Frans Hals, sa vie et son oeuvre
On pourrait prétendre que les dates et les noms sont superflus dans les études de l’histoire de l’art, que le développement progressif des arts pourrait être conçu d’après les vestiges parvenus jusqu’à nous. Ces opinions sont défendables. Mais si l’on admet le concours de quelque date, on est obligé de se rendre compte de sa valeur, de son exactitude. Et ceci engage à de minutieuses enquêtes sur des détails d’apparence souvent négligeable.
Ces observations nous frappèrent surtout lorsque nous recherchâmes la place qu’occupe Frans Hais dans l’histoire de l’art. Plus que pour tout autre de nos artistes, la fantaisie s’est donné libre cours à son sujet. De la physionomie de certains portraits qui ne le représentaient pas, on a voulu expliquer son caractère et son art par des influences que jamais il ne peut avoir subies.
Qu’il nous soit donc permis, au préalable, de douter de la
véracité de tout ce qui fut publié antérieurement. Puis il s’agira de construire la charpente contre laquelle viendra s’étayer l’évolution de son art.
L’infatigable investigateur de l’histoire de l’école de peinture de Harlem, le Dr van der Willigen, nous a rendu la chose par trop aisée, du moins en ce qui concerne la première partie de la biographie de Frans Hais, en publiant une généalogie où sa place est nettement indiquée. Il nous soumit le tableau d’une importante génération de magistrats. Nous y trouvons plusieurs échevins de Harlem. Malheureusement il ne nous donna aucune preuve de l’exactitude de son arbre généalogique, et, en étudiant celui-ci de près, on y constate, dès le début, une erreur. Comment Claes Hais Fransz. dont l’existence, suivant cette généalogie, s’écoule au milieu du XIVe siècle, pourrait-il être le père de Pieter Hais Claesz., qui, un siècle plus tard, occupait les fonctions d’échevin à Harlem et ne mourut qu’en 1462?
Les générations suivantes ont peut-être de meilleures lettres de créances, mais les preuves font également défaut. Elles nous apprennent que Pieter Hais Claesz. remplit les fonctions d’échevin à Harlem de 1574 à 1 575, donc après le siège, qu’en 1577 Ü devint régent de l’orphelinat de cette ville, dans la même année syndic des biens des orphelins et qu’enfin, en 1579, il quitta Harlem. Au cours de cette année — on ne dit pas si c’est avant ou après son départ — il aurait épousé Lysbeth Coper, et van der Willigen nomme quatre enfants qui seraient nés de cette union : Dirck Hais, Frans Hais et les sœurs jumelles Cor-
Une Kermesse, par Karel van Mander.
Coll. Semenow, St-Pétersbourg.
nelia et Geertruida, qui moururent jeunes. Remarquons d’abord qu’il est peu probable que Pieter Hais, à peine marié, ait occupé des postes aussi éminents. A cette époque, les fonctions d’échevin n’étaient jamais confiées à des hommes aussi jeunes. Mais d’autres considérations me font douter de l’exactitude des communications de van der Willigen. Il tient Dirck pour l’aîné des enfants de Pieter et le dit né à Harlem, alors qu’il déclare que Pieter se maria en 1 5yç et quitta Harlem. S’il en était ainsi, il aurait contracté son union au commencement de 1579, et Dirck serait né vers la fin de cette même année à Harlem. En réalité, c’est en cette ville que Dirck dut voir le jour, — luimême l’affirme en toutes occasions, — mais seulement en 1591. Le 19 mars de cette année, il fut baptisé au temple des protestants réformés. Ou’il fut le frère cadet et non l’aîné de Frans, cela ressort de ce que ses contemporains le citent toujours en second lieu. L’acte de naissance de Dirck Hais n’a pas encore, que nous sachions, été publié. Nous n’en sommes que plus reconnaissant à M. Gonnet, archiviste de Harlem, de nous avoir donné l’occasion d’en prendre copie : « Aldoe een kint gedoopt Dirric genaemt, de vader Franchois Hais, de moeder Adriana Hais, getuigen Dirric van Offenberch, Nicolaes Snaephaes (?). Maria van Loo ». Le père de Dirck, et par conséquent de Frans Hais, ne s’appelait donc pas Pieter mais Franchois, la mère non pas Lysbeth Coper, mais Adriana.
