‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 3 sur 206 · PRÉFACE VU · texte numérisé non relu

PRÉFACE VU

reux innocents par-delà les frontières, traquer de pauvres ouvriers coupables d'un mot de plainte, d un coup de hache donné par irréflexion et entraînement à un arbre devenu le fétiche de ces nouveaux idolâtres, guillotiner des prêtres qui avaient sacrifié à la Révolution jusqu'à leur conscience, des femmes qui l'avaient applaudie. Le génie féroce de la Révolution se montrera surtout enfin dans le compte que je détaillerai des victimes immolées jmr le Tribunal révolutionnaire dans l'espace d'une année.

Je sais bien que le tableau, ainsi tracé, ne peut reproduire dans son entier la toile immense qu'il faudrait peindre pour rappeler les scènes principales de la Révolution ; je sais même que le petit coin sur lequel j'ai voulu attirer les regards n'a pas été présenté dans toute son ampleur, éclairé dans toutes ses parties; que j'ai laissé dans l'ombre quelques groupes de personnages dont la vue eût sensiblement développé l'impression de l'ensemble; que, parmi les détails qui s'offraient à moi, je n'ai peut-être pas toujours choisi les plus expressifs; j'espère néanmoins avoir été assez complet, assez heureux dans mes préférences pour qu'on puisse, en connaissance de cause, se prononcer sur la fraternité révolutionnaire.

VIII l'RÉFACE

Il me semble inutile d'ajouter que je ne m'avance qu'appuyé sur les documents les plus authentiques, sur des pièces oflicielles, inédites pour la plupart, mais qu'il est aisé de contrôler dans les divers dépots d'archives d'oii je les tire.

Pour peu que Ton soit familiarisé avec l'histoire de la Révolution, il est impossible d'ignorer quelle influence prépondérante eurent sur la marche des événements certains clubs de la capitale. Or Ton s'expliquerait difficilement cette domination, fréquemment tyrannique, d'hommes sans mandat sur les représentants de la nation, si l'on ne remarquait que ces associations malfaisantes avaient leurs ramifications jusque dans les coins les plus reculés du pays. La France était couverte de sociétés parfois nombreuses, étroitement rattachées les unes aux autres, en correspondance suivie \ prêtes à tous les sacrifices pour obéir à l'impulsion qui leur serait donnée de Paris. On devine quelle puissance acquérait une pareille coalition d'énergie et d'audace -. Comme il se sentait fort devant

1. Cf. Pivtcès-verbaux de la Société des Amis; de la Consfi/ulion établie à Vannes, séance du lo mai 1792.

2. « Les sociétés populaires ont été le berceau de la Révolution:

des collègues plus ou moins isolés, le membre du club des jacobins, qui voyait derrière lui une armée bien disciplinée de partisans et de défenseurs inconfusibles! Comme, par contre, il devait être paralysé, timide, souple à toutes les capitulations, le petit député de province qui, en se refusant îtux violences de ce montaîrnard, savait attirer sur lui Tanimadversion et Thostilité de la partie la plus remuante de ses commettants !

C'est sur l'une de ces mille associations locales que je me propose de donner quelques détails. 11 me sera d'autant plus aisé de le faire que j'ai entre les mains les procès-verbaux de ses séances ^ ; ce que je dirai sera presque entièrement tiré de ces documents de première valeur.

Nous sommes dans le Morbiban, à Vannes, au commencement de février 1791. La région est inquiète, agitée. Dos bruits alarmants se répandent dans les campagnes qui environnent le cbef-lieu du département: on se répète que la religion est menacée, que l'évèque même. M^"" Amelot -, court risque d'être arrêté, emprisonné. Les autorités effrayées ne se rassuraient qu'en voyant les secours leur arriver des cités avoisinantes. Lorient se distingua entre toutes. Au

dits c\\ >()iil le soutien cl en seront toujours les colonnes iné- |ir.iul.il(le<. '^ ' I..1 IM.iuche. i'e|)r«'*stMit;mt du jteuple en mission .l;in> le C.ilv.nlo^. Arcliivt's nationales. AKii, 11.".. iilaquette 1400,

jiiei'e 1:^.

1. On (1, lit iei:retter (|uelques l.iiunes. tenant m la né^'ligenee lies seerel.iires : ef. se.inee tlu 1(1 niai f7!>l. Ajoutons que le style (le ees ("Muqitev leuiliis est peu soi^Mié poui" l'ordinaire.

2. Sel. , i>lien . Michel Amelot. ne le a septemhre 1*41 à Angers, s u:ré a Passy le j:j avril l":.. nmrt à Paris le 2 avril 1829.

nombre des volontaires de cette dernière ville se trouvaient quelques membres de son club, les Amis delà Constilulion. Ceux-ci, le 10 février 1791, se réunirent en séance publique et invitèrent leurs hôtes à prendre part à leurs travaux. On venait d'entendre un discours ampoulé du sergent Picard, des dragons de Lorient, quand M. Poussin', de Vannes, se leva. Il expliqua à l'assemblée « combien les bons citoyens de cette ville (Vannes) désiraient former dans leurs murs une société à' Amis de la Constitution, associée à celle de Lorient. (11 ajouta) que des obstacles sans nombre avaient jusqu'à ce jour éloigné l'exécution de ce projet, mais que, sentant plus que jamais la nécessité de cet établissement, ils allaient mettre tout en œuvre pour fonder leur société sous les auspices de celle séant actuellement -. » On devine si les Lorientais se réjouirent fraternellement d'une décision qu'ils avaient provoquée.

Le lendemain, « 11 février. Tan deuxième de la liberté, les citoyens de Vannes, amis de la constitution, se rassemblèrent, aux applaudissements de la municipalité de ladite ville, dans la principale salle du tribunal du district, et là, sous les auspices de la loi constitutionnelle de l'Etat, se constituèrent en société des Amis de la Constitiition^ à l'instar de celle des jacobins de Paris, de celle de la ville de Lorient et de toutes les

1. Ce citoyen ne fut guère récompensé de son zèle. Deux ans plus tard, il fut destitué de ses fonctions de juge au tribunal civil de Vannes, mis en état d'arrestation et enfermé au Petit-Couvent par ordre de Prieur de la Marne. Cf. Archives départementales du Morbihan, L, 253 ; Archives nationales. AFii, 125, plaquette 259, pièce 39.

Page 1