‹ Frédéric II, Catherine, et le partage de la Pologne; d'après des documens authentiquesChapitre 36 sur 45 · Décembre · texte numérisé non relu

Décembre

C'est toujours avec un plaisir nouveau que jV)])serve, que le Comte Panin persiste, sans aucune variation, dans des dispositions favorables à mon ég-ard. Je les mérite i)ar mon attachement vif et inaltérable aux intérêts de sa cour, que je serais empressé de lui témoigner dans toutes les occasions, où je serai en état de lui rendi'e quelque service agréable, et je me flatte, que dans la dernière, où il a désiré d'employer mon intervention auprès de la Porte, les instructions que j'ai données au seigneur de Zegelin, en conséquence des réflexions de Sa Majesté Impériale, ne laisseront rien à désii'er à ce ministre. Mais j'avoue que je désirerais bien, qu'il y eut moyen de le persuader de la nécessité, de mettre plus de nerf dans les déclarations à faire aux Polonais, sur l'arrangement de nos affaires. Jusqu'ici les républicains font mille difticultés au sujet de celui de nos limites, et T Autriche trouve leurs commissaires aussi .inflexibles que moi. Il est

aussi fort à présumer que cette commission de part et d'autre naura pas le moindre succès, que toute cette affaire sera renvoyée à la délégation, et qu'elle nous j donnera encore bien de besogne avant de la terminer. La Russie aura le même sort avec l'affaire des Dissidens, elle ne manquera pas non plus de lui donner bien de la tablature, et je doute fort qu'elle parvienne à son but sans cris et sans vacarme. Déjà les Polonais ont été assez niais de prétendre, que nous fassions, la cour de Vienne et moi, notre possible pour engager la Russie, de retirer ses troupes de la Pologne. Le ministre Autricliien n'a répondu que vaguement à cette demande, mais le sieur Benoît a très bien répliqué: „que les affaires paraissant éloignées de leur tin, on ne pouvait pas regarder la tranquillité comme rétablie en Pologne, unique objet du séjoui' des troupess étrangères dans le Royaume ; et qu'ainsi, il sagissait moins d'en faire sortir les Russes, que d'empêcher, que les troupes des deux autres puissances n'y soient de nouveau attirées par la lentem- et le peu de bonne volonté avec laquelle on traitait les affaires." — Ces différens traits sont plus que suflisans pour prouver, que les Polonais ne sont pas d'aussi facile composition, qu'on se l'imagine peut-être à Pétersbourg, et que la diète ne prendra jamais fin dans ce vacarme, à

moins que la Russie ne leur parle des grosses dents, et leur déclare vertement ses intentions.

Le motif de leur raideur est aisé à concevoir. Cette diète donnant d'un côté à la délégation une très grande autorité, et faisant rentrer de l'autre des sommes très considérables dans les bourses particulières, leur ambition ainsi que leur cupidité trouvent parfaitement bien leurs comptes, à la traîner toujours en longueur. Le maréchal Poninsky, aussi bien que les autres membres de la délégation, y avancent leurs propres intérêts à merveille ; et ce que nous leur fournissons, c'est une nifiette en comparaison des autres richesses qu'ils amassent. Ils sont comme le tonneau des Danaïdes, qui ne peut jamais remplii-, et on répandra toujours vainement ses trésors sur eux. Deux ans sont écoulés à peu près, que cette Délégation est assemblée, et quelles en ont été les opérations? — A peine a-telle établi le Conceil permanent. Le pouvoir du Grand-Général de l'armée, l'affaire de l'élection d'un Roi, celle des revenus, et celle des Dissidens, sont encore dans la même situation, et on ne pense pas à leur décision. Il y a trois mois déjà, qu'on promet de fixer les revenus du Roi, et on est encore à commencer à y donner les premiers soins. En attendant, on tourne au-

