ACTE II, SCÈNE IX
je suis honteux de ma précipitation de tout à l’heure. Je te supplie de me la pardonner, de l'oublier...
Ce n’est pas ainsi qu’il faut me parler à moi, Henri! J’ai une fortune modeste, mais claire et assurée, et, quels que. soient nos rapports ou nos liens, ce qui est à nous...
HENRI
Oh! merci! De grâce. Françoise, pas d'offres de service! Dans la situation où nous sommes maintenant vis-à-vis l'un de l’autre, rien ne serait plus blessant pour moi que ce genre de dévouement.
Eh bien, en supposant... que ton affection pour moi fût assez sérieuse pour te faire persister dans l’idée du mariage, crois-tu que ta mauvaise fortune changerait quelque chose à mes sentiments pour toi ?
HENRI
Tes sentiments pour moi, ma chère Françoise, sont ceux d'une sœur généreuse, je le sais; mais ton âme calme, ton esprit ferme, ne sauraient admettre l’état d’abaissement où je vivrais à tes pieds en te devant tout.
Certes; mais tu peux, par ta propre volonté...
HENRI
Oui, je peux m’occuper utilement, ton père le croit. J’en suis moins certain que lui! D’ailleurs, .tiens, Françoise, il faut que je réfléchisse, il faut que je m'interroge. Suis-je assez courageux, assez sérieux, assez résigné pour être digne de loi, maintenant que ma situation est si changée? (il prend sou chapeau.)
FRANÇOISE, effrayée.
Mais où vas-tu? que vas-tu faire? que vas-tu devenir?
Oh! ceci me regarde, et je te supplie, ma bonne sœur, de ne pas t'en préoccuper trop vivement. Je vais en Bretagne d’abord m’assurer de mon désastre... et puis je vendrai ce que j’ai... à M. .Dubuisson peut-être, le plus cher possible : lu petite a raison! Je verrai mon avoué aujourd'hui, et mettrai celte affaire en train, pour qu a mon retour je la trouve avancée... Je ferais peut-être bien... oui... d’aller faire une visite à ce Dubuisson. C'est tout près d’ici, j'y cours.
Henri! tu me quittes comme cela?
HENRI, lui lmisant la main.
Oh ! je serai de retour dans un mois au plus tard. Je le demande la permission de t'écrire de là-has et de me regarder toujours comme ton frère et ton ami. Tu le sais bien, est-ce qu’il peut en être autrement? Allons, à revoir, ma bonne Françoise, à revoir! Il sort par le fonil.l