‹ Frédéric le Play d'après lui-mème; vie-méthode-doctrine; notices et morceaux choisisChapitre 13 sur 35 · LETTRES A DES AMIS · texte numérisé non relu

LETTRES A DES AMIS

égarés, des pauvres qui forment Tarmée des communistes. Il vient principalement des maîtres qui donnent le mauvais exemple h leurs serviteurs, des riches qui ne remplissent pas leurs devoirs envers les pauvres et envers le pays, des manufacturiers qui accumulent dans une dépravation affreuse des masses dégradées, des municipalités qui emploient le meilleur des campagnes à multiplier des villes malsaines et à y attirer toute la corruption de rOccident, des gouvernants qui méditent et provoquent des guerres injustes, des savants et des lettrés qui propagent depuis cent ans les sophismes de Rousseau sur la perfection originelle, enfin des honnêtes gens qui, n'ayant pas h se reprocher ces méfaits et donnant même leur adhésion aux principes éternels du bien conservés par la pratique des autorités sociales, restent inertes et refusent toute coopération pour les répandre autour d'eux. J'ose ajouter que ces derniers ont fait le plus grand mal ; car ils nous ont endormis et nous ont inspiré une confiance non fondée, pendant que les masses de Vlnlernatianale et toutes l(»s catégories d'égarés et de méchants travaillaient de concert à la ruine delà société.

Je reconnais assurément que l'armée révolutionnaire, en général, est menée par des instincts pervers oii tout amour du vrai et tout dévouement font défaut.

Mais il existe quelques chefs dévoués honnêtement, sans intérêt personnel, à l'erreur et au mal.

Mon plus cher ami et camarade d'études à l'Ecole des mines, Jean Reynaud, était de ce nombre. Gomme Rousseau, il croyait h la perfection originelle des jeunes générations, et il pensait servir l'humanité en les ariachant à l'action oppressive des prêtres et des gouvei*nants. Il croyait, en outre, que le remède était dans la suprématie et la toute-puissance de l'Etat, imbu de la

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même croyance et se donnant pour mission de rappliquer. Il eût souiTert le martyre pour cette doctrine, et il passionnait les masses qui Tentendaient. Il suffit d'un homme de cette trempe pour conquérir à Terreur un peuple entier, si les vertus d*un réel apostolat du vrai et du bien ne font pas contrepoids h une si détestable propagiinde .

Or, une observation attentive m*a fait découvrir deux traits apparents chez ceux qui devraient exercer la propagande contraire. Grande est chez un bon nombre rhonorabilité du caractère; mais leur impuissance dans l'action est absolue.

Je ne sais si vous voyez percer Torgueil dans cettô leltre. Ma conscience ne me reproche rien ; ce que je conseille est inspiré par le dévouement, dans un temps où Tabîme est béant.

En somme, il faut se mettre en mesure de susciter un grand mouvement vers le vrai.

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NOTICE

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