Frans Hais était donc, sans contredit, l’aîné des deux frères. Où et quand est-il né? D’après une vieille tradition, ce serait à Malines : « Ils furent Malinois de naissance », dit Houbra-
ken. Emm. Neeffs a recherché cette tradition (i) et a découvert
que durant tout le XVIe siècle, et même avant celui-ci, une famille du nom de Hais résida à Malines. Il trouva même parmi les membres de cette famille un Franchois Hais comme héritier de Peeter Hais; mais ceci (2) se passe en i56o, longtemps avant la naissance du peintre. Celui-ci se déclare lui-même originaire d’Anvers. Vincent van der Vinne marqua sur un billet de faire part d’enterrement cité par Houbraken, qu’en août de l’année 1666, Frans Hais avait atteint l’âge de 85 ou 86 ans. Cela nous mènerait par conséquent aux années 1579, i58o ou 1 58 1 . Par contre, Jacob Campo Weyerman (3) affirme qu’il est né 1584 et le même millésime se rencontre sous l’estampe que Cornelis van Noorde grava d’après son portrait, en 1767. Comme les chiffres donnés par van der Vinne sont assez incertains, et que, par contre, Weyerman donne une année déterminée que rien ne vient contredire, j’estime le plus sûr d’admettre provisoirement la date indiquée par ce dernier et je suppose, comme lui, que Frans Mais est né à Anvers en 1584.
(1) Messager des sciences historiques, 1874 p. 160.
(2) Le prénom de Frans était très répandu dans différentes branches de la amille. Un Frans Claesz. Hais faisait partie, en 1572, de la magistrature de Harlem; il est à présumer que celui-ci fut le père de Nicolas Franscisci Hais Harlemensis, qui en 1 5g3 , se fait inscrire à Leide comme étudiant. Un François Hais de Delft étudia, en 1627, la médecine à Leide et devint plus tard un médecin distingué dans sa ville natale. A Anvers également, habita, dans la seconde moitié du XVIe siècle, un Frans Hais, dont le fils nommé Caerel se fixa à Amsterdam comme ouvrier passementier et se maria là en i5g3 ( Oitd Holland, III 147.)
(3) J. -G. WEYERMAN. De Levensbeschrijvingen der Nederlandsche konstschilders, La Haye 172g, I p. 332.
Portrait d'homme.
Coll, du Prof. Ludwig Knaus, Berlin.
Dès lors, quoi de plus logique que de chercher les origines de son art dans la ville même où il vit le jour? Van der Willigen le considère comme un condisciple de Rubens : « Ou bien a-t-il profité au commerce et aux leçons de ce grand maître, lorsque ce dernier, de retour d’Italie, se fixa à Anvers en 1609? >» En 1609 ! Alors que depuis longtemps Frans Hais habitait Harlem ! Sa venue en cette ville doit même être de beaucoup antérieure, car, je l’ai signalé plus haut, son jeune frère Dirck y fut baptisé le 19 mars 1591. Pourquoi les parents, se fixant à Harlem, auraient-ils laissé leur fils à Anvers? Nous ne savons exactement quand ils ont changé de résidence. Nous pouvons toutefois affirmer que ce fut avant 1591, époque à laquelle Frans n’avait pas atteint un âge assez avancé pour qu’une influence anversoise ait pu agir, plus tard, d’une façon visible sur son travail.
Des sources autorisées lui prêtent même l’influenee d’un maître de Harlem. Gerbrand Adriaensz. Bredero, qui publia la seconde édition du livre des peintres de van Mander et y ajouta une biographie détaillée de l’auteur, le cite comme élève de celui-ci : « Frans Hais, portraitiste de Harlem ».
Van Mander s’était fixé à Harlem en i583 et y résida jusqu’en 1602, de sorte qu’il est aisé d’admettre que Frans Hais fréquenta son atelier. Toutefois, il aura subi bien d’autres influences, car ce n’est point l’occasion qui dut lui en manquer.