tour des différeiis points, et en employant trop de préambules on n'entre point dans le fond des affaires; bien an contraire, on se permet de multiplier les prolong-ations de la diète, et on vient encore d'en reculer le terme jusqu'au Février prochain. Si on laisse ainsi faire la Délégation et son maréchal, on n'a qu'à s'attendre à voir s'écouler encore quelques années, avant que de iinir avec eux. Or, comme je ne saurais jamais m'ima^ner, qu'il soit de l'intérêt de la Russie, d'être indifférente à ces long-neurs éternelles, j'ai été bien aise de vous faire connaître comment j'envisage la chose, me remettant à vous sur la manière, dont vous en ferez part au comte Panin. Je ne désire autre chose, que de pouvoir convaincre ce ministre de l'importance qu'il est, que Sa Cour use enfin de rigueur avec les Polonais, pour leur apprendre, qu'elle est lasse de tous ces délais, ef qu'elle veut absolument qu'ils finissent une bonne fois^).

*) On voit ici, comme dans cent autres passages, que c'est le Roi, qui, pour tout ce qui est odieux, met les Russes en avant, et que c'est lui ([ui les excite aux mesures, qui les exposèrent plus tard à la haine et à la fureur des Polonais, pendant que lui se tenait au fond de la scène, pour recueillir le fruit de ses instigations.

Pour ce qui est des extensions de rAiitriclie en Moldavie, je crois, sans me tronî])er, pouvoir faire le pronostic, que la Porte n'en fera point éclater sa sensibilité, et y acquiescera plutôt que de s'y opposer ouvertement.

7L Du Roi au Comte Solms.

6 Décembre 1774.

Je sais bien de gré au Comte Pêjnin du conseil qn'il me donne, de faire déclarer anx Polonais, qne ce n'est que pour conserver une juste égalité, que j'ai imité l'exemple de la Cour de Vienne dans l'extension de mes limites; mais il y a déjà quelques mois que mon Ministre à Varsovie a eu ordre de faire cette déclaration, et qu'il l'a fait, sans que cela ait produit le moindre effet. Aussi n'est-ce pas là ce qui forme le noeud gordien. Mes derniers ordres vous ont fourni des détails plus amples, tant de la marche de cette négociation que des moyens qu'il faut employer, pour la faire mieux avancer. Ce qu'il y a de certain, c'est que ni moi, ni la Russie, ni la Cour de Vienne, nous ne saurons jamais nous lier aux Polonais. C'est une nation légère et trop intéressée: les meilleures raisons ne font mille impression sur elle, et la peur et l'argent sont les seuls mobiles

de cette lourde masse. Ils promettent de temps en temps de se ranger à la raison, mais ils n'en font jamais rien, témoin les diiférens articles qui regardent leur propre Royaume, qui restent encore toujours au croc. La diète est limitée, à cette heure, jusqu'à la tin de Févi-ier de l'année prochaine: ce terme arrivera encore, sans ([ue la Délégation ait avancée la moindre chose. On viendra à une nouvelle prolongation, et on s'amusera à cette progTession jus(|u'à hi tin de 1775, pour commencer après cela un nouveau période. Si la Russie veut tout de Ijon, que la diète tinisse une fois, et ramène le repos et la tranquillité en Pologne, il faut de toute nécessité monter sur ses hauts chevaux, et leur déclaicr \ ertenuMit. ce ([u'clle veut ([u'ils fassent; sans cela, ils se d(mneront toujours carrière à droite et à gauche, l)attront l'estrade, et ne tiniront jamais avec aucune des trois Cours. • le ne fais pas ce pronostic pour l'amour dv mes intérêts seuls. Il est fondé sur le cai'actèi'c national des Polonais, sur la nature des choses, et sur l'expérience de tous les temps, et la Russie, ([ui trouvera i)eut-étre dans ce moment-ci mon taldeau troj) chargé, ne manquera pas d'être convaincue de la \'érité de ce que j'avance. Il serait bien à désirer, qu'elle y rétiéchisse, et (ju'il ])lût à sa .Majesté Im|)ériale de prendre un

parti vig'oiireiix, le seul qui lui reste, pour mettre tin à tout, avant qu'elle se i-ende h Moscou, vu que cent vingt miles de ])lus ne sauraient que retarder encore davantag-e rarrangement de nos atfaires.

Du Roi au Comte Solnis.

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