‹ Frédéric II et Marie-Thérèse d'apres des documents nouveaux, 1740-1742 (volume 2)Chapitre 30 sur 52 · Belle-ïsle à Amelot, 26 septembre 1741. (Correspondance · texte numérisé non relu

Belle-ïsle à Amelot, 26 septembre 1741. (Correspondance

de V ambassade à la diète. Ministère des affaires étrangères.)

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i4 FREDERIC II ET MARIE-THERESE

ternel de Maurice, à qui le roi Auguste confiait la défense de ses intérêts i.

Je ne sais si ce fut la connaissance des divisions de ses ennemis et l'espoir d'en profiter qui décidèrent Marie-Thérèse à laisser enfin fléchir, même sur le point qui lui tenait le plus au cœur, sa fière obstination : mais toujours est-il qu'à peine sortie de ses difficultés avec ses sujets de Hongrie et avant de reprendre les hostilités avec le concours des forces nouvelles qu'elle attendait d'eux, on la voit, comme si elle eût fait à l'école de Frédéric de véritables progrès en diplomatie, engager deux négociations en sens divers, qui, ne pouvant aboutir toutes deux, puisqu'elles tendaient à des résultats contradictoires, avaient évidemment pour but principal de jeter la discorde entre les alliés. En même temps, presque le même jour, elle fit parvenir des ouvertures à Fleury et à Frédéric. A Fleury elle offrait, pour le compte

1. Le maréchal de Belle-isfe à Amelot, 6-18 septembre et octobre 1741, passim. — Maurice de Saxe à Belle-Isle, 15 septembre 1741. {Correspondance de l'ambassade à la diète. — Ministère des affaires étrangères.)

de la France, la cession du Luxembourg, et elle se montrait disposée à céder soit à l'électeur de Bavière, soit à l'Espagne, telle partie du Milanais et des Pays-Bas dont on pourrait convenir à l'amiable, moyennant renonciation de la part de L'électeur à toute candidature à l'Empire aussi bien qu'à toute prétention sur les domaines autrichiens d'Allemagne. A Frédéric (ce qui devait plus coûter à son orgueil) elle promettait de ratifier toutes les concessions demandées dans l'ultimatum qu'avait rapporté Robinson. Il est vrai qu'elle y mettait la condition expresse etàpeuprès inacceptable que le roi, en échange, engagerait sa voix électorale pour le grand-duc et qu'il tiendrait au besoin un corps de dix mille hommes à sa disposition pour l'aider dans ses difficultés. Ces deux propositions avaient au moins un point commun ou, si l'on veut, un but pareil, bien que poursuivi par des moyens opposés : c'était l'élévation du grand-duc à l'Empire, intérêt de cœur et de politique de premier ordre qui primait évidemment tout autre dans la pensée de la princesse. C'est comme sa signature mise au bas des deux documents. Seulement on peut se

demander ce qu'elle aurait fait si elle avait obtenu des deux parts une réponse affirmative. C'est un embarras qui, de la part de la France au moins, lui fut tout de suite épargné, car le refus même d'entrer en pourparlers fut immédiat et catégorique. Ce n'est pas qu'elle n'eût tenté de ce côté de véritables efforts pour faire agréer son offre. Elle avait pris sur elle d'écrire encore de sa propre main à Fleury une lettre touchante, le suppliant, au nom de l'humanité et de l'Évangile, d'épargner le sang de ses sujets, « car (disait-elle par une allusion heureuse au dévoûment des Hongrois), quoique femme, le courage ne me manque pas, et si cette dernière tentative ne réussit pas, il faudra venir à des extrémités bien cruels, et j'ai bien des sujets qui sauront soutenir mes droits, et, plutôt que me voir avilie, tout hasarder et même savoir périr. » Elle promettait en même temps au cardinal, s'il consentait à écouter ses ouvertures, de lui en garder rigoureusement le secret : pour l'en assurer davantage, elle lui faisait passer sa lettre directement par l'intermédiaire du chargé d'affaires de France à Vienne, à

iïnsu de ses propres ministres, dont elle avait lieu de se méfier, ajoutait-elle, car la plupart étaient plus Anglais que Robinson lui-même. Lettre et réponse devaient être confiées à un messager obscur, sans caractère qui pût le faire reconnaître '. Avec les mêmes précautions de mystère, elle fit aborder Belle-Isle à Francfort, par deux agents peu connus, MM. de Wied et Koch, dont l'un avait déjà été employé par son père pendant la guerre précédente pour les négociations du traité de 1735. Ils demandèrent un rendez-vous de nuit, en dehors de l'ambassade 2.

L'accueil absolument pareil fait à ces discrètes propositions par Fleury et par Belle-Isle présente un caractère vraiment singulier. Ministre et ambassadeur semblent tous deux inquiets, presque épouvantés et de la démarche ellemême et du mystère qui l'enveloppe ; on dirait

1. Marie-Thérèse à Fleury. — Vincent à Amelot, 27 septembre 1741. (Correspondance de Vienne. Ministère des affaires étrangères.)

2. Belle-Isle à Amelot, Francfort, 7 octobre 1741. {Correspondance de l'ambassade à la diète. Ministère des affaires étrangères.)

qu'ils n'ont qu'une pensée, c'est d'abord de fermer la bouche à leur interlocuteur, puis, s'ils n'y réussissent pas, de se boucher les oreilles pour ne pas l'entendre et si, décidément, il faut finir par prendre connaissance de sa proposition, d'en faire parvenir à Frédéric un avis prompt et public avant qu'aucune indiscrétion, calculée ou non, ait pu devancer leur confidence. Avant tout, ils craignent d'être pris dans un piège et de fournir à une amitié qui coûte si cher et qui tient si peu ferme un prétexte de rupture fondée sur l'ombre d'un soupçon.

Fleury attend quinze jours pour accuser réception à Marie-Thérèse de sa lettre, c'est-àdire tout le temps nécessaire pour que Yalori, avisé de tout, ait pu tout communiquer à Frédéric. Puis, quand enfin il se décide à répondre, le ton est bien changé ; plus de douceur paternelle, plus fonction ni de gentillesses ; l'épître est sèche comme si on craignait ou même si on désirait qu'elle fût interceptée : « Nous ne sommes plus libres, nous ne pouvons plus entrer dans aucune négociation que de concert avec nos alliés. » Belle-Isle, de son côté, lit

attendre plusieurs jours l'envoyé Koch avant de le recevoir, et à sa première audience, dès les premiers mots échangés, sans lui laisser le temps d'achever sa communication : « Connaissez-vous, lui dit-il, le traité d'alliance qui existe entre le roi, le roi de Prusse et l'électeur de Bavière? » Et comme l'autre le regardait avec quelque embarras : « Je vous déclare donc, ajouta-t-il, que le roi est en alliance avec ce prince et avec l'électeur de Bavière, et que tout ce que vous proposez aux uns ou aux autres de ces princes se communique sur-lechamp... Soyez persuadé que ces princes ne se sépareront plus et qu'il faut que la reine les satisfasse tous ou se résolve à continuer une guerre qu'elle ne saurait soutenir... Je ne connais plus à la reine de Hongrie aucun secours humain ni aucune ressource en Europe, et il n'y a que celui du ciel qu'elle puisse attendre ; mais il y a plutôt lieu de croire qu'elle en est abandonnée, puisqu'elle éprouve l'effet le plus marqué de sa colère par l'étrange aveuglement dont ses ministres sont frappés1. »

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