‹ Françoise et FrancescaChapitre 29 sur 46 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, CRÉPINEL.

CRÉPINEL. Il entre en chantant :

O pescaior dell* onda, Fideliu !

Pardon, sijjnora... ceci est pour vous montrer qu'on n'est point étranger à l'art du r.Lant et à la connaissance de l'italien.

FR*^CESCA.

Pourvu que vous sachiez faire des souliers...

CIIÉI'INEL.

A cet égard mes preuves sont faites... je ne suis poini un massacre de province.

LE CO.MTE , souriant.

En vérité?

CRÉnSEL.

Fi donc !... j'ai e\frvé a Paris... c'est par moi

que la Cliaussée-d'.Antin fut longtemps

chaussée; j'étais le cordonnier ile la finance... je ne travaillais que pour des banc[uières et des courtières.

FttAXCESCA.

Et vous avez quitté Paris pour venir à Bordeaux ?

CItÉPINEL.

Il l'a bien fallu... ma clientelle était superbe! mais elle ne marchait (ju'en voiture. ..ça n'usait pas assez de souliers.

FriAEiCEjCA , :■ |.di..

Voilà un gaillard qui se ressent du voisi-

nage de la Garonne. (Haut.) Avez-vous tout ce qu'il vous faut pour prendre mesure?

CBÉPINEL.

Si, signora...(A part.) Toujours de l'italien... (Frjncesca s'assied dans un (jrand fauteuil pendant que Crépinel s'apprête à prendre la mesure du soulier. Le comte s'appuie sur le dossier du fauteuil.)

LE COMTE , montrant Crépinel.

Que de gens voudraient être à sa place!...

FRAKCESCA, assise et tendant son pied.

Ça les avancerait bien... (A Crépinel.) Dépêchez-vous.

CRliPlNEL.

Oh ! oh !... le joli pied !

FnANCESCA , au comte.

L'imbécille !... est-ce que ça le regarde? il n'est pas là pour dire son avis.

LE COMTE

Vous ne pouvez pas l'empêcher d'avoir des yeux.

FRAACESCA.

Je ne veux pas qu'd ait de distractions : il n'aurait qu'à se tromper.

CRÉPINEL.

Impossible!... votre pied ne me sortira pas de la tête... je l'ai dans l'œil ; je vais vous faire une miniature...

Qu'est-ce que vous dites?

CRÉPINEL.

Une miniature de soulier.

Air ; Un liomme pour faire un tableau.

Oui , par le modèle inspiré,

y v.Tis f;ûre un chef-d'œuvre de grâce;

A coup si'ir je ri;iissir;ii !...

Quanti j' livre un soulier qui grimace,

De mes pratiques c'est, bêlas !

Toujours la faute , je vous jure;

C'est qu'ell's ont un pied qui n'est pas

Aussi bien fait que la chaussure.

Je me recommande également... si vous aviez besoin d'un chapeau... nous en tenons.

FRANCESCA , étonnée.

Vous ?

CRÉPINEL.

P,is moi... ma femme... elle est marchanile de modes, renommée pour la sévérité de ses mujurs et la légèreté de ses capotes.

Diable!., ça vaut la peine d'être remarqué. Laissez-moi une de vos adresses.

CRÉPINEL.

C'est très facile.

(11 cherche une carte dans ses poches.) LE COMTE , s'approcbant de l'oreille de Franccsca. Signora...

FRANCESCA, se retournant comme une personne qui avait ouhlié.

Ah! oui... à propos... ( A pan.) Je ne pensais plus à celui-là.

rRANCOESE ET FRANCESCA.

LE COMTE

J'avais conçu un c?poir... peut-être bien téméraire...

FRANCESCA, avec nonchalance.

De quoi s'iigit-il donc?

LE COUTE

D'une fête artistique... queje donne clans mon hôtel à la meilleure société de Bordeaux , une soirée musicale... et , si vous consentiez à y paraître...

FBAKCESCA.

Impossible! il me faut maintenant un

théâtre : je ne sais plus chanter chez les particuliers.

LE COMTE

Chez les particuliers, soii; mais, chez un homme comme moi , un pair de France , le comte de Surville.

FKANCESCA , à (lart.

Mon beau frère !...

CllÉPINEL, Ini donnant une adresse.

Voici.

(Il remet le soutier à Franccscii.)

FItA^'CESCA , jetant les yeux sur l'adresse , et a part. Mon beau frère !... l'un si haut, et l'autre si... me voilà en fattiille de la tète aux pieds !

LE COMTE , .1 part.

Malgré ça, le nom a produit sou effet... elle m'a lancé un regard...

FHANCESCA , à part

Eh bien ! je crois que des deux le cordonnier est encore le moins ennuyeux.

ckÉpisel, h Francesca.

Vous n'avez plus rien à m'ordonncr... aiiiable signera ?

Si envoyez-moi votre femme, tout de

suite.

cnF.PI^EI..

Elle sera ici dans cinq minutes.

LE COMTE

Et moi , signora... la demande que je vous ai faite .'...

F!\ANCKSCA.

Je ne ptiis rien promettre.

LE CO.MTE.

Mais vous ne tn'olez pas tout espoir?

lliAKCESCA.

Oh ! j'ai tant de devoirs à remplir... ce serait bien difficile !

LE COMTE, .'i part.

Elle veut se faire prier... ( Haut. ) Dans deux heures, je reviendrai savoir votre réponse. (Il Ijaisc la main de Francesca et sort. )

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