‹ Frédéric IIChapitre 51 sur 52 · Août · texte numérisé non relu

Août

— Le rappel des troupes Russes est un article qui mérite la plus grande attention. S'il a effectivement lieu, cette évacuation de la Pologne lâchera entièrement la bride aux intrigues Autrichiennes. Une nouvelle guerre, qui intéressera infiniment nos deux cours, en sera la suite, et l'existence du Roi de Pologne sera si précaire, qu'on ne pourra en répondre d'un moment à l'autre. Toutes ces considérations sont trop importantes, pour échapper à la pénétration du ministère de Russie, et j'espère que sa Majesté Impériale y trouvera un puissant motif, de conserver un corps de troupes suffisant dans ce Royaume.

Ainsi ce fut de nouveau Frédéric, qui insista sur le séjour prolongé des troupes russes en Pologne, ce qui excita plus tard tant de plaintes. H n'est presque pas une mesure chagrinante ou blessante pour les Polonais, que Frédéric n'ait d'abord conseillée, et fait exécuter par la Cour de Russie; soit, qu'il ait été sincère dans ses intentions, soit par un motif politique, pour diriger toute la haine des Polonais sur la Russie.

2eS5

Du Roi au Comte Gortz,^

2 Novembre 1779.

Il m'est entré, depuis peu, des détails très intéressans sur les manigances des Autrichiens en Pologne, pour y gagner une supériorité décidée, et je suis bien aise de vous en faire part, afin de vous donner une juste idée, jusqu'où ils tâchent d'y pousser leur prépondérance. D'un côté, ils en imposent par un ton despotique à ceux des Polonais, qu'ils comptent parmi leurs vassaux par leurs possessions en Galicie et Lodomérie, où non seulement la Cour de Vienne augmente le nombre de ses troupes, mais où elle songe encore de faire fortifier des villes de Léopol, Wieliczka, Zamosc et Jaroslaw, celles qu'elle jugera convenables. D'un autre côté, elle berce ses partisans de l'espérance de leur faire obtenir des charges, des bénéfices et des dignités, en affichant mêmes les meilleures dispositions pour la Pologne en général. Son parti est déjà très

*) Celui-ci avait depuis peu remplace le Comte Solms à Pëterfibourg,

nombreux, et à sa tête se trouvent les Czartoryski et les Lubomirski. Le . Prince Adam Czartoryski en est le hérault. Ce parti est d'ailleurs composé de tout ce qu'il y a de plus distingué en Pologne, soit par le rang, soit par les biens de la fortune, et des Anti-Royalistes déclarés ou cachés, qui ne sont pas en petit nombre. Il compte généralement parmi ses adhérens toutes les personnes, que leur caractère, leurs principes et leurs moeurs ont rendu respectables en Pologne, et il grossit de jour en jour par les soins officieux de ses chefs, les Czartoryski et Lubomirski. Il paraît par là, que les vues de la Cour de Vienne et de son parti en Pologne sont aussi importantes que vastes, et iL est très vraisemblable, qu'elles s'étendent jusqu'à vouloir s'assurer d'avance du trône de ce royaume, et qu'ils jettent les yeux soit sur le Duc de Teschen, soit sur le Prince Adam Czartoryski. Comme le conseil permanent leur paraît un frein incommode et propre à les arrêter dans l'exécution de leurs vues ambitieuses, ils semblent en méditer l'abolition, et préparer cet événement en rendant ce tribunal odieux à la nation^). C'est à la diète prochaine, que cette Cour et son parti se proposent d'exécuter leur plan, et ils se

*) Ce qui leur ne réussit que trop bien!

flattent d'y amener les choses au point où ils les désirent. Or, xîomme toutes ces trames Autrichiennes sont diamétralement opposées à mes intérêts et à ceux de la Russie, il nous importe à tous les deux,^ de penser à temps aux moyens, pour faire écrouler d'un seul coup cet édifice colossal de projets et d'intrigues.

Imprimerie de Gustav B&r à Leipzic.

Page 1