Harlem, l’ancienne résidence des comtes de Hollande, était depuis longtemps un centre d’art. On ne connaît pas exactement l’époque à laquelle Aelbert van Ouwater et Geertgen tôt Sint Jans y travaillèrent, mais il est établi que leur contemporain Dirck Bouts travailla dans cette ville vers le milieu du XVe siècle. Il la quitta cependant, et s’établit à Louvain. Ensuite, les maîtres célèbres qui suivirent ces patriarches de l’art néerlandais du Nord comprirent qu’eux aussi trouveraient ailleurs un plus vaste champ d’action, Mostaert à l’opulente cour de la régente Marguerite d’Autriche, Scorel près du siège de l’autorité ecclésiastique à Utrecht. Mais ce dernier a laissé, à Harlem, un élève qui continuera la tradition italienne par lui importée, c’est Maerten van Heemskerck, bon dessinateur, dont certains portraits nous révèlent qu’il fut aussi un artiste délicat. Alors fut investi le siège si désastreux de 1572 qui sembla devoir entraîner la chute de l’ancienne et célèbre école de Harlem. Mais Harlem se releva de ses cendres, et, aussitôt redevenue prospère, les artistes y revinrent. Nous n’entendons plus guère parler du vieux van Heemskerck, qui survécut neuf ans au désastre de la ville — il avait dépassé sa quatre-vingtième année — mais sans doute est-ce d’un cœur attendri et reconnaissant qu’il considéra la génération nouvellle poursuivant les traditions qu’il avait établies. De cette jeune pléiade de peintres, Cornelis Cornelisz. est assurément le meilleur, mais le choix de ses sujets est cause qu’actuellement il n’est plus très goûté. C’était un puissant dessinateur pour lequel les contours du corps humain n’avaient pas de secrets. A ses côtés travaillait un artiste de burin extrêmement
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Portrait de Johannes Bogardus,
Gravure de Jan van de Velde.
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délicat, Hendrick Goltzius, mais nous déplorons qu’un jour, déposant cet outil que jamais mains plus habiles n’avaient employées, il ait saisi les pinceaux pour produire des toiles insipides. Enfin, le troisième est Karel van Mander, le théoricien, peintre insignifiant, mais le seul en son pays qui, à cette époque, ait écrit les lois de l’enseignement esthétique, le seul qui ait exposé la théorie de ce que les autres appliquaient.
Il est donc reconnu que Frans Hais fut son élève ; néanmoins il me semble plus probable que le jeune Hais ait profité, pour s’instruire, des relations de van Mander avec Cornelis Cornelisz. et Goltzius, et qu’à leur école l’art italien régnât en maître. Cela est-il regrettable? Pourquoi le supposer? L’arbre se reconnaît à ses fruits. Rubens était l’élève du plus pur italianisant des italianisants, Otto Venius ; Rembrandt le devint plus tard de Pieter Lastman. L’art italien ne fit pas plus de mal à Frans Hais. Cornelis Cornelisz., cependant, n’acquit ses connaissances que de seconde main, lui-même n’ayant jamais été en Italie. Van Mander, lui, était avant tout d’une culture classique et aurait pu, au besoin, représenter l’humanisme. Procéder de lui ne pouvait être nuisible. De plus, van Mander était Flamand. L’enthousiasme qui caractérise le travail de Hais, surtout dans ses œuvres de jeunesse, est due sans doute à son influence.
Van Mander lui-même semble avoir subi des influences diverses, et, pour autant qu’on puisse en juger par les rares peintures qui nous restent de lui, elles étaient toutes de provenance italienne. Dans son « Adoration des Mages », en 1574, qui doit se trouver encore dans son village natal, à Meulebeke, il se montre
l’élève scrupuleux de son maître Lucas de Heere, qui sortait de l’école de Frans Floris. A cette époque, il ne connut l’art italien que de troisième main, mais dans la même année il partit pour la terre promise des artistes et s’y mit sous l’égide de Bartholomeus Spranger. Ce que, dès lors, il peignit a été souvent reproduit par le burin de ses contemporains, Balthasar Bos, Jacob Matham et d’autres. Il nous est aisé de voir comment son style s’était modifié. Mais en i583 il vint habiter Harlem, où, quoique Goltzius et Cornelis Cornelisz. y donnassent le ton, il rencontra des peintres tels que David Vinckboons, choisissant comme sujets de leurs tableaux les scènes de la vie quotidienne. C’est à leur exemple qu’il aura reproduit des scènes telles que les paysanneries pour Jacob Rauwert et pour Jacques Razet, un « jeu où l’on passe sous le joug » pour un certain Kolderman et une « Etuve » pour Jan van Wely. Quoiqu’il ne reste plus trace de ces œuvres, leur composition nous est bien connue grâce à une série de graveurs qui ont pris soin de les reproduire. Gillis van Breen surtout en a buriné un grand nombre. D’une seule de ces œuvres, pourtant, l’original est conservé, c’est la « Kermesse de Paysans » en possession du sénateur Semenof à Saint-Pétersbourg. La pièce est signée et datée de 1600, millésime qui, pour nous, est excessivement important, car ce doit être précisément vers cette époque que Frans Hais travaillait chez lui. Sur la grand’place du village, les paysans et les paysannes dansent une ronde endiablée autour d’un vieux chêne. A l’avant-plan de gauche se reposent quelques couples amoureux; à droite, une paysanne joufflue soutient son enfant d’une façon peu discrète,
Portrait d’homme, 1619.
