‹ Frédéric II, Catherine, et le partage de la Pologne; d'après des documens authentiquesChapitre 31 sur 45 · Juillet · texte numérisé non relu

Juillet

On ne saurait être plus d'accord ensemble que je ne le suis Moi et le Comte Panin sur les affaires de Polog'iie. Mes ordres précédens du 8 de ce mois, que vous aurez reçus par estafette, vous auront ai)pris, que je suis entièrement du même sentiment avec lui, sur Taffaire des acquisitions, et je pense de nouveau, tout comme lui, selon votre dépêche du 26 Juin, que pour terminer cette importante négociation, le mieux serait, de s'en tenir scrupuleusement à son projet de partage; mais, j'ai lieu de douter qu'on puisse jamais porter la Cour de Vienne, à se désister des salines et de Lemberg-. Le Baron Van Swieten, qui, après avoir reçu un courrier de sa C^our, m'a demandé une audience particulière, n'a fait que me contirmer dans mon pyrrhonisme sur cet article. Il m'a communiqué la réponse de sa Cour, ainsi que le nouveau projet qu'elle propose à celle de Russie. Selon ce i)rojet, elle se désiste des Palatinats de Chelm et de lAiblin, mais pour les salines et la ville

(le r.emberg-, elle déclare, qu'il lui est impossible cry renoncer. Elle j)rétend plutôt, c^ue les deux Palatinats susmentionés doivent être donnés au Roi de Pologne en (juise d'équivalent et de dédommag-ement pour les salines. Et si la Russie veut souscrire à ce plan, le Prince de LobkoAA'itz a ordre de signer tout de suite la Convention. Le Baron Van Swieten ni,a dit en même temps, que c'était le dernier mot de 8a Cour, et les condition,s sine quibus non elle ])()urrait s'engager dans ce traité de partage.

Après avoir réfléchi mûrement sur tout ceci, je vous avonerai, que selon moi, si l'on veut terminer cette affaire d'une bonne manière, il faudra l)ien se prêter à ces conditions et y ac- ([iiiescer. En effet, si on ne le fait pas actuellement, je crains fort, qu'il ne soit plus difficile dans la suite de faire rabattre à cette Cour quel- ([ue chose de ses prétentions, et que peut-être toute cette négociation n'échoue entièrement. Cependant, je ne prétends point prescrire à la Ivussie le parti qu'elle doit prendre, et je vous dis simplement mon avis, selon la façon dont j'envisage ces choses.

^'an Swieten m'a fait bien des plaintes contre les troupes Russes en Pologne, qui gênaient beaucoup celles de sa Cour dans leur présente position. Je lui ai simplement répondu,

que cela ne devait pas rétoiiiier, parce qu'on n'était pas encore d'accord avec la Russie sur les possessions qu'elle devait garder, et, qu'ainsi il me semblait, que les troupes Autrichiennes devraient ol)server certains ménagemeiis pour les endroits, où les Russes avaient établis leurs magasins, et qu'ils avaient indispensablement besoin pour la subsistance de leurs troupes en Molda^^e et en Valachie. Tel est le précis de mon entretien avec le Ministre de Vienne, dont je n'ai pas voulu tarder de vous en faire part. J'attends à présent avec la dernière impatience d'apprendre de vous, comment ce nouveau plan sera accueilli à la Cour où \ous êtes, et ce qu'elle résoudra et décidera dans cette importante alfaire. Je voudrais être déjà à la veille^) de recevoir de votre part un rapport exact et détaillé, de quelle manière cette grande affaire sera terminée.

^) Cette phrase peint très \'ivement l'impatience du Boi, cjui craint de voir sa proie lui échapper.

Du Roi au Comte Solius.

31, Juillet 1772.

Le Baron van Swieten vient de sortir de chez moi. Il m'a communiqué un nouveau projet de manifeste pour la prise de possession en Pologne, que le Prince Kaunitz a fait lui-même, et qui, par l'essentiel, ne me paraît différer en rien de celui du Comte Panin. Le Ministre vVutricliien a pensé que , comme il y avait une différence entre la situation de sa Cour et celle de Russie, il en faudrait aussi une dans ce manifeste. Je l'ai lu attentivement, et je n'y ai rien ti'ouvé à redire. C'est une règle générale dans la politique, que, faute d'argumens sans réplique, il vaut mieux s'exprimer laconiquement, et ne point trop éplucher la matière. Or, je sais bien que la Russie a beaucoup plus de raisons à alléguer, mais il n'en est pas de même de nous.^) De sorte que, à mon avis, le meilleur serait de ce conformer à cet égard aux idées du Prince

^) Aveu remarquable !

Kauiiitz. f^upposé cependant, qne le Comte Panin persiste à ne vouloir admettre que son projet, je crois que la Cour de Vienne ne sy opposera point, pourvu quon lui laisse la liberté de conserver à son tour le sien.

Le second sujet de Faudience de Van Swieten a été la réponse du Prince Kaunitz au sentiment du Comte Panin, sur les quatre points principaux relati\'ement à la pacification de la Polog-ne. Et j ai été bien aise d'apprendre, que les idées de ces deux Ministres s'accordent aussi parfaitement sur cet article. C'est toujours un grand point de gag-né, qui aurait i)u dcAcnir la source de mille tracasseries et diflicultés. Tout me ])ersuade donc, que notre grande affaire touche au moment de sa conclusion, et je lattends avec la dernière impatience.

Du Roi au Comte Solms.

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