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BRIGHAM YOUNG UNIVERSITV PROVO, UTAH
Parmi les peintres hollandais du xvne siècle, Frans Hals arrête l'attention par un ensemble de qualités dont il est malaisé de définir, tout d'abord, la nature. Mais si, au musée d'Amsterdam, au musée de Berlin, au Mauritshuis de La Haye, au Louvre, on le compare aux autres portraitistes les plus réputés, ses contemporains et ses compatriotes, bientôt des différences capitales apparaîtront, pourtant, avec évidence.
Michiel Jansz van Miereveld, Jan Anthonisz van Ravesteijn, Nicolaes Elias, Paulus Moreelse, qui sont du même âge que lui ou à peine ses aînés, Dirk Santvoort, Thomas de Keyser, Jan de Braij, Bartholomeus van der Helst, un peu plus jeunes, apportent dans l'exécution de leurs portraits une franchise égale ; ce sont bien des artistes de même famille. Identique est leur idéal ; les moyens dont ils usent ne sont pas variés à l'infini. Avec une science précise, ils fixent sur leurs toiles la ressemblance de leurs modèles. Nous sommes en présence d'hommes extraordinairement probes et consciencieux; ils ont travaillé suivant les règles
d'une méthode éprouvée; ils n'ignorent rien de leur métier; ils en appliquent toutes les ressources, dans chaque occasion, avec le même soin réfléchi et méticuleux.
Chez tous, le tempérament présente des analogies singulières. Il est facile de démêler chez Miereveld ou Ravesteijn plus de réserve, plus de vigueur chez Moreelse ou chez Vander Helst, mais ils n'en demeurent pas moins tous de complexion moyenne et hourgeoise. Ils représentent les aspirations quotidiennes de la classe aisée, dirigeante, toute puissante, en Hollande, à leur époque.
Ce sont des historiographes minutieux et avisés. La sincérité de leurs portraits sans apprêt et sans afféterie nous frappe et parfois nous charme, mais, le plus souvent, quand les figures ne nous captivent pas par des qualités qui leur soient propres plutôt qu'elles ne proviennent du fait du peintre, elles nous rebutent par une certaine indifférence, par une atonie de l'expression. Elles ne sont point saisies sous des aspects où transparaisse le secret de leur personnalité; elles se dressent devant nous mécaniquement, fidèles et neutres ; nous n'y pouvons surprendre le mobile d'un acte ni d'une pensée.
Ces artistes sont aussi éloignés de la fantaisie joyeuse et débraillée de Brouwer, de Steen, ou, plus élégante, de Ter Borch, que du rêve plus profondément humain de Rembrandt et de son école. Pour ces derniers, pour le magicien prodigieux et incomparablement douloureux, pour Ferdinand Bol, pour Nicolaes Maes, pour Fabritius, pour les plus subtils comme pour les médiocres, l'art du
portrait offre un intérêt tout à fait différent. La matérialité de la ressemblance, qui de toute nécessité importe, ne constitue plus seule l'objectif de l'exécutant ; elle doit être dotée de sa valeur intime, latente et profonde ; elle doit traduire la vie intelligente et inconsciente ; dans les traits du visage, dans le regard des yeux, dans le frémissement, à l'ombre ou à la lumière, des narines, des lèvres, dans l'attitude du corps tout entier doivent se révéler, à la mesure de la sensibilité du peintre, les joies, les souffrances, les volontés, la lassitude de l'âme qui palpite par-dessous.
Ces idéalistes, ces panthéistes sont animés du souffle irrésistible d'un enthousiasme lyrique ; en face d'eux, c'est la prudence excessive d'un système résolument réaliste. Frans Hais seul, ou, en Hollande, le premier, n'appartient tout entier ni à l'une ni à l'autre de ces deux écoles. Certes il est réaliste, mais sans parti pris mesquin, et non plus à la façon de ses devanciers et de ses contemporains. Comme le leur, son art ne dépasse pas, le plus souvent, la physionomie superficielle des personnages qu'il peint ; il entend peu de chose aux mystères de l'âme et ne se soucie guère d'une étude qui lui permettrait d'en surprendre les muets sursauts. Les lignes de la figure humaine, l'aspect variable que leur confèrent les mille jeux du modelé et de la lumière, c'est là ce qui le retient; il surprend au passage des transformations sans nombre, qui vont de la plus grave sérénité à des explosions de douleur ou de joie; il transcrit les symptômes révélateurs de tous les sentiments, et lui-même, au gré de son humeur ou selon son âge, sait en
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provoquer l'éveil. Ravesteijn, Miereveld étaient-ils gais ou sombres ? Rien ne nous l'indique; mais on sent Hais insoucieux et bon vivant quand il fit le Joyeux Buveur du musée d'Amsterdam ou encore le Portrait de Beresteijn que possède le Louvre ; la misère et la tristesse l'accablaient quand il peignit les groupes de régents et de régentes de Harlem.
Aussi bien que Rembrandt, quoique dans une direction différente, il est bien seul, et il est lui. Sa conception de l'art — ou son instinct — lui est propre. Il ne se laisse diriger, circonscrire, absorber par personne. S'il n'a pas poursuivi les hautaines chimères sur des cimes infréquentées, il a vibré de plaisir et de souffrance. Son art n'est pas le miroir froidement exact des réalistes absolus. Le mouvement trahit, dans les images d'hommes et de femmes qu'il nous a laissées, leur résignation ou leur joie. Au lieu de n'être que véridique scrupuleusement, il l'est avec une fougue incomparable.