Musée de Dijon.
non loin d’une table où des hommes et des femmes s’embrassent à cœur joie. L’ensemble donne une image vivante de la vie insouciante du paysan. Quelques détails sont on ne peut plus crûment exprimés. Plus tard, Frans Hais n’y mit pas beaucoup plus de façons. Bien que van Mander, seul, soit généralement cité comme son maître, nous ne pouvons oublier que Goltzius et Cornelis Cornelisz. travaillèrent à ses côtés. Le premier était l’artiste à la ligne sévère. Quoique s’occupant alors de la gravure sur cuivre, c’est de cette époque que doivent dater ses magnifiques gravures sur bois qui nous révèlent un sentiment très délicat de la couleur. De plus, Goltzius était un éclectique cherchant le beau, non pas seulement en Italie, mais partout où il avait quelque chance de le trouver. Il s’était si bien pénétré des œuvres de maîtres tels que Albrecht Dürer et Lucas van Leyden, qu’il grava des estampes qui furent attribuées à ceux-ci. Il ne se montra tout à fait personnel que dans ses splendides portraits ; ceux qu’il grava sur cuivre, par exemple, petits, de quelques centimètres, mais minutieusement exacts, témoignent hautement qu’il ne fut pas surpassé dans l’art d’exprimer la vie dans sa vérité. Comme portraitiste remarquons également Cornelis Cornelisz. En troisième personnage du trio, il doit, lui aussi, avoir exercé une influence sur Frans Plais. Son portrait de Coornhert au Rijksmuseum, à Amsterdam, ne nous révèle aucune trace de maniérisme. Ce n’est qu’une interprétation sincère de la réalité.
C’est avec les œuvres de ces trois hommes devant les yeux, que Frans Hais a fait son éducation artistique. Nous ne pou-
vons, à notre grand regret, indiquer une production de cette époque. Comme nous présumons que c’est en 1684 qu’il vit le jour, il doit avoir débuté vers i6o3, année durant laquelle van Mander quitta Harlem pour prendre sa résidence à la maison Zevenbergen. Pas une peinture de Hais n’est datée de cette époque.
Néanmoins, il doit indubitablement en avoir produit, car il a dû nourrir femme et enfants du fruit de son travail. L’année de son mariage n’est pas connue, et, de nouveau, nous devons nous contenter de probabilités. Dans la généalogie de van der Willigen, nous trouvons une nomenclature des enfants avec un point d’interrogation auprès du nom de trois de ses fils, alors qu’il donne les dates de naissance des autres. Pourtant il les plaça par rang d’àge, de telle sorte que Johannes et Frans seraient nés entre 1617 et 1623 et Pieter après 1 63 1 . Nous ignorons sur quelles bases s’est appuyé van der Willigen pour adopter cet ordre de naissance, mais, de toute façon, elles ne nous semblent pas très solides. Nous connaissons une peinture de Johannes Hais datée de 1 635 ; une autre de Frans Hais le jeune, exécutée en i636. En admettant donc comme exacts les calculs de van der Willigen, ils auraient eu respectivement seize et quinze ans environ à l’époque de l'exécution de ces tableaux qui, d’ailleurs, ne semblent pas être des œuvres de débutants. D’autre part, comme il est prouvé que le père du peintre se nommait Frans et que l’on sait qu’en ce temps le fils ainé portait habituellement le nom du grand-père paternel, le second enfant, celui du grand-père maternel, il ne semble point trop audacieux de considérer Frans
Repas des officiers des arquebusiers de St-Georges à Harlem, 1616. Cliché Hanfstaengl.
