‹ Françoise de Rimini: drame en cinq actesChapitre 73 sur 88 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Ne le demande pas.

paolo.

Que le cœur m*a battu!

Elle ne me hait point... Mon âme est oppressée... Mon bonheur... Cette main, pourquoi Fas-tu pressée?».»

Si tu m'aimes, va-t'en!

PAOLO

-Un aveu, puis je pars.., ÎU venue, je verrai tes antiques remparts...

Rappelle-toi ce jour, le plus doux de ma vie, Où tu t'offris si belle à mon âme ravie.

De tes rians jardins je suivais les détours, Et toi de Lancelot tu lisais les Amours; Au bruit sourd de mes pas... A ce penser, je tremble... Tu t'arrêtas rêveuse, et nous lûmes ensemble Comment un chevalier, dans la France fameux, Vers une reine illustre osa lever les yeux, Comment le tendre amour s'empara de son âme, Les pleurs que lui coûta le haut rang de sa dame. Nous étions seuls, muets, et sans aucun soupçon ; Je me sentis saisir par un léger frisson, Mon regard rencontra tes yeux mouillés de larmes. Toi, tu ne lisais plus... je compris tes alarmes, Le livre s'échappa de ta tremblante main, Et, pâle , du château tu repris le chemijp.

FRANÇOISE , à part.

Sa voix est un poison.

PAOLO

Ces pages adorées,

Que de fois, en pleurant, les ai- je dévorées?....

Tiens , regarde ces mots par mes pleurs effacés -,

Nous les lisions ensemble.

(77 tire de son sein des feuilles de parchemin écrites et coloriées, et lit en se penchant sur son épaule.) « Dame, reprist Galléhaut, donnez-luy un baiser

» devant moy par commencement d'amour vraie.... »

FRANÇOISE , tremblante d'émotion.

Assez, de grâce! assez!...

Oh! prends pitié de moi !

PAOLO

Non! jamais une femme, Françoise , comme toi n'inspira dans une âme De plus touchans respects unis à tant d'amour, Tu m'es l'air du matin , la lumière du jour, La vie...

frakçoise , enivrée.

Ah ! si l'autel eût vu notre hyménée, A vous par des sermens si j'étais enchaînée , Si mon frère vivait, témoin de nos amours. S'il était votre aipi , Paolo , quels beaux jours ! Au sortir des tournois, dont parfois je murmure, Ma main eût lentement délacé ton armure , Détaché de tes pieds le brillant éperon , Essuyé la poussière attachée à ton front; Ta douce voix, glissant dans mon âme ravie, Sous nos ombrages verts eût enchanté ma vie.

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