gémis, mais pour elle. » Et moi jusqu'au tombeau

J'éprouve chaque jour un supplice nouveau.

Abandonné, haï , déchu de ma puissance ,

J'ai fait tout pour lui plaire, et je meurs sans vengeance!

Non î reste pour frémir en al tendant la mort 5

Lâche, souffre avec moi , je t'attache à mon sort.

LE DANTE

Monseigneur, apaisez l'horreur qui vous enflamme! Ne compromettez point le salut de votre ame Par u)i forfait hideux qui ne vous venge pas! Je sais de Paolo les funestes combats j 11 n'est point criminel. Votre courroux l'exile. Qu'un vaisseau cette nuit nous entraîne en Sicile, Je bénis la tempête et la fureur du vent Qui nous emporteront sur Fabîme mouvant. Domptez, avant d'agir, votre ardente colère, Et ne repoussez pas l'ami qui vous éclaire. Par le signe sacré de notre auguste foi, Par le ciel...

BERTOLD , égaré.

Gibelin , que voulez-vous de moi?

LE DANTE

Ce que je veux? sauver un guerrier que j'estime j A l'enfer dévorant arracher sa victime.

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