Musée de Harlem.
comme l’ainé et Johannes comme le troisième fils. Herman, ayant été baptisé le 2 septembre 1611, nous croyons n’être pas loin de la vérité en fixant le mariage du maître avec Anneke, fille de Herman Abeels, aux environs de 1608; il avait alors vingtquatre ans. De cette union serait né Frans le jeune vers 1609. Vint alors Herman en 1611.
On peut pourtant indiquer une œuvre de Hais peinte vers cette époque. C’est un petit portrait d’homme, de forme ovale, se trouvant en possession du professeur L. Knaus à Berlin et produit par lui à l’exposition de cette ville en 1890. C’est un jeune homme, visible un peu plus qu’à mi-corps, en pourpoint violet foncé et surtout noir, tourné vers la droite, la tête légèrement inclinée. Il tient la main droite à la hanche; la gauche, ramenée sur la poitrine, tient un gant. Le chapeau, haut et pointu ainsi que le col raide à plis, classent le petit panneau parmi les premières œuvres. L’exécution en est encore quelque peu hésitante, le monogramme est absent ; cependant la touche large de la figure et des mains, la conception surtout, ainsi que la pose brutale révèlent déjà le peintre si caractéristique de l’avenir.
La première œuvre dont la date d’exécution est connue semble malheureusement s’être égarée, car on en a perdu toute trace. C’était un portrait de Petrus Scriverius qui fut, en 1878, la propriété du comte Bloudoff, ministre russe résidant à Bruxelles. Il était daté de 1 6 1 3, et, suivant l’avis de connaisseurs, d’une peinture un peu sèche et quelque peu hésitante ; il rappelle les têtes des arquebusiers sur les peintures de Cornelis Cornelisz. et de Pieter de Grebber. On a de la peine à faire accorder
ce millésime avec l’opinion de Decamps (i) qui traite le portraituré de « très âgé » alors que Scriverius avait à cette époque à peine quarante-sept ans. Mais plus tard, nous aurons l’occasion de faire remarquer que rendre exactement l’expression de l’âge sur la physionomie d’une personne n’était pas le côté le plus puissant du talent de Hais.
En 1614, il fit le portrait du prédicateur Johannes Bogardus, de Harlem, qui mourut dans la même année. Nous ignorons ce qu’il en advint, mais il en existe une gravure exécutée par Jan van de Velde.
Ici nous devons relater un triste incident de la vie familiale du peintre. Dans le mémorial des bourgmestres en date du 20 février 1616, il est consigné que « Frans Hais étant appelé à paraître devant les magistrats pour avoir maltraité son épouse, reconnaît sa faute, après avoir été réprimandé et puni, il promet de s’amender, de s’abstenir d’ivrognerie, de mauvais traitements envers sa femme, et de tout autre acte répréhensible sous peine d’être fortement puni pour les anciens et les nouveaux délits (2) ».
Il fit donc des promessses d’amendement. Mais quoiqu’on ne retrouve plus de comparution pour « ivrognerie et mauvais traitements » son attitude envers sa femme légitime reste toujours inexcusable. Le 18 septembre de la même année, Anneke Abeels fut enterrée, alors qu’à peine la tombe s’était refermée sur un de
(1) Galette des Beaux-Arts , 1873, II, p. 175.
(2) VAN DER WlLLIGEN, Edition hollandaise, pp. 120-121.
Marchand de harengs saurs, 1616.
Coll, liarl of Northbrook, Londres.
Cliché Hanfstaengl.
ses enfants. Déjà le 21 février 1617, naquit au peintre une fille nommée Sara qu’il eut d’une certaine Lysbeth, fille de Reynier, qu’il avait épousée quelques jours auparavant à Sparendam, après avoir obtenu la publication des bans à Harlem le i5 janvier précédent. Le père de la mariée, Reynier J ansz. et le frère du mari, le peintre Dirck Hais, qui à cette occasion est nommé pour la première fois, furent ses témoins. Il habitait à cette époque la Peuselaarsteeg ou plutôt, d’après ce que M. Gonnet me rapporta si aimablement, une ruelle aboutissant à cette dernière et au Oude Gracht, nommée Bikkelaarspoort.
Ce scandale de famille en reste là, et n’a pas eu d’autres suites pour Hais. Il semble qu’on ait passé assez légèrement sur sa conduite en cette affaire, ainsi qu’écrit un demi-siècle plus tard Mathias Scheits, de Hambourg, qui avait étudié à Harlem chez Wouwerman : « Il eut, dans sa jeunesse, une vie assez joyeuse. »
Au cours de la même année 1616, il fut admis parmi les membres de la chambre de rhétorique « De Wyngaerdtrancken » (les Pampres de la vigne), et, ce qui est plus important, il reçut sa première commande des « Arquebusiers », bien qu’à ce moment il ne jouît pas encore d’une très grande renommée. Du moins, Sir Dudley Carleton, l’ambassadeur anglais près des États Généraux, écrit le 4 octobre 1616 à John Chamberlain, après une visite qu’il venait de faire à la ville de Harlem : « Ces peintres sont très remarquables ; l’un d’eux, Cornélius, traite les figures d’une manière excellente quant à la couleur, mais non pas quant aux proportions. Vroom s’est acquis un grand nom dans la peinture
des bateaux et des marines; il attesta même d’une rare maîtrise en ce genre. Goltzius est encore en vie, mais ne passera probablement pas l’hiver, et son art décline avec lui (i). » Pas un mot de Hais. Pourtant, c’était bien là l’interprétation de l’opinion publique. Samuel Ampzing publiant, au cours de la même année 1 6 1 6, son « Lof van Haerlem » (Louange de Harlem) nous le prouve en ne citant que ces trois mêmes artistes : Goltzius,
die de Berghen
De Alpes overvliegt en gaet het Romen terghen Constrijk Gornelis Cornelisz., et enfin stoute Vroom Stelt vroom en levendich de Scheepjes op den stroom (2).
Dans « Het Lof der Stadt Haerlem in Hollandt » (Louange à la ville de Harlem en Hollande) de 1621 du même Ampzing, se lit un peu plus. De Goltzius, il cite la mort prématurée; aux côtés de Cornelis Cornelisz. et Hendrick Vroom, il place toute une série d’artistes, toutefois sans aucun commentaire.
Wat wil ik oock van Dyck, van Wieringen hier melden De Grebbers, Matham, Pot, Jan Jacobs, Vroom en Velden,
De Halsen, Campen, Smit, Brey, Bouchorst en Molijn.
En and’ren die hier meer, jae sonder eynde zijn? (3)
(1) Original unpublished papers illustrative of the life of Sir Peter Paul Rubens, p. 1 2- 1 3 Collected and edited by W. Noël Sainsbury, London 1859.
(2) Goltzius.... qui franchit les Alpes et va narguer Rome.... le hardi Vroom qui pose vaillamment ses barques sur le fleuve.
(3) Que vous dirai-je encore des Van Dyck, Wieringen,
Des Grebber, Matham, Pot, J. Jacobs, Vroom et Velden.
Des Hais, Campen, Smit, Brey, Bouchorst et Molyn Et d’autres encore ! Ils sont ici légion.
puis
qui
.aiusom ab anàaë
'•> \r -V/sTT ,({£!« ‘f A . f !!•/.)
des bateaux et des marines; il attesta même d’une rare maîtrise en ce genre. Goltzius est encore en vie, mais ne passera probablement pas l'hiver, et son art décline avec lui (ï). » Pas' un mot de K ms. Pourtant, c était, bien là l’interprétation de l’opinion
Samuel Ampzing publiant, . au cours de la même année , 616, son « Lof van Haerîem » (Louange de Harlem) nous
mên ... artistes : Goltzius,
> (Louange
à la ville de H rlem en 11 Mande) de 1621 du même Ampzing, sc. lit un peu plus. De Goltzius, il cite la mort prématurée; aux ôtés de Corneîis Cornelisz. et Hendrick Vroom, i) place toute
De Grebbers, Math ara. Pot, Jaa Jacobs, Vroom en Velden,
Rubens, p. t2-î3 Collected and edited by W. Noël Selnsbury , Lor